Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour octobre 2008

POP LEVI – Never Never Love

In Chroniques Musique on octobre 31, 2008 at 12:17

Electro-pop anglais / 2008 / Counter Records (Ninja Tunes)

Est-il possible de passer de l’afro-krautrock calme (Super Numeri) à la pop délurée sans y perdre son identité ? Le défi est rempli par Pop Levi qui sort son second album solo depuis le tournant dans sa carrière musicale.

Ce second opus puise largement dans les classiques du rock des années 70 à 90 : Rolling Stones (Wanamama), rythmique Nirvana (Semi-babe), orchestration de Beach Boys (Never never love)… et régulièrement l’imposition d’un autre Pop, l’iguane Iggy.

Quoi d’original à tout cela alors ? Ce sont les petits ajouts subtilement dissimulés tout au long des morceaux qui font le charme de l’album : rap, voix saturées 80’s, solos de guitares délirants, boîte à rythme déglinguée, samples de voix de Super Nintendo…

Les 13 titres oscillent entre 3’02 et 4’43 : des titres courts qui semblent calibrés pour le dancefloor… on dirait plutôt qu’ils sont concis pour ne pas s’essouffler, ne pas lasser l’auditeur, car même pour les oreilles averties il reste difficile de tenir la longueur. On est loin des titres de 24 minutes des Super Numeri !

Un album bien construit, frais et barré à l’image de son auteur, mais qui se renouvelle peu par rapport au premier opus, un peu indigeste et trop pompé sur ses aînés (pas assez réapproprié). Ce second opus sort trop tôt, à peine un an après The Return to Form Black Magic Party. Cela méritait d’être un peu plus travaillé…

Note : 6,5/10

HUGH COLTMAN @ EMB-Sannois

In Chroniques Concerts on octobre 30, 2008 at 5:09

Folk – Blues – Rock / France, Grande Bretagne / 24/10/2008

On ne le dira jamais assez, les meilleurs équipements acoustiques ne sont pas à Paris mais dans sa proche couronne. L’Emb-Sannois accueillait trois groupes ce soir là.

Revolver tout d’abord, que dire de plus qu’il s’agit de trois jolis minots qui jouent passablement bien de sympathiques ballades, mais chantent aussi bien qu’une batterie de cuisine… Ils nous avaient ensanglanté les oreilles pendant le spectacle de Tahiti Boy au Point Ephémère, on constate ce soir là qu’ils ont (heureusement) fait quelques progrès. C’est déjà ça, à suivre donc pour voir s’ils sauront un jour être un groupe digne de ce nom.

Narrow Terence n’était pas la tête d’affiche de la soirée mais incontestablement les chouchous attendus. Ils livrent un show épuré aux influences hard-rock, on se demande parfois comment ils font pour n’être que quatre… Une voix à la Arthur H vient épouser les volutes sonores d’un violon et les rythmiques pointues d’une batterie (menée ici des mains habiles de Thomas Pirot, batteur de Nelson). Lorsqu’on les entend, on pense immédiatement à Ez3kiel, et on a bien raison : les deux groupes collaborent pour présenter des titres ensemble en novembre à La Cigale. Avis aux amateurs ça risque d’être de qualité !

Hugh Coltman enfin prend place, accompagné de quatre complices. Intro à l’harmonica, douce voix et blagues franco-anglaises, on plonge doucement et avec délectation dans une ambiance blues-jazz belle époque. Plus dynamique soudain, les mélodies prennent une tournure reggae qui ne choque pas. Aguerri par les tournées et les scènes durant trois albums avec The Hoax, Hugh Coltman est le contre-exemple du folkeux-boutonneux et introverti (comme… non je ne citerai personne, ils n’en valent pas l’effort) qui jouerait son répertoire sans prendre en compte le public. Malgré cela, le spectacle paraît un peu trop lisse dès que Coltman joue ses titres phares (On my hands, actuellement matraqué sur les ondes)… C’est à lier probablement au public assez peu réactif / fatigué.

Un très beau spectacle, où la progression de programmation était très agréable, tout autant que l’after-show…

MESRINE : l’instinct de mort – Jean-François Richet

In Chroniques Cinéma on octobre 28, 2008 at 11:54

Film français / Thriller – Biopic / 2008

Encore une biographie par le cinéma français, qui plus est la bio d’un très méchant truand… une apologie du crime et du vice, un jeu dangereux s’il est mal interprété. Sauf que contrairement à l’accumulation de navets français retraçant les bios de personnes ayant marqué l’histoire du XXe siècle (dernière en date Coluche), le premier opus du dyptique consacré à la vie de Mesrine est réussi et remplit son contrat de bon thriller palpitant et inquiétant.

Cela tient avant tout à un homme, le scénariste Abdel Raouf Dafri, qui doit aujourd’hui être une espèce en voie de disparition dans l’hexagone tant les films français de qualité se font rares. Le film est construit telle une respiration avec ses échauffements (petits larcins), ses respirations lentes et apaisées (scène de danse dans le salon) et bouffées rapides dans l’action (évasion d’une prison, gros coups). Les dialogues font mouches (un peu moins dans la scène pastiche des deux gardes forestiers au Canada), ni trop ni pas assez de dialogues. Pas de grosses ficelles du type « c’est la scène clé, vous ne comprenez pas Mesrine si vous ne voyez pas ça ». Non, le scénariste de la série La Commune (qu’il a volontairement placé en banlieue et non dans les corons), le scénariste du prochain Audiard est autodidacte et certains feraient bien d’en prendre de la graine.

Le talent du réalisateur n’est pas non plus étranger à la réussite du film. Dès la première scène du générique, on comprend qu’on ne pourra pas être déçus : trois caméras filment la même scène d’un angle différent et à 10 secondes d’intervalles, les images dansent, le temps comme notre attente sont suspendus et curieux de voir la suite. Jean-François Richet est discret mais il maitrise son sujet. 10 films en 13 ans dont le génial Etat des lieux (1995), l’homme a grandi dans les banlieues de Meaux et filme mieux les paysages urbains en décomposition / reconstruction / transition que la verte campagne canadienne. Bref il est plus à l’aise sur le macadam qu’au milieu des épicéas, tout comme son personnage, l’ignoble truand Mesrine.

Car le film fonde sa réussite sur un autre tandem : l’acteur incarnant Mesrine, Vincent Cassel, et Mesrine lui-même. Le truand qui s’était attiré la sympathie des médias avait oublié de ne dire que des conneries. Il dénonça notamment les traitements infligés aux détenus dans les QHS. Et Vincent Cassel incarne bien le personnage, contrairement à la tendance des films actuels, il n’imite pas un truand, il en est un. Cassel joue avec son franc-parler, ses actes d’une incroyable douceur et dureté à la fois. Impitoyable, l’homme poignarde de sang froid un maq qui a tabassé une prostituée avant de fourrer le canon de son arme dans la bouche de sa femme…

Deux petits reproches viennent entacher la qualité du film cependant. D’abord, les sauts temporels sont parfois difficiles à suivre, on passe d’une scène d’action à la prison, c’est parfois un peu frustrant car on aimerait voir par exemple comment se défend ce genre d’accusé dans un tribunal. Et également, la partie du film concernant son exil au Canada est parfois médiocre : scène dans la forêt, épisode chez le milliardaire… ou encore cette scène surréaliste dans l’Arizona où coursés par une vingtaine de voitures de flics, Mesrine et sa copine croisent un vieil indien en panne sur le bord de la route : la scène est vraiment géniale, sauf qu’elle ne colle pas dans le film, on est dans un Richet pas un Tarantino !

Pour finir, il faut attendre le second volet de la vie de Mesrine – L’ennemi public n°1 – pour voir quelle conclusion tirer du nouveau film de J-F Richet, mais le premier épisode rehausse le cinéma français à un niveau plus acceptable. Manque de temps ou de budget, certaines lacunes techniques et matérielles (décors) auraient méritées d’être comblées.

Note : 7,5/10

COLUCHE – Antoine de Caunes

In Chroniques Cinéma on octobre 27, 2008 at 6:35

Film français / biographie / 2008

Quelle mouche a piqué les réalisateurs français ces dernières années ? Sous prétexte que le cinéma se porte mal, on en profite pour jouer à Qui est Qui avec les acteurs ? Donc on avait eu une chanteuse (Cotillard aka Piaf), une écrivain (Testu aka Sagan), on nous refourgue maintenant un comique : François-Xavier Demaison aka Coluche. Outre la performance remarquable des acteurs principaux, le film d’Antoine de Caunes est mauvais… Moyennement bien filmé, plutôt mal scénarisé, l’ensemble est indigeste et ennuyeux.

Le réalisateur a choisit de se concentrer sur l’année et demie que l’humoriste Coluche a consacré à la politique lors de sa campagne pour la présidence de la République en 1981. On a une biographie (avec toute la part de subjectivité qu’elle comporte) alors qu’on aurait davantage aimé un documentaire sur le sujet…

Côté acteurs, il y avait de quoi faire. Outre la belle prestation de F-X, le Jacques Attali joué par un Denis Podalydès méconnaissable est assez intéressant, d’autant plus du fait du revirement politique récent de l’homme.

Côté caméra, rien de transcendant, c’est assez monotone et on s’ennuie un peu parfois.

Côté scénario, eh bien, c’est atterrant… Par son manque de pertinence d’abord. On a par exemple lors d’une fête chez l’humoriste, une scène où Coluche dit à Attali « Viens, je vais te présenter Johnny » et ensuite ? Eh bien il ne se passe rien, on ne voit pas Johnny, on passe à une autre scène. Quel est l’intérêt de cette scène ?

Le sous-titre du film est « l’histoire d’un mec… », c’est faux, on ne raconte pas la vie d’un mec, on ne parle que d’une année de la vie d’un mec. L’histoire de Coluche, ce n’est pas de devenir politicien !

Un problème de taille reste le fait que De Caunes ne demande pas à ses acteurs d’interpréter mais de copier les personnages qu’on leur confie. On reste tout le temps du film en attente d’autre chose, d’une incarnation qui ne vient pas. On peut difficilement réinterpréter un comique de la taille de Coluche, alors si on le copie c’est vraiment mauvais… Une scène est consacrée à « l’étincelle qui va donner l’idée à Coluche de créer les restos du cœur », le reste est résumé en une phrase.

Coluche, on en entend parler tous les jours (via les restos du cœur), on voit encore ses sketches régulièrement au petit écran, on entend sa voix à la radio… bref, ce n’était pas le personnage qui avait besoin d’un film actuellement, qui plus est un film médiocre. J’espère que si l’humoriste avait été vivant, il aurait chauffé les oreilles d’Antoine De Caune, lequel aurait mieux fait de rester à sa place depuis longtemps : animer des émissions de télévision… A quand Cauet adaptant la carrière de Dieudonné ?

Note : 3/10 et c’est cher payé…

OF MONTREAL – Square d’Anvers – 14 octobre 2008

In Interviews on octobre 17, 2008 at 8:26

Hôtel qui ne paie pas de mine de l’extérieur, mais plein de charme une fois qu’on est dedans, square d’Anvers. Les membres d’Of Montréal ont raté leur avion et du coup leur comité d’accueil est plutôt fourni. Le temps que ce soit mon tour, je discute avec Brian Poole, tout d’orange et rouge vêtu, assumant pleinement son revival néo-hippie (non sans blague je ne pensais pas que ça existait encore : un pantalon rouge en velours à gros chevrons !).

Lorsque vient mon tour de poser mon micro et mes questions, Kevin Barnes est tout étonné que je tienne à interroger ensemble plusieurs membres du groupe, il n’a pas l’habitude et a l’air très content de ne pas devoir se taper seul la promo de 10 personnes pour une fois.

Interview pressée entre un shooting et une télé, du plus borderline et charmant des groupes US.

M : Salut Kevin, salut Brian, moi c’est Mauve, ou Violette si c’est plus facile pour vous.

Kevin Barnes et Brian Poole : Ah cool ! c’est sympa. Ah ah !

M : Dites-moi, je crois qu’en France on a un problème car on dit toujours « Of MonRéal » au lieu d’ « Of MonTRial », j’espère que ça ne va pas trop vous saouler pendant 2 jours !

K.B. : Ouais c’est pas grave, maintenant on sait dire « de Moneréal ».

M. : Donc, Of Montréal c’est 11 ans d’existence et 9 albums, vous vous considérez comme un vieux groupe ?

K.B. : Euh… eh bien…

B.P. : On a grandi tu sais, on a beaucoup évolué depuis les premières chansons de Kevin ou on l’on sortait des petits trucs, c’était plus influencé par les Kinks ou les Beach Boys ou… un tas de choses comiques qu’on ne va pas citer [K.B pouffe de rire]. Mais la façon d’écrire les titres a évolué, les influences ont été digérées et je pense le plus il écrit de titres, meilleures elles sont. Donc on a un peu grandi, plutôt que vieilli finalement.

M. : Kévin, tu écris encore toutes les paroles seul ou… ?

B.P. : Oui Kévin écrit encore tout seul tous les titres

M. : Dans Skeletal Lamping, on trouve selon moi beaucoup de nouveaux thèmes dans votre musique. J’aime par exemple la sorte de rap dans Wicked Wisdom, c’est très drôle [K.B pouffe à nouveau de rire, il lui ont donné de l’oxygène en barre dans l’avion ou quoi ?]. Diriez-vous que c’est un tournant dans votre carrière ? Est-ce que vous recherchez de nouvelles choses ?

K.B. : Oui exactement, je recherche en permanence des choses nouvelles, de nouvelles inspirations… et je le crache dans les studios. Pour moi c’est toujours comme ça, je découvre quelque chose, j’entends quelque chose, et je me dis « Je veux essayer quelque chose comme ça » tu vois ? Donc j’ai laissé trainé mes oreilles du côté de Curse Mayfield et dans différentes grandes villes, j’ai réécouté pas mal de funk et soul des années 70 et… oui ça été une grosse part d’inspiration du nouvel album… Tu sais, la plupart des titres sont beaucoup plus inspiré de ce genre musical. Il y a quelques années ce qui me m’intéressait c’était plutôt la pop sixties et tout ce qui pouvait s’y apparenter et je m’identifiais beaucoup à ce genre, et j’essayais de faire sonner les titres comme ça et maintenant c’est beaucoup plus funk et soul.

M. : Ok …euh…[là, j’étais pas certaine d’avoir tout saisi car il avait parlé à toute vitesse et je me mettais à comprendre pourquoi c’était mieux si Brian parlait , en réécoutant ça a été finalement !] Comparé à vos opus précédents, j’ai trouvé que sur le dernier, vous avez l’air beaucoup moins déprimé qu’avant. Etes-vous plus heureux, est-ce parce que vous comprenez mieux qu’avant la manière dont votre cerveau et vos émotions fonctionnent ?

K.B : Oui exactement, beaucoup mieux.

M. : Au fait, nous les français avons un autre problème, celui de réussir à traduire correctement les titres de vos albums et chansons. Pour Skeletal Lamping, vous pouvez m’expliquer ?

K.B. : Ca peut vouloir dire un tas de choses, mais pour moi, j’ai pensé que ça voulait dire « Mets ton squelette à nu et allumes la lumière » tu vois ? Plein de titres évoquent des sujets tabous ou embarrassants qu’il est de bon ton de ne pas aborder, on les mets sur la table, on enquête, on fouille… Mais « Nonpareil (1)» ce n’est pas un mot français ?

M. : euh… si mais non, on ne pas l’utiliser comme ça, ce n’est pas la même construction, on dirait « pas pareil » et pour votre titre « un parfum sans pareil » ou quelque chose comme ça…

K.B. : ah ah ok zut… j’ai compris…

M. : Avez un morceau préféré sur ce nouvel album ?

K.B. : hinhin… peut-être justement le premier morceau, Nonpareil, c’est nouveau pour moi par rapport à ce qu’on avait l’habitude de faire, c’est plus facile, et il y a une sorte de composition intéressante car le début est totalement différent de la fin. Qu’est-ce que t’en pense Brian ?

B.P. : Heu… j’en sais rien, comme nous avons appris tous ces morceaux récemment et qu’elles fonctionnent en bloc, cela s’apparente plus à un élément d’un tout pour moi. Il faut que j’aille encore écouter l’album et je pourrais peut-être en extraire quelque chose et m’en souvenir ! Je veux dire, quand Kevin nous apporte des nouveaux titres, parfois je les aime tout de suite, parfois il me faut du temps pour me les mettre en tête… Mais pour quelques raisons, ma chanson favorite en ce moment est Beware our Nubile Miscreants.

M. : Bien… à propos de Paris maintenant, vous allez jouer demain à l’Elysée Montmartre, vous aimez bien cette ville ? Parce que là vous avez de la chance il fait beau mais… Vous trouvez un intérêt particulier à commencer votre tournée dans cette ville plutôt qu’une autre ?

K.B. : Je crois que c’est toujours excitant d’être à Paris ou Londres, ce sont des villes super. Quand on joue aux Etats-Unis il y a tellement d’endroits où jouer et la plupart du temps c’est amusant, mais les villes en elles-mêmes ont peu d’intérêt, peu d’histoire, nous on a une vue romantique de Paris. C’est ce que je pense, et toi Brian ?

B.P. : Ouais, j’aime beaucoup Paris, c’est probablement l’une des villes où l’on préfère aller. En fait on n’aime pas tant que ça aller en Angleterre parce que le climat est en général plutôt effrayant et la nourriture est plutôt effrayante… (rires) et je pourrais continuer ! Mais Londres est sympa, y’a plein de trucs à faire et le temps est meilleur ! J‘aime beaucoup Londres et j’aime beaucoup Paris aussi parce que a fait de bons spectacles. On se sent aimés ici

K.B : Et aussi, à Londres on va toujours au même endroit, pour quelques raisons les anglais pensent qu’on fait une All Star tour à l’américaine, mais je n’ai pas ressenti ça en France. En France, on se fout un peu d’où tu viens, enfin c’est mon expérience. Alors qu’en Angleterre, s’ils nous entendent, ils entendent notre accent et on peut passer un mauvais moment (rires) ! C’est pas cool !

M. : Dites-m’en un peu plus à propos de ce Georgie Fruit, est-ce que vous avez choisi ce nom ou il vous a été donné par quelqu’un… ?

K.B. : Je ne peux pas vraiment le dire… Georgie Fruit c’est quelque chose qui a grandi dans mon esprit, c’est une sorte de jeu de rôle que j’aimais jouer, un personnage. Et pour beaucoup de personnes, j’étais ce personnage fictif en dehors de ma vraie personnalité. Et j’ai lentement réalisé que c’est impossible d’être en dehors de soi-même en même temps que cela te définisse. Ca n’a pas d’importance, si ça vient de toi, alors c’est juste une composante de ton psychisme, et c’est une voix de cet autre aspect de ta personnalité que tu n’as n’avais jamais exploré jusque là… Donc maintenant, j’essaie de tuer cette histoire de Georgie Fruit car je n’ai pas envie que les gens pensent que l’album a été fait à des fins fictives, que si ce n’est pas réel alors cela ne vient pas du cœur. C’est pour ça que j’essaie de l’étouffer autant que possible.

Je ne sais pas d’où est venu le nom, Georgie Fruit a une connotation comique. Pour nous Georgie est un nom rigolo comme « Oh Georgie… ? » tu vois c’est un nom bizarre (rires) ! Et « Fruit » ça sonne un peu bizarre, un peu comme « Freaky », un peu naze, c’est un vrai « Fruit Cake ».

M. : Et qu’en est-il de vos dessins ? Vous dessinez toujours tout ?

K.B. : Ce ne sont pas mes dessins mais ceux de mon frère ! Je suis un très mauvais artiste et mon frère a beaucoup de talent (rires). Ma femme et mon frère ont fait tout ça ensemble, tous les trucs comme les objets offerts avec le dernier album (2).

M. : Et sur scène vous avez des genres de mimes, des performers qui exécutent des fresques ou des tableaux, vous planifiez aussi ce qu’ils font ou ils sont libres de s’exprimer comme ils veulent ?

K.B. : Un peu une combinaison des 2, d’habitude on a plutôt des concepts mal dégrossis de ce qu’on veut et les artistes font comme ils veulent. Mon frère a cette fois dirigé les choses en ayant telle ou telle idée, en leur désignant les costumes et en leur expliquant que c’étaient les personnages qu’ils joueraient dans les différentes scènes. Mais parfois les coupures dans les morceaux sont tellement franches que les personnages n’ont plus rien à voir avec la musique. Par exemple dans She’s a rejector (3) les 4 sont déguisés en cowboys et s’assoient à table pour jouer aux cartes, l’un d’eux en a marre et comme dans les films d’Hollywood il commence à fracasser la bouteille sur les autres. Et là j me suis dit « d’accord on va avoir une grosse bagarre et tout le monde va se mettre à poil sur les tables et se bastonner et même en dehors de la scène. Mais c’était une vision barjo et on l’a finalement fait sous forme d’images statiques.

 

  1. : Nonpareil of flavour, premier morceau de Skeletal Lamping.

  2. : Vous pouvez au choix avoir un lampion chinois, des décalcomanies…

  3. : album précédent

OF MONTREAL @ Elysée Montmartre

In Chroniques Concerts on octobre 16, 2008 at 10:51

Pop psyché / USA / 15/10/2008

Après un show époustouflant à guichet fermé le 8 mai 2008 au Point FMR, Of Montreal ouvrait la tournée de son nouvel album avec une date à Paris (date unique en France). Après onze années d’existence et neuf albums, le groupe opère à un virage dans sa discographie avec Skeletal Lamping, pour notre plus grand plaisir.

 

Of Montreal, c’est un peu comme un problème de maths à l’ancienne : ils sont 10, parmi lesquels 6 jouent de la guitare, 3 jouent du clavier, 4 chantent, 4 sont mimes, 2 sont batteurs et 1 est VJ… retrouvez qui fait quoi !

Une fois de plus, le show de ce groupe s’appréhendait dans sa globalité, une heure et demi de musique sans interruption. Il s’agit d’une histoire en trois ou quatre actes. On assiste à des saynètes alternant avec des fresques burlesques. On a donc croisé ce soir là un tigre, un cochon, un cacatoès, deux bonhommes dorés, 2 ninjas, 3 morts mexicains, un éléphant et son dompteur… une joyeuse ménagerie. Kevin Barnes (leader et compositeur) termine en slip jaune asymétrique, le corps entièrement barbouillé de peinture rouge !

Le répertoire musical dévoile quasiment l’intégralité du nouvel album, avec quelques reprises de Hissing Fauna, are you the destroyer ? L’ajout du second batteur (grand gaillard afro qui termine de donner la touche funk au groupe) est une très bonne idée, le plan de scène était intelligemment pensé, les personnages pouvant se déplacer à loisir entre les éléments (2 batteries surélevées en vis-à-vis et les claviers également en hauteur en front de scène à gauche avec le VJ en contrebas, le reste au sol pour s’amuser). Les styles musicaux ont eux aussi beaucoup évolué, revenant à une pop psyché plus épurée, comme à leur début. L’introduction à petite dose de hard rock, rap, hip-hop, folk et électro produisent des mélanges détonnant extrêmement dansants : funk, twist, britpop… On en redemande !

Si Kevin est un leader ultra-charismatique, il accorde de plus en plus de place aux autres membres du groupe. En particulier à Brian Poole, guitariste à la tignasse rouge et blonde, en plein revival néo-hippie. Brian, qui avait rejoint le groupe dès ses débuts, est à présent au même niveau de Kevin sur scène, et sait aussi le remplacer. Kevin m’en avait parlé lors de notre entretien (cf. Interview Of Montreal), il souffre du personnage de scène qu’il a créé : Georgie Fruit. Dans ce nouveau spectacle, on assiste à la mise à mort de Georgie (par le cacatoès et le cochon, sur l’ordre de Kevin). Brian et Kevin sont à présent plus proches l’un de l’autre que Kevin et Georgie Fruit.

Malgré toutes ces qualités, l’ambiance n’était pas totalement au rendez-vous. D’abord la salle était un peu trop grande pour eux (remplie aux trois-quarts seulement). Ensuite le public parisien n’a pas subitement changé pendant l’été, il reste toujours aussi blasé, statique et morose. Enfin le public ne connaissait pas suffisamment le dernier opus pour se sentir capable de danser, ils étaient donc immobiles la plupart du temps et se déchainaient dès qu’un ancien titre était joué… Du coup, pas de cotillons, pas de ballons, pas d’euphorie aussi importante qu’au Point FMR…

Une excellente prestation scénique et musicale entachée par un public bougon, dommage ! J’ai dansé toute la nuit dans mon lit, vivement qu’ils reviennent !

Note : 8,5/10

LE PETIT PRINCE – Joann Sfar et Antoine de Saint Exupéry

In Chroniques Littérature on octobre 12, 2008 at 11:28

Bande dessinée / France / Gallimard Fétiches / 2008

Enfant, j’avais fini par ranger mon Petit Prince bien serré en haut de ma bibliothèque car j’étais trop émue à chaque fois que je le lisais pour ne pas pleurer. Qui ne connaît pas Le Petit Prince de Saint Ex’ vit en dehors du monde. Il s’agit probablement du livre le plus universel après la Bible. Et lorsque Gallimard met Joann Sfar au défi de l’adapter en BD pour sa nouvelle collection, Fétiche (qui compte déjà une bonne adaptation de Zazie dans le métro par Clément Oubrerie), on est forcément curieux du résultat que ça peut donner. Après la géniale série du Chat du rabbin, on sait que le potentiel de Sfar est énorme et on n’est pas déçu.

Sfar devait intégrer deux problématiques majeures à son travail : rendre toute la poésie et l’âme du livre de Saint Exupéry tout en étant capable de prendre du recul par rapport au texte, mais aussi s’affranchir des dessins de l’auteur pour rendre son trait personnel aux personnages.

Le résultat est magnifique. Sfar restitue toute la magie du livre en nous présentant un petit Prince aux grands yeux bleus ouverts sur le monde, beaucoup plus potelé que la version de Saint Exupéry, beaucoup plus enfantin et finalement, bien plus vivant. Ce petit ange blond rie, pleure avec de grosses larmes aux coins des yeux, laisse apparaître un petit ventre dodu dès qu’il lève les bras, n’a plus une longue écharpe jaune mais un petit foulard vert clair, fait des saltos et se blotti en se cramponnant très fort dans les bras de son copain l’aviateur.

Sfar a de très belles trouvailles : la rose orgueilleuse prend les traits d’une belle nymphe aguicheuse, le renard a des oreilles aussi longues et touffues que sa queue et de grands yeux jaunes, les habitants des autres planètes vivent dans des machines imaginaires rappelant celles de Jules Verne et ont des visages caricaturaux dans des teintes très vives (contrairement aux versions de Saint Exupéry qui étaient en une déclinaison de pastels). Mais ce qui finit de rendre cette adaptation attachante, ce sont les libertés que l’illustrateur prend avec le texte ou plus exactement les ajouts. Ainsi lorsque le Petit Prince se montre très exigeant pour son mouton, Sfar ajoute une pensée à l’aviateur : « Il me les broute avec son mouton celui-là ».

Le Petit Prince revisité par Joann Sfar « c’est exactement comme ça que je l’imaginais », avis à tous les rêveurs et amoureux de dessins.

ARONAS @ EMB Sannois

In Chroniques Concerts on octobre 11, 2008 at 9:07

Jazz-punk-funk / Nouvelle Zélande / 10/10/2008

Après six mois d’enfermement lié à une masse de travail dont j’ai cru ne jamais voir le bout, je fêtais à la fois la fin du boulot qui me privait d’aller danser toutes les nuits mais aussi mon retour dans l’une de mes salles de spectacle préférée en Ile-de-France, l’Espace Michel Berger de Sannois (95).

Comme c’est régulièrement le cas, je voulais surtout voir la première partie de soirée plutôt que la tête d’affiche. Et force est de constater que je ne m’étais pas trompée.

Aronas est un projet de Nouvelle-Zélande composé de quatre membres aux personnalités fortes. Un pianiste (le leader Aron Ottignon) aux cheveux coiffés en légère crête punk, avec des lunettes asymétriques faisant penser à Double-Face (selon qu’on le voit de profil droit ou gauche). Un guitariste habillé d’une grande cape de magicien et d’une kippa, aux cheveux si longs qu’on se demande comment il ne se prend pas la tignasse dans les cordes. Un percussionniste israélo-pirate et un batteur-clown autiste qui n’est autre que le batteur de The Do (Jose Joyette) !

L’ensemble est détonnant et plutôt étonnant : une base free-jazz enrichie de variations funk, disco, rock… De beaux titres atteignant 12 minutes sans que cela soit gonflant, une écoute impeccable entre les musiciens, la sauce prend très bien… sauf lorsque se pointe une invitée surprise au chant. Il s’agit de la petite sœur du clavier, une blondinette toute de rouge et noir vêtue qui n’a, ni le coffre, ni l’expérience nécessaire pour réussir à suivre l’ensemble. Résultat : à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, elle chante juste mais les musiciens se rangent au pas, perdant tout la créativité et l’originalité qui nous intéressait… Dommage : de génial on passe à bien…

Je ne parle pas de P18, car pour le dire sobrement, c’était mauvais…

METRONOMY +MINITEL ROSE @ Espace SFR

In Chroniques Concerts on octobre 9, 2008 at 8:20

Electro-rock / Grande Bretagne / 08/10/2008

Grâce à une attachée de presse dévouée, j’ai été invitée sans même l’avoir demandé au concert d’un de mes groupes préférés depuis un an, Metronomy (cf. chronique de Nights Out), trio anglais de talent (Joseph Mount, Oscar Cash et Gabriel Stebbing).

D’abord un mot sur cette salle de spectacle qui n’en est pas une. L’espace SFR est une boutique derrière la Madeleine, entre Hédiard et Fauchon, destiné à customiser votre téléphone portable afin de rendre unique une des objets les plus banal au monde. Pour l’occasion, vous pouviez faire graver les noms des groupes sur la coque de votre fidèle cellulaire. De l’inutile et du factice en somme…

Possibilité de manger et de boire alors que l’endroit ne possède pas de licence de débit de boisson, entrée gratuite et concert retransmis sur Internet, matériel sono flambant neuf et de qualité… de quoi essayer de couler toujours un peu plus les salles de concerts indépendantes.

Nous arrivons pendant le set de Minitel Rose. Pas grand chose à dire sur le sujet : boucles répétitives et peu originales, chant correct mais jeu de scène à revoir, mais surtout l’impression désagréable d’entendre le même titre décliné une dizaine de fois. C’est dansant, le nom un peu provoc’ était bien trouvé mais malheureusement la qualité ne suit pas… Pas grave, on n’était pas venu pour eux de toutes manières !

Une vingtaine de minutes plus tard, voilà les trois zozos que j’avais le plaisir d’avoir pour moi seule durant 20 minutes en interview quelques mois auparavant. Sex-symbols ? Non pas vraiment, on le comprend immédiatement, ces mecs font de la musique plutôt que du marketing et du dragage de minettes : chaussures bateau, pull tricoté par mamie (pas avec le poussin mais les torsades vous savez), veste de survêtement fluo des années 80. La classe de nerds fraîchement arrachés à leur ordinateur en somme.

Parce que de la bonne musique, ça oui, ils savent faire. De ce trio transparaît une forte complicité, ils jouent dans tous les sens du terme : clavier, guitare, basse, saxophone… On ne peut leur reprocher qu’une boîte à rythme qui mériterait d’être remplacée par une batterie. Peut-être cela vient-il du fait que Joseph Mount a composé entièrement seul les deux premiers albums de ce groupe, mais il m’a promis que ça allait changer.

Les trois britanniques ont enchaîné tubes sur tubes et ne se sont pas découragés devant un parterre de parisiens blasés (ou trop honteux de ne pas savoir danser). Lors du rappel, ils jouent deux titres de leur premier album, enchaînant différentes poses et chorégraphies de poitrine (je m’explique : ils portent pour chacun de leurs concerts des tee-shirts sur lesquels sont fixés des lampes qu’ils allument et éteignent tout au long de successions de poses figées).

Une excellente soirée, au delà de mes espérances, dont on ne peux que regretter qu’elle n’ait pas eu lieu dans une vraie salle de spectacle (le Nouveau Casino ou la Maroquinerie auraient été parfaites), pour laquelle on attendait une meilleure première partie que Minitel Rose et où une batterie aurait été bienvenue.

LA BELLE PERSONNE – Christophe Honoré

In Chroniques Cinéma on octobre 1, 2008 at 6:15

Film français / drame / 2008

Je n’ai pas pour habitude de parler des choses inintéressantes mais Christophe Honoré a un problème qui devient vraiment casse-pied : tous ses films s’apparentent à des premiers films. La belle personne est censée être une adaptation du roman de Mme de La Fayette (La Princesse de Clèves) doublé d’une réponse de Nicolas Sarkozy à l’œuvre. Il ne s’agit que d’une fresque où ni l’unité de temps, ni l’unité de lieu, ni le choix des acteurs ne convient, un peu léger pour réussir un film non ?

D’abord le lieu de l’intrigue : le lycée Molière dans  le XVIe arrondissement parisien sous un temps gris, froid et déprimant ; un café miteux en face du lycée ; un hall d’immeuble froid et répulsif des années 80. On a d’emblée envie de lui rappeler que le tout est censé avoir lieu à la cour… ce qu’il aurait été intéressant d’exploiter dans une problématique où Honoré était censé répondre à Sarkozy. Au final, c’est le réalisateur qui cause le plus de tort à l’œuvre de La Fayette.

Ensuite le choix des acteurs. Louis Garrel n’est absolument pas crédible en professeur d’italien qui fricote sans retenue avec ses élèves.  Il est certes beau garçon mais n’a rien d’autre pour lui, possédant au total environ 3 expressions depuis le début de sa carrière (il fait la moue, il passe la main dans ses cheveux, il soupire). Il serait temps de faire un peu mieux ! Le reste des acteurs ne représente que la plus belle brochette de fils et filles de (Bonitzer, LePrince-Ringuet, Lang !). En fait il aurait mieux fait de prendre Jean Sarkozy et ses amis ça aurait beaucoup mieux collé. Il s’érige contre N. Sarkozy mais reprend tous les codes qui sont chers au nabot (et je n’y vois aucun second degré).

Rappelons le, avant La belle personne, Honoré nous avait infligé Les chansons d’amour qui, au delà du titre mièvre et débilitant, avait la bande son la plus exécrable du moment (Alex Baupain, compositeur minimaliste aux 3 accords de piano et à la voix monocorde).  Rebelote ici, on a droit à ses chansonnettes mièvres et niaises. Il y en a moins, mais il y en a encore trop à mon goût.

C. Honoré a tout de même une qualité de taille, il sait filmer Paris. Son film intitulé comme la ville était d’ailleurs un petit bijou du genre. Le XVIe dépeint ici par le réalisateur est fidèle à sa réalité de ce quartier : grisâtre, déprimant, vide, sans aucune autre odeur que celle du fric… 

Un film décevant et raté. Note : 3,5/10