Hôtel qui ne paie pas de mine de l’extérieur, mais plein de charme une fois qu’on est dedans, square d’Anvers. Les membres d’Of Montréal ont raté leur avion et du coup leur comité d’accueil est plutôt fourni. Le temps que ce soit mon tour, je discute avec Brian Poole, tout d’orange et rouge vêtu, assumant pleinement son revival néo-hippie (non sans blague je ne pensais pas que ça existait encore : un pantalon rouge en velours à gros chevrons !).
Lorsque vient mon tour de poser mon micro et mes questions, Kevin Barnes est tout étonné que je tienne à interroger ensemble plusieurs membres du groupe, il n’a pas l’habitude et a l’air très content de ne pas devoir se taper seul la promo de 10 personnes pour une fois.
Interview pressée entre un shooting et une télé, du plus borderline et charmant des groupes US.
M : Salut Kevin, salut Brian, moi c’est Mauve, ou Violette si c’est plus facile pour vous.
Kevin Barnes et Brian Poole : Ah cool ! c’est sympa. Ah ah !
M : Dites-moi, je crois qu’en France on a un problème car on dit toujours « Of MonRéal » au lieu d’ « Of MonTRial », j’espère que ça ne va pas trop vous saouler pendant 2 jours !
K.B. : Ouais c’est pas grave, maintenant on sait dire « de Moneréal ».
M. : Donc, Of Montréal c’est 11 ans d’existence et 9 albums, vous vous considérez comme un vieux groupe ?
K.B. : Euh… eh bien…
B.P. : On a grandi tu sais, on a beaucoup évolué depuis les premières chansons de Kevin ou on l’on sortait des petits trucs, c’était plus influencé par les Kinks ou les Beach Boys ou… un tas de choses comiques qu’on ne va pas citer [K.B pouffe de rire]. Mais la façon d’écrire les titres a évolué, les influences ont été digérées et je pense le plus il écrit de titres, meilleures elles sont. Donc on a un peu grandi, plutôt que vieilli finalement.
M. : Kévin, tu écris encore toutes les paroles seul ou… ?
B.P. : Oui Kévin écrit encore tout seul tous les titres
M. : Dans Skeletal Lamping, on trouve selon moi beaucoup de nouveaux thèmes dans votre musique. J’aime par exemple la sorte de rap dans Wicked Wisdom, c’est très drôle [K.B pouffe à nouveau de rire, il lui ont donné de l’oxygène en barre dans l’avion ou quoi ?]. Diriez-vous que c’est un tournant dans votre carrière ? Est-ce que vous recherchez de nouvelles choses ?
K.B. : Oui exactement, je recherche en permanence des choses nouvelles, de nouvelles inspirations… et je le crache dans les studios. Pour moi c’est toujours comme ça, je découvre quelque chose, j’entends quelque chose, et je me dis « Je veux essayer quelque chose comme ça » tu vois ? Donc j’ai laissé trainé mes oreilles du côté de Curse Mayfield et dans différentes grandes villes, j’ai réécouté pas mal de funk et soul des années 70 et… oui ça été une grosse part d’inspiration du nouvel album… Tu sais, la plupart des titres sont beaucoup plus inspiré de ce genre musical. Il y a quelques années ce qui me m’intéressait c’était plutôt la pop sixties et tout ce qui pouvait s’y apparenter et je m’identifiais beaucoup à ce genre, et j’essayais de faire sonner les titres comme ça et maintenant c’est beaucoup plus funk et soul.
M. : Ok …euh…[là, j’étais pas certaine d’avoir tout saisi car il avait parlé à toute vitesse et je me mettais à comprendre pourquoi c’était mieux si Brian parlait , en réécoutant ça a été finalement !] Comparé à vos opus précédents, j’ai trouvé que sur le dernier, vous avez l’air beaucoup moins déprimé qu’avant. Etes-vous plus heureux, est-ce parce que vous comprenez mieux qu’avant la manière dont votre cerveau et vos émotions fonctionnent ?
K.B : Oui exactement, beaucoup mieux.
M. : Au fait, nous les français avons un autre problème, celui de réussir à traduire correctement les titres de vos albums et chansons. Pour Skeletal Lamping, vous pouvez m’expliquer ?
K.B. : Ca peut vouloir dire un tas de choses, mais pour moi, j’ai pensé que ça voulait dire « Mets ton squelette à nu et allumes la lumière » tu vois ? Plein de titres évoquent des sujets tabous ou embarrassants qu’il est de bon ton de ne pas aborder, on les mets sur la table, on enquête, on fouille… Mais « Nonpareil (1)» ce n’est pas un mot français ?
M. : euh… si mais non, on ne pas l’utiliser comme ça, ce n’est pas la même construction, on dirait « pas pareil » et pour votre titre « un parfum sans pareil » ou quelque chose comme ça…
K.B. : ah ah ok zut… j’ai compris…
M. : Avez un morceau préféré sur ce nouvel album ?
K.B. : hinhin… peut-être justement le premier morceau, Nonpareil, c’est nouveau pour moi par rapport à ce qu’on avait l’habitude de faire, c’est plus facile, et il y a une sorte de composition intéressante car le début est totalement différent de la fin. Qu’est-ce que t’en pense Brian ?
B.P. : Heu… j’en sais rien, comme nous avons appris tous ces morceaux récemment et qu’elles fonctionnent en bloc, cela s’apparente plus à un élément d’un tout pour moi. Il faut que j’aille encore écouter l’album et je pourrais peut-être en extraire quelque chose et m’en souvenir ! Je veux dire, quand Kevin nous apporte des nouveaux titres, parfois je les aime tout de suite, parfois il me faut du temps pour me les mettre en tête… Mais pour quelques raisons, ma chanson favorite en ce moment est Beware our Nubile Miscreants.
M. : Bien… à propos de Paris maintenant, vous allez jouer demain à l’Elysée Montmartre, vous aimez bien cette ville ? Parce que là vous avez de la chance il fait beau mais… Vous trouvez un intérêt particulier à commencer votre tournée dans cette ville plutôt qu’une autre ?
K.B. : Je crois que c’est toujours excitant d’être à Paris ou Londres, ce sont des villes super. Quand on joue aux Etats-Unis il y a tellement d’endroits où jouer et la plupart du temps c’est amusant, mais les villes en elles-mêmes ont peu d’intérêt, peu d’histoire, nous on a une vue romantique de Paris. C’est ce que je pense, et toi Brian ?
B.P. : Ouais, j’aime beaucoup Paris, c’est probablement l’une des villes où l’on préfère aller. En fait on n’aime pas tant que ça aller en Angleterre parce que le climat est en général plutôt effrayant et la nourriture est plutôt effrayante… (rires) et je pourrais continuer ! Mais Londres est sympa, y’a plein de trucs à faire et le temps est meilleur ! J‘aime beaucoup Londres et j’aime beaucoup Paris aussi parce que a fait de bons spectacles. On se sent aimés ici
K.B : Et aussi, à Londres on va toujours au même endroit, pour quelques raisons les anglais pensent qu’on fait une All Star tour à l’américaine, mais je n’ai pas ressenti ça en France. En France, on se fout un peu d’où tu viens, enfin c’est mon expérience. Alors qu’en Angleterre, s’ils nous entendent, ils entendent notre accent et on peut passer un mauvais moment (rires) ! C’est pas cool !
M. : Dites-m’en un peu plus à propos de ce Georgie Fruit, est-ce que vous avez choisi ce nom ou il vous a été donné par quelqu’un… ?
K.B. : Je ne peux pas vraiment le dire… Georgie Fruit c’est quelque chose qui a grandi dans mon esprit, c’est une sorte de jeu de rôle que j’aimais jouer, un personnage. Et pour beaucoup de personnes, j’étais ce personnage fictif en dehors de ma vraie personnalité. Et j’ai lentement réalisé que c’est impossible d’être en dehors de soi-même en même temps que cela te définisse. Ca n’a pas d’importance, si ça vient de toi, alors c’est juste une composante de ton psychisme, et c’est une voix de cet autre aspect de ta personnalité que tu n’as n’avais jamais exploré jusque là… Donc maintenant, j’essaie de tuer cette histoire de Georgie Fruit car je n’ai pas envie que les gens pensent que l’album a été fait à des fins fictives, que si ce n’est pas réel alors cela ne vient pas du cœur. C’est pour ça que j’essaie de l’étouffer autant que possible.
Je ne sais pas d’où est venu le nom, Georgie Fruit a une connotation comique. Pour nous Georgie est un nom rigolo comme « Oh Georgie… ? » tu vois c’est un nom bizarre (rires) ! Et « Fruit » ça sonne un peu bizarre, un peu comme « Freaky », un peu naze, c’est un vrai « Fruit Cake ».
M. : Et qu’en est-il de vos dessins ? Vous dessinez toujours tout ?
K.B. : Ce ne sont pas mes dessins mais ceux de mon frère ! Je suis un très mauvais artiste et mon frère a beaucoup de talent (rires). Ma femme et mon frère ont fait tout ça ensemble, tous les trucs comme les objets offerts avec le dernier album (2).
M. : Et sur scène vous avez des genres de mimes, des performers qui exécutent des fresques ou des tableaux, vous planifiez aussi ce qu’ils font ou ils sont libres de s’exprimer comme ils veulent ?
K.B. : Un peu une combinaison des 2, d’habitude on a plutôt des concepts mal dégrossis de ce qu’on veut et les artistes font comme ils veulent. Mon frère a cette fois dirigé les choses en ayant telle ou telle idée, en leur désignant les costumes et en leur expliquant que c’étaient les personnages qu’ils joueraient dans les différentes scènes. Mais parfois les coupures dans les morceaux sont tellement franches que les personnages n’ont plus rien à voir avec la musique. Par exemple dans She’s a rejector (3) les 4 sont déguisés en cowboys et s’assoient à table pour jouer aux cartes, l’un d’eux en a marre et comme dans les films d’Hollywood il commence à fracasser la bouteille sur les autres. Et là j me suis dit « d’accord on va avoir une grosse bagarre et tout le monde va se mettre à poil sur les tables et se bastonner et même en dehors de la scène. Mais c’était une vision barjo et on l’a finalement fait sous forme d’images statiques.
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: Nonpareil of flavour, premier morceau de Skeletal Lamping.
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: Vous pouvez au choix avoir un lampion chinois, des décalcomanies…
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: album précédent