Archives pour janvier 2009
espionnage, film français, Géraldine Pailhas, Guillaume Canet, Hippolyte Girardot, Nicolas Saada, premier film, romantisme
In Chroniques Cinéma on janvier 30, 2009 at 2:34
Film français / Action, espionnage, romantisme / 2009
Premier film, excellent casting, film français, polar… C’est suffisant pour aiguiser la curiosité, surtout que le cinéma ne présente pas grand chose de passionnant ces dernières années. Défi remporté pour Nicolas Saada (ancien critique cinématographique des Cahiers du Cinéma).
D’abord il y a ce beau casting. Certes le casting ne fait pas tout, mais il fait beaucoup. Les premiers rôles sont parfaitement interprétés par Géraldine Pailhas et Guillaume Canet (qui prend ici sa revanche car la belle avait refusé de jouer dans Mon idole). Avoir Géraldine Pailhas pour un premier film (et avoir eu la certitude qu’elle était la bonne personne pour ce rôle) relève du bon gout et de l’intelligence. Elle est Claire, une femme un peu paumée, un peu fragile et bousculée par la vie, qui se retrouve piégée par les services secrets, sommée de fournir des renseignements sur les activités son mari. Tout autant coincé que Vincent (Guillaume Canet), forcé de coopérer avec la DST sous peine de moisir en prison. Les second rôles sont tout aussi chouette : Hippolyte Girardot est un bon chef cynique et laconique de la DST, Stephen Rea est un directeur du MI5 débonnaire, Alexandre Steiger a un tout petit rôle mais toujours autant de talent.
Et puis il y a les lieux choisis. Londres et ses bas-fonds, les aéroports et leurs magouilles, les transports en communs et leur complexité… Plusieurs scènes ne servent pas directement le scénario mais une volonté de prendre le temps de regarder autour de soi au lieu de toujours foncer tête baissée. Les personnages sont maladroits et paumés, ils sont contraints de travailler avec les services secrets, ils ne sont même pas « agents » comme l’explique bien H. Girardot. Il est donc normal que leurs actions soient flottantes parfois, ils prennent des décisions sans vraiment avoir les clés pour réfléchir correctement dans les situations auxquelles ils sont confrontés. Ils ne sont tellement pas préparés qu’ils tombent amoureux…
Dans Secret Défense, Philippe Haim dénonçait déjà les rouages d’une administration qui n’utilise les humains que comme des pions et les balade à son gré comme sur un échiquier. Il n’y a pas d’alternative : on coopère ou l’on disparaît. Il n’existe pas de notion d’héroïsme dans ces missions, seulement de la soumission. Contrairement à Philippe Haim qui signait un film dynamique, N. Saada a choisit de mettre en relief l’inactivité : ces pions passent 90% de leur temps à attendre et le reste à mentir et souffrir. Il est donc parfois difficile de ne pas souhaiter avoir un bouton « avance rapide », parce que personne n’aime vivre ces moments d’incertitude. Mais il est tout aussi plaisant de ne pas avoir ce bouton, d’avoir un film qui prend son temps, ne bâcle pas les plans.
Un premier film plaisant, mais on attend un second film plus rythmé pour ne pas devoir classer Saada dans la case des « irrécupérables des Cahier du cinéma ».
Note : 7/10
Are we Brothers ?, No and the Maybes, scène indé danoise, Spot on denmak #2, The Blue Van, Vincent Van Go Go
In Chroniques Concerts on janvier 30, 2009 at 10:16
Rock, Funk, Soul / Groupes danois / 27/01/2009
Après l’engouement autour des groupes suédois, voilà que l’on teste la qualité des scandinaves voisins. Nous avons nos Transmusicales chaque hiver, ils ont leur SPOT chaque été. Le cru 2008 est de bonne qualité et a été présenté suivant une articulation intelligente entre les groupes (ce n’était pas le « fourre-tout » de la découverte).
No and the Maybes : assurément mon groupe favori de la soirée (non par la qualité mais pour l’univers musical), ce trio pop-rock possède quelques perles à son répertoire, notamment Monday qui mêle douces mélodies structurées par des chœurs au timbre froid et une rythmique ultra-basique. Les textes sont dans l’ensemble assez comiques, ce qu’on attendrait pas forcément venant de trois grands danois dont les visages n’expriment que très peu d’émotions. Rien de très novateur mais le tout est terriblement efficace.
The Blue Van : deux minutes d’écoute de ce quatuor suffisent largement à vous rappeler de quelle origine sont les groupes ce soir là. Ces quatre vikings surexcités sautent partout, grimpent où ils peuvent, gesticulent et produisent un rock nerveux et mordant tout droit sorti des early 70’s.
Are we brothers ? : et sont-ils bien danois ? telle est la première question qu’on se pose en voyant surgir une splendide boule afro et lorsque les premiers accords sont joués. Leur rock chatouille la power pop et le show évolue doucement vers du ska. Une énergie assez incroyable se dégage du quatuor, pas de doute qu’ils arrivent à réchauffer les scènes danoises même au plus profond de l’hiver. Jetez une oreille à Come around, vous comprendrez de quoi je parle.
Vincent Van Go Go : Rien de plus logique de terminer la soirée par une belle soul funk. Même première impression que pour le groupe précédent, on ne s’attendait pas entendre de telles sonorités à une soirée danoise. C’est pêchu, c’est dansant… et là, le problème reste qu’on est à Paris et que personne n’ose onduler sur toutes ces bonnes vibrations. Alors je quitte les lieux.
La scène danoise a encore des surprises intéressantes à nous proposer donc, The Raveonettes et Efterklang ont des collègues qui ne vont pas tarder à déferler à leur tour… Une belle initiative et une bonne soirée. La suite, la suite !
Note : 7/10
Arnaud Cathrine, Florent Marchet, Frère Animal, L'Européen, Nicolas Martel, Valérie Leulliot
In Chroniques Concerts on janvier 29, 2009 at 12:56
Chanson, ballade, folk / quatuor français / 26/01/2009
Lorsque Florent Marchet s’associe à Arnaud Cathrine pour écrire un bouquin, c’est une bonne idée. Lorsqu’ils décident de le chanter, accompagné par Valérie Leulliot et Nicolas Martel, ça donne encore plus de consistance au projet. Cependant, cela ne suffit pas tout à fait pour produire le chef d’œuvre : où est le problème ?
Sur la partie texte, rien à redire, c’est poignant, c’est intelligent (et intelligible), c’est émouvant bien qu’un peu glauque (états d’âme et suicide d’un jeune homme de vingt ans qui rêve d’échapper à la seule industrie du coin), c’est amusant… Arnaud Cathrine écrit bien, est un véritable écrivain et ça se sent. Florent Marchet et Arnaud Cathrine partage leurs expériences similaires d’enfance dans des bleds moroses, d’ennui et de mise à l’écart à l’école (pas le physique ni l’intellect des joueurs de foot), il était donc logique que ces deux là finissent par se rencontrer et coopérer.
Leurs acolytes sur scène ? Rien à redire non plus. Si je n’apprécie pas Valérie Leulliot en solo, elle a parfaitement trouvé sa place ici. Quand à Nicolas Martel, ses courtes chorégraphies agissent comme des respirations bienvenues dans ce spectacle angoissant et torturé.
Musicalement ? Nous y voilà… Les quatre protagonistes de ce spectacle sont tous doués musicalement : guitare, banjo, piano, synthé, batterie, rythmiques, clap-clap… ils jonglent avec dextérité entre les instruments. Sauf que… Florent Marchet aime les mélodies déprimantes, il les aime un peu trop au point qu’on n’entend plus que ça sur scène. Les accords sont souvent les mêmes, les timbres de voix sont monocordes, allant jusqu’à se confondre. On assiste à Frère Animal et on a l’impression d’entendre Rio Baril avec d’autres paroles… et du coup on s’ennuie ferme et on compte les minutes. Le passage le plus dynamique et sympathique arrive dès le second titre, La chanson du DRH, interprétée par Arnaud Cathrine.
Alors évidemment le public de ce soir là ne partagera pas mon avis puisqu’il était conquis d’avance : pour l’essentiel des amis des artistes et des trente-quarantenaires Télérama-bobos-Je viens à un concert comme au théâtre : pour digérer, bien engoncé dans mon fauteuil et en applaudissant mollement. On va me reprocher d’être dure envers eux, de jeunes artistes qui représentent un avenir de la scène française… Je répond simplement non, puisqu’en trois album Florent Marchet n’a pas su se renouveler ; non car je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent que la scène française soit dominée par la dépression et le chant mou et sucré comme un caramel au beurre salé.
Frère Animal est un beau spectacle, à ne voir qu’une fois c’est amplement suffisant.
Note : 6,5/10
bande dessinée, Chabouté, noir et blanc, Tout Seul, Vents d'Ouest
In Chroniques Littérature on janvier 26, 2009 at 3:41
Bande dessinée / France / Vents d’Ouest / 2008

Il était une fois un homme qui n’avait jamais foulé la terre car il était né dans un phare, petit îlot perdu au milieu de la mer. Il était une fois un homme exclu de la société par ses parents car il ressemblait à un monstre et pour qui on n’avait même pas pris la peine de lui donner un prénom et qu’on appelait « Tout Seul ». Il était une fois un homme qui n’avait pour seul compagnie un dictionnaire et pour seul point de repère temporel le passage du ravitaillement une fois par semaine. Tout seul raconte tout cela, mais sans les mots.
Un trait précis, le tout en noir et blanc, en 368 pages Chabouté explore le sujet de l’isolement. Qu’il soit volontaire (protection du regard des autres), obligatoire (prison), bavard ou muet (mutique), les frontières qui en définissent le type sont toujours infimes (les parents du monstre ont choisi son isolement, n’est-ce pas alors une prison pour lui ?). En économisant beaucoup de mots, Chabouté montre par les dessins touts les non-dits du sentiment de solitude, ses peines mais également ses joies (dialogues muet avec son poisson rouge). Le déroulement de cette bd rappelle beaucoup celle d’un film, ou l’on alterne plans larges et zooms. L’intrigue est chaotique, rythmée par de grands coups de « BOUM ! » et de pages blanches, tels des actes de théâtres.
Ce travaille remarquable et son sujet sont très émouvant, on le lit d’une traite, plusieurs fois s’il le faut et on ressort chamboulé, le poids des dessins peut parfois valoir celui des images, des mots, des maux… On ne peut regretter que la fin bien qu’on ne puisse pourtant pas en imaginer d’autre sans frémir…
Note : 9/10
electro-hiphop, maroquinerie, Naive New Beaters, setliste
In Chroniques Concerts on janvier 24, 2009 at 12:40
Electro- hip-hop / trio français / 22/01/2009
Salle comble pour le jeune trio aussi américain que je suis suédoise. Après avoir découvert ces loustics loufoques pendant les Transmusicales de Rennes, j’avais hâte de découvrir ce que pouvait donner leurs concerts.
Déjantés. Voilà la première impression qu’ils m’avaient donné lors de leur interview… Fringues ringardo-70’s (tricots et paillettes), fond de scène avec des miroirs (« qui nous a coûté une blinde à rapporter des states »), machine à fumée… Sur scène ils sont tout aussi fantasques, mais semblent s’en tenir à ligne de conduite bien définie. Les blagues semblent un peu préparées, les dérapages un peu calculés…
Côté zique, le mélange de l’électro au gros flow hip-hop fait toujours autant recette sur leurs titres phares LA et Bang Bang. Le reste est super dynamique, ultra-dansant, frais… mais pas très original, à vrai dire tous les titres se confondent un peu.
Après 3 rappels (« on vous en fait un 3e car le billet coûtait plus cher que celui pour la Boule Noire ») et deux heures de show, l’euphorie ne retombe pas, on rentre chez soi à reculons. Une excellente soirée, qui équivalait à 2h de sport (pourquoi payer un abonnement à une salle de sport ?), même si une fois la tornade passée, on s’aperçoit que ça n’a rien de fantastique… le principe même d’un bon buzz.
Note : 8/10

La Setliste du chanteur et ses antisèches pour les blagues à faire... pas très spontané tout ça !
b.o. films 80's, Hollywood mon Amour, L'Européen, Marc Collin, pop, reprises rock, setliste, Skye
In Chroniques Concerts on janvier 23, 2009 at 11:34
Pop-rock / Reprises de grandes B.O des films des 80’s / 21/01/2009

© Michaurel
Après avoir revisité la New Wave avec le projet Nouvelle Vague (qu’il continue d’ailleurs puisque le 3e album sortira cette année), Marc Collin s’attaque aux grands classiques pop-rock des films 80’s restés cultes : James Bond (For your eyes only, It ‘s wrong for me to love you), Top Gun (Take my breath away), Cat People (David Bowie), Purple Rain (When doves cry de Prince)… et même La Boum (Reality).
Mis à part le fait qu’il faille rester assis pour écouter tous les standards interprêtés par Katrine Ottosen (beauté froide, très grande, venue du Danemark dont les poses sur scènes sont des gravures de mode) et Dea Li (chanteuse ibérique de pop bas de gamme qui s’en sort bien mieux ici). Les reprises sont assez variées et curieusement, une fois épurée, sont parfois plus intéressantes que les morceaux originaux : Hero de Mariah Carey, normalement irritant, est présenté ici dans une version moins mélo et avec une orchestration plus tonique. Les musiciens (5) jouent très bien, ce qui n’est pas le cas des chanteuses qui en font beaucoup trop une fois sur deux mais semblent prendre néanmoins du plaisir. Le jeu de lumières très bien maîtrisé permet néanmoins de rattraper le tout. Le rappel avec Gostbusters est assez déjanté… même si on préfère l’original.

La setliste, avec fautes d'orthographe, c'est toujours plus classe...
Je reste donc sur une impression mitigée pendant les ¾ du spectacle jusqu’à l’arrivée de Skye pour 3 titres. Là, on reste simplement subjugué : la voix de Morcheeba enveloppe les tubes de Blondie (Call me – American Gigolo) ou David Bowie (This is not America – The falcon and the Snowman) dans des versions plus bluesy. Tout dépend donc de l’interprète…
Autre problème, si l’idée de faire des reprises en révisant chaque époque et genre musical peut paraître intéressante, on prend quand même un coup de vieux (la moitié des titres ne me touchent pas donc à l’inverse, je me sens jeune et je ne dois pas être le public visé) et ça perpétue un peu l’idée du rock « c‘était mieux avant » qui est tout de même assez horripilante (et qui explique pourquoi Rock n’Folk adore ces projets).
Note : 7,5 /10 sauvé par Skye
2009, bande dessinée, Bernar Yslaire, Eric Liberge, Exposition, Marc-Antoine Mathieu, musée du Louvre, Nicolas de Crécy
In Chroniques Expositions on janvier 22, 2009 at 2:37
Musée du Louvre – 22 janvier au 13 avril 2009

Officiellement, le Louvre ne peut pas accueillir d’œuvres d’art postérieures à 1860… Donc que viennent faire des bandes dessinées datant de 2005 pour la plus ancienne au milieu des fondations médiévales du musée ?
Après avoir galéré 20 minutes avant de trouver où se trouvait l’exposition (absolument pas fléchée), j’arrive dans une petite salle, où il n’y a pas de lumière et constituée de quatre séries de planches… Se ficherait-on de nous ? Incrédule, je trouve quelqu’un pour m’expliquer un peu le but de la démarche. On m’explique alors que les jeunes de moins de 30 ans ne viennent plus dans les musées et qu’on déroge à la règle officielle qui veut que le Louvre n’accueille que des vieilleries en les attirant en leur proposant des bandes dessinées dans lesquelles les œuvres du Louvre sont présentes. Le Louvre a lancé une opération en partenariat avec Futuropolis de création de bandes dessinées dont les intrigues se déroulaient sur fond de Louvre. Se sont prêtés au jeu : Nicolas de Crécy (Période glaciaire), Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu), Eric Liberge (Aux heures impaires) et Bernar Yslaire (Le Ciel au-dessus du Louvre). Je me marre…
1) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Certainement pas en leur proposant 4 pauvres planches mal éclairées et proprement inintéressantes puisque l’intérêt d’une bd, c’est qu’elle a un scénario et donc on aime pouvoir la lire en entier. Pour être pertinent, il fallait laisser des bds en libre lecture dans l’expo…
2) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Assurément pas en mettant les quelques planches exposées à hauteur d’adulte derrière une vitre qui vous balance le spot dans la figure, ce qui fait que vous ne voyez rien des planches. Le Louvre devrait s’inspirer du concept de Beaubourg qui crée des expositions spécialement à hauteur d’enfants. Il suffisait de mettre 2 hauteurs de planches, était-ce si difficile ?
3) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Indubitablement pas en ne demandant qu’à des auteurs de bds pour adultes de réaliser le travail. En dessous de 16 ans, on ne comprend rien ou presque aux contenus des bulles, on n’aime pas ou peu les dessins très travaillés… Le Louvre pouvait demander demander aux auteurs de s’adapter au public non ? Des planches de Zep ou Manu Larcenet n’auraient pas été malvenues pour démarrer cette initiative…
Et puis il faudrait être vraiment stupide pour ne pas penser au fait que si l’on veut attirer les jeunes dans un musée poussiéreux et gigantesque comme le Louvre, il faudrait qu’elle soit simple d’accès… Parce que devoir se taper 15 minutes de marche avant de trouver ce qu’on cherche, cela produit l’effet inverse : on arrive énervé à l’expo et on se dit que ce qui précédait était plus intéressant, parce que là on ne voit rien ! Il suffit de consulter le public visé avant de mettre en place une expo !
Et puis se pose aussi cette autre question : pourquoi les jeunes désertent les musées ?? C’est bizarre, moi et mes amis devons tous être des exceptions alors car nous y allons… De plus, je ne pense pas que forcer les gens à se rendre quelque part leur en fera apprécier le contenu. Je crois qu’exposer ces planches au Festival International de la BD d’Angoulême aurait par exemple été un choix bien plus judicieux : on vient à un festival de bds pour voir des bds, on aime un auteur, on aime un contenu, on se renseigne, on voit que cela se passe au Louvre, alors on se dit qu’éventuellement on irait bien un jour au Louvre pour rêver d’aventures géniales et rocambolesques, on aimerait bien aller s’inventer des histoires entre les statues grecques, des dialogues entre les personnages des tableaux… sauf que ça c’est prévu pour 2010 seulement ! La première fois que j’ai ouvert un album de B. Yslaire, j’avais 18 ans, c’était après un cours d’Histoire portant sur la Révolution de 1848… L’auteur m’a permis de mettre de (très belles) images sur des faits et j’ai parfaitement retenu ce cours.
De même, je ne crois pas que permettre la gratuité des Musées pour les moins de 26 ans les attirera plus souvent dans ces lieux. En revanche je crois en la multiplication des visites en classe avec des guides dynamiques – pas besoin de faire l’historique du tableau on s’en tape un peu, ce qui importe c’est de comprendre pourquoi telle ou telle suscite ou non un intérêt en nous, j’ai trop souvent eu des visites barbantes où l’on nous dictait ce qui était beau ou non, intéressant ou pas… – et ce, dès l’âge de 3 ou 4 ans. On ne laisse pas assez parler les jeunes dans les musées, c’est à eux d’exprimer quelque chose et non l’inverse !
Voilà tout ce qui me passe par la tête lorsque je traverse le Louvre dans le sens inverse pour trouver la nouvelle décoration d’un mur + 2 sculptures par Anselm Kieffer (2007). Crochet par les Delacroix au 2e étage, ils sont dans un état pitoyable, le spot se réfléchit une fois de plus en plein dans l’œuvre, on ne voit rien. Les personnages du Mariage juif au Maroc n’ont plus qu’à pleurer face à un tel craquellement de leur toile. La culture se porte super bien en France…
Pas de raison de faire le déplacement au Louvre pour cela, ouvrez une bonne bande dessinée à la maison à la place…
Note : 3/10
Flairs, Fugu, maroquinerie, Syd Matters, Tahiti Boy and the Palmtree family, Third Side Records
In Chroniques Concerts on janvier 22, 2009 at 11:49
Pop, folk, rock / groupes français / 20/01/2009

La SetListe du soir, par Syd Matters
Third Side Records fêtait ses 7 ans d’existence pendant 2 soirs à la Maroquinerie, et pour l’occasion, avait réuni la quasi-intégralité de ses petits protégés. En ce premier soir, me souvenant de la soirée de lancement de l’album de Tahiti Boy and the Palmtree family au Point Ephémère (29 mai 2008), je m’attendais à trouver une salle comble d’ultra-bobo-folkeux parisiens. Eh bien il n’en était rien : salle à demi pleine, public calme mais blasé à la parisienne quand même et groupes sympathiques.
Fugu : c’est « mimi » dirait-on : frais, simple, pas trop mal joué, pas trop mal chanté… mais rien de très original… attendons qu’ils mûrissent.
Flairs : J’étais intriguée par leur titre Better than Prince et voulait les voir sur scène pour juger de la chose. 3 hommes, plus tout jeunes, plutôt doux et tranquilles. Le clavier est marrant et semble prendre beaucoup de plaisir sur scène, le chanteur/guitariste est complètement drogué et s’énerve de ne pas trouver de médiator, le batteur est concentré… Le tout est dansant, amusant, en anglais un peu écorché. J’attends de découvrir l’album !
Tahiti Boy and the Palmtree family : Bon alors la dernière fois, Tahiti Boy et toute sa clique n’avaient pas été exactement à la hauteur de mes espérances. Cette fois, il y eu du travail et ça se sent ! D’abord il y a eu incontestablement des efforts en matière de chant, car Tahiti Boy est bien gentil, a de belles idées, de très chouettes projet mais… chante comme une casserole. Du coup, quand les autres chantent avec lui ou à sa place – notamment lorsque Jonathan de Syd Matters s’y colle sur Who knows ? - c’est vraiment chouette, mais lorsqu’il prend le micro c’est un peu limite… Enfin, on sent les progrès de Tahiti Boy en la matière, même le chanteur de Revolver est audible : Brooklyn ou Not only for the weekend sont de beaux titres à présent. Pour ce qui est des mélodies, c’est toujours aussi bien, grandement influencé par les Beatles (surtout 1973). Quand à l’ambiance, il s’agissait d’un anniversaire donc cotillons, paillettes et colliers de fleurs hawaïennes étaient au rendez-vous, l’ambiance était agréable.
Une belle soirée, on souhaite bonne continuation à Third Side et ses recrues.
Note : 7,5/10
2009, Ballade, Baschung, chronique, disque, premier album, rock, Sammy Decoster, Tucumcari
In Chroniques Musique on janvier 21, 2009 at 11:38
Rock et ballade franco-américaine / 2009 / Barclay
Il y a 2 ans je découvrais l’EMB-Sannois (salle géniale, je ne me lasserai jamais de le dire) et sur scène un jeune homme, un peu hésitant, un peu maladroit, qui semblait néanmoins ne faire qu’un avec sa guitare… et terriblement émouvant ! Parce que voilà, la chanson française ce n’est pas mon très grand dada, mais il y en a quelques uns capables de me toucher. Et puis, d’un coup, plus rien, coupure de son, plus de Sammy… jusqu’aux Transmusicales 2008 et la sortie de son premier disque.
Pendant ¾ d’heure, le premier album de Sammy Decoster vous embarque dans un road-movie (à la fois en voiture, en bus et à cheval) un peu mélancolique à travers les états d’âmes de ce jeune chanteur. Rien de pleurnichant, rien de gnan-gnan, non, seuls les textes laissent transparaître une douleur lancinante. Les mélodies elles, restent entrainantes, alternant doux arpèges de guitare acoustique et chœurs (Venaco), de piano désaccordé (Mon dernier rêve), scie hurlante (Tu me hantes), ou banjo (Savannah Bay), avec des passages plus nerveux guitare-batterie (L’Exil). Le tout est extrêmement dynamique, dansant et émouvant. Que dire de la voix ? Sammy nous annoncerait qu’il s’est fait greffer les cordes vocales d’Elvis que cela ne nous étonnerait pas. Donc nous voilà transportés au Nouveau Mexique par un jeune français qui revisite le(s) rock(s) à l’américaine tout en chantant en français… à mi-chemin entre Memphis et Los Angeles.
Mais la cerise sur le gâteau, c’est bien la beauté des textes. Cela ne m’avait pas frappé auparavant, mais à présent qu’on prédit macabrement la fin imminente du génial M. Bashung, voilà enfin quelqu’un qui serait digne de lui succéder, qui aurait la classe et la carrure pour continuer de tracer une route que je ne souhaite pas voir s’arrêter en 2009 (au moins jusqu’à ce que je le vois en concert). Fantasques, emplis de spleen et faisant fondre le cœur, c’est ainsi que j’ai toujours considéré les textes de M. Bashung. Sammy Decoster peut relever le défi : il crève de trouille à Tucumcari, voit le reflet de l’homme qu’il n’est pas lorsqu’il se regarde dans les yeux (une histoire qui s’achève sur un grand champ de Colza, c’est un choix), met le « feu au couple » et part se suicider à Hawaï, discute avec Satan de ses rêves, quitte tout sans dire Adieu et reste hanté par tout ce qu’il a laissé en plan.
Sûrs de nous, on a attendu Sammy Decoster, on l’a attendu 2 ans et ça en valait la peine. Il revient avec un premier opus poignant, très bien fini (signer directement chez Barclay n’est pas donné à tout le monde) et il est prêt à prendre sa place dans le paysage de la chanson française : la meilleure. Bon vent joli cœur !
Note : 8 ,5/10
Retrouvez cette chronique sur Novorama
2009, Arch Woodman, autoproduit, chronique, disque, Drapped Horse Blue Licorne Argentée Feather Blue, Syd Matters
In Chroniques Musique on janvier 19, 2009 at 11:38
Folk-rock / Groupe français / 2009 / Autoproduit
Tombée sous le charme au Nouveau Casino, voilà enfin l’album d’Arch Woodman. Et force est de constater que ce qui m’a surprise et convaincue sur scène se retrouve tout autant dans l’album.
Alors en voyant le titre de ce premier disque, on pourrait que le jeune se la joue supra-arty-hype-machin-chouette à la parisienne… Mais non, l’opus est certes soigné, mais pas alambiqué pour autant. D’ailleurs les titres ont des appellations très simples, eux. Et puis il n’est pas parisien mais breton. Et comme dit le proverbe : Tout est bon dans le breton !
L’ambiance légèrement mélancolique, créée à l’aide d’une guitare, d’interventions ponctuelles d’instruments à vent, de carillons et d’une voix feutrée qui accompagne le tout pour mieux mettre en valeur les mélodies entrainantes, parfois même étourdissantes. Le soutien d’une voix féminine sur We were Hunters, Penfriends ou Horse Trapper est bienvenu. Slowly singing, pièce maîtresse du disque avec ses 12 minutes, est une belle synthèse des évolutions à la fois calme et plus nerveuses dont est capable le jeune groupe.
Le disque totalise 38 minutes, et chaque seconde a ici a toute sa place pour une raison simple : Arch Woodman est perfectionniste. Car il s’agit bien de qualité ici, les voix et les rythmiques s’effacent au profit d’arrangements soignés, on reconnaît un amoureux du son avant tout. Il y a quelques années, on avait fait les mêmes remarques à propos d’un certain Syd Matters… vous saisissez ? Souhaitons à Arch Woodman autant de succès que ses aînés (Pokett, Do Make Say Think sont aussi des références perceptibles tout au long de l’opus). L’année 2009 commence en douceur et en beauté.
Note : 8/10
2009, Danny Boyle, film, Jamal Malik, M.I.A, Slumdog Millionnaire, synthèse cinématographique
In Chroniques Cinéma on janvier 15, 2009 at 12:10
Film anglo-indien / tragi-comédie / 2009
Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario et Meilleure musique originale… Je ne prête d’ordinaire pas attention aux prix cinématographiques mais cette fois, ces quatre récompenses aux Golden Globes m’ont fait réviser le jugement hâtif que j’avais de Slumdog Millionnaire : la bande annonce et l’affiche font penser à une success-story sans intérêt, ce film est bien plus que cela, c’est une synthèse inédite de deux grandes traditions cinématographiques.
D’un côté le cinéma occidental avec Danny Boyle, ses plans réfléchis et sombres, ses scénarios évoluant dans des mondes illégaux (meurtres, drogues…), sa vision au vitriol d’une société corrompue et décadente… De l’autre, la tradition du chant et de la danse pour habiller des scénarios Harlequin (Deux jeunes s’aiment, mais l’un ou l’autre et promis à quelqu’un d’autre, ils se déchirent et se morfondent pendant des heures avant que tout finisse pour le mieux dans le meilleur des mondes), des films fleuves (3h30 en moyenne), des plans colorés et réalisés rapidement.
Slumdog Millionnaire réussit la synthèse difficile d’intégrer toutes ces caractéristiques. Cela donne un film au scénario à première vue très pauvre, mais qui retrace finalement les 20 dernières années de la vie trépidante de Mumbaï (ex Bombay) à travers les souvenirs d’un jeune homme issu des bas-fonds de la ville et en passe de gagner 20 millions de roupies (ce qui équivaut à 300 000 euros). Ca a l’énergie et la joie des films indiens, tout en retraçant des événements violents, mafieux et tragiques. La durée du film, 2h, est un compromis parfait : ni trop, ni trop peu, on ne s’ennuie pas une seconde pendant une scène romantique, on ne se lasse pas des échanges de coups de feu … Les liaisons introduisant chaque souvenir de l’orphelin Jamal Malik sont habiles. La scène finale de danse en couple et en tableau, à 15 ans d’intervalle est la touche Bollywood qu’il eût été dommage d’oublier. Le choix judicieux de confier la bande-son à des musiciens ayant eux-mêmes impulsé cette volonté de synthèse culturelle, notamment la belle et talentueuse M.I.A., parachève l’œuvre.
Ce qui est fascinant c’est que rien ne semble laissé au hasard alors que tout le film l’est. Mumbaï vit d’elle-même, le scénario se construit et s’étoffe seul, sans aide. L’alternance des plans plus ou moins larges rend compte de cette gigantesque fourmilière en perpétuelle évolution. L’intelligence de Danny Boyle a été de laisser les locaux s’emparer du film : seuls 10 occidentaux auront travaillé à ce projet. Les acteurs ne sont pas parfaits mais simplement égaux à eux-mêmes.
2009 commence avec un coup de cœur, un film qui reconnaît et ouvre les bras à l’Inde comme grande puissance artistique de ce monde. Ces quatre Golden Globes sont plus que mérités.
Note : 9/10
Albert Hammond Junior, Binki Shapiro, Fabrizio Moretti, Little Joy, Los Hermanos, maroquinerie, Rodrigo Amarante, The dead trees, The Strokes
In Chroniques Concerts on janvier 14, 2009 at 11:36
Pop – Folk / USA / 13/01/2009
Voilà des semaines qu’on nous rabat les oreilles avec Little Joy, en nous présentant l’affaire comme le projet solo du batteur des Strokes. Officiellement la formation compte trois membres : Fabrizio Moretti (batteur de The Strokes), Binki Shapiro et Rodrigo Amarante (pilier de Los Hermanos). Mais sur la scène de la Maroquinerie ce soir là, ils sont entre 5 et 8 suivant les titres. Et c’est tant mieux car sinon le groupe ne tiendrait pas la route.
Tout d’abord, corrigeons immédiatement la présentation de Little Joy, il s’agit plutôt d’un nouveau projet de Rodrigo Amarante. Car c’est bien lui qui tient le groupe. Au centre de la scène, il introduit le show par un solo de guitare et chante en Portugais. Il joue bien, il chante d’une voix bossa nova qui fait frissonner l’échine, il impulse le rythme à l’ensemble des musiciens… sans lui, ce serait le grand n’importe quoi.
Car pendant ce temps là que fait Fabrizio Moretti ? Il fait sonner son portable sur scène (et flingue l’acoustique), raconte des connerie inintéressantes et flatte les midinettes du premier rang comme un vulgaire crooner de seconde zone, fume clope sur clope car forcement il doit penser que c’est plus classe et que ça fait rebelle (il aime ponctuer ses phrases de fuck, quelle originalité vraiment !)… Et surtout, il a l’idée saugrenue de jouer de la guitare alors que ce soir là le groupe en compte quatre autres qui sont plus doués que lui !
Quant à Binki Shapiro, on n’a pas besoin de sous-titres pour comprendre qu’elle est là juste parce que c’est la copine de F. Moretti. Elle n’interprète correctement que deux titres, pour le reste, elle n’a pas de voix, pas de souffle et elle est trop occupée à boire des bières (et s’en mettre plein la robe, classe !).
Les musiciens supplémentaires sont notamment les membres de la première partie de l’ensemble de la tournée européenne de Little Joy : The Dead Trees, plutôt mimi, plutôt bons musiciens et heureusement plutôt modestes, ce qui contrecarre l’attitude de gosse pourri gâté de Moretti. L’ensemble est très doux, un peu trop uniforme et vraiment pas novateur… Sur 45 minutes de spectacle, seules les 20 dernières commencent enfin à être intéressantes : Keep me in mind et How to hang a Warhol sentent The Strokes à plein nez, ce qui correspond mieux à Moretti. Le clou du spectacle est surement le rappel désastreux ou Moretti déclare super fier de lui que d’habitude ils ne font pas de rappels, mais que comme on est la meilleure salle qu’ils n’ont jamais vu, ils vont jouer un titre qui ne leur appartient pas car ils n’ont plus rien à jouer. Extrêmement pro et novateur ça…
Donc pas besoin de s’exciter comme des puces à l’idée de voir Little Joy, le projet solo d’Albert Hammond Junior s’en sort mieux. Cependant Little Joy s’écouterait beaucoup mieux s’il n’y avait pas Moretti à trainer comme un boulet… Vivement la reformation et le nouveau disque annoncé pour 2009 des Strokes, que Moretti reprennent sa place derrière une batterie et se taise enfin !
Note : 6,5/10
2008, bande dessinée, Eva Mendès, film, Frank Miller, Octopus, Samuel L Jackson, Sand Saref, Scarlet Johansson, The Spirit, USA, Will Eisner
In Chroniques Cinéma on janvier 13, 2009 at 4:04
Film US / bande dessinée de super héros / 2008
The Spirit, ombre justicière, ou Denny Colt, simple lieutenant de police, est né de l’imagination et des dessins de Will Eisner au début de la Seconde Guerre Mondiale. C’est un des rares super-héros à être issu de la classe moyenne (Batman est un riche héritier, Superman est un prince venu d’une autre planète…). C’est aussi un être qui a perdu son enveloppe charnelle, il est mort alors que les autres super-héros sont invincibles. Lorsque Frank Miller décide d’adapter la bande dessinée du Spirit, on se dit qu’il y a matière à réaliser un travail de toute beauté, une complexité du personnage à étoffer et exploiter. Mais au lieu de cela, on a droit à un film hollywoodien qui mise sur un casting de stars et des images de synthèses alambiquées…
Disons le d’emblée, si Samuel L. Jackson n’interprétait pas le méchant Octopus, le film serait du niveau de l’adaptation pitoyable de Daredevil (incarné par un Ben Affleck affligeant et dont Frank Miller était scénariste). Donc le seul atout d’avoir choisi quelques stars pour ce film réside dans la prestation de Samuel L. Jackson, bien que son rôle ne fasse pas honneur à la série d’Eisner puisqu’on ne devrait jamais voir autre chose que les mains gantées de ce personnage. Eva Mendès, incarnant Sand Saref l’amour de jeunesse du Spirit, remplit comme elle peut le rôle bancal qu’on lui fait incarner mais ne convainc pas. Mais la palme du mauvais gout reviens à celle qui incarne Silk N Floss, je trouvais déjà Scarlett Johansson mauvaise actrice et chanteuse imbuvable, cette fois c’est définitif, elle est risible. Il est d’ailleurs à parier que ces tasteless d’Inrocks auront aimé le film pour la raison même pour laquelle je ne l’ai pas aimé.
Ensuite, faire une réinterprétation de la bd grâce aux images de synthèse pourquoi pas, mais il faudrait réfléchir un minimum avant d’opter pour un « tout fond vert ». Lorsque Frank Miller dirigeait Sin City, non seulement il adaptait son propre travail et risquait moins d’en trahir l’esprit de départ, mais surtout il était entouré de bons réalisateurs comme Q. Tarantino, qui l’aidèrent a créer un ovni cinématographique : une bande dessinée animée et filmée. Cette fois, la scène aquatique d’Eva Mendès pue le jeu vidéo, les scènes de batailles avec plein de flingues sont stériles, les dialogues sont dignes de spot publicitaires… Seules les scènes en noir et rouge où le Spirit parcoure la ville par les toits sont vraiment plaisantes, mais là ce ne sont que des scènes en 2 dimensions… et on ne construit pas intégralement un film là-dessus.
The Spirit est déplorable, il y a fort à parier que le second volet de Sin City ne vaudra pas la peine d’être vu. Un film à voir si l’on a du temps à perdre et un verdict définitif cette fois : Frank Miller devrait se contenter de faire ce pour quoi il est doué : des bandes dessinées et non des films.
Note : 4/10
Berlusconi, Giulio Andreotti, Gomorra, Il Divo, Italie, Sorrentino, Toni Servillo
In Chroniques Cinéma on janvier 12, 2009 at 2:04
Film italien / biopic / 2008
L’année 2008 aura été plutôt pauvre, cinématographiquement parlant. Parmi les nombreux biopics que l’on nous a proposé, Il Divo sort largement du lot. Rassurez-vous je ne vais pas vous parler d’un film à propos de la carrière d’un quatuor capable de vous faire saigner les oreilles, mais bien du film qui retrace la carrière politique de Giulio Andreotti, omnipotent italien depuis son gouvernement des années 80 à son implication mafieuse.
G. Andreotti a occupé la majorité des postes de ministres (Défense, Intérieur, Finances, Trésor, Industrie et Commerce, Budget, Affaires Etrangères…), a été Président du Conseil des Ministres 7 fois et nommé Sénateur à vie (six personnalités italiennes seulement ont eu ce privilège). Au pouvoir lors de l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (ils appartenaient au même parti politique, la Démocratie Chrétienne), il restera sourd à tout appel de Moro, ses proches et même du Pape. A partir de 1992, des accusations et procès pour liens avec la Mafia et d’assassinat d’un journaliste commencent à tomber, il en ressortira toujours blanchi. Berlusconi vous fait peur ? Il a de qui tenir !
Le film de Paolo Sorrentino est d’une pertinence et finesse de grande qualité en cela qu’il retrace la vie d’un homme omnipotent, imbuvable, égoïste et insensible tout en ne plongeant pas dans un portrait monotone et terne. Non, on rie dans ce film. Le tout est dynamique grâce à la qualité de la photo et de la réalisation. L’interprétation du « Dieu assimilé » par Toni Servillo, qui jouait également dans Gomorra, est époustouflante : gestuelle, phrasé, démarche… tout y est.
Aujourd’hui le peuple d’Italie est dans les rues, tentant de défendre quelques acquis démocratiques face à un colosse dévastateur, Berlusconi. L’histoire se ressemble pour ainsi dire… Sorti en France le dernier jour de 2008, Il Divo marque la nouvelle année à venir de son sceau : tremblez carcasses, car si l’on ne réagit pas très prochainement en France, nous pourrions bien ne plus rien avoir à envier à nos voisins.
Ordonnance : « film à voir en début de soirée, après un repas léger permettant aux neurones de correctement fonctionner. A faire suivre d’une bonne marche vivifiante dans le froid et d’une lecture d’approfondissement du sujet. ».
Note : 9/10
Bergson, Braque, Centre Georges Pompidou, cubisme, Exposition, futurisme, Giacomo Balla, Manifeste du futurisme, Marcel Duchamp, orphisme, Paris, peinture, Picasso, Umberto Boccinoni
In Chroniques Expositions on janvier 10, 2009 at 7:10
Centre Georges Pompidou – Paris – du 15/10/2008 au 26/01/2008
Il n’est rien de stable, tout est mouvant, tout est lié à la fois à la sensation et au souvenir, à la pensée et à la perception… C’est à peu près comme cela qu’on pourrait résumer l’avis de Bergson sur le monde qui nous entoure. C’est sur ces acquis que se basent les futuristes lorsqu’ils proclament leur Manifeste du futurisme.

- The city rises, 1910, U. Boccioni
Lorsque paraît le Manifeste à la une du Figaro en 1909, la France connaît les débuts du cubisme, art pictural radicalement différent du futurisme en cela qu’il tend vers une représentation par l’abstraction, de la pure pensée géométrique et mathématique, de la stabilité des formes (équilibre et symétrie). Vitesse, mouvement, couleurs. Telles sont les caractéristiques du futurisme (par opposition au cubisme qui tend vers des teintes en camaïeu de couleurs brutes, une appréhension sculpturale des choses). L’exposition consacre notamment une salle aux peintres futuristes italiens comme Giacomo Balla ou Umberto Boccioni.
Mais les œuvres les plus intéressantes selon moi sont celles qui tentèrent de faire une sorte de synthèse des deux mouvements artistiques. C’est le cas du Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp, représentation d’un être en mouvement dans des teintes sombres directement copiées sur G. Braque ou P. Picasso. L’Orphisme de Guillaume Apollinaire qui naîtra par la suite, « synthèse de la peinture pure et de la simultanéité », est également bien mis en valeur dans l’exposition.

Nu descendant un escalier, 1912, Marcel Duchamp
Il faut souligner ici les progrès qu’ont fait les créateurs d’expositions de Beaubourg dans la façon d’expliquer et faciliter la compréhension du sujet : sobre, pas trop complexe ni trop long… le temps des expositions aux sujets alléchants mais d’où l’on ressortait déçu tant l’organisation laissait à désirer (cf. Dada très mal structurée ou Los Angeles 1955-1985 : naissance d’une capitale artistique beaucoup trop dense) semble révolu. Cependant pour bien appréhender le sujet, on ne peut que conseiller d’aller jeter un œil à la collection permanente pour sa splendide Femme à la guitare de G. Braque.
Une belle exposition, fournie juste comme il faut, qui rend hommage comme il se doit à un mouvement artistique du XXe siècle occulté pour des raisons politiques (les futuristes louent le machinisme, dont les effets dévastateurs seront démontrés tout au long des grandes guerres ; ils étaient également pour l’essentiel anarchistes). Ce sont les dernières semaines de l’expo, il serait dommage de ne pas aller y consacrer une bonne heure et demie…
Note : 8/10
Ayo, concert, EMB Sannois, Folk, reggae, soul
In Chroniques Concerts on janvier 9, 2009 at 11:48
Soul – Folk – Reggae / Allemagne / 05/01/2009
Alors forcément lorsqu’on prononce le nom d’Ayo, en général les pupilles se dilatent et s’intéressent à ce que vous allez raconter. La jeune femme est belle, a du charme et une très belle voix. Oui mais voilà, cela ne suffit pas.
Sur scène, Ayo est entourée de quatre musiciens qui lui sauvent la mise. Le batteur, bien que malade (crise asthmatique), rythme l’ensemble avec brio, jetant sans cesse des regards complices au pianiste de l’autre côté de la scène. Le guitariste et le bassiste rattrapent pas mal de bourdes d’Ayo également, heureusement. Donc tant qu’Ayo a sa formation complète sur scène pour l’accompagner et les textes écrits par Patrice au lieu des siens, le spectacle est plutôt très chouette, chaleureux et énergique.
Là où les choses se sont corsées, c’est lorsque la belle s’est lancée dans un solo. Accumulation de bourdes, dix minutes pour réaccorder sa guitare, histoires débiles et inintéressantes… une légère crispation commençait à être perceptible sur ses jolies fossettes.
Le spectacle aura duré deux heures, dont 45 minutes un peu fatigantes, plusieurs titres étant mélodiquement très redondants. Je crains que la demoiselle n’ait été propulsée un peu trop vite sur de grandes scènes, espérons pour elle que ses dates à l’Olympia seront à la hauteur du lieu…
Note : 6,5/10
2008, Dominique Rossi, Gallimard, La meilleure part des hommes, Leibowitz, premier roman, roman français, Tristan Garcia, William Miller
In Chroniques Littérature on janvier 8, 2009 at 12:05
Roman français / 2008 / Prix de Flore

J’ai réfléchi à deux fois avant de publier ma première chronique de 2009… Et finalement le choix d’écrire sur le premier roman d’un jeune auteur français m’est apparu évident et nécessaire. Parce que oui il existe encore en France des êtres humains pas trop abrutis par les médias, capables d’analyser les situations et de rêver et faire rire dans un monde à tendance cynico-dépressif.
Tristan Garcia a 27 ans, publie un premier roman, chez Gallimard de surcroit et rafle un prix de Flore très mérité. Il narre une époque qu’il n’a pas vécu, les années SIDA dans la communauté homosexuelle française des 80’s, c’est déjà ambitieux. Mais il se paye également le luxe de faire un récit à la première personne à travers un personnage… féminin. Chapeau bas.
Je dois reconnaître que j’ai du mal à apprécier la littérature française contemporaine ces dernières années pour une raison simple : c’est écrit avec les pieds, ça raconte des histoires sans intérêt et les gens en raffolent (ce qui n’aide pas à se faire publier des auteurs talentueux). Ma dernière déception ? Impossible de dépasser les 20 premières pages de Saad Saad (Eric Emmanuel Schmidt) tant l’écriture laisse à désirer (niveau 3ème et encore je suis gentille). J’ai rapporté illico le bouquin dans son rayonnage de la librairie et lui ai choisi un successeur bien plus intéressant, La meilleure part des hommes. Coup d’œil à l’écriture : diantre il sait rédiger en français, avec certes quelques tics de syntaxes un peu pénibles (virgules parfois à outrance) mais une fluidité et une retranscription du langage parlé assez fabuleuse :
« J’voudrais qu’tu m’prennes, tu vois, comme ça, sans capote, j’voudrais qu’tu m’fasses ça comme un bébé tu comprends ? J’voudrais qu’tu m’foutes ça dans le ventre, c’est comme un enfant qu’tu m’fais, non ? »
Pas de longueurs méritant d’être critiquées, pas de figures de style et abus de fioritures littéraires… non ce jeune homme a tout d’un bon.
La fiction maintenant : si l’auteur annonce en préambule qu’il s’agit d’une fiction et que toute coïncidence avec des personnes réelles serait fortuite, il sait pertinemment qu’il parle de deux hommes clés dans l’histoire de l’homosexualité française. Le partisan de la prévention et protection vis-à-vis du VIH d’un côté (Dominique Rossi alias Didier Lestrade, fondateur d’Act Up et de la revue Têtu), le fondateur du Barebaking – littéralement chevaucher à cru – de l’autre (William Miller alias Guillaume Dustan, décédé en 2005), contre-mouvement refusant de se protéger lors de rapports sexuels et voyant la transmission du SIDA au sein de la communauté homo comme un don (comme être enceinte pour un homme) et une révolte vis-à-vis du gouvernement politique – avec qui travaille les associations de prévention, le SIDA serait une manipulation politique pour mieux étouffer l’homosexualité. L’ouvrage met en scène un autre protagoniste écrivain (Leibowitz alias Alain Finkelkraut). Le tout est narré à travers le prisme d’une femme journaliste à Libé, Elisabeth, ami de Miller, collègue de Rossi et maîtresse de Leibowitz. Le premier opus de Tristan Garcia est divisé en quatorze chapitres, allant de la part de chacun à la meilleure part. Elisabeth retrace l’histoire qui a uni William et Dominique, pour le meilleur (ils ont vécu ensemble) et pour le pire (divergence des points de vue sur la façon de réagir face au SIDA, apologie de la haine par William). Le tout est si bien narré qu’on se demande quel parti adopter – parfois les propos de William sont réellement convaincants.
Tristan Garcia signe un excellent premier roman, on ne peut attendre la suite qu’avec impatience… Ce jeune auteur représente simplement un espoir important de “culture” dans une société qui tend à la platitude, l’uniformisme et l’indifférence générale.
Note : 9,5/10 (pour un premier roman bien entendu).