L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON – David Fincher

Film US / histoire d’amour improbable / 2009

Des langues mal renseignées diront que je prends systématiquement le contre-pied des avis habituels. Que nenni, j’essaie simplement de rendre compte d’autres avis dans le paysage culturel (le mien en l’occurrence). Mais concernant le dernier film de David Fincher, je ne pourrai que me ranger à l’avis de la majorité : ce film est un très bon long métrage. Bon, mais pas excellent.

Casting impeccable, effets spéciaux incroyables, fluidité des scènes… on pourrait longtemps y aller du compliment. Mais la vraie réussite de ce film tient plutôt au fait que pour la première fois, un réalisateur est parvenu à adapter et retranscrire l’œuvre de F.S. Fitzgerald, l’auteur le plus pessimiste et infréquentable de l’Amérique. Jusque là, dès qu’on abordait le sujet Fitzgerald, on nous ressortait les panamas, les costumes en lin et l’esthétique Minnesota sous la ségrégation raciale. Gatsby le magnifique n’a jamais réussi à sonner totalement juste (après 4 adaptations au cinéma et un téléfilm), Le dernier Nabab reste superficiel et Tendre est la nuit est du niveau Harlequin. Ce qui fait que David Fincher livre un film différent et bien plus juste, c’est qu’il a justement accepté de prendre des libertés avec l’œuvre et ce, grâce à Eric Roth.

E. Roth a transposé l’histoire d’un siècle (XXe au lieu du XIXe), déplacé l’intrigue à La Nouvelle Orléans au lieu de Baltimore, donné plus d’importance à l’intrigue amoureuse, seule reste la structure narrative à revers. Ce scénariste a l’habitude des intrigues du type de Benjamin Button, après Munich, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Memories of me ou Forrest Gump, il avait déjà approché tous les éléments nécessaires à l’adaptation de la nouvelle de F.S. Fitzgerald : l’amour, le bizarre, les souvenirs, les combats…

A la Nouvelle Orléans, une ville récemment dévastée par un ouragan, symbole de l’impuissance et l’indifférence des pouvoirs américains ? tiens…

A la Nouvelle Orléans, une ville en majorité de population noire lorsque précisément un homme nouveau vient d’être élu à la tête des USA et que l’intrigue veut que Benjamin Button soit élevé par une femme noire, après avoir été abandonné par son père blanc ? tiens tiens…

A la Nouvelle Orléans, une ville pour laquelle s’est investi personnellement Brad Pitt, alors qu’il se trouve justement être le héros de l’histoire ici ? ahah… on commence à comprendre :

un scénariste qui prend des libertés pour rendre plus vivant le récit ;

+ un réalisateur qui filme comme personne et qui a été capable d’adapter à l’écran un autre roman très controversé (Fight Club) ;

+ des acteurs fétiches qui sont capables du meilleur lorsqu’ils sont bien dirigés : Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond ou la très jeune, non moins captivante, Elle Fanning – 10 ans et 10 film.

= un très bon film, qui a su réutiliser toutes les qualités des films précédents de Fincher et Roth.

Note : 8/10

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