LA VENUS A LA FOURRURE @ Théâtre de la Colline

D’après l’œuvre de Leopold von Sacher-Masoch

Que reste t’il de Sacher-Masoch ? La même chose que du Marquis de Sade, un nom commun dans notre langue française. Le sadisme et le masochisme sont trop souvent opposés ou assimilés l’un à l’autre. Or il n’en est rien et la pièce de Sacher-Masoch adaptée par Christine Letailleur le démontre bien.

Séverin ou le suprasensuel, signe un contrat avec celle qu’il aime, dans lequel il s’offre corps et âme à sa maîtresse afin de réaliser son fantasme : qu’elle fasse de lui son esclave, le brutalise afin que ses souffrances lui procurent une jouissance suprême. En échange Wanda, sa maîtresse, se devra de porter de la fourrure le plus souvent possible.

Mise en scène minimaliste, réduite au plus important qui nous intéresse ici : un lustre, une cravache, des fourrures, un tabouret. Costumes très chouettes, notamment ceux de Wanda et de la Déesse (plastron métallique) et les bretelles de Séverin. Jeu d’acteur tout aussi simple, souvent suggéré, parfois poétique et statique.

Coté adaptation, beaucoup de libertés ont été prises avec l’œuvre originelle et c’est ce qui fait toute la force de la pièce. On y parle français, grec, polonais, allemand, on y chante… La manière dont les textes sont articulés est en revanche plus difficile à apprécier : sur-articulation pénible, temps mort entre chaque mot extrêmement fatiguant… mais tous les personnages ne le font pas, ce qui devient supportable.

La pièce comporte des trouvailles comme la suppression de passages trop romantiques, ou le fait d’éluder la morale de l’histoire (de la fin du texte original donc). Le masochisme et le sadisme sont toutes deux des perversions, à cela près que seule la première est consentie ouvertement et mutuellement. La première est romanesque et romantique voire niaiseuse, l’autre est cruelle, directe et parfois très douloureuse voire létale (ce en quoi, selon moi, la charte BDSM française ne tient pas la route puisqu’il y a assimilation des 2 termes).

Une pièce très bien réappropriée par celle qui s’était déjà attaquée à La philosophie dans le boudoir. Je suis curieuse de voir à quoi elle s’attaquera la prochaine fois !

Note : 8/10

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