Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour mars 2009

DEAR READER – Replace Why with Funny

In Chroniques Musique on mars 27, 2009 at 3:15

Trio sud-africain / Pop-folk / City Slang

Aperçus succinctement après moult problèmes techniques lors du Festival Alligator, Dear Reader, ex Harris Tweed, sort un premier album pour le printemps. Oui, pour une fois la coupe du Monde de football sert à quelque chose d’intéressant, promouvoir la scène musicale d’Afrique du Sud.

Originaire de Johannesburg, leur musique est pourtant à l’image de leur couleur de peau : blanche. Alors certes, Dear Reader n’est pas exactement ce à quoi on s’attend, point de musiciens noirs mais de jeunes adultes issus de l’émigration britannique. Oubliez Johnny Clegg également car les rythmes chauds de l’Afrique n’animent pas particulièrement l’opus. Seul le premier titre de l’album, Way of the World, laisse entendre quelques sonorités de la sorte.

Dix titres composent l’album, exclusivement chantés en anglais et emplis de références à la littérature classique anglaise. Charlotte Brontë aurait probablement trouvé comique de voir sa phrase leitmotiv de Jane Eyre, adaptée à un groupe de pop. La voix de Cherilyn MacNeil épouse les volutes sonores concoctées à l’aide de Brent Knopf, guitariste de Menomena. L’univers très poppy évoque essentiellement le thème classique de la déception amoureuse. Fort heureusement l’orchestration ne se cantonne pas à du piano-voix (Never Goes) mais est agrémenté d’envolées de batterie, de cuivres, carillons (Great White Bear), guitares un peu déglinguée (Out out out) et autres petites trouvailles qui font qu’on aime Menomena et qu’on s’intéresse maintenant à Dear Reader.

Il y a dans la rupture de sentiment (amoureux, amical, familial…), un moment paroxysme et paradoxal : lorsque la douleur et la tristesse sont si intenses que leur vibration en devient splendide. La voix claire et les chœurs de Dear Reader le traduisent bien. Dear Reader ou l’hommage de jeunes sud-africains à leurs racines : l’Angleterre. He oui, car finalement penser qu’on va écouter des noirs faire de la musique seulement parce qu’ils sont d’Afrique du Sud, c’est aussi un préjugé. L’Afrique n’est pas exemptée du phénomène de métissage. Un opus tout en douceur, idéal pour regarder s’ouvrir les bourgeons printaniers de ce côté du globe…

Note : 7,5/10

PETER BJORN AND JOHN @ Nouveau Casino

In Chroniques Concerts on mars 25, 2009 at 3:48

Groupe suédois / pop – électro / 24/03/2009

Concert de présentation du nouvel album de Peter Bjorn and John, la part belle était donnée aux nouvelles compositions. L’album m’avait laissé une excellente impression, le concert tout autant.

Habillage scénique sobre et graphique, plan de scène intimiste. Dresscode Noir et Blanc. Trio qui se change en quatuor pour leur tube Young Folks, les suédois occupent la scène avec entrain. Ils sont heureux d’être là, sourient de toutes leurs dents blanches, ça se voit et c’est vraiment agréable car les soupes à la grimace parisiennes sont parfois pénibles. Le public est très attentif donc calme, ce qui est agréable pour mieux pouvoir apprécier les toutes les petites subtilités du groupe : un clavier, 2 guitares, une batterie simplifiée (permettant de jouer debout comme les autres). Les titres faisant intervenir les 2 chants grave et aigu sont très réussies (J’aurais à ce titre aimé entendre Picasso). Les mélodies sont résolument pop et plus glacées que les opus précédents.

Comme je l’avais supposé, Nothing to worry about et Lay It Down sont les deux titres les plus dansants et entraînants qui ne vont pas tarder à succéder à Young Folks. Mais plusieurs autres titres sont tout aussi délicieux, notamment Living Thing qui a bien fait de donner son titre à l’album car un live de Peter Bjorn and John est réellement vivant, animé de cette ardeur calme (oui c’est un oxymore mérité) qui caractérise souvent les Suédois.

On ressort de là électrisé et apaisé à la fois, avec un sourire jusqu’aux oreilles et prêt à en découdre avec une piste de danse. L’abus de Peter Bjorn and John est recommandé pour la santé.

Note : 9/10

 

Set-liste :

1) Just the past

2) The Feeling

3) Lay It Down

4) It Beats Me Every Time

5) Nothing To Worry About

6) I Want You

7) Living Thing

8) Loosing my Mind

9) Let’s Call It Off

10) Objects Of My Affection

——

Fa Si La

Young Folks

Up Against The Wall

FREDO VIOLA – The turn

In Chroniques Musique on mars 25, 2009 at 11:02

Chanteur américain / pop / Because

Inconnu à mes oreilles il y a quelques mois seulement, Fredo Viola est devenu rapidement un de mes disques de chevet du moment. Rien de transcendant, rien de vraiment original, mais un opus pop frais et très agréable à écouter. Un disques pour les nostalgiques de la britpop des 70’s ? Pas seulement…

De la pop assurément. Et interprétée comme il faut. Claquement de doigts et de mains assurant la rythmique, cœurs dynamiques, flûte et carillon joyeux, orchestration classique (piano-voix-synthé,) et parfois un peu kitsch… Son timbre de voix fait tour à tour penser à Sigur Ross ou Peter Von Poehl (Friendship Is…, Robinson Crusoe), aux Beatles et Beach Boys (Red States, Moon after berceuse), voire à Mika (Puss).  Le premier titre The turn, qui a aussi donné son nom à l’album, est assurément le plus agréable, s’inscrivant dans la tradition un peu tombée en désuétude des Flying Pickets, impulsant un rythme assez lent et reposant, agrémenté de diverses sonorités vacancières : un café où l’on discute, des goélands guettant le retour de chalutiers…

Mais l’intérêt du disque est d’être régulièrement entrecoupé de titres plus inhabituels comme K thru 6, qui joue de distorsions de sons un peu angoissantes, ou les plus graves Death of a Son et Umbrellas rappelant les requiems et les chants traditionnels du nord de l’Angleterre.

Fredo Viola, dont le nom rappelle ce vieil instrument à vent, produit un très bel opus qui réalise une belle synthèse de héritage musical sur lequel se fonde la pop actuelle : musique de chambre du XVIIIe siècle, chœurs liturgiques médiévaux, mélodies planantes et entrainantes, sonorités aquatiques…

Et ce n’est pas tout, car il faut mentionner le splendide objet qu’est ce disque, accompagné d’un Dvd de montages vidéos de l’artiste tous plus réussis les uns que les autres, rappelant une fois de plus un temps révolu où l’on avait recours à des kaléidoscopes et autres rubans de photos pour créer le mouvement. A noter une très belle interprétation de ‘Silent Night’ avec le baryton norvégien Nils Christian Fossdal. Le livret n’est pas en reste, très soigné, orné de différents dessins rappelant le travail des moines copistes du XIIIe siècle.

Vous l’aurez compris, Fredo Viola est un artiste complet, qui tel un chevalier, a attendu the (right) turn pour nous conquérir… Reste à vérifier que la prestation scénique sera à la hauteur de cet opus.

Note : 8,5/10

ZONES HUMIDES – Charlotte Roche

In Chroniques Littérature on mars 24, 2009 at 12:15

Roman allemand / 2009 / 226 pages

A l’heure où le Pape débite des conneries plus énormes que le trou de la couche d’ozone à propos des pratiques à adopter en matière de sexualité, paraît en France Zones Humides, la traduction du best-seller allemand Feuchtgebiete. Premier roman d’une (encore) jeune femme, on y parle de pratiques sexuelles, en détails, sans ornements.

Helen Memel a 18 ans, trois ans de pratique de la sodomie et 2 ans de fréquentation du bordel (pour les relations homosexuelles), adore grignoter ses sécrétions vaginales et nasales et a un ami qui la rase intégralement chaque semaine sans rien lui faire d’autre car elle est trop jeune. Sinon elle s’est faite stériliser pour ne plus perpétuer la dynastie familiale, élève à la place des avocatiers dont elle prend soin notamment en se servant régulièrement des noyaux en guise de boules de Geishas, elle déteste les maniaques de l’hygiène et s’amuse à faire des expériences sales. Enfin, elle a des hémorroïdes et se fait opérer, avec l’espoir secret que ses parents divorcés se remettent ensemble par le seul fait qu’ils se voient ensemble dans la chambre de leur fille. A part cela elle mène une existence d’ado normale, boit et fume des joints dans le jardin. Une vie d’ado bien remplie en somme, entre détresse affective et éclate sexuelle.

Si le livre est aussi agréable à lire, c’est avant tout parce qu’il ne s’agit pas d’un témoignage mais bien d’un roman.  Cette ado est un peu trop à l’aise sexuellement pour que ce soit complètement crédible. Elle énumère un nombre de partenaires un peu trop important, elle a des fréquentations un peu louches, et surtout elle a cette anti-hygiénisme un peu trop développé qui lui aurait collé une septicémie dare-dare en temps normal (elle boycotte par exemple l’industrie du tampon en fabricant des boules de papier toilette qu’elle oublie au fond de son organisme ou mieux, qu’elle ressort, pose dans la crasse et remet après être allée aux toilettes). Ca sent le vécu, avec une bonne louche d’exagérations vraiment marrantes. On s’identifie, mais pas totalement non plus, ce qui permet de prendre du recul. Il est à parier que, si le bouquin avait été écrit par quelqu’un de plus âgée, il n’aurait pas eu le même son de cloche, passant pour des « confessions libertines » parmi d’autres, au rayon littérature érotique. Là, il s’agit de réactions sur le vif, la jeune fille donne des leçons alors même qu’elle débute sa vie sexuelle.

Le style de Charlotte Roche est actuel : clair, direct, drôle et cynique. La traduction est d’excellente facture, rendant compte du débit de parole spécifique aux ados – Est-ce que les ados allemands et français ont les mêmes débits de paroles ? selon moi non… les respirations font forcément différentes puisque les constructions de phrases n’ont rien à voir. Enfin c’est une hypothèse perso qu’il faudrait que je vérifie – et des jeux de mots et expressions qui vont avec : Une fois, j’ai eu un amant hyper-vieux. J’aime bien dire « avoir un amant », c’est franchement démodé et quand même mieux que « se faire sauter par un mec ».

Que l’on ne se méprenne pas, si le livre a déclenché un brin de polémique, ce n’est pas du fait qu’il soit érotique (il ne l’est pas spécialement, vous n’aurez pas les mains moites en le lisant) mais parce qu’il démystifie la femme. Il s’agit d’une réelle mise à nu du corps féminin, de ses recoins intimes, de ses pratiques égoïstes et de ses astuces pour avoir des rapports sexuels de qualité. Jamais les féministes (Le Deuxième Sexe) ou les auteures un peu provoc’ (Vie sexuelle de Catherine M.) n’ont révélé les trucs simples de leur sexualité comme par exemple le fait qu’ « Il faut toujours mettre un doigt dans le cul des hommes, pendant les rapports, pour qu’ils jouissent mieux. »  ou que « si les hommes veulent des femmes épilées, ils n’ont qu’à s’en charger, au lieu de leur refiler tout le boulot. Sans les hommes, les femmes se soucieraient peu de leur pilosité. Raser l’autre (et se faire raser par lui) d’une façon qu’on trouve particulièrement esthétique, il n’y a pas mieux comme préliminaire. »

Et si on ne le révèle pas, c’est au nom du « jardin secret de la femme » et toutes les âneries du genre s’en approchant. La vérité se situe pourtant bien du côté des paroles de cette gamine : si les hommes connaissaient un temps soit peu le véritable fonctionnement du corps d’une femme, eh bien il y aurait beaucoup plus de plaisir pris sur cette bonne vieille terre. Oui Messieurs, le corps de la femme a des sécrétions diverses et variées chaque mois, non ce n’est pas forcément répugnant si l’on arrête de considérer que c’est sale. Oui les femmes ont le droit d’exiger une sexualité épanouie sans pour autant être systématiquement affublée de qualificatifs grossiers. A vrai dire, plus je relis des passages de ce bouquin, plus je me dis que leur lecture devrait être conseillée dès le collège.

Rapports sexuels en dehors du mariage, maîtrise de son corps et multiplication des possibilités amoureuses, stérilisation… autant de sujets chers à Benoit XVI, mais du point de vue adverse. L’Eglise se rend bien compte que les brebis fichent le camp : les écrits sur la liberté de choix de vie se multiplient – citons par exemple l’excellent premier roman de T. Garcia retraçant l’histoire de l’homosexualité des 30 dernières années en France, La meilleure part des hommes. Curieusement, Zones Humides a déjà été traduit dans 27 langues, comme s’il était d’utilité publique… Nous vivons dans un monde complexe, où les rapports de force laissent la sexualité comme rare amusement accessible à toutes les bourses. Alors autant en profiter et le faire correctement : en s’informant et en se protégeant.

Jalousie. C’est le premier sentiment que j’ai éprouvé en refermant le livre : j’aurais aimé l’écrire. Admiration aussi : pas facile de cracher ça sur le papier. Satisfaction enfin : il me reste toujours un créneau sur la possibilité d’une bouche:)

Note : 8/10

UNE EDUCATION LIBERTINE – Jean-Baptiste del Amo

In Chroniques Littérature on mars 22, 2009 at 4:34

Roman français / 2008 / 438 pages.

3 mars 2009 : je prend un an dans les dents et le jeune auteur Jean-Baptiste del Amo reçoit à l’unanimité le prix Goncourt du premier roman. Parler d’amour lorsqu’on choisit de s’appeller del Amo, c’est un peu pompeux. Sauf qu’en parler en évitant de tomber dans le style Harlequin, ça force le respect. Il ne s’agit nullement d’une autobiographie mais plutôt d’un hommage à une littérature si plaisante et trop souvent restée sous le manteau.

Une éducation libertine traite des codes amoureux et sexuels d’avant la Révolution Française. « Le temps des seigneurs se termine et bientôt on ne dira plus Monsieur , trop empreint de sacré et de respect », la capitale se meure, suinte, vomit… et l’on suit un jeune homme qui désire une autre vie. Gaspard est un jeune paysan qui vient de fuir son Quimper pour la capitale, avec dans l’idée de s’extraire de son bourbier natal. Il ne tardera pas à déchanter, Paris est sale et répugnante, on crève à même la rue. Pour s’en sortir, Gaspard deviendra le jouet sexuel des plus aisés. Mais à quel prix ?

Construit en quatre parties, le roman se structure autour de la ville : le fleuve, fange centrale, irrigue les rives gauche et droite en autant de maladies et perversions que l’on peut en imaginer : maladies de peau, vermines, pendaisons, meurtres, viols, suicides, mutilations… Les couleurs et les odeurs ne sont pas plus appétissantes : ocres, rouges, marrons, gris, noirs, violines, odeurs de corps décharnés, macérés dans les déjections, pourriture, moisissure… Les descriptions abondent de détails et il faut savoir ne pas ouvrir le livre après le repas. L’intrigue ne commence d’ailleurs qu’après 100 pages de description morbide. Le sujet comme le style sont directement inspirés de Choderlos de Laclos et du Marquis de Sade, avec bien davantage de réalisme. Pas de sublimation de l’amour libertin ici, les nobles s’ennuient, rotent, sont malades, sentent le vieux et les parfums entêtants, salissent de leurs défécations leurs beaux costumes et perruques… Tout n’est qu’apparat et maquillage. Les scènes de sexes sont crues et violentes, on ne prend pas de gants avec les gitons.

Dans un style parfois légèrement surfait, l’auteur dépeint la trajectoire d’un jeune homme qui quitte une porcherie provinciale et une vie faite de violence, pour un bouge en guise de capitale et une vie plus violente et humiliante que jamais. Ses souvenirs de Quimper, tous plus sordides les uns que autres et toujours teintés d’une couleur dominante (Quimper rouge, Quimper rubis, Quimper grenat, Quimper fauve, Quimper mauve, Quimper brun, Quimper gris, Quimper blanc, Quimper noir), rythment les événements de la courte vie de Gaspard.

La monographie d’un Paris répugnant vient trancher avec l’idée qu’on se fait d’une capitale, la désillusion du bonheur d’être riche coupe court à toute envie d’ascension sociale, quant au prix à payer pour vouloir assouvir tous ses fantasmes, il est si cher qu’on comprend l’intérêt de quelques compromis… Etonnant comme ces propos restent d’actualité et ce malgré une abolition des privilèges et une déclaration universelle des droits de l’homme. Le mythe de la ville comme meilleur cadre de vie a depuis la seconde guerre mondiale amorcé sa spirale inverse : retour de maladies graves et épidémiques (tuberculose, méningites…), manque de médecins, manque d’espaces verts, pollution… ne lui reste que la possibilité de s’amuser et tenter de rire, de survivre dans une époque gravement atteinte par le creusement des inégalités sociales : déclaration universelle des privilèges et abolition des droits de l’homme… c’est ce qui nous pend au nez et Jean-Baptiste del Amo l’a bien saisi. Un excellent premier roman.

Note : 8,5/10

PETER BJORN AND JOHN – Living Thing

In Chroniques Musique on mars 22, 2009 at 9:53

Groupe suédois / pop – rock / Wichita-Coop-Pias

La machine à tubes est de retour ! Alors que tout le monde a encore en tête Young Folks, qui est régulièrement remixé (celui de Diplo est d’ailleurs très plaisant), le trio suédois ne s’arrêtent pas en si bon chemin et signent un quatrième album toujours aussi dansant.

Sonorités glaciales, rythmique de batterie ultra-basique, guitare aux lignes simples et évidemment ces voix qui enchantent nos oreilles à chaque fois… la même chose qu’à l’accoutumée est-on tenté de penser, sauf que curieusement, c’est très différent.

Les mélodies regorgent de petites trouvailles toutes plus délicieuses les unes que les autres : jeux de respiration saccadée, utilisation raisonnée du vocodeur, claps, boucles très courtes de piano, échos métalliques, agitation de plaques de plexiglas… Les textes sont tout sauf niaiseux, comme dans Lay It Down, où la mélodie pop-sucrée ne laisse pas penser que les textes sont si piquants : « Hey shut the fuck up boy, your’re starting to piss me off, take your hands off that girl, you’ve already had enough ». Ou très drôles dans Picasso lorsque la narration prend la point de vue d’un tableau de Picasso s’ennuyant sur le mur du Musée de Barcelone et ayant besoin d’affection…

The Feeling et Nothing to worry about sont déjà calibrés pour les dancefloors de la planète, prêts à être réappropriés par les djs du monde entier… à la maison ou dehors, vous n’avez pas fini d’entendre Peter Bjorn and John, qui s’imposent en douceur comme des références incontournables de l’eletro-pop.

Note : 8/10

(Cette chronique est la centième…)

SAMMY DECOSTER @ Point Ephémère

In Chroniques Concerts on mars 19, 2009 at 2:45

Chanteur français / Western Spaghetti – folk / 18/03/2009

Avec le concert d’Alain Bashung le 3 mars, celui de Sammy Decoster était probablement le spectacle que j’attendais le plus ce mois-ci. Monsieur Bashung s’est tristement décommandé, le jeune Decoster n’avait donc plus qu’à redoubler de talent pour réussir à me séduire.

Après une première partie aussi inintéressante que crispante (retenez bien le nom de  Marianne Dissart pour ne jamais aller la voir !), Sammy Decoster ne pouvait qu’être encore plus à son avantage. Idéalement accompagné de Loic Maurin à la batterie et Mathieu Denis à la guitare, la contrebasse et au banjo, Sammy semble avoir pris plus d’assurance qu’il y a deux ans. Il n’est plus la frêle silhouette perdue au milieu de la scène, mais bien un artiste occupant tout l’espace qui lui est alloué. Le spectacle est rôdé, les effets de mèches aussi. Effet Barclay ? Pas tout à fait car Sammy n’a rien perdu de sa spontanéité, invitant ses amis éméchés sur scène, vendant son disque tout en s’en moquant, critiquant sa prestation vocale (« Je n’ai pas assez de retour, c’est pour ça que je chante comme un cul depuis le début »). Donc Monsieur signe sur une major mais ne cède pas à tout non plus… et c’est tant mieux.

Légère inquiétude en voyant que Sammy interprète les trois premiers titres dans le même ordre que son disque (Tucumcari, L’homme que je ne suis pas, Je partirai me suicider à Hawai), il ne va pas nous faire le coup de l’artiste ânonnant ses compositions dans l’ordre convenu quand même ? Parce que le disque on l’a à la maison hein… et selon moi ce n’est épanouissant ni pour le public ni pour l’artiste que de faire toujours un spectacle similaire à l’opus. Et heureusement que non, Decoster reprend du poil de la bête, se met à ne plus respecter la set-liste, interprétant The Drive au lieu de Manãna en l’honneur de Benjamin, son ami venu le rejoindre sur scène et qui – paix à ses dents – s’est mangé le sol en voulant slammer dans le public… 

Côté reprises, les titres choisis sont judicieux, par exemple un splendide Love Me Tender en session acoustique au milieu du public et en collaboration avec les membres de Revolver (qui se révèlent moins mauvais qu’à l’accoutumée alors que je pensais leurs cartouches grillées depuis longtemps…). Notons cependant que les reprises de Sammy sont chantées parfaitement justes et joliment orchestrées, mais avec un mauvais accent anglais parfois un peu agaçant, il fait donc très bien de défendre ses titres en français sur ses disques. Le tout résonne avec brio, notamment Tu me hantes et L’Exil. Et même lorsqu’il se retrouve seul sur scène (J’ai trop aimé l’enfance, qui ne figure pas sur son album mais sur l’EP), on perçoit une légère appréhension qui reste bien maîtrisée.

N’oublions pas que l’on reconnaît Sammy Decoster comme l’un des potentiels sérieux successeurs à Monsieur Bashung, ne pas avoir commis l’impair de faire une reprise de l’artiste lui vaut d’autant plus de respect de ma part. Son spectacle a enchanté un public un peu fatigué durant une bonne heure, ses mélodies me sont restées en tête jusqu’au lendemain… Qu’il continue comme ça, sillonne les salles et les pays, s’énerve un peu jusqu’à en casser ses cordes (de guitare, pas vocales)… et il saura nous étonner et susciter notre intérêt encore un bon moment.

Note : 8,5/10

Crédit photo : Michaurel

AUFGANG – Sonar (Maxi)

In Chroniques Musique on mars 19, 2009 at 1:11

Electro / trio / Infiné

Je chronique rarement des maxis, donc lorsque je le fais, il faut vraiment que la chose m’ait tapé dans l’oreille… C’est le cas du projet Aufgang qui mérite comme il se doit une sortie chez Infiné.

Une batterie et deux pianos réunis pour réinterpréter de l’electro, la recette est simple mais il fallait y penser. D’abord on a Rami Khalifé, pianiste de jazz d’origine libanaise et bon interprète des œuvres de Rachmaninov. Ensuite on trouve Francesco Tristano, pianiste de classique aimant Mozart et Bach et de jazz, qui s’était déjà fait remarquer avec Not for Piano (2007) où il réinterprétait les grands classiques électro (Autechre, Jeff Mills…). Enfin, Aymeric Westrich, batteur de Cassius, vient rythmer les deux instruments à cordes…

Si leur titre phare, Sonar, est un peu trop répétitif et finalement assez consensuel, on perçoit toute la subtilité du travail de ce trio avec le splendide Barok. Les deux remixes de Spitzer (Lyon) et Krazy Balhead (Ed Banger touch) présents sur le maxi sont également de bonne facture. Cet ascenseur n’a pas l’air parti pour l’échafaud…

Note : 8/10

Leur album Aufgang est sorti : découvrez-en l’apologie ici !

OXMO PUCCINO @ EMB – Sannois

In Chroniques Concerts on mars 16, 2009 at 3:30

Chanteur français / Hip hop / 13/03/2009

Salle comble pour le retour du doux Oxmo avec un nouvel album annoncé comme un « retour aux sources ». La prestation ne le démentira pas.

Oxmo a connu le succès grâce au Lipopette Bar et ses orchestrations jazzy. Ce soir là, à l’EMB, il livre un spectacle de ses titres préférés et de quelques nouveautés issues du nouvel album à paraître, L’arme de paix. L’homme ne fait qu’un avec son public, interactions permanentes et pertinentes et effectivement beaucoup plus recentrées sur l’univers musical hip hop / jazz. Masterciel a connu un franc succès, les nouvelles mélodies également (moins de flow, plus de chant). Ce qui agréable avec cet artiste, c’est qu’il n’y a pas une once de violence dans son flot, pas d’articulations typées « banlieue » comme peuvent l’avoir nombre de MC. Monsieur Oxmo respire la joie de vivre, ça fait du bien et ça ne l’empêche pas de dénoncer certains sujets de société. Oxmo Puccino parle essentiellement des femmes, son sujet de prédilection. ), Sa musique, se tenant toujours sur le fil du latin lover (oui oui même avec sa belle couleur de peau ébène) ne bascule jamais du côté vulgaire du rap et du hip hop.

Ce spectacle enjoué, bien monté et de qualité est encore une fois la démonstration que l’afranchissement des carcans (musicaux, sociaux…) a du bon : « Lorsque les gens disent que ton destin est écrit quand t’es petit, ils oublient que le stylo c’est le coin où t’as grandi ».

Note : 8,5/10

Chronique du disque

Comme un légo…

In Blog Roll on mars 16, 2009 at 12:08

... on dirait que... 

 

... on dirait que...

 

Paris, lendemain de week-end. Il fait un temps splendide pour changer et je cloue des clous sur les nuages sans échafaudages. Madame ou plus exactement la Mademoiselle que je suis, ne rêve plus et comme rarement, aimerait retrouver son crachin breton rien qu’une fois pour pouvoir laisser ses blue eyes crying in the rain. Un soupçon de fadeur, un rien de tragédie et je pleure mon collyre, ma colère.

Malade depuis longtemps, une aubaine pour pouvoir cracher une bio toute préparée depuis des mois déjà, médias et politiques s’en donnent à cœur joie… Fillon et Sarko jouent les grands hypocrites soulignant l’importance de la perte de l’artiste, lui déroulant des tapis plus cramés et moisis qu’eux. Le pire, c’est qu’ils l’auront toujours, leur superbe à défaut d’éloquence, Tel Machiavel, Tel Abel Gance, Tel Guillaume Tel… La faiblesse des tout-puissants comme un légo avec du sang.

Depuis quelques années en France, Un âne plane, se pavane à l’Elysée aux bras d’une courtisane, faisant toutes les couvertures de Paris Match. Au Monde s’agrippent des grappes de tyrans, des archanges aux blanches canines, nos petites entreprises connaissent la crise, bling-bling, Bijou Bijou y’a des feux rouges partout et puis au coin de la rue l’armée du Salut qui jouecruauté dans la tourmente.

C’est comment qu’on freine ? Monsieur Bashung a bien fait de descendre de là avant nous, plus rien ne s’oppose à la nuit, rien ne justifie, il a Osez. Faisons la noce, explorons les Vertiges de l’Amour, Ode à la vie… Monsieur Bashung n’a jamais rien demandé d’autre.

Pourquoi ce décès me touche-t’il, moi qui reste si caustique en toutes circonstances ? Parce que 61 ans, c’est l’âge de mon géniteur, que si j’écoute La Nuit je Mens je revois mon père écouter en boucle ce titre pensant être seul dans le salon. Parce que Johnny Halliday n’est pas mort lui – et qu’on risque fort de devoir endurer un Michel Sardou pendant encore 15 ans. Parce que comme un légo, ce Bashung a participé à ma construction.

Le 3 mars dernier, M. Bashung a annulé notre rendez-vous, le lendemain d’un vendredi 13 il a fait sa valise pour de bon, facétieux jusqu’au bout, visionnaire ? « L’homme de demain sera hors-norme, un peu de glaise avant la fournaise qui me durcira ». A présent, j’emplie torchons, vinyls, évangiles… tu m’irradieras encore longtemps, au-delà des portes closes. Salut bien bas, je te raconterai 2043

PASSION PIT @ Nouveau Casino

In Chroniques Concerts on mars 13, 2009 at 2:06

Groupe américain / électro, pop psyché / 02/03/2009

Fraîchement débarqués de Boston, les cinq jeunes hommes de Passion Pit donnaient leur premier concert à Paris le 2 mars dernier. Malheureusement, malgré un titre hot de film porno vieux comme moi (curieusement traduit par 39°5 en France), leur musique n’a ni le physique, ni l’endurance du film….

Synthés saturés, guitares bien rôdées, voix supra-aiguës… dès la première écoute, Passion Pit avait tous les atouts susceptible de faire frémir mes… oreilles. Sauf que… entre le premier et le second titre je n’avais déjà pas saisi qu’on avait changé de chanson, simplement cru qu’ils nous faisaient un Edit…

Après plusieurs titres très similaires pour ne pas dire identiques, qui donnaient envie de tout sauf de faire monter la température, Passion Pit commence à livrer des sons plus originaux et inédits, subtil mélange de Of Montreal des débuts qui aurait rencontré Daft Punk, Ratatat et Chopin (oui cela n’engage que moi mais il y avait un fugace aspect des mélodies de piano assez Nocturnesque)… sauf que c’était la fin du concert ! 35 minutes ! De qui se fiche-t’on ? Venir de Boston pour proposer 3 titres intéressants, ça n’en valait pas spécialement la peine…

Passion Pit a quelques atouts dans les mains, notamment l’apport de la voix du chanteur, il s’agirait de ne pas les gaspiller. Il est inutile de se lancer dans une tournée internationale lorsqu’on n’en a pas la carrure, arrêtons de propulser des artistes trop tôt sur scène, laissons-leur le temps de s’épanouir un peu… car sinon Passion Pit risque de ne se cantonner qu’aux éjaculations précoces.

Note : 6/10

THE SPINTO BAND @ Point Ephémère

In Chroniques Concerts on mars 12, 2009 at 3:56

Groupe américain / Britpop / 28/02/2009

Après un album frais et acidulé en 2006 qui portait plutôt bien son titre (Nice and nicely done), on avait souligné le manque de créativité et d’aptitude à savoir se renouveler avec leur second opus sorti en 2008 (Moonwink). En concert, la tendance se confirme : hormis les Franz Ferdinand, rares sont les groupes qui parviennent à être à la fois des machines à tubes et des bêtes de scène…

Pourquoi, alors qu’ils viennent de sortir un album 4 mois plus tôt, le Spinto Band ouvre-t’il et clôt-il le concert par un titre du premier album ? La réponse est aisée, le second album ne convainc pas plus sur scène que sur disque. Comment apprécier des jeunes garçons habillés par leurs mères et qui n’ont rien à dire sur scène ? On retiendra cette phrase fantastique du guitariste : « Si je savais parler français, je vous dirais bonjour et merci d’être là »… et c’est tout ? Ben alors tu fais bien de te taire et heureusement que tu ne parles pas notre langue !

Côté technique, le show est bien trop rôdé pour être vivant, trop lisse, trop propre sur lui, trop cul-cul, on comprend que l’essentiel du public soit des ados à peine pubères qui ne sont pas fichus de faire la différence entre les titres puisqu’ils ne font que sauter sur place en gigotant les bras tels des pantins désarticulés (mes épaules se souviennent encore de cette gamine bouboule et suante qui accrochait sa main moite régulièrement et hurlait dans l’oreille de son copain). Un titre inédit (dont je n’ai pas le nom) a retenu mon attention, car essentiellement instrumental. Et on ne peut que reconnaître que, lorsque le groupe entonne Oh Mandy, c’est efficace et très joli, bien qu’il ne se dégage aucune émotion de la scène…

Et comble du spectacle, les six jeunes du Spinto Band succombent à cette mode écœurante de l’electro-rock-ramassi de n’importe quoi… en encore moins bien qu’en sont capables les Klaxons, pour vous situer un peu le niveau…

Donc voilà, une soirée à peine correcte (je ne vous ferai pas l’injure de vous parler de la première partie), monotone et faussement enjouée, au final totalement déprimante.

Caramba, encore un espoir qui s’envole !

Note : 5/10

WATCHMEN – Zack Snyder

In Blog Roll, Chroniques Cinéma on mars 12, 2009 at 1:59

Film américain / fantaisie héroïque / adaptation / 2009

Disons-le d’emblée, il existe déjà pléthore de critiques de ce film, notamment celle de Rob Gordon. Alors je laisse aux plus vieux les chroniques purement cinématographiques sur la photographie fidèle au livre, la bande son pertinente ou les effets spéciaux bluffants et je vais développer un autre point si vous permettez…

1985 : Michail Gorbatchev accède au pouvoir en URSS, Boris Becker est le plus jeune joueur de tennis à remporter Wimbledon, le réseau Fun Radio voit le jour, Christo emballe le Pont Neuf, on retrouve le Titanic, on sabote le Rainbow Warrior, Assassin et Nirvana font leurs débuts, on lance la première campagne des Restos du Cœur en France… bref 1985 reste l’année de la prise de conscience de problèmes structurels dans les pays développés (oui il existe des jeunes, des pauvres, des enjeux géopolitiques et écologiques majeurs…) et ce n’est que le commencement du naufrage véritable du système capitaliste et de l’impérialisme à la papa… Rien que pour tout cela je suis fière d’être née cette année là.

Alors comme à chaque fois qu’on sent qu’une crise pointe le bout de son nez, on ressort des icônes, quelque chose à quoi se raccrocher. Ainsi en 1985 naît Marty Mac Fly et son habilité à savoir remonter le temps et pouvoir changer le cours des événements (Retour vers le Futur). Le bon temps, il était avant, maintenant on va en baver…

C’est exactement de quoi il retourne dans l’œuvre graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons. Les Watchmen sont de vieux héros en collants sur le retour qui ne comprennent plus très bien qui ils sont, où ils vont ni dans quels états ils errent… Ils se font décimer par une puissance invisible, qu’on ne peut pas identifier au premier coup d’œil. Pas de bon gros méchant, plutôt une quête introspective pour tenter de saisir comment on en est arrivé à de telles absurdités sur notre bonne vieille planète. Ils sont vieux parce qu’ils ont encore des capes (tout le monde sait que quand on se balade avec un appareil doté de réacteurs, on ne porte pas de cape, sinon on meurt…), des idées retro-réac sur le monde, et une conception du monde encore très manichéiste. Ils ont compris qu’ils sont out et ils comptent sur les nouveaux nés de l’époque pour se dépatouiller tout seuls.

Ma génération et les suivantes inaugurent un nouveau mode de vie, dans un état psychologique particulier : nous savons que vivre nous demande plus d’efforts qu’à nos aînés. Nous nous construisons en sachant que nous vivrons moins longtemps, dans de moins bonnes conditions et en ayant à gérer une équation de problèmes supérieure. Le monde tend à une exacerbation des violences toujours plus grandes et toujours plus difficiles à identifier. Cela aboutit à une génération désabusée et cynique, posant un regard acerbe sur les événements. L’intrigue des Watchmen se passe en 1985 ? Vous pouvez la transposer en 1991 (Koweit), en 1995 (Croatie), en 2003 (Irak)… etc. On prend les mêmes et on recommence…

Alors pour ces générations là, des réalisateurs et des auteurs prennent le soin d’entretenir une chose essentielle, l’espoir. Pas un espoir tangible, non, celui qui relève de la fantaisie. Les comics-book qui ont bercé notre enfance, puis les dessins animés de nos héros préférés, les figurines en plastiques associées, les jeux-vidéos, puis les séries télévisées comme Heroes, les adaptations cinématographiques de Batman, de Superman, des X-Men… tout y passe pour nous faire un peu mieux passer la pilule. Le « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais) s’est mué en « Un homme devient vieux le jour où ses regrets ont pris la place de ses rêves » (John Barrymore) et devient très logiquement « La vie est une farce » dans les répliques du Comédien. Tout est dit, alors dépêchons-nous d’en profiter encore et toujours.

La possibilité de rêver est aux jeunes générations ce que le l’apport du vêtement en coton au lieu du cuir a été à l’histoire de la médecine : une avancée irréversible. Nos parents ont eu Mai 68, les trentenaires ont leurs soirées Gloubiboulga et Chantal Goya, nous aurons nos soirées déguisées Super-Héros. J’ai hâte d’enfiler le costume du Spectre Soyeux II. Je ne demande qu’une chose à nos gouvernements (en lesquels j’ai perdu tout espoir d’attente positive) : qu’ils ne nous coupent pas les subventions pour pouvoir entretenir ces derniers mirages.

A l’entrée du cinéma, on n’autorise pas les moins de 12 ans à franchir le seuil de la salle, mais les plus de 40 ans ne peuvent pas vraiment comprendre non plus… en cela Zack Snyder parvient à réaliser un exploit.

Note : 8/10

UNBORN – David Goyer

In Chroniques Cinéma on mars 10, 2009 at 10:48

Film américain / épouvante – comédie pathétique / 2009

Lorsqu’on vous présente un film en vous disant qu’il a été réalisé par le co-scénariste des deux volets Batman de Christopher Nolan, vous n’avez pas idée que vous allez voir un film d’une qualité… déconcertante.

Rien, absolument rien ne ressort de ce film, aventure mêlant fantastique et horreur mettant en scène une adolescente apprenant en bloc qu’elle avait un frère jumeau mort-né, que sa grand-mère est vivante et a été déportée à Auschwitz, que ses rétines changent de pigmentation, qu’il existe des créatures ni-mortes ni-vivantes qui essayent de s’emparer de son corps et qu’elle va devoir subir un exorcisme juif et chrétien pour survivre… D’emblée en lisant ces lignes le sourire vous monte aux lèvres et vous avez bien raison car je crois que nous tenons ici la première grande bouse cinématographique en lice pour le top 2009.

Il ne suffit pas d’avoir réalisé de bons scénarios pour savoir le faire à chaque fois, on retiendra cette phrase sensationnelle de l’héroïne « je ne peux plus habiter ce qui m’habite ». Il ne suffit pas non plus d’emprunter certains bons acteurs comme Gary Oldman (honorable Commissaire Gordon dans les opus de C. Nolan) qui démontre ici qu’il est capable du pire comme du meilleur, on se demande s’il n’a pas accepté le rôle pour se taper des barres de rire en voyant « jouer » Odette Yustman qui, hormis savoir porter des culottes de coton blanc sur sa belle plastique, doit avoir deux expressions à son répertoire.

Les références sont réutilisées de façon vulgaire et relevant du plagiat pitoyable : Shining, Blair Witch projet, l’Exorciste… tout y passe, tout y est massacré dans un gloubiboulga indigeste et risible de procédés d’épouvante éculés. Même le format laisse songeur : 1h27, durée batarde qui est la marque des séries Z…

Bref vous l’avez compris, si vous voulez vous faire une bonne séance d’abdominaux (je n’avais jamais vu une salle aussi hilare), voir des effets spéciaux dignes de ceux des années 40, un casting pire que n’importe quelle mauvaise série et ressortir en vous demandant si vous vous souvenez d’une seule scène valable (il n’y a vraiment rien pour sauver le film)… courez-y ou envoyez-y le cousin germain chiant que vous ne pouvez pas supporter pour avoir la paix durant 1h27 ! Un film qui n’aurait jamais dû passer sur vos écrans…

Et j’oubliais le détail qui tue : Le Mouv’ est partenaire… :)

Note : 1/10

VIDES : une rétrospective

In Chroniques Expositions on mars 3, 2009 at 1:40

Centre Georges Pompidou – Paris – du 25/03/2009 au 23/03/2009

« Pour la première fois au sein d’un musée d’art moderne, le Centre Pompidou propose de faire découvrir une page essentielle de l’histoire de l’art ». Pas moins de six commissaires, un scénographe et deux graphistes ont travaillé au projet de cette nouvelle exposition. Annoncé de la sorte, grande est l’envie de ne pas se sentir trop inculte et de connaître ce qu’est le Vide en art… On reconnaît bien là l’esprit Beaubourg, de bonnes idées mais rien pour être capable de les matérialiser convenablement, d’où une exposition incomprise et inintéressante.

Le Vide est un concept certes difficile à exprimer en art mais dont les artistes contemporains se sont déjà régulièrement emparés au cours du XXe siècle, notamment Yves Klein en 1958. Avec La Spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée [attention respirez bien si vous parlez de cette expo à l’oral] l’artiste avait entièrement repeint la galerie Iris Clert en blanc pour créer « une ambiance, un climat pictural sensible et à cause de cela même invisible ». De la même manière, l’exposition de Beaubourg souligne le travail dans le domaine de Laurie Parsons, Robert Barry, Roman Ondak, Robert Irwin, Bethan Huws, Maria Eichhorn ou du collectif Art et Language, groupe fondateur de l’art conceptuel fin 60’s.

Le problème de l’exposition du Centre Pompidou vient essentiellement de son manque total de mise en valeur, ne faisant que renforcer l’idée que l’art moderne est réservé à un petit cercle d’excentrique.

Ainsi l’exposition se trouve au fond du niveau 4, en bout de musée, donnant l’impression que les toiles ont été décrochées pour un nouveau chantier et non laissant penser que ces salles sont « pleines ». En les mettant au centre du musée, cernées de pièces regorgeant d’œuvres picturales visibles, le message aurait déjà bien plus explicite.

Deuxième erreur majeure, aucune explication hormis un A5 recto-verso n’est mise à disposition du public. Doit-on rappeler que l’une des missions d’un musée est d’être pédagogique ? Si le vide est une page essentielle de l’histoire de l’art comme ils se plaisent à l’affirmer, il serait bon d’expliquer en quoi c’est si intéressant, non ? On ne sait même pas ce que les auteurs ont voulu exprimer ici.

On peut aussi ajouter au chapitre pessimiste que le titre de l’exposition est mal choisi. S’il s’agit d’une rétrospective, pourquoi les commissaires n’ont-ils pas pris la liberté de faire une exposition retraçant les expositions de vide en art pictural ? Des photos, des vidéos, des croquis qui montreraient que le vide se pense, s’appréhende longuement ? Les visiteurs sont ici livrés à eux-mêmes, incapables de discerner quoi que ce soit. Les espaces n’ont pas été modulés spécialement pour l’exposition, il ne retracent finalement absolument pas les travaux réalisés par ceux qui sont exposés. Car chaque exposition de vide en art pictural a une histoire différente. C’est bien parce que Bethan Huws était émerveillée de la beauté du bâtiment de Mies Von der Rohe (il s’agissait de la Haus Ester de Krefeld, Allemagne) qu’elle décida de le laisser un vide dans l’exposition personnelle qu’elle était invitée à réaliser. Or Beaubourg n’est pas un bâtiment de Mies Von der Rohe, n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec… De même Maria Eichhorn avait laissé vide son espace d’exposition pour consacrer le budget qui lui était alloué à la rénovation de la Kunsthalle de Berne ! Où sont les parallèles dans cette rétrospective ? Des fonds ont-ils été mis de côté pour la rénovation de Beaubourg ? J’en doute fortement… On ne ressent strictement rien dans cette exposition hormis de l’agacement et du dépit.

On pourrait continuer ainsi très longuement, tout ce que les commissaires ont été capables de faire correctement ici est peut-être le catalogue d’exposition qui en ressort. 540 pages consacrées au sujet, preuve que le Vide fait couler de l’encre (un dernier reproche pour la route, ce catalogue n’était même pas consultable dans l’exposition).

Cette rétrospective du Vide en art pictural est un tollé général, ne faisant que renforcer l’idée reçue que l’art moderne est une masturbation intellectuelle stérile.

Note : 1/10