
UNE EDUCATION LIBERTINE – Jean-Baptiste del Amo
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Gallimard, Jean-Baptiste del Amo, premier roman, roman français, Une éducation libertine
Catégorie: Ce que je lis
Roman français / 2008 / 438 pages.
3 mars 2009 : je prend un an dans les dents et le jeune auteur Jean-Baptiste del Amo reçoit à l’unanimité le prix Goncourt du premier roman. Parler d’amour lorsqu’on choisit de s’appeller del Amo, c’est un peu pompeux. Sauf qu’en parler en évitant de tomber dans le style Harlequin, ça force le respect. Il ne s’agit nullement d’une autobiographie mais plutôt d’un hommage à une littérature si plaisante et trop souvent restée sous le manteau.
Une éducation libertine traite des codes amoureux et sexuels d’avant la Révolution Française. « Le temps des seigneurs se termine et bientôt on ne dira plus Monsieur , trop empreint de sacré et de respect », la capitale se meure, suinte, vomit… et l’on suit un jeune homme qui désire une autre vie. Gaspard est un jeune paysan qui vient de fuir son Quimper pour la capitale, avec dans l’idée de s’extraire de son bourbier natal. Il ne tardera pas à déchanter, Paris est sale et répugnante, on crève à même la rue. Pour s’en sortir, Gaspard deviendra le jouet sexuel des plus aisés. Mais à quel prix ?
Construit en quatre parties, le roman se structure autour de la ville : le fleuve, fange centrale, irrigue les rives gauche et droite en autant de maladies et perversions que l’on peut en imaginer : maladies de peau, vermines, pendaisons, meurtres, viols, suicides, mutilations… Les couleurs et les odeurs ne sont pas plus appétissantes : ocres, rouges, marrons, gris, noirs, violines, odeurs de corps décharnés, macérés dans les déjections, pourriture, moisissure… Les descriptions abondent de détails et il faut savoir ne pas ouvrir le livre après le repas. L’intrigue ne commence d’ailleurs qu’après 100 pages de description morbide. Le sujet comme le style sont directement inspirés de Choderlos de Laclos et du Marquis de Sade, avec bien davantage de réalisme. Pas de sublimation de l’amour libertin ici, les nobles s’ennuient, rotent, sont malades, sentent le vieux et les parfums entêtants, salissent de leurs défécations leurs beaux costumes et perruques… Tout n’est qu’apparat et maquillage. Les scènes de sexes sont crues et violentes, on ne prend pas de gants avec les gitons.
Dans un style parfois légèrement surfait, l’auteur dépeint la trajectoire d’un jeune homme qui quitte une porcherie provinciale et une vie faite de violence, pour un bouge en guise de capitale et une vie plus violente et humiliante que jamais. Ses souvenirs de Quimper, tous plus sordides les uns que autres et toujours teintés d’une couleur dominante (Quimper rouge, Quimper rubis, Quimper grenat, Quimper fauve, Quimper mauve, Quimper brun, Quimper gris, Quimper blanc, Quimper noir), rythment les événements de la courte vie de Gaspard.
La monographie d’un Paris répugnant vient trancher avec l’idée qu’on se fait d’une capitale, la désillusion du bonheur d’être riche coupe court à toute envie d’ascension sociale, quant au prix à payer pour vouloir assouvir tous ses fantasmes, il est si cher qu’on comprend l’intérêt de quelques compromis… Etonnant comme ces propos restent d’actualité et ce malgré une abolition des privilèges et une déclaration universelle des droits de l’homme. Le mythe de la ville comme meilleur cadre de vie a depuis la seconde guerre mondiale amorcé sa spirale inverse : retour de maladies graves et épidémiques (tuberculose, méningites…), manque de médecins, manque d’espaces verts, pollution… ne lui reste que la possibilité de s’amuser et tenter de rire, de survivre dans une époque gravement atteinte par le creusement des inégalités sociales : déclaration universelle des privilèges et abolition des droits de l’homme… c’est ce qui nous pend au nez et Jean-Baptiste del Amo l’a bien saisi. Un excellent premier roman.
Note : 8,5/10


