QUI TOUCHE A MON CORPS JE LE TUE – Valentine Goby
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:avortement, Gallimard, Jules-Henri Desfourneaux, Marie-Louise Giraud, peine de mort, roman français, Valentine Goby
Catégorie: Ce que je lis
Roman français / 2008 / 136 pages
A la lecture du titre, ce livre attrapé par erreur dans un rayonnage ne m’a pas quitté avant le point final. Le titre interpelle, le sujet tout autant, et lorsque c’est une femme qui s’empare du sujet en prime, on ne peut plus reculer.
Heureusement que l’opus est court, ça limite les dégâts est la première idée qui m’a traversé l’esprit en referment le livre. Septième ouvrage de cette jeune auteure, pas de raison d’être clément quant à la qualité d’écriture et de narration. Descriptions trop abondantes, énumérations à n’en plus finir, comparaisons surfaites… on peut reprocher beaucoup de détails à Valentine Goby qui ne propose pas un roman fluide mais une écriture chaotique et cahotante parfois un peu pénible.
Cependant, rapporté au sujet dont traite l’ouvrage, il s’agit d’une écriture finalement assez subtile. Trois personnes ont en commun la mort. L’une – Marie G . alias Marie-Louise Giraud, seule femme de France à avoir jamais été condamnée pour être faiseuse d’anges et parallèlement mère de deux enfants – va avoir la tête tranchée. L’autre – Lucie L. – ne vit plus depuis qu’elle s’est débarrassée de son deuxième fœtus. Le troisième enfin – Henri D. alias Jules-Henri Desfourneaux, exécuteur servile responsable de plus de 350 têtes dans le panier – est le bourreau ayant la lourde charge d’exécuter la première. Nous sommes en France il n’y a pas si longtemps. 1943. La narration est à la fois intérieure et extérieure et si l’on peut se demander si ce choix est pertinent, il apparaît rapidement assez intéressant. Parce que Valentine Goby est une femme. Elle peut comprendre ce qu’est la construction ou la perte d’une chose à l’intérieur de soi. Qu’une femme, même sous le Régime Travail-Famille-Patrie peut avoir envie de ne pas fonder de famille. Que la sacralisation de la mère est un des maux les plus graves du statut de la femme. Et que ce sujet est malheureusement toujours d’actualité. Elle ne peut en revanche qu’imaginer ce qui se passe dans la tête d’un bourreau, un homme qui a perdu son fils (suicide) mais qui continue machinalement d’ôter des vies. C’est bien le thème de la liberté qui s’ébauche peu à peu : liberté de vie ou de mort sur son corps et sur le corps des autres. On exécute la femme qui fait avorter mais pas les femmes qui avortent ? On ne peut pas à la fois avorter, faire avorter et être une bonne mère ? Dans quelles mesures peut-on légiférer, dans quelles limites ? Pour quels résultats et quelles souffrances / joies ? Toutes ces questions sont comme les soubresauts de l’écriture de V. Goby, complexes et indigestes.
Mi-fiction, mi-documentaire, V. Goby a très probablement pris plus de plaisir à rédiger son roman que ses lecteurs à le lire. Elle aborde néanmoins un sujet toujours épineux de nos jours. Aujourd’hui, en France, la peine capitale est abolie, l’avortement est autorisé sous cadre juridique strict (limite entre avortement et infanticide). La culpabilité de ne pas être mère elle, demeure. Celle de ne pas parvenir à être de “bons parents” également. Résolution partielle d’un problème, qui en fait surgir de nouveaux : la question de l’euthanasie, de l’internement psychiatrique, de la détention à vie… On a encore du pain sur la planche.
Note : 7/10


