KREYOL FACTORY @ La Villette

Art contemporain créole / La Villette, jusqu’au 5 juillet 2009

En pleine tourmentes et insurrections en Guadeloupe et Martinique, l’exposition commandée par La Villette il y a plus d’un an a une saveur étrange…  Non seulement elle tombe très à propos mais elle est d’une qualité rare et appréciable par les temps qui courent.

Organisée en sept espaces, sur plus de 3500 m2, nul va sans dire qu’il vous faudra consacrer au minimum deux heures et demi à cette exposition qui vaut le coup d’œil. Au delà de l’appréhension des complexités d’un questionnement identitaire liées à l’histoire, à des processus de créolisations et aux effets de la mondialisation à travers un support protéiforme, il s’agit avant tout d’une très rare exposition consacrée à l’art contemporain caribéen. Costumes, peintures, sculptures, films, photographies, musique… tout y est pour tenter de cerner les malaises et les spécificités d’une autre culture émergée de la colonisation. Les traversées d’abord ou comment sont arrivés de nouveaux peuples sur des espaces insulaires ; le trouble des genres moins accessible peut-être sur les différences génétiques et morphologiques des communautés ; L’Afrique communauté imaginée où l’on tente d’abattre enfin ce préjugé Noir = Africain ; Noir Comment est évidemment la suite logique du questionnement précédent où l’on met en relief la multitude des différences de couleurs de peau liées aux multiples métissages ; des îles sous influence ou le portrait des rapports de forces et enjeux géopolitiques existants ; Les nouveaux mondes donnent un aperçu de ce qu’on pu devenir les différents territoires caribéens au fil du temps, quelles  quelles cultures nouvelles (langues, manière de penser…) ont pu émerger… et enfin Chez soi de loin est consacré aux immigrés dans leur propre nation (la même nation mais pas la même culture). Chapeau bas aux commissaire  d’expo et chefs de projet (Yolande Bacot, commissaire, Claude Archambault et Christian Coq, chefs de projet).

Soulignons aussi la scénographie ingénieuse et splendide signée Raymond Sarti, mer de carton ondulé s’appréhendant de différentes façons, à la fois support et ornement de l’exposition. Les univers visuels et sonores sont impressionnants. On ne peut reprocher qu’une seule chose : ne pas avoir insisté plus encore sur les odeurs propres à ces territoires : que ce soit lié aux épices, aux plantations, à l’humidité et au Ph des terres, il y a bien des senteurs qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Une exposition à voir avec attention, en ayant du temps devant soi et de quoi cuisiner un Cari de poisson ou un Colombo d’agneau en rentrant ;) !

Note : 9,5/10

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