Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour juin 2009

GOOD MORNING ENGLAND – Richard Curtis

In Chroniques Cinéma on juin 30, 2009 at 1:26

Film germano-britannique / Comédie biopic / 2009

Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio  Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.

Affublé d’un titre ridiculement « anglicisé » en français (le titre original étant The Boat That Rocked), je n’ai pas grand-chose de plus à dire que Rob Gordon sur ce film très agréable que j’aurais adoré voir sortir en feuilleton télé.

Note : 8 ,5/10

En revanche, en tant que Vice-présidente d’une Radio Indépendante, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur particulier pendant le film. Si les clopes et l’alcool n’ont plus le droit de séjour dans les studios depuis bien longtemps (la coke elle, a encore des accès VIP), le matériel n’a qu’assez peu changé à cela près qu’on passe surtout des titres numériques contre quelques vinyles. Les radios pirates ont rendu l’âme après que le gouvernement s’est acharné à les faire disparaître. Aujourd’hui un scénario similaire se joue : le passage à la radio numérique sera si coûteux que seules les ondes de classe B (dans une logique mercantile donc) pourront se permettre un tel investissement. Cela signifie clairement une disparition progressive des programmes radiophoniques originaux, produits dans le seul but de leur qualité, leur originalité et leur diversité ; ils sont voués à disparaître ou au mieux, à être relégués à des heures de faible écoute.

Il y a trente ans, le message des radios pirates était que les gouvernements pouvaient pondre toutes les lois qu’il leur plairait, la musique rock ou pop ne mourrait pas pour autant, bien au contraire. Aujourd’hui, le rock et la pop sont bien présents sur les ondes, mais leur diversité n’est que très peu mise en valeur. Le pont de plus en plus fréquent entre les animateurs radios et leur apparition sur des chaînes télévisées privées de piètre qualité (comme M6 ou TF1) n’est qu’un indicateur parmi d’autres : les mêmes animateurs sont présents à l’antenne et sur les écrans plats (Le Mouv’, France Inter ou France Culture se prêtent allégrement à ce petit jeu pitoyable).

Lorsque Nova introduit un nouveau titre à sa playlist, Radio Campus Paris en insère une centaine. Et pourtant ceux qui écoutent Nova, ils ont déjà l’impression que la playlist est plus originale que celle de Skyrock ou NRJ… Cela laisse imaginer ce que seront les programmes en 2012 : lisses, uniformes, sans âme. Un peu comme ces derniers jours où tous les canaux se sont sentis obligés de passer du Michael Jackson en boucle…

Je ne suis pas si pessimiste, je ne pense pas que le monde radiophonique va s’écrouler totalement. La fm ne disparaîtra pas aussi facilement que le pense le CSA et les lobbys qui vont avec. Et les nouvelles habitudes de podcast des émissions donneront aux web-radios un avenir à la résonnance différente, sinon plus radieux. Aujourd’hui cet esprit de résistance à une logique du « produire plus pour rapporter plus » est certes organisé et solide mais absolument pas médiatisé. Le mythe du village d’irréductibles Gaulois résistant à l’expansion romaine ne cessera jamais de vivre, il faudra simplement faire des efforts de plus en plus importants pour parvenir à entretenir la diversité et l’exclusivité des programmes.

Le plus beau moment de ce film se situe pour moi à la toute fin du générique, lorsque chaque animateur raccroche son casque. Chacun quitte le studio très différemment car chacun s’occupe de musique et de propos très différents. Mais tous le font comme s’ils venaient de faire leur émission pour la dernière fois. Si pour continuer de préserver cet esprit d’une radio éclectique et surprenante je dois rentrer dans la case des marginaux, alors comptez là-dessus, je n’ai pas peur des étiquettes, pas plus que des menaces de licenciement, je suis déjà au chômage sans indemnités comme beaucoup trop de jeunes diplômés en France…

SYNGUE SABOUR – Atiq Rahimi

In Chroniques Littérature on juin 30, 2009 at 1:08

Roman Afgan / 2008 /Prix Goncourt / POL

Jeudi 11 décembre 2008, je viens de renverser mon café sur les rails pour réussir à attraper le TGV, début d’une journée bien remplie. Il est à peine 8h30 et je tente de reprendre mon souffle. Lorsque je regagne ma place, l’homme en face de moi me dévisage, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Ses yeux noirs pétillent, il discute avec entrain avec ses deux collègues, son français est impeccable. Nous plaisantons depuis trente minutes lorsque je réalise que si ce visage m’est familier, c’est simplement parce qu’il fait toutes les couvertures des magazines littéraires de ces dernières semaines : j’ai pour interlocuteur pendant les quatre heures à venir Atiq Rahimi, le nouveau Prix Goncourt. Six mois plus tard, j’ai dévoré Syngue Sabour avec autant d’entrain et cette même impression de bien-être que lors de cette rencontre impromptue.

Syngue Sabour signifie Pierre de Patience, celle à qui l’on peut confier tous ses maux sans craintes, jusqu’à ce qu’elle éclate et libère celui qui a mal. Ici, le mange-chagrin prend les traits d’un homme dans le coma, tombé au combat en Afghanistan et soigné par sa femme qui lui confie ses secrets. Et elle lui raconte tout, sans détours, sans exception. Qu’elle ne l’aime pas pour commencer, qu’elle n’a jamais connu plus piètre amant ensuite, qu’elle ne lui a jamais donné d’enfants pour finir. La religion musulmane rythme les pages du roman, au pays des burkas une femme maudit le mollah et les remontrances qu’il se permet de lui faire. L’écriture est souvent minimaliste, ne laissant que les mots essentiels raconter une guerre civile, la souffrance d’une jeune femme et la routine de son quotidien :

« Le soleil se couche.

Les armes se réveillent.

Ce soir encore on détruit

Ce soir encore on tue. »

Ce récit, bien qu’empli de violence,  est d’une douceur et d’une poésie à toute épreuve, notamment contre le chagrin profond et lancinant. Les muscles se relâchent, le thorax se gonfle à nouveau d’air frais, le sourire reprend ses droits sur le visage, la Syngue Sabour a opéré.

Je n’oublierai jamais cette rencontre hasardeuse, ni le livre qui va avec. A lire en prenant son temps, en relisant des passages au besoin. Des livres comme il nous en manque trop souvent. Un premier roman époustouflant.

Note : 9/10

 

LILLY WOOD AND THE PRICK – Lilly Who and the What ? EP

In Chroniques Musique on juin 24, 2009 at 1:44

Duo parisien / pop – folk / Choke Industry

Chacun a encore en tête L.E.S. Artistes de Santigold et la reprise qu’en avait fait Lilly Wood and the Prick est probablement l’une des plus touchantes. Derrière ce patronyme au nom dans la mouvance des groupes anglo-saxons de pop – folk actuels (Tilly and the Wall, Noah and the Whale…) se cache un jeune couple parisien, Ben et Nili. Leur premier EP mérite d’être chroniqué pour des tas de raisons.

D’abord, un couple parisien qui fait de la pop – folk britannique intéressante, ça ne court pas tant que ça les pavés. On assiste, assez impuissants, à une uniformisation des jeunes groupes parisiens qui proposent tous de l’electro-rock plus ou moins réussi (dernière grande lamentable plantade : Revolver). De temps en temps, l’un s’échappe du lot (Toy Fight) et dans ces cas-là, mieux vaut l’attraper au passage sinon il fiche le camps en province ou de l’autre côté de la Manche, voire de l’Atlantique (et il a bien raison).

Ensuite, sur les cinq titres de leur EP, Lilly Wood and the Prick propose quatre morceaux vraiment intéressants. Si Down the Drain est une pop-rock très conventionnelle, dès Water Ran, on sent que ces deux-là ont un quelque chose qui ne laisse pas indifférent. Cette belle voix veloutée de Nili dont on ne se lasse pas en premier lieu. On nous annoncerait que Cat Power interprète This is a Love Song que cela nous étonnerait à peine, on se dirait que sa dépression est terminée et on serait content. La batterie n’est encore toujours au top, la guitare reste sur des lignes très simples, mais le tout est très agréable, notamment grâce au piano. La ballade de Little Johnny qui clôt ce cours opus est idéale à emporter en vacances. Légère brise, robe au vent, à cheval ou en Vespa, on regarde Lilly Wood and the Prick aller se promener mais on attend leur retour de pied ferme… Un coup de coeur pour la pochette également.

Note : 7,5/10

KAP BAMBINO – Blacklist

In Chroniques Musique on juin 24, 2009 at 12:59

Duo français / Electro-noise et Pop-grindcore / Because

Dans la série Je suis jeune et je veux bouger mon corps sur autre chose que punk-hardcore de mauvaise facture ou de l’electro sans âme, Kap Bambino constitue un bon exemple français d’une relève énervée de qualité.

Le premier gage de qualité dans ce domaine, c’est de réussir à aller sans se forcer jusqu’au bout de l’album, car méfiance avec toute musique comprenant « core » ou « noise » dans sa bio, on sait qu’en général, au delà de trois minutes ça ne tiendra pas la route. Dans le cas présent, au bout d’une demi-heure, vous en demandez encore.

On se souvient de Crystal Castles, assez insupportable sur scène mais terriblement efficace sur disque. Et en entendant Caroline Martial et Orion Bouvier, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement, concernant l’opus tout du moins. Les rages électroniques font core avec les assauts enragés de la voix féminine vocodée. Les textes sont plutôt kitsch, s’interrogeant ainsi sur ce que ça fait d’enlever sa peau (Lezard) ou l’hymne au retour aux Batcaves. Les mélodies sont dans l’ensemble très pop, ce qui mélangé à l’electro-noise, produit un mélange explosif. Alors même s’il manque encore un peu d’originalité dans certains titres (Plague ou Blond Roses), ce petit disque aidera bien à faire onduler les boucles blondes et shorts en mousse sur les plages tout l’été (et certainement pas les émos ou ce genre de fléau).

A vérifier sur scène, mais Kap Bambino ne devrait pas terminer sur les Blacklists des pires disques de l’année.

Note : 7/10

ALEXANDER CALDER – Les années parisiennes

In Chroniques Expositions on juin 23, 2009 at 2:02

Art contemporain / Centre Georges Pompidou / 18 mars – 20 juillet 2009

Le jour de mon cinquième anniversaire, ma mère m’a offert un livre sur Calder, me rendant accro à jamais aux mobiles colorés à la fois fragiles et majestueux d’un artiste américain hors-norme. L’exposition consacrée à l’artiste est originale, présentant seulement sa période dans la capitale française durant laquelle il s’est consacré essentiellement à la caricature.

Des cahiers de croquis, des caricatures délicates… et les sculptures qui s’en dégagent. Calder ne garde que les lignes fortes des corps et visages : une série de côtes, l’arrête d’un nez, la proéminence d’une poitrine… Véracité déconcertante. Dessins et sculptures métalliques semblent tracées d’un seul trait et laissent imaginer tout le reste. Calder sculpte des croquis. Tout son talent de portraitiste au regard incisif sur le monde qui l’entoure en émane.

Et surtout, il y a cette parenthèse circassienne, émouvante aux larmes grâce aux petits films où l’artiste joue avec ses créations. Un cirque de marionnettes, carcasses métalliques habillées de laine, jute et caoutchouc. Une danseuse orientale, un géant avaleur de sabres, un kangourou, des trapézistes et funambules… Calder est l’un des meilleurs designers de jouets que le 20ème siècle a vu naître. On ne peut qu’envier cet homme qui crée et joue toute la journée, clairvoyance d’une âme sensible qui sent le climat politique se durcir.

Le seul point noir de cette exposition est la foule trop nombreuse qu’il faut réussir à supporter. Trop de monde, trop de flot de paroles qui empêchent de pouvoir se concentrer autant qu’on le souhaiterait, qui contrecarrent l’envie de laisser son esprit vagabonder. A noter aussi cette mauvaise idée de présenter l’exposition en deux parties qui cassent la progression naturelle où la tête, à force de voir des squelettes métalliques osciller, parvient à s’envoler elle aussi.

A peine sorti, on n’a qu’une envie : replonger dans le monde onirique d’un doux rêveur qui gardait une vision acerbe et insolite sur ses contemporains. Cet esprit qui dérange par sa clairvoyance déconcertante, pour se rassurer on appelle cela un artiste ou un fou…

Note : 9/10

OXMO PUCCINO – L’arme de paix

In Chroniques Musique on juin 23, 2009 at 1:57

MC parisien / Rap – Soul / Cinq7

Alors que le Lipopette Bar et son rap-jazz a encore sa place dans les playlistes, Oxmo Puccino livre une nouvelle perle et repart au combat, bien décidé à abattre les idées reçues.

La vie n’est pas toujours une partie de plaisir certes, mais des milliers de raisons lui donnent la peine d’être véue. Oxmo réfléchit (365 jours), regarde derrière lui (L’arme de paix) pour tracer sa route de demain (Sur la route d’Amsterdam). Le titre le plus touchant est de loin cette analyse cinglante du Soleil du Nord et son verdict simple « la misère serait moins pénible au soleil ». De la colère oui, de la haine jamais. Pour se faire entendre, nul besoin d’élever la voix ou d’insulter à tout va. Puccino sait ça. Les accords de guitare qui accompagnent les mots sont calmes, un peu mélancoliques sans être mélodramatiques.

Mais si l’on prend la peine de livrer noble bataille, c’est qu’avant tout on respecte son adversaire. Et pour gagner contre une femme, on peut alors avoir recours à des subterfuges amoureux. Oxmo décrypte les femmes (Les unes les autres), les charme (J’te connaissais pas), s’explique (A sens inverse) et ses mélodies groovent.

Monsieur Puccino a le flow plus doux que le miel mais les propos plus amères et incisifs que les griffes de l’ours. Si tu veux la guerre, prépare la paix, la philosophie dépose les armes devant ce grand poète des problématiques trop souvent périphériques.

Note : 8,5/10

Relisez aussi la chronique du concert à l’EMB – Sannois

AUTOKRATZ – Animal

In Chroniques Musique on juin 21, 2009 at 3:45

Duo britannique / Electro-dance / Kitsuné – Cooperative Music

Le soleil, les vacances, la voiture décapotée… et pas de son un peu m’as-tu-vu intéressant à balancer ? Alors optez donc pour le dernier petit AutoKratz des familles et évitez ainsi d’être assimilés à tous ces beaufs et leurs voitures tunées.

Avec des titres un peu piquant comme The Idiots are Winning ou Speak in Silence aux sonorités Daft Punk ou Last Show qui rappelle l’electro des eighties. Et lorsque vous passerez la quatrième sur la nouvelle « autoroute écolo », n’oubliez pas de réveiller les biches et les lapins avec Gone Gone Gone ou Past your Heart qui s’inscrivent dans la veine Kavinsky. Au final cet album sonne un peu comme régressif, mais ça ne déplait pas car la qualité est là. Notamment grâce à la touche rock travaillée qui rappelle le rock d’aînés comme New Order.

Il y a peu, un Mister Oizo nous affirmait que nous sommes tous des animaux, le message des AutoKratz n’est pas très différent dans ce dernier album bestial, onze titres de retour aux racines rock et électro-dance qui demandent régulièrement à être réveillées. Un disque à écouter également les fenêtres fermées !

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

LE LIVRE DES LISTES – Wallace & Wallechinski

In Blog Roll, Chroniques Littérature on juin 21, 2009 at 1:15

Document atypique / Adaptation française par Jacques Chancel et Marcel Jullian

Nouvelle curiosité retrouvée grâce au déménagement, Le Livre des Listes date de 1977 (1980 pour l’adaptation) et s’avère aussi inutile qu’instructif. En effet, il s’agit d’une compilation de listes en tous genres, classées selon 20 catégories. Cela rappelle le bon vieux temps des classes prépas où l’on ingurgitait la « culture » à grand coup de bachotage et cela s’apparente parfois à un livre des records…

Vous apprenez ainsi que le Roi Mongut (Siam) a épousé 9000 femmes, que les cigarettes françaises les plus fortes étaient les Boyard Maïs sans filtre (45 mg de goudron), qu’Isaac Newton mourut vierge et que cela fut source d’insomnies chez lui tout au long de sa vie, qu’Attila est mort « en pleine action » ou que l’autographe de Jules César valait 10 000 000 francs de l’époque… Mes préférées sont probablement celles regroupées sous l’appellation Crime et châtiment où l’on retrouve les histoires des plus grands malfaiteurs, vols, arnaques, procès… On remarque ainsi que parmi les « 11 malfaiteurs qui ont tenu la police en haleine », la majorité sont devenus des héros de films ou chansons (Jesse James, Bonnie and Clyde, Baby Face Nelson, Mesrine ou Pierrot Le Fou).

Figurent également des listes parfaitement absurdes comme le dénombrement de «  79 homosexuels et bisexuels célèbres » (pourquoi 79 ?) ou de « 17 bruits d’animaux » (saviez-vous que la bécasse croule ?). On trouve également un nombre incroyable de listes selon tel ou tel spécialiste, comme si cela apportait un grand éclaircissement sur le sens de la vie. Ainsi on nous révèle « les 10 émissions de télévision préférées de Patrice Lafont » (oui oui le type des chiffres et des lettres aime avant tout Stade 2) ou « les 10 disques que Dalida emporterait sur une île déserte » (Aznavour, Patrick Juvet et Barbara Streisand en tête).

Pourtant, parmi toutes ces listes plus ou moins passionnantes, on ne trouve pas la liste des « plaisirs solitaires ». Je ne parle pas de masturbation (navrée Messieurs, mais si quelqu’un veut se lancer…) Peut-être le mariage était-il une maladie encore trop répandue à l’époque, toujours est-il que, vivant d’ordinaire en couple, j’ai eu la joie de redécouvrir bon nombre de plaisirs que l’on a uniquement lorsqu’on est seul(e) :

1)     Mettre autant d’ail qu’on veut dans sa salade, autant de piment et citron qu’il nous plaît dans le poisson, ou faire une colline de gingembre et cardamome dans son yaourt sans passer pour quelqu’un au palais détraqué.

2)     Parler aux objets sans retenue (non je ne n’ose pas d’habitude parler à ma plante préférée ou être aussi délicate avec la lampe lorsque je change une ampoule)

3)     Repasser en regardant des vieux films d’Art et d’Essai (et oui, d’ordinaire il faut se contenter d’une émission télé un peu clichée comme Desperate Housewives, mais devant Dieu vomit les tièdes, le repassage prend réellement tout son intérêt).

4)     Sauter dans des flaques sans retenue dans la rue sans se demander si quelqu’un regarde et appelle les urgences psychiatriques.

5)     Passer 15 fois le même disque d’affilée, dans l’ordre, à l’envers et en shuffle à 80 dBa pour finalement déclarer que ce disque est mauvais.

6)     Sortir toutes ses chaussures et toutes ses robes, les admirer / nettoyer / réparer / classer par couleur et par adaptation à la saison, les laisser prendre l’air un peu partout… et tout remettre à sa place avec un sourire satisfait.

En conclusion, j’ai une pensée pour tous ces célibataires qui ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont…  Si vous aussi, souhaitez apprendre ce que sont l’éminence thénar, l’art de graticuler ou la maîtrise du vidrecome ; ou si vous souhaitez me proposer une nouvelle liste pour une édition 2010 du Livre des listes, ne vous sentez pas timides !

MAJOR LAZER – Guns Don’t Kill People… Lazers Do

In Chroniques Musique on juin 20, 2009 at 3:06

Djs américains / Electro Booty-shaker / Downtown – Cooperative Music

Si l’on continue notre panorama musical des arrivages estivals 2009, alors nul doute que votre petit corps se déhanchera très prochainement sur Major Lazer. Et si ne suis pas particulièrement adepte des gros lascars et de leurs sons « move your booooooty », je vous rejoindrai cette fois sans peine au milieu du dancefloor.

Des titres électro ragga dancehall remuant en veux-tu en voilà, du vulgaire un peu avilissant avec des sirènes, des voix de gros lascars, des flingues, du fric qui pue la dope, des corps qui caramélisent sous le soleil californien, des pouffes qui ondulent leurs corps plus que de mesure et font monter la température alors qu’on crevait déjà de chaud… Voilà ce qu’évoquent ces titres à la première écoute… pas ma came et pourtant… le second coup d’oreille révèle bien  des surprises.

Il y a d’abord la qualité et la richesse des titres mixés. Derrière les Major Lazer se cachent les talentueux Diplo et Switch. Du coup, c’est tellement bien foutu qu’au lieu de zapper, on réécoute. En 12 titres, vous avez déjà fait 3 fois le tour du monde des ghettos ensoleillés : Favela pas chics, Africolor, Merengue, West-coast US, Deep India… Leur talent n’a d’égal que leur bon gout qui permet à chaque titre de ne jamais sombrer dans le vulgaire, le redondant ou le barbant mais bien de surfer sur tant d’influences stimulantes que les codes habituels sont détournés et ravissent les corps et les esprits : Mary Jane est tordant lorsqu’on l’écoute au 5e degré, Keep It Going Louder vous propulse illico au milieu d’un bidonville de Bombay où seules des Pussycats siliconées croiseraient votre chemin, Baby est aussi court que kitsh…

Une grande partie de rigolade, je gesticulais seule dans mon appart sous les yeux ébahis des teenagers qui ont fini par venir me demander ce que j’écoutais car « ça tabasse ». Je me suis déhanchée au sens littéral : pu*** ça fait mal quand l’os rentre dans l’articulation qui lui appartient… Pas besoin de prendre une balle perdue, la danse des Lazers opère bien mieux. A se procurer d’urgence pour égayer vos après-midi de volley à Paris Plage :)

Une mention spéciale à la pochette, digne des comics de notre enfance.

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

LISSY TRULLIE – Self Taught Learner EP

In Chroniques Musique on juin 20, 2009 at 2:54

Minette New-yorkaise / Rock / Wichita – Cooperative music

L’été revient plus ou moins et les productions sexy – fleuries – glossy font comme chaque année leur come back. Alors si l’on vous parle d’une jeune mannequin qui se met à fricoter avec la musique, vous pensez à une australienne et ses tee-shirt blanc… et vous avez tort. Car il y a plus prometteur, il y a Lissy Trullie.

A peine 20 vingt ans, des couv’ de magazines de mode qui se multiplient… Lissy semblait partie pour nous proposer autre chose que ce rock brut et dirty. Avec une voix rappelant Debbie Harry ou l’injustement méconnue Justine Berry (Hey Gravity) et un accent frisant le plagiat Pete Doherty-que (pardon pour ce barbarisme), on est loin des intonations bitchy d’écervelées du milieu de la mode. Il en va de même pour les textes, Lissy n’a pas pour sujet principal de préoccupation ses tee-shirts blanc (même si je vous l’accorde, elle montre son short noir) ou des soirées branchouilles mais aborde plutôt de grands thèmes universels (l’amour, l’argent, le respect…) sur un ton sarcastique et cinglant (you don’t have to say I love you too, it’s not what I want to ear from you). La batterie et la basse aux lignes basiques mettent en valeur les accents crus d’une guitare un peu déglinguée, le tout magnifié par cette voix de fumeuse de 40 berges.

Et par-dessus tout, il y a cette reprise de Hot Chip, Ready for the floor, qui parachève de nous amener à penser que cette Lissy est loin d’être une cruche, ira un peu plus loin dans la qualité musicale de ses congénères et restera quelqu’un quoiqu’il arrive une personne de bon gout capable de ne pas massacrer les reprises. Une excellente autodidacte donc… Verdict final avec l’opus complet.

Note : 8/10

HOW TO BE GOOD – Nick Hornby

In Chroniques Littérature on juin 20, 2009 at 2:37

Auteur britannique / Roman / Comédie grinçante / traduction de Isabelle Chapman

Les déménagements servent à retrouver quelques petits trésors. Il y a plusieurs années,  j’avais dévoré d’affilée quatre romans de Nick Hornby (High Fidelity, About a boy, Carton Jaune) je les avais tous apprécié pour des raisons différentes. Mais rétrospectivement, seul How to be good me posait ce problème assez récurent lorsqu’on lit beaucoup : pourquoi donc j’ai aimé ce bouquin ? De quoi ça parle ? Alors lorsque j’ai retrouvé une traduction dans un des cartons, j’ai relu… et je n’ai pas changé d’avis. La Bonté : mode d’emploi compte parmi les belles parures de la collection de bijoux de Nick Hornby.

L’histoire est somme toute banale : une femme, affublée d’un mari qu’elle n’aime plus vraiment et de deux enfants qu’elle supporte modérément, remet tout en question en réfléchissant sur sa vie, le sens de sa vie, l’intérêt de ses actes et… la bonté en général. S’ensuit un pétage de plomb global de la famille qui se met à adopter des comportements aussi absurdes que jubilatoires : adoption d’un sdf, recours aux médecines occultes… Une trame plutôt classique pour Nick Hornby si ce n’est que cette fois la narration vient d’une femme, exercice assez complexe dont l’auteur se sort bien. La traduction laisse parfois à désirer mais dans l’ensemble, l’esprit et le style du romancier est respecté.

Soudain, aux trois-quarts du roman, tombe la phrase décisive qui à elle seule, place très haut How to be good dans mon estime :

« Nous avons bu et écouté un groupe de musique électronique français, Air, qui privilégie les instrumentaux et doit être exquis à écouter dans un ascenseur ».

Air ou la musique d’ascenseur haut-de-gamme, c’était donc pour cela que je gardais une impression très positive de ce livre ! Le mystère est donc résolu, je suis ravie d’avoir relu How to be good qui au delà de ses considérations musicales pertinentes, permet de réfléchir un tant soit peu aux actes qui rythment notre quotidien, aux choix que nous faisons ou non. A lire et relire, à déguster comme une cerise sur un gâteau.

Note : 8,5/10

SUNSHINE CLEANING – Christine Jeffs

In Chroniques Cinéma on juin 15, 2009 at 2:40

Film américain / Tragi-comédie / 2009

Tout comme la tradition du cinéma anglo-saxonne se plaisait à dépeindre les problématiques sociales britanniques sous le prisme comique (The Full Monty, Billy Elliot, les Ken Loach ou plus récemment Boy A), on assiste également depuis quelques années à des monographies de quotidiens sordides de l’Amérique profonde tournés en dérision. Ainsi, on avait pu se délecter de l’inattendu Little Miss Sunshine l’année dernière ou, dans un tout autre genre, de Mystic River. Christine Jeffs se frotte à son tour à l’exercice avec Sunshine Cleaning et revisite le monde du nettoyage post-mortem.

Le premier problème de Sunshine Cleaning se trouve dans son titre. On nous sert du sunshine à toutes les sauces, comme s’il s’agissait d’un label valorisant (l’affiche ne manque pas de nous rappeler et souligner en gras que les producteurs sont les mêmes que pour l’histoire de la jeune Reine de Beauté). Ce n’est pourtant pas toujours brillant : si cela fonctionnait pour la Little Miss ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, c’est loupé pour le film qui nous préoccupe dans cette chronique. Le postulat de départ était sympathique : deux sœurs dans la dèche montent une boite d’assainissement de scènes de crimes afin de pouvoir financer l’école privée du fils / neveu un peu lunatique et bourré d’imagination. Elles se retrouvent donc confrontées à diverses situations glauques. Sauf que pour que le tout fonctionne correctement, il aurait fallu rendre les situations à la fois vraiment cocasses et dynamiques. Le film s’essouffle dès la première demi-heure, une fois passé la succession de découvertes très subtiles du type « le sang ça tache très fort », « les cadavres ça pue et ça pourrit vite, surtout quand il fait chaud » ou encore « ah bon ? il existe une règlementation qui fait qu’on ne pas jeter les résidus humains comme de banals déchets ? ».

Ce qui m’amène au second problème du film qu’est un manque flagrant de rythme et d’énergie des personnages. Le jeu du premier rôle tenu par Amy Adams vacille trop souvent du côté pathos pleurnichard pour être complément convaincant. Le second rôle incarné par Emily Blunt (petite sœur un peu rebelle, un peu rigolote, un peu grincheuse, complètement paumée) s’en sort plus honorablement. La prestation d’Alan Arkin en père faisant constamment des promesses dans le vent – sauf pour respecter un happy end aussi délicat et travaillé qu’une marre de sang au milieu d’une moquette blanche – est tout aussi décevante.

Le parallèle entre le fait de nettoyer et de remettre de l’ordre dans sa vie fait difficilement sourire tant le film peine à lessiver toutes les approximations et négligences de réalisation. Un film qui n’a pas vu sa matière et son potentiel suffisamment mis en valeur pour séduire.

Note : 5/10

ELDIA – Favourite Murderer EP

In Chroniques Musique on juin 15, 2009 at 2:30

Groupe parisien / Pop-rock / Emergence Music

Après un album prometteur il y a un an (All The People On The Ship Say), eLdiA sort un EP en avant goût d’un nouvel opus à venir pour l’automne. Des chansons pop-rock qui balancent bien comme il faut.

En quatre titres on peut déjà déceler que l’album promet quelques singles alléchants. A commencer par le titre éponyme de cet EP. Favourite Murderer s’inscrit dans la droite ligne de la britpop avec une ambiance sonore très Beatles. On reconnaît aussi la patte des folkeux parisiens comme Tahiti Boy ou les géniaux Toy Fight. The Way You Move rappelle pour sa part la vague rock new-yorkaise, dont on ne peut que regretter leur abus de reverb sur le refrain. Alors que Did You Run ? passe plus inaperçu de par son classicisme ultra « déjà entendu partout », The Drunk Song mérite de s’y attarder, balade folk mélancolique qui donne envie de réécouter en boucle les cowboys normands de La Maison Tellier.

Reste qu’il faudrait que ces 5 jeunes s’affichent sur leur pochette dans des postures moins « j’suis un péteux parisien, j’porte la moustache, un slim et du cuir car c’est trop bien le rock ». Bref il y a bien du potentiel chez eLdiA, rien de très original mais travaillé avec un peu d’attention, si tous les groupes pouvaient déjà commencer par respecter  cette règle élémentaire alors la scène française pourrait mieux se défende outre Manche. Encore un peu de travail ne ferait pas de mal…

Le Colonel Moutarde dans la cuisine avec un chandelier ? Verdict complet avec l’album.

Note : 7/10