Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour août 2009

AUFGANG – Aufgang

In Chroniques Musique on août 28, 2009 at 11:41

Trio / Electro – Piano / Infiné – Discograph / 2009

Le piano a cela de particulier et fascinant qu’il possède, plus que tout autre instrument, la faculté de vous faire passer par toute la palette des émotions en un temps record et dans toutes les situations. Seul ou en orchestre, classique ou contemporain, reposant ou excessivement excitant… Rien n’est impossible pour un piano, encore faut-il trouver le pianiste capable d’exploiter toutes les capacités de son instrument. Ils s’y sont mis à deux pianistes et un batteur-électronicien pour relever le défi. Il ne s’agit pas seulement de mélanger du piano à l’électro mais bien de réussir à révéler tout le potentiel d’un clavier aux touches d’ivoires. Aufgang réussit ce petit exploit, en trois actes.

Franscesco Tristano et Rami Khalifé sont pianistes classiques, l’un s’illustrant dans des interprétations toniques de Bach, le second ayant la fougue et la rigueur de Rachmaninov. Tous deux ont fricoté avec le jazz, leur troisième acolyte, Aymeric Westrich, apporte la touche rock (batteur de Cassius) et hip-hop pour parfaire la maîtrise des genres. Le résultat est détonnant, original et envoûtant. Channel 7 et Channel 8 ouvrent l’opus avec cette douce montée des pianistes des sonorités principalement classiques vers des rythmiques de plus en plus hip-hop et électro. Barock porte bien son nom, rappelant les clavecins du XVIIIe siècle où s’immiscent des boucles de minimal hypnotiques. Sonar, titre qui a fait leur succès au festival barcelonais du même nom parfait cette plongée dans les vagues électroniques de plus en plus acides. Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment, les pianos ne perdent de leur force, au contraire, ils se font de plus en plus répétitifs, les mélodies comportent de moins en moins d’accords mais le rythme est démultiplié ce qui rend la tache finalement bien plus complexe. Les rôles traditionnels sont inversés : les partitions électroniques respirent, s’arrêtent régulièrement, alors que les claviers continuent sans cesse. On devient euphorique, on rêve de Saint-Malo pendant les grandes marées ou d’une piste de danse sur la terrasse d’un gratte-ciel new-yorkais.

Prélude du passé (in Memory of Kevin) marque une pause dans l’opus, très calme, mélancolique, on retrouve l’univers des partitions funèbres, sans pour autant tomber dans le pathos ou le grandiloquent. Good Generation est le seul morceau avec paroles intelligibles. Morceau éthéré, on pense à Air avec une touche de classe supplémentaire. C’est peut-être le morceau le moins intéressant en cela qu’il paraît plus banal et surfait. Il n’en reste pas moins agréable.

3 Vitesses marque le second tournant de ce disque. On plonge dans des rythmiques rappelant le post-rock expérimental de Battles, ce que Battles a réussi avec sa batterie, Aufgang le recrée au piano. Les samples de voix sont réduites à des simples onomatopées. Aufgang est le morceau probablement le plus trompeur. S’apparentant à une housse traditionnelle dans un premier temps, on commence à perdre nos repères auditifs dès que les claviers se mettent dans la partie. Tout tourbillonne, on se fait embarquer dans une épopée musicale polymorphe, jonglant avec les influences musicales. Les partitions sont à la fois très banales et relevant de l’improvisation, à la fois très construites et déstructurées comme la musique contemporaine difficile d’accès, à la fois linéaires et donnant l’impression de sauter dans tous les sens. Les membres du trio sont plus que jamais à l’écoute afin de nous rendre les distorsions soniques semblables à des montagnes russes.

Le disque se termine sur Soumission, la nôtre, public soudain concentré sur chaque intervention des percussions. C’est une soumission au piano, instrument massif capable de tant de finesse. Chaque marteau venant frapper ses cordes, chaque doigt effleurant son vernis, chaque frôlement de semelle contre ses pédales, l’odeur puissante du bois mêlé à la poussière des années lorsqu’on lui ouvre la table d’harmonie. Ce moment précis dans la pratique d’un instrument où l’on ne souhaite plus faire qu’un avec sa machine musicale, où l’on répète chaque geste, chaque note jusqu’à penser en discerner toutes les subtilités. Et toujours cette tension palpable, cette puissance qui nous fait jouer jusqu’à l’épuisement, une fois qu’on goûte à ces plaisirs là, on ne peux plus s’en libérer et cet ultime morceau de dix minutes en est la preuve. Le clavier se fait rattraper par la batterie, prisonnières les quatre mains n’ont d’autre choix que de jouer encore et encore. Et soudain l’instrument les libère, sans crier gare, le morceau est terminé.

Ni Ascenseur pour l’échafaud, certainement pas une fade musique d’ascenseur, le trio Aufgang signe un opus très éprouvant. Les instruments semblent y être les rois, on ne décide pas de la fin du morceau, elle est comme dictée. Ce n’est que l’écoute d’un disque et pourtant, vous avez la sensation d’avoir couru un marathon. Défi réussi de nous emporter au-delà des genres musicaux, bien au-dessus de l’a priori rétrograde prônant que les musiques amplifiées ne doivent pas côtoyer les mélodies de chambre. Un premier album d’une heure dont on ressort avec une irrépressible envie d’appuyer sur repeat. Vous n’appuierez plus jamais sur le bouton de l’ascenseur de la même manière !

Album coup de coeur. Note : 9,5/10

Sortie le 12 octobre 2009

Vous en voulez encore ? Une chronique différente mais écrite par la même personne sur Le HibOO

TURZI – B

In Chroniques Musique on août 26, 2009 at 3:45

Groupe français / Kraut – Rock – Electro – Psyché / Record Makers / 2009

« On prend les mêmes et on recommence » n’est pas un adage qui s’applique à Turzi, que ce soit en tant que personne, que groupe, que musicien. B n’est pas la suite de A mais bien une évolution audacieuse, bien conçue et incroyablement foutraque tout en étant d’une rigueur exemplaire. Retour sur les supputations émises après son concert au Nouveau Casino.

Le jeune Versaillais vient, par la qualité de ce nouvel opus, parfaire une boucle Daft PunkAirFuzatiPhoenix. A était un album aux connotations krautrock d’une texture psychédélique délicieuse. Avec B, on quitte l’Allemagne pour filer sous la Manche, on redécouvre le rock, l’indie noise et la géographie.

L’album s’ouvre sur Beijing, comme lors du concert. Il pourrait s’agir d’une ouverture de film d’épouvante aux références sataniques comme Rosemary’s Baby que cela ne nous choquerait pas. La batterie et les guitares encadrent parfaitement une voix venue d’outre-tombe. Et dès Buenos Aires, le second titre, vous comprenez que vous venez de vous faire embarquer dans un voyage burlesque et inquiétant, vous êtes Alice au Pays des Merveilles, le Chat vous accompagne et ne vous lâchera pas avant la fin. Le clavier se met au pas, une complainte au violon vous indique la marche à suivre. Vous voilà bazardés au beau milieu des favelas, les mafias et dealers sont à vos trousses, vous n’avez quelques secondes de répit avant la grande cavalcade de Bombay que j’avais appelé « Bande de Gaza ». Les instruments grondent, lancés à pleine vitesse vous n’avez d’autres choix que de les suivre dans leur descente vertigineuse en territoire dangereux. S’en suit le plus apaisé mais tout aussi dantesque Bethlehem que j’avais dénommé « Beyrouth », véritable évolution du A Notre Père de l’album précédent.

Baltimore opère un revirement rock assez fascinant, notamment grâce à la présence au chant de BoBBy Gillespie qui insuffle les vagues métalliques, urbaines, underground que l’on trouvait dans les bons albums de Primal Scream (donc pas le dernier hein…) et chez les Stooges sous extazy.

Après un Brasilia au synthé hypnotique et un grisant Bangkok aux guitares rugissantes, ce que j’avais intitulé « Bâle-Beauvais-Berlin » le 6 juillet dernier se nomme logiquement Baden Baden (longtemps au cœur des guerres de religions et jouxtant la Forêt Noire). Un débit de paroles plus souple évoluant en distorsions soniques maîtrisées et entêtantes, rappelant en cela un Trip Hop macabre.

Après un Bogota plus doux, l’album termine en apothéose avec Bamako et une collaboration avec la Reine du Foutraque, Brigitte Fontaine et son mari Areski (tiens tiens, encore un Versaillais). Toute la place est donnée à cette voix rocailleuse et éreintée, à ces paroles mystiques. « Nous sommes des mutants […] sur le vaisseaux du temps » affirme Brigitte Fontaine, on l’a compris, Turzi nous ballade un peu partout, lui, son groupe, les artistes qui l’accompagnent et le guident sont tous sans cesse en transformation.

De Turzi, on suivait le talent, les interviews vraiment pertinentes, les progrès, l’exploit de conquérir les States et ce second album inaugure une nouvelle saga à succès : il y avait l’alphabet de Mozart, il y aura désormais l’alphabet de Turzi. Certes Turzi n’en est qu’à la lettre B, mais avec un tel pouvoir d’évolution dans sa musique, il pourrait faire les 26 sans problèmes. Turzi n’est pas un musicien à étiquette, ni un adepte de « faire de la musique pour plaire », gardez-le pour acquis.

Note : 9/10

Sortie le 27 octobre

P.S 1 : Non, contrairement à Monsieur Romain Turzi, je ne prends pas de drogues, surtout lorsqu’il s’agit de chroniquer ses disques.

P.S. 2 : Si vous êtes amateurs d’une chronique plus classique ou de « garçons » avec des références aux influences et tout et tout, allez-donc jeter un œil chez Benjamin de  Playlist Society.

THE DODOS – Time to Die

In Chroniques Musique on août 25, 2009 at 2:34

Trio San Franciscain / Pop-rock, Psyché-folk / Wichita – Cooperative Music

Il y a quelques mois, Mgmt nous annonçait que le temps était venu de feindre (Time to Pretend). Un an après la météorite de Visiter leur premier album, le duo de San Francisco au vieux nom d’oiseau revient pour un plan à trois se proposant d’explorer les frontières de la vie. Ont-ils la pêche au point de nous en faire crever ou vice-versa ?

Neuf titres oscillant entre 4 et 6 minutes, dont l’entrée en matière commence fort. Small Deaths porte bien nom, les chœurs chatouillent nos oreilles, la montée de batterie suit un rythme tout à fait adapté, les accès de guitares titillent nos sens, provoquant ce petit frisson qui remonte l’échine depuis le creux des reins… On pourrait s’arrêter là et avoir envie de repasser dix fois le titre.

Les Dodos ont gardé quelques clés de leur succès : boucles d’accords répétés jusqu’à devenir bileux, guitares électrisantes provoquant des remontées acides,  le tout accompagné de voix douces comme le pain constituant le meilleur des miel pour grog… Bref à chaque fois, on ressort secoué d’une écoute qui rappelle l’arrivée d’un gros grain lors d’une transat en voilier : ressac, creux de vagues, pluies tropicales passagères. Autant de cassures de rythme qui sont bien présentes dans Two Medecines. C’est éprouvant et on en redemande.

Cependant, on reste un peu dubitatif devant la platitude des trois dernières plages de l’opus. On ne comprend pas très bien l’intervention d’un titre en allemand non plus… Troll Nacht est un titre aussi pertinent que La danse des canards… Ballades folk molles et classiques, peut-être est-ce finalement l’explication de ce Time to Die, mieux vaut rentrer dans sa tombe plutôt que de continuer à écouter ça ?

The Dodos est assurément un bon groupe californien, à suivre scrupuleusement. Malgré quelques maladresses que l’on aurait préféré ne pas voir apparaître sur un second album, on peut les emporter dans la tombe, histoire de faire swinguer les squelettes un peu coincés.

Note : 8/10

Sortie le 31 août

Route du Rock 2009 : les bonus

In Blog Roll on août 19, 2009 at 1:32

Un festival comprend pas mal de concerts, mais surtout beaucoup d’histoires croustillantes en parallèle. Petit aperçu des perles 2009 au Fort des Pirates malouins :

  • D’abord, il circule sur les festivals bretons un petit magazine bien utile, Paplar, pour nous livrer des détails plus ou moins croustillants. Ainsi on se délecte chaque jour qu’ils tapent aussi fort sur My Bloody Valentine qu’ils ont pu nous exploser les tympans :
    • «  Se faire réveiller par une déflagration sonore à faire s’envoler une tente Quechua, […]c’est ce qui s’est passé [vendredi], à 9h15 du matin, quand les techniciens de MBV se sont emparés de la console-son du Fort. […]Ca fait une semaine qu’ils bataillent avec la direction du festival pour disposer de tel ou tel matos permettant de jouer le plus fort possible. […]Un Plan B pour les concerts du lendemain avait même été prévu au cas où ils exploseraient tout. Le soir, même déflagration, même punition. Mais là, contrairement au matin, on n’entendait pas les paroles des morceaux. […] Lui il fait toujours la même chose, nous on a évolué. Moins de cheveux, plus de bide. Il nous rest[ait] au moins les tympans. »
    • Télex : Pour toutes les oreilles perdues hier soir, s’adresser aux objets trouvés [en face du camping].
    • « J’aurais pu me fendre de quelques lignes de ZWIIIIIMMMMMM et de BLAAAAAANNNNNNGGGGG, « THANKS FOR BEING HERE », WROOOOOOONNNNNNNGGGGGGG (My Bloody Valentine, musique parfaite pour s’enfiler la tête dans un moteur d’Airbus avec un Themesta sous la langue). »
    • « A part ça, j’aurai bien traîné mes guêtres à la soirée noise le 14, pour voir par curiosité My Bloody, comme on dit entre indies, histoire de soit : a) pouvoir continuer à en dire du mal b) revenir sur un très vieil a priori (un comble pour un a priori). Bon, de toute façon, à deux trois berlingots près,  on ne m’enlevera pas de l’idée que ça a toujours été surestimé, cette histoire. Le son, super, les compos, bof. A l’époque je préférais pour ma part les Pale Saints, et leur premier album, « The Comforts of Madness », LE disque noisy-pop par excellence. […] En attendant, j’écris ces lignes pépère chez moi et j’imagine que le 16 au soir, je vais pleurer maman au moment de monter sur scène et le pire, c’est que je ne compte même pas sur vous pour m’aider. » Dominique A.
  • Ensuite, jetez un œil à la série de photo qui suit et vous comprendrez la signification de certaines expressions.
  • Enfin, la palme revient à quelqu’un dont je tairai le nom – mais que tout le monde connaît – qui a eu le privilège a) de tomber de huit mètres du haut du fort, b) de se fouler seulement les chevilles et les poignets, c) de manquer d’avoir des ébats intéressants (puisque oui il est tombé au lieu de rester en haut dans l’action),

Prochain festival ? Rock en Seine, ça promet…

Le ridicule ne tue pas.

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Dans la vie, tout est une question de priorités

Dans la vie, tout est une question de priorités

Ah non Monsieur, il doit y avoir erreur, les hippies ne sont pas admis côté pros...

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L'habit ne fait pas le moine

L'habit ne fait pas le moine

Crédits Photos : Michaurel

Route du Rock 2009 : no rain, no pain ?

In Chroniques Concerts on août 18, 2009 at 3:50

14 août 2009 – Le rock à St-Malo, quand il fait beau c’est mieux… mais pas que.

Le temps breton s’apparente de plus en plus à celui de Scandinavie, comprenez par là que le matin et le soir vous vous pelez sérieux, mais qu’au beau milieu de la journée vous avez des températures susceptibles de nous débarrasser de toutes les mamies trop encombrantes. En ce 14 aout à Saint-Malo, on y a eu droit, comme durant les sept jours qui ont précédé l’événement.

Arrivée sur un site vide, un bénévole arrose la terre pour que la poussière ne vole pas trop, en vain. Sur scène les balances de Deerhunter font froid dans le dos, les enceintes semblent déjà flancher. Direction le Palais du Grand Large pour vérifier ce que Marissa Nadler a dans le ventre. Prestation de plus d’une heure, assez intéressante en son genre, abstraction faite qu’on est censé assister à un festival de rock. Marissa livre un spectacle folk, plein de ballades éthérées, pas désagréable pour se remettre du trajet en voiture. Seule ou accompagnée de ses trois musiciens, Marissa manque régulièrement de sa voix claire et cristalline, dommage. Le spectacle est plus intéressant lorsque son guitariste la soutient de sa voix, le duo fonctionne bien. A suivre donc. (7/10)

Détour par les remparts (accompagnée d’une énorme glace) et on file au Fort pour Deerhunter, sacrifice fait de Crystal Stilts puisqu’il y a une centaine de voitures qui doivent se garer avant nous… Deerhunter est mauvais, il n’y a pas d’autre qualificatif. Même le batteur s’ennuie ferme. Le chanteur rachitique pousse la chansonnette, les guitaristes s’écoutent jouer, la basse est trop forte… Un peu pathétique, première déception de la soirée. Autre caractéristique de ce groupe un peu usant : ils n’ont pas appris à terminer leurs titres et étendent lamentablement leurs accords similaires pendant cinq minutes avant d’arrêter. Bref, on se console au bar en se disant que ce n’est qu’un concert, qu’une prestation live ne vaut pas pour un avis définitif, tout ça… sans grande conviction. (5/10)

La suite du programme est moins alléchante car plus classique mais au final bien plus intéressante. Le quintet de Tortoise s’applique sur un set de post-rock très jazzy, à l’arrière-gout brésilien. Les rythmiques sucrées côtoient les riffs aiguisés, le batteur cette fois s’en donne à cœur-joie, élément central de leur configuration scénique, de profil au premier plan, rappelant en cela la mise en scène de Battles. Les sonorités douces et éthérées se font peu à peu plus métalliques et acérées. Le tout étant très bien accompagné par un D-jing de qualité mêlant ancien logo d’Antenne 2 et plaines tantôt sèches et herbacées, tantôt vertes comme la Normandie… Sans conteste le meilleur concert de la soirée. (8,5/10)

Après être bien reposé et relaxée, on a envie d’en rester là. Surtout que ce qui suit n’est pas beau à voir, avant même que le moindre son ne soit émis. Une fourmilière de rodies s’active sur scène pour installer la terreur acouphènique de la soirée. Murs de plexiglas, murs d’enceinte supplémentaire, instruments prêts à cracher tout ce qu’ils ont de cordes, de peaux et de cymbales, tremblez public, voilà My Bloody Valentine.

Filtres vissés aux oreilles, un rugissement sonore me rappelle à la réalité alors que je me trouve à 300 mètres de la scène. Les vaches du coin doivent apprécier le réveil nocturne… S’en suit une prestation navrante, le chanteur balbutie dans un micro dont on n’entend qu’une onomatopée toutes les dix minutes, la batteur tape sur tout ce qui bouge plutôt que de se concentrer à essayer d’émettre des mélodies dignes de ce nom. Détail de taille, ce groupe n’a rien produit depuis 1991 mais la moyenne d’âge des fans est de 14 ans… cherchez l’erreur. Mes oreilles saignent et crient au scandale, je me carapate bien vite, ne cherchant pas à savoir si la suite sera meilleure. MBV n’est définitivement pas un groupe de scène, éventuellement un collectif de création artistique… et dans ce cas ils n’ont rien à faire là. (1/10)

Samedi 15 août – La musique de la Route du Rock, c’est comme le bon vin, elle se bonifie avec le temps.

Après la soirée navrante du vendredi, on remet le couvert le lendemain sans grand espoir : soleil, légère brise, lunettes de soleil et bar VIP. Arrivée sur un site vide (bon d’accord j’ai usé de mes droits et grugé toute la queue), on dirait qu’une bombe atomique est passée hier : plus d’herbe, plus de déchets, plus d’enceintes crachouillant un son infâme… Le festival le moins écolo et le moins bien organisé de France peut se vanter de savoir exploiter ses bénévoles au maximum.

St-Vincent apparaît timidement et se met à jouer pour cinquante péquins. Initialement programmée après Papercuts, on lui a visiblement fait une mauvaise surprise. Tout le bénéfice est pour nous puisqu’ainsi, on peut profiter deux fois mieux de la prestation de cette frêle mais déterminée silhouette. Telle une Patti Smith avec sa peau de Blanche Neige, sa boule de cheveux frisés noir et son petit costume bleu et rouge (rouge à lèvres assorti) dévoilant des épaules musclées et une physionomie nerveuse, les accords qui sortent de la guitare de St-Vincent sont incisifs, précis, surprenants. Régulièrement, sa petite tête disparaît derrière la toile noire qui cache ses jambes, on s’attend presque à ce qu’elle nous fasse un spectacle de marionnettes. Les mélodies de la New-Yorkaise alternent entre douces ballades et accords plus rock. Le tout est surprenant, touchant et… définitivement plus intéressant que le disque. Première bonne surprise de la soirée. (7,5/10)

Je ne trahirai pas Papercuts et Camera Obscura en disant que c’était mou du genou et terriblement banal. Passons, le bar VIP est là pour nous réconforter. (5/10)

La seconde bonne surprise nous vient des Kills. Peu importe la drogue qu’ils se sont enfilé ce soir là, le duo est plus sexuel que jamais, à l’écoute l’un de l’autre. On a presque envie de leur pardonner leur mauvaise habitude de faire sauter qui son ampli, qui son jack… Le spectacle est beau, bien rodé. Cela dit, The Kills va devoir se renouveler sous peu s’il ne veut pas terminer aux oubliettes des groupes de rock incapables de produire plus de trois mélodies : soit ils privilégieront leur duo au profit de nouvelles harmonies et sonorités (un peu de créativité que diable), soit il leur faudra s’équiper de musiciens dignes de ce nom car la boite à rythme sur trois album, ça commence à gaver un peu – Kate Moss squatte leurs concerts ? Eh bien mettons là à contribution à la batterie ! (8/10)

Pour terminer la soirée en beauté, Peaches livre un show haut en couleurs. Accompagnée des Sweet Machine, trio au look néo-gothique post-hardcore, elle décline une dizaine de costumes tous plus amusants les uns que les autres, allant de la fraise Tagada au string lumineux à nœud, en passant par les tenues de lutteurs mexicains et le justaucorps de patineuse sur lequel sont projetés des images… Une vieille hardeuse en collants à gaine n’a jamais été aussi sexy qu’elle ce soir là. Les titres/ tubes s’enchainent, le public se déchaine modérément (beaucoup trop ivres ces bretons).

Peaches ne fait aucune faute de gout, aucune impasse, occupant tous les recoins de la scène et de la fosse. Le fake duo avec Iggy Pop est tordant, les solos de guitare électrique des biatch tout autant. Une belle prestation pour une artiste qui avait pris un virage un peu dangereux. J’espère bien que les cathos culs-bénis de St-Malo se retournent dans leur lit. (8,5/10)

Trop fatiguée pour Four Tet, j’écoute de loin, calmes et douces ondulations électroniques. Il faut garder des forces pour le lendemain, finalement ce festival construit sa programmation pour les plus endurants, le meilleur est avenir…

Dimanche 16 août – A la recherche de la jouissance auditive

Dernière journée et non des moindres pour cette Route du Rock ensoleillée. Heures de sommeil cumulées : 8, Cafés : 7, Filtres audio : ok, copains : une vingtaine, bar VIP et cocktails : ok. On a tout ? Allez zouh !

Ca commence tôt (17h30) avec Gang Gang Dance que j’ai encore une fois eu le privilège de rater mais dont on ne m’a dit que du bien – notamment de la chanteuse. A vérifier à Paris prochainement donc.

J’arrive à peu près chancelante pour la prestation d’Andrew Bird. Scénographie recherchée de vieux cabinet de curiosités anglais, musiciens en forme, la pop-rock d’Andrew réussit à me requinquer pour tout les concerts qui vont suivre. (7,5/10)

Les jeunes écervelés ne sont pas présents ce soir là, les groupes sont de plus haute voltige, le public est sensiblement plus âgé et sage. Dominique A porte cette lourde tâche de représenter à lui seul toute la France et ce qu’elle compte d’artistes intéressants. Dans Paplar, le petit journal local, il déplore l’absence de Holden au festival (normal, ils chantent L’orage aurais-je envie de répondre…), tape sur MBV et raconte son premier souvenir de Route du Rock : Saucisse. Seul sur scène avec sa guitare, son synthé et deux micros, il envoûte l’assistance en quelques minutes, alternant compos plus ou moins récentes. Quelques traits d’humour (pas facile de jouer au milieu d’une soirée d’artistes triés sur le volet, ça ne l’empêchera pas de jouer ce qu’il veut, pas forcément pour nous faire plaisir). Le nouveau morceau Mancey est particulièrement touchant. L’homme salue, remercie et annonce le groupe suivant. Il est le premier à le faire de tout le festival, comme quoi, l’éducation, ça a du bon. (8,5/10)

Lorsque Grizzly Bear paraît enfin après une dizaine de minutes de retard, l’assemblée est si concentrée qu’on pourrait entendre les mouettes du port brailler. Côte à côte, les quatre membres font front, concentrés, prêt à interpréter Veckatimest dans son intégralité ou presque. Look Geek, le guitariste porte un tee-shirt « Köln liebt mich », le batteur un Mickey a trois oreilles ; et musique de Nerd, la maitrise des instruments dans tout ce qu’ils ont de délicat, intemporel et grandiose. Mélodies planantes, on se sent comme transporté par une sorte de foi mystique. Les effluves d’encens couvrent enfin celles de moules et saucisses. Un dauphin et un homard en plastique s’envolent et parcourent les têtes du public. Mis à part un persistant problème de grésillement, Two Weeks est jouissif, While you wait for the others finit par me faire osciller la tête tels les Oui-Oui dont je prend plaisir à me moquer. (9/10)

Après avoir eu l’impression de visiter le pays d’Alice au pays des Merveilles, on se retrouve propulsés dans la contrée électronique acide Simian Mobile Disco. Scénographie splendide avec jeu perpétuel de lumières et d’effets d’optiques, les deux compères tournent en permanence autour de leurs machines et font autant de génuflexions que le public fait de bonds et agite les bras. Déluge électronique, pluie de beats, cascade de samples, la nuit étoilée de St-Malo n’aura pas connu l’eau ce soir mais on s’en sera quand même pris plein les oreilles. Les titres retenus ne sont pas mes favoris et le son n’est pas toujours réglé come il faut, mais pour le reste rien à redire, Simian Mobile Disco est un groupe qui tient la Route (du rock et de l’electro). (8/10)

Ecouté d’une oreille et observé d’un œil, Autokratz clôturait le festival. Cet être squelettique aux allures de Nosferatu est tellement effrayant et ressemble tant à un camé avec ses veines explosées et tatouées que je ne préfère pas trop regarder. Je quitte les lieux avant d’être tentée de rester à l’after où Gang Gang Dance va mixer jusqu’au matin, il faut rentrer à Paris…

Conclusion, comme pour tout festival (exception faite du génial Garden Nef Party d’Angoulême), il y a du bon et du mauvais dans les groupes retenus et présentés. Je garderai comme points d’orgues Grizzly Bear et Peaches à ma grande surprise. Ce retour en terre natale laisse pour la première fois des traces très positives. Cool je vieillis :)

Cet article a été initialement rédigé pour Le HibOO

Crédits Photos : Michaurel

Des bonus et anecdotes croustillantes ? Regardez Les Bonus de la Route du Rock

D’autres avis ? Derrière La Fenêtre et The Man Of Rennes

COUGAR – Patriot

In Chroniques Musique on août 14, 2009 at 11:53

Groupe américain / Post-rock / Counter Records

Nombre de félidés et animaux majestueux peuplent l’univers musical ces dernières années : Le Loup, Le Tigre, Grizzly Bear, Caribou… auxquels on peut même ajouter un promoteur, Coyote Music. Les cinq membres de Cougar sont probablement ceux qui portent le mieux leur nom. Beauté, précision, discrétion, Cougar en fait la démonstration en onze titres.

Un batteur issu du Young Blood Brass Band ne gardant que la précision, trois guitaristes qui font rugir en rythme leurs instruments, des vagues électroniques et une basse qui plantent leurs griffes régulièrement… et le tour est joué. Plus facile à dire qu’à faire en réalité. L’alchimie tient à un savant dosage des influences, rappelant à la fois la scène post-rock classique de Tortoise, le rock à la Nick Drake ou l’electro-psyché instrumentale de Battles.

Cougar a donné à son second album le nom d’un missile. Et c’est exactement ce qui explose en pleines oreilles, on ne sait plus où donner de la tête tant chaque construction des morceaux paraît complexe tout en restant extrêmement fluide. Stay Famous ouvre le disque en beauté en envoyant une sauce calibrée, énergique ; Florida logic est un peu plus classique mais serait une excellente matière première à un remix ; Rhinelander est un des rares titres avec des cœurs christiques mais évolue vers du Ratatat avec ses guitares vintages saturées ; Thundersnow redevient beaucoup plus agressif et incisif, sorte d’introduction de deux minutes à Heavy into Jeff qui explore des terres électro beaucoup plus barrées. Le reste du disque est beaucoup plus doux, ballades très agréables, reposantes, comme lorsqu’un félin scrute la plaine, repus, prêt à la sieste. Les instruments à vent prennent le pas sur l’électro et les riffs.

Belle surprise que ce Cougar, qui a su surprendre la petite proie que nous sommes. Lorsqu’on entend ce genre de groupe, on reprend confiance en l’humanité et sa capacité à produire autre chose que du commercial entêtant et calibré (le dernier artiste déshonorant les félidés étant sans conteste Patrick Wolf :) ). On regrette seulement qu’ils ne soient pas programmés cet été dans un festival…

Note : 9,5/10

Sortie le 24 août

VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D’UNE REINE – Jean-Marc Vallée

In Chroniques Cinéma on août 2, 2009 at 10:29

Film canadien / biopic / 2009

Les films retraçant la vie des souverains sont en général un peu tous les mêmes, ayant tendance à s’étendre de la naissance heureuse à la mort tragique. Jean-Marc Vallée a été capable de nous surprendre avec C.R.A.Z.Y. en 2006, on attendait donc de son Victoria plus qu’un simple film en costumes. Et c’est dans les détails qu’il ne nous déçoit pas.

Le film ne se concentre que sur les mois précédant son couronnement et sur les premières années se son règne, jusqu’à la naissance de son premier enfant, Victoria Adelaïde. Ainsi J-M Vallée évite le premier écueil du biopic trop long et barbant. Seules l’accession au trône et les premières années du plus long règne de l’histoire d’Angleterre nous intéresse, puisque la suite ne sera qu’une répétition du reste : essor colonial et industriel d’un côté, tensions sociales et austérité des mœurs de l’autre. Emily Blunt incarne une jeune Alexandrina Victoria consciente de ses lacunes mais déterminée à s’acquitter de la tache confiée. Hormis que la reine fut une personne assez laide et qu’Emily Blunt est au contraire ravissante et pleine de charme, que les robes ne sont pas toujours fidèles mais restent splendides, rien à dire là-dessus. Les autres protagonistes de l’histoire sont très bien choisis également.

Le film devient intéressant dès qu’on plonge dans l’intimité du château. On nous dépeint une reine inexpérimentée, partiellement bien entourée, amoureuse mais qui a froid et voit pas à travers ses carreaux tant ils sont sales. Les protocoles rigides et ridicules sont régulièrement pointés du doigt de façon plutôt comique. Ainsi la scène où son secrétaire Lord Melbourne est horrifié de la voir donner un bain à son chien quelques heures avant le bal de couronnement.  Le travail de transcription de la vie de château à travers les yeux d’une jeune femme ayant grandi à l’écart de la cour est bien rendu : les scènes de couronnement et d’émeute aux portes du palais restent impressionnantes, imposantes, vertigineuses.

Si ce film a une temporalité monotone et peut paraître parfois ennuyeux, il est sauvé par l’amour du détail de J-M Vallée : les planchers neufs de Buckingham lorsque la Reine visite le palais pour la première fois, le mobilier apparaissant petit à petit toujours sans faute de goût, un gros plan sur les poils du bras de la Reine-Mère qui se hérissent lorsqu’elle entend qu’un coup de feu est tiré sur sa fille, les plaisanteries sur le climat humide de l’Angleterre de la part du prince Albert de Saxe-Coburg… tout cela achève de donner vie à une biographie heureuse, l’empêchant ainsi de sombrer dans l’hagiographie.

The Young Victoria - que j’aurais plutôt traduit par Victoria : les années d’une jeune reine – ne révolutionne pas les films historiques comme on aurait pu s’y attendre venant de Jean-Marc Vallée, mais il s’émancipe de certaines tendances récurrentes du genre comme les monographies interminables (L’allée du Roi) ou les hagiographies barbantes (Marie Antoinette).

Note : 7/10