VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D’UNE REINE – Jean-Marc Vallée

Film canadien / biopic / 2009

Les films retraçant la vie des souverains sont en général un peu tous les mêmes, ayant tendance à s’étendre de la naissance heureuse à la mort tragique. Jean-Marc Vallée a été capable de nous surprendre avec C.R.A.Z.Y. en 2006, on attendait donc de son Victoria plus qu’un simple film en costumes. Et c’est dans les détails qu’il ne nous déçoit pas.

Le film ne se concentre que sur les mois précédant son couronnement et sur les premières années se son règne, jusqu’à la naissance de son premier enfant, Victoria Adelaïde. Ainsi J-M Vallée évite le premier écueil du biopic trop long et barbant. Seules l’accession au trône et les premières années du plus long règne de l’histoire d’Angleterre nous intéresse, puisque la suite ne sera qu’une répétition du reste : essor colonial et industriel d’un côté, tensions sociales et austérité des mœurs de l’autre. Emily Blunt incarne une jeune Alexandrina Victoria consciente de ses lacunes mais déterminée à s’acquitter de la tache confiée. Hormis que la reine fut une personne assez laide et qu’Emily Blunt est au contraire ravissante et pleine de charme, que les robes ne sont pas toujours fidèles mais restent splendides, rien à dire là-dessus. Les autres protagonistes de l’histoire sont très bien choisis également.

Le film devient intéressant dès qu’on plonge dans l’intimité du château. On nous dépeint une reine inexpérimentée, partiellement bien entourée, amoureuse mais qui a froid et voit pas à travers ses carreaux tant ils sont sales. Les protocoles rigides et ridicules sont régulièrement pointés du doigt de façon plutôt comique. Ainsi la scène où son secrétaire Lord Melbourne est horrifié de la voir donner un bain à son chien quelques heures avant le bal de couronnement.  Le travail de transcription de la vie de château à travers les yeux d’une jeune femme ayant grandi à l’écart de la cour est bien rendu : les scènes de couronnement et d’émeute aux portes du palais restent impressionnantes, imposantes, vertigineuses.

Si ce film a une temporalité monotone et peut paraître parfois ennuyeux, il est sauvé par l’amour du détail de J-M Vallée : les planchers neufs de Buckingham lorsque la Reine visite le palais pour la première fois, le mobilier apparaissant petit à petit toujours sans faute de goût, un gros plan sur les poils du bras de la Reine-Mère qui se hérissent lorsqu’elle entend qu’un coup de feu est tiré sur sa fille, les plaisanteries sur le climat humide de l’Angleterre de la part du prince Albert de Saxe-Coburg… tout cela achève de donner vie à une biographie heureuse, l’empêchant ainsi de sombrer dans l’hagiographie.

The Young Victoria - que j’aurais plutôt traduit par Victoria : les années d’une jeune reine – ne révolutionne pas les films historiques comme on aurait pu s’y attendre venant de Jean-Marc Vallée, mais il s’émancipe de certaines tendances récurrentes du genre comme les monographies interminables (L’allée du Roi) ou les hagiographies barbantes (Marie Antoinette).

Note : 7/10

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