TURZI – B

Groupe français / Kraut – Rock – Electro – Psyché / Record Makers / 2009
« On prend les mêmes et on recommence » n’est pas un adage qui s’applique à Turzi, que ce soit en tant que personne, que groupe, que musicien. B n’est pas la suite de A mais bien une évolution audacieuse, bien conçue et incroyablement foutraque tout en étant d’une rigueur exemplaire. Retour sur les supputations émises après son concert au Nouveau Casino

Le jeune Versaillais vient, par la qualité de ce nouvel opus, parfaire une boucle Daft PunkAirFuzatiPhoenix. A était un album aux connotations krautrock d’une texture psychédélique délicieuse. Avec B, on quitte l’Allemagne pour filer sous la Manche, on redécouvre le rock, l’indie noise et la géographie.

L’album s’ouvre sur Beijing, comme lors du concert. Il pourrait s’agir d’une ouverture de film d’épouvante aux références sataniques comme Rosemary’s Baby que cela ne nous choquerait pas. La batterie et les guitares encadrent parfaitement une voix venue d’outre-tombe. Et dès Buenos Aires, le second titre, vous comprenez que vous venez de vous faire embarquer dans un voyage burlesque et inquiétant, vous êtes Alice au Pays des Merveilles, le Chat vous accompagne et ne vous lâchera pas avant la fin. Le clavier se met au pas, une complainte au violon vous indique la marche à suivre. Vous voilà bazardés au beau milieu des favelas, les mafias et dealers sont à vos trousses, vous n’avez quelques secondes de répit avant la grande cavalcade de Bombay que j’avais appelé « Bande de Gaza ». Les instruments grondent, lancés à pleine vitesse vous n’avez d’autres choix que de les suivre dans leur descente vertigineuse en territoire dangereux. S’en suit le plus apaisé mais tout aussi dantesque Bethlehem que j’avais dénommé « Beyrouth », véritable évolution du A Notre Père de l’album précédent.

Baltimore opère un revirement rock assez fascinant, notamment grâce à la présence au chant de BoBBy Gillespie qui insuffle les vagues métalliques, urbaines, underground que l’on trouvait dans les bons albums de Primal Scream (donc pas le dernier hein…) et chez les Stooges sous extazy.

Après un Brasilia au synthé hypnotique et un grisant Bangkok aux guitares rugissantes, ce que j’avais intitulé « Bâle-Beauvais-Berlin » le 6 juillet dernier se nomme logiquement Baden Baden (longtemps au cœur des guerres de religions et jouxtant la Forêt Noire). Un débit de paroles plus souple évoluant en distorsions soniques maîtrisées et entêtantes, rappelant en cela un Trip Hop macabre.

Après un Bogota plus doux, l’album termine en apothéose avec Bamako et une collaboration avec la Reine du Foutraque, Brigitte Fontaine et son mari Areski (tiens tiens, encore un Versaillais). Toute la place est donnée à cette voix rocailleuse et éreintée, à ces paroles mystiques. « Nous sommes des mutants […] sur le vaisseaux du temps » affirme Brigitte Fontaine, on l’a compris, Turzi nous ballade un peu partout, lui, son groupe, les artistes qui l’accompagnent et le guident sont tous sans cesse en transformation.

De Turzi, on suivait le talent, les interviews vraiment pertinentes, les progrès, l’exploit de conquérir les States et ce second album inaugure une nouvelle saga à succès : il y avait l’alphabet de Mozart, il y aura désormais l’alphabet de Turzi. Certes Turzi n’en est qu’à la lettre B, mais avec un tel pouvoir d’évolution dans sa musique, il pourrait faire les 26 sans problèmes. Turzi n’est pas un musicien à étiquette, ni un adepte de « faire de la musique pour plaire », gardez-le pour acquis.

Note : 9/10

Sortie le 27 octobre

P.S 1 : Non, contrairement à Monsieur Romain Turzi, je ne prends pas de drogues, surtout lorsqu’il s’agit de chroniquer ses disques.

P.S. 2 : Si vous êtes amateurs d’une chronique plus classique ou de « garçons » avec des références aux influences et tout et tout, allez-donc jeter un œil chez Benjamin de  Playlist Society.

3 comments on “TURZI – B”

  1. Super texte, je le rajoute en lien dès mon retour de vacances !!!

  2. Ça y est, backlink ajouté ;)

    Sinon, je vois que t’as esquivé le calvaire Oasis de peu :p

  3. c’est marrant j’écoute cet album depuis des semaines et je me suis seulement décidé à le chroniquer. Mais quelle énergie !


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