
AUFGANG – Aufgang
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Aufgang, Aymeric Westrich, electro, Francesco Tristano, Infiné, piano, Rami Khalifé, trio
Catégorie: des disques...
Trio / Electro – Piano / Infiné – Discograph / 2009
Le piano a cela de particulier et fascinant qu’il possède, plus que tout autre instrument, la faculté de vous faire passer par toute la palette des émotions en un temps record et dans toutes les situations. Seul ou en orchestre, classique ou contemporain, reposant ou excessivement excitant… Rien n’est impossible pour un piano, encore faut-il trouver le pianiste capable d’exploiter toutes les capacités de son instrument. Ils s’y sont mis à deux pianistes et un batteur-électronicien pour relever le défi. Il ne s’agit pas seulement de mélanger du piano à l’électro mais bien de réussir à révéler tout le potentiel d’un clavier aux touches d’ivoires. Aufgang réussit ce petit exploit, en trois actes.
Franscesco Tristano et Rami Khalifé sont pianistes classiques, l’un s’illustrant dans des interprétations toniques de Bach, le second ayant la fougue et la rigueur de Rachmaninov. Tous deux ont fricoté avec le jazz, leur troisième acolyte, Aymeric Westrich, apporte la touche rock (batteur de Cassius) et hip-hop pour parfaire la maîtrise des genres. Le résultat est détonnant, original et envoûtant. Channel 7 et Channel 8 ouvrent l’opus avec cette douce montée des pianistes des sonorités principalement classiques vers des rythmiques de plus en plus hip-hop et électro. Barock porte bien son nom, rappelant les clavecins du XVIIIe siècle où s’immiscent des boucles de minimal hypnotiques. Sonar, titre qui a fait leur succès au festival barcelonais du même nom parfait cette plongée dans les vagues électroniques de plus en plus acides. Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment, les pianos ne perdent de leur force, au contraire, ils se font de plus en plus répétitifs, les mélodies comportent de moins en moins d’accords mais le rythme est démultiplié ce qui rend la tache finalement bien plus complexe. Les rôles traditionnels sont inversés : les partitions électroniques respirent, s’arrêtent régulièrement, alors que les claviers continuent sans cesse. On devient euphorique, on rêve de Saint-Malo pendant les grandes marées ou d’une piste de danse sur la terrasse d’un gratte-ciel new-yorkais.
Prélude du passé (in Memory of Kevin) marque une pause dans l’opus, très calme, mélancolique, on retrouve l’univers des partitions funèbres, sans pour autant tomber dans le pathos ou le grandiloquent. Good Generation est le seul morceau avec paroles intelligibles. Morceau éthéré, on pense à Air avec une touche de classe supplémentaire. C’est peut-être le morceau le moins intéressant en cela qu’il paraît plus banal et surfait. Il n’en reste pas moins agréable.
3 Vitesses marque le second tournant de ce disque. On plonge dans des rythmiques rappelant le post-rock expérimental de Battles, ce que Battles a réussi avec sa batterie, Aufgang le recrée au piano. Les samples de voix sont réduites à des simples onomatopées. Aufgang est le morceau probablement le plus trompeur. S’apparentant à une housse traditionnelle dans un premier temps, on commence à perdre nos repères auditifs dès que les claviers se mettent dans la partie. Tout tourbillonne, on se fait embarquer dans une épopée musicale polymorphe, jonglant avec les influences musicales. Les partitions sont à la fois très banales et relevant de l’improvisation, à la fois très construites et déstructurées comme la musique contemporaine difficile d’accès, à la fois linéaires et donnant l’impression de sauter dans tous les sens. Les membres du trio sont plus que jamais à l’écoute afin de nous rendre les distorsions soniques semblables à des montagnes russes.
Le disque se termine sur Soumission, la nôtre, public soudain concentré sur chaque intervention des percussions. C’est une soumission au piano, instrument massif capable de tant de finesse. Chaque marteau venant frapper ses cordes, chaque doigt effleurant son vernis, chaque frôlement de semelle contre ses pédales, l’odeur puissante du bois mêlé à la poussière des années lorsqu’on lui ouvre la table d’harmonie. Ce moment précis dans la pratique d’un instrument où l’on ne souhaite plus faire qu’un avec sa machine musicale, où l’on répète chaque geste, chaque note jusqu’à penser en discerner toutes les subtilités. Et toujours cette tension palpable, cette puissance qui nous fait jouer jusqu’à l’épuisement, une fois qu’on goûte à ces plaisirs là, on ne peux plus s’en libérer et cet ultime morceau de dix minutes en est la preuve. Le clavier se fait rattraper par la batterie, prisonnières les quatre mains n’ont d’autre choix que de jouer encore et encore. Et soudain l’instrument les libère, sans crier gare, le morceau est terminé.
Ni Ascenseur pour l’échafaud, certainement pas une fade musique d’ascenseur, le trio Aufgang signe un opus très éprouvant. Les instruments semblent y être les rois, on ne décide pas de la fin du morceau, elle est comme dictée. Ce n’est que l’écoute d’un disque et pourtant, vous avez la sensation d’avoir couru un marathon. Défi réussi de nous emporter au-delà des genres musicaux, bien au-dessus de l’a priori rétrograde prônant que les musiques amplifiées ne doivent pas côtoyer les mélodies de chambre. Un premier album d’une heure dont on ressort avec une irrépressible envie d’appuyer sur repeat. Vous n’appuierez plus jamais sur le bouton de l’ascenseur de la même manière !
Album coup de coeur. Note : 9,5/10
Sortie le 12 octobre 2009
Vous en voulez encore ? Une chronique différente mais écrite par la même personne sur Le HibOO



Wow ! J’aime beaucoup… piano et électro, il fallait oser mais c’est réussi ! Et Private Domain, qui revisite les morceaux les plus connus de classique, avec de l’électro aussi, vous en pensez quoi ?
Merci Calliope,
!
pour moi Private Domain n’a rien à voir,
la première grande différence est l’absence de chant d’un côté et les mélodies chantonnées de l’autre…
mais je connais assez mal finalement,
je vais essayer d’aller les écouter à la Cité de la Musique en janvier pour remédier à ça
mmm du piano et du bit electro ça me rappelle la période trans
(du faisait d’ailleurs référence à Jeff Mills à propos de Not for Piano)
J’en suis à ma première écoute et j’avoue être un peu déçu.
trop tôt pour tirer un quelconque avis définitif évidemment mais je suis assez gêné par la face électro (plutôt bassement techno d’ailleurs) de la chose que je trouve un peu naïve, ni vraiment brutale ni vraiment mélodieuse.. tout de même quand ils se lâchent vraiment ça me donne des frissons
Sur le sujet electro+piano je ne peux pas ne pas citer mon monument personnel :
Alva Noto en collaboration avec Ryuichi Sakamato
par exemple vrioon http://sonhors.free.fr/kronik/vrioon.htm
C’est minimal, c’est beau, j’en suis dépendant.
Paul
Il faut prendre la face electro avec humour selon moi,
ça donne un côté décalé qui personnellement m’amuse énormément.
Mais mes morceaux favoris restent ceux où les bits ne sont pas trop présents (plutôt en sourdine)
bon résumé,
j’ai lu aussi que leurs performances live étaient particulièrement réussies. Dommage pour moi, le 25/09 je ne pourrais les voir…
mon morceau préféré so far : Barok
merci pour la découverte en tout cas,
à suivre