Lorsqu’on évoque le festival Rock en Seine, les premières pensées qui nous viennent à l’esprit sont “le festival qui n’a pas de bol” (cf. annulation deux années de suite des concerts d’Amy Winehouse), puis “le festival où se retrouve tout le gratin de la presse médiocre has-been et conservatrice” (cf. Rock n’ Folk et son inénarable “la musique, c’était mieux avant” et la programmation qui se termine avant minuit pour que les papys puissent aller au dodo avant 23h30), enfin “le festival qui n’est pas loin de chez moi et c’est tant mieux parcequ’au moins on sait qu’on passera de bonnes nuits”. Donc cettte année comme les précédentes, nous avions la chance / l’honneur / le supplice – choisissez le mot qui vous convient le mieux – de voir programmés des groupes tombés dans les annales (ou oubliettes) musicales : Faith No More, The Prodigy ou encore Madness étaient au rendez-vous, pas forcément pour le bonheur de nos oreilles.
Vendredi 29 août : NOasis (copyright Michaurel) et Bloc Party sont dans un bateau…
Alors, je ne m’étendrai pas sur le sujet Oasis, le jus d’orange le plus fade de Manchester qui fait bien d’être enfin retiré de la circulation pour le bien de la planète , auquel on préfèrera Bloc Party, un groupe au rock efficace sans OGM. Ces derniers ont d’ailleurs pris beaucoup de plaisir à cracher sur ceux qui avaient exigé que toutes les têtes d’affiches autres qu’eux soient reléguées sur la seconde scène. Bref, bon débarras, ils ont annoncé une rupture définitive et on espère que ce sera vrai cette fois. Bravo à ceux qui ont rédigé le message d’information sur les écrans géants : il y a avait une splendide faute de grammaire “A la suite d’une altercation au sein du groupe, LE CONCERT D’OASIS EST ANNULE”. Cela dit, que les organisateurs du festival ne viennent pas pleurer, parce qu’il faut être un peu demeuré pour inviter chaque année des groupes “à risque” sans jamais prévoir de plan B. Soulignons d’ailleurs que Madness a vraiment bien assuré le remplacement à l’arrachée. (Note : -10/10)
Bloc Party, j’y reviens comme il se doit, fut sans conteste le groupe le plus intéressant de la soirée. Si leur setliste n’était pas adaptée à un festival (pour une salle de jauge moyenne c’eut été parfait), leur rock catchy, très précis et incisif a su réveiller une soirée mal partie. (Note : 8/10)
Pendant que Bloc Party ou les Yeah Yeah Yeahs étaient relégués au second plan (merci Oasis, même si les Yeah Yeah Yeahs étaient mauvais), Vampire Weekend profitait du soleil couchant et de la Grande Scène pour s’humilier (ou presque). Certes leur album était délicieux, oui leur leader Ezra Koenig a des tas de projets intéressants, le dernier date étant probablement The Very Best, mais les new-yorkais vont devoir apprendre à faire mieux en live pour nous épater. (Note : 5/10)
Terminé, on arrête les dégats pour ce soir là, préférant rester cloîtrés au carré VIP pour se déchaîner sur Guitar Heros.
Samedi 30 août : une déception c’est bien, trois déceptions c’est mieux
Bon avouons le, nous avions un compte à rêgler avec un autre groupe ce soir là, The Horrors qui s’était fait porter pâle pour La Route du Rock, ne nous a pas fait le coup cette fois là (fail la double annulation…). En attendant que ces marmots nous crachent ce qu’ils ont de tripes, on se fait pourrir les oreilles par L’angle Mort, projet Noir Désir/Yann Tiersen on vous laisse imaginer les dégats…Tel un énorme bulldozer, The Horrors, groupe statique s’il en est, se déchaîne des doigts à qui sur son micro, à qui sur la basse… L’évolution vers un style qui leur appartient est lente mais certaine. Beaucoup d’effets de mèches, trop proprets dans leurs slims noirs. Rien qui casse la baraque, on a envie de leur dire 1) qu’ils sont jeunes et donc qu’ils sentent un peu trop fort les références directes à leurs aînés de The Cure ou Jesus and Mary Chain et 2) qu’ils sont vraiment jeunes pour ne pas comprendre que jouer à 19h10 ça ne met vraiment pas leur musique en valeur par rapport à un 1h30 à la RdR… (Note : 6/10)
Je ne m’abaisserai pas à dire ce que je pense de la non-musique de Billy Talent (qui avaient droit à la grande scène, allez y comprendre quelque chose…) et vous ne serez pas étonnés de savoir que The Offspring n’a rien changé à sa formule, ils sont simplement plus vieux, plus gras et la recette ne marche pas. On s’amuse quinze secondes en se remémorant ces fantastiques voyages scolaires en car, les premiers comas éthyliques des “camarades de classes” (car assurément cela ne relevait pas de la catégorie “amis”) ou les premiers émois de ces ados prépubères… Au final un concert où l’on croit entendre un seul titre, so boring, so poussiéreux, allez hop bar VIP. (Note : 5/10)
Mais le pire est à venir. Le gâchis d’un joli petit poulain écossais se produit une demi-heure plus tard. Calvin Harris qui avait produit un si bel album qui parlait tant aux gens Born in the 80′s qu’aux plus vieux qui avaient l’impression d’être à nouveau un peu jeunes, vient de signer son arrêt mort en proposant de l’electrodance putassière dégeulasse. Certes il respecte sa progression d’exploration des différentes époques musicales, mais il y avait certainement mieux à retenir des années 90 que ce gloubi-boulga plus inaudible que de la pop soviétique. A côté l’Eurovision c’est de la super came. En même temps, on se doutait bien qu’il ne fallait plus rien attendre d’un type qui déclare que “ce à quoi [il] pense en ce moment, c’est de faire d’un stade une discothèque géante : être sur la scène d’un stade de foot et jouer d’énorme riffs rave. Fini la minimale ! ” Message reçu, exit le Calvin Harris (Note 3,5/10).
Et survient alors le moment de la soirée revival, ce en quoi Rock en Seine excelle, la résurrection de Faith No More après dix ans de black-out. Et là, force est de constater que, s’il ne s’agit pas du tout de toute la musique que j’aime, les mecs jouent avec leur coeur, leurs tripes et honorent leur public. Certes ils sont un peu vieux et ressemble à des pingouins dans leurs costumes pastels de vendeurs électroménager de chez Conforama. Leur rock-fusion en devient quasi-mystique, ces foules qui ont rarement eu l’occasion de voir Mike Patton en live sont transportées d’un même élan. Fédérateur, professionnel et pas désagréable à l’oreille, ça fait tout de même trois qualités si je ne m’abuse ? (Note : 8/10).
Dernier groupe de la soirée à rayer de la playlist une fois de plus, Birdy Nam Nam livre un show aussi mou du genou qu’insipide et nauséeux. Ce n’est pas faute d’avoir apprécié leur prestation l’an passé au Rock dans tous ses états (Evreux), mais force est de constater qu’avoir quatre singes en rangs d’oignons faisant semblant de bidouiller des sons fait peine à voir et entendre. De la musique de fête foraine ou pour le camping de Palavas… (Note : 4,5/10)
Dimanche 31 août : Un jour viendra où Rock en Seine ressemblera à festival digne de ce nom…
Mus par on ne sait quelle énergie, on s’accroche et on revient pour un troisième jour dans un festival qu’on n’estime de moins en moins au fil des heures. On a bien fait.
Première bonne confirmation, Lilly Wood and the Prick, duo glamour foutraque à la pop simple mais touchante. Costumes lycra à épaulettes de carton, groupe qui assure derrière, pas facile d’ouvrir la petite scène sous un soleil de plomb. Ils s’en sortent bien, ils respirent la joie d’être là – ce qui nous change des blasés britanniques. On apprend avec plaisir qu’un album est en route pour le début 2010. Même topo pour la suivante Hindi Zahra qui défend correctement un mélange orientalo-européen aux influences multiples. Son interview en revanche était parfaitement inintéressante, elle n’a rien à dire la dame… Dommage, un album chez Blue Note pointera le bout de son nez avant la fin de l’année. Et avis aux curieux, elle jouera prochainement à l’EMB-Sannois.
Moment fort de la journée, l’enchaînement du combat des aigles contre les vautours. Eagles Of Death Metal sort l’artillerie lourde : moustaches, boots, cuirs… il ne manquait que les Harley. Leur rock brut de décoffrage réveille l’assistance un peu mollassonne – en témoignent les slams ratés qui finissent dans la poussière. Le set met un peu trop de temps à trouver ses marques mais ils ont la chance de voir Josh Hommes débarquer sur scène à leur secours pour I wanna be in La, juste avant de se faire la malle pour Them Crooked Vultures, son autre projet. Présenté sous l’appellation d’origine non-contrôlée de Petits Pois, TCV était probablement la surprise la moins bien gardée du festival (et eux on savait qu’ils auraient l’intelligence de ne pas annuler une date). Dès les premières secondes on prend du rock plein la vue, notamment du fait de cette batterie lancée à plein régime, rappelant les rouleaux des meilleurs spots de surf. Dave Grohl s’ennuie des Foo Fighters (et nous aussi) mais il démontre qu’il en a toujours dans le ventre. T’en re-veux, y’en a encore semblent clamer ce “super groupe” qui a sérieusement commencé à marquer son territoire dans la cour des grands. Il ne reste plus qu’à vérifier si le projet tient la route sur disque (Note : 8,5/10)
On commençais donc à reprendre espoir en la programmation de cette septième édition du festival, lorsque badaboum, les brooklyniens Mgmt font une monstrueuse erreur de leadership. Ca avait pourtant bien commencé. D’entrée de jeu, ils claquent le beignet de tous leur ados-rateurs venus habillés en néo-hippies car ils arrivent vêtus très sobrement en jean et tee-shirts bien coupés (sauf ce guitariste chevelu qui s’est senti obligé de porter des lunettes sarkozistes et de ne pas avoir de chemise). Leur premier titre est nouveau, ils semblent emportés par l’euphorie des Aigles et des Vautours et livrent un titre abrasif. Malheureusement cela s’arrête là, la suite fait peine à entendre et à voir : ils déblatèrent des banalités qui sonnent faux, jouent comme des automates tout leur répertoire, accélérant le tempo comme pour pouvoir quitter la scène au plus vite. Non seulement ces titres galvaudés ont mal vieilli, mais ce groupe empeste le mépris et la condescendance envers son public (et certes je vous l’accorde, du coup je le leur rend bien…). (Note : 3/10)
Mais rassurez-vous, il y avait pire ce soir là. J’ai nommé Klaxons aka “les jean-foutre qui n’ont pas bossé depuis trois et surfent mal sur leurs acquis” et The Prodigy aka “les types tellement mauvais qu’ils sont en playback”. Si Mgmt n’a pas assuré, Klaxons à côté a creusé sa tombe et tendu la pelle pour se faire achever. Il est incroyable d’entendre des titres aussi mal vieillir, non contents de jouer leur disque quasi-intégralement dans l’ordre, les rares nouveaux titres qu’ils proposent sont si mauvais que même les foules bovines cessent de danser. Prodigy quand à eux, font mal : vieux camés en manque de reconnaissance, ils s’avilissent sur des titres se ressemblant tous note pour note. De punk il ne reste que les tatouages. De brillant il ne reste que les paillettes collées ça et là. Les entertainers n’osent même pas se mêler à la foule (cf. Peaches qui elle n’avait pas hésité à se jeter au milieu du public dans un sans-faute surprenant à la Route du Rock). Le chanteur s’excite sur son micro alors que le sample de voix est terminé : eh oui ces mecs sont en playback, pauvre d’eux… (Note : 2/10 pour avoir eu le courage de monter sur scène)
Et voilà, j’ai fait le tour de la catastrophe ou presque… Reste un détail de taille : ce festival devrait changer de nom car je suis navrée de le rappeler mais oui il existe des gens talentueux en France ; oui il y en a même un certain nombre qui habitent à proximité de la seine : Turzi, Toy Fight, Chicros, Oxmo Puccino, Eldia, Arch Woodman ou Diving with Andy pour ne citer qu’eux ; et oui je trouve ça lamentable de ne mettre aucun groupe français à l’honneur sur des grandes scènes hormis Sliimy et Birdy Nam Nam. Qui plus est présenter deux groupes français qui n’ont rien ou presque de rock alors qu’on s’appelle Rock en Seine, c’est en-dessous de tout.
Bref, voilà j’en ai terminé… (Note globale 5/10)
Crédits photos : Mikropikol, Le HibOO
N. B. 1 : Maintenant, on peut aussi avoir aimé beaucoup de choses et néanmoins être quelqu’un que j’estime, comme Marien pour Playlist Society
N.B. 2 : Attention je ne remet absolument pas en cause l’organisation de ce festival qui est plutôt très bien (même si je pourrais trouver 200 points qui clochent), en particulier avoir confié à Ephélide la gestion des professionnels Médias est une excellente chose, c’était mieux organisé que jamais de ce côté là !