Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour octobre 2009

Toy Fight @ Café de la Danse

In Chroniques Concerts on octobre 29, 2009 at 2:32

Groupe Parisien / Pop – Rock / 26/10/2009

Pour bien attaquer la semaine, rien ne vaut plateau musical complet. Composé ce lundi de Maison Neuve en entrée légère et Leisure Society en plat de consistance un peu indigeste, la soirée fut heureusement sublimée par un Toy Fight en guise de sabayon.

Que dire de Maison Neuve ? Leur concert était une première pour moi et, je l’ai bien senti, ils n’étaient pas au meilleur de leur forme. Nouveaux morceaux difficiles, salle plutôt vide car la soirée commençait trop tôt… le spectacle n’en était pas moins intéressant. On connaissait la Maison Tellier, on s’était fait surprendre par Holden il y a quelques années (je ne parle du dernier album qui, malheureusement, est aussi fantomatismique que le disque), Maison Neuve s’inscrit dans le créneau difficile des chanteurs à texte en français et de qualité. Pas toujours évident de faire jaillir la puissance de la langue de Molière, surtout si on lui ajoute quelques mélodies oscillant entre folk western et rock brut. Bref on sent le talent sous-jacent mais le besoin de plus de scène – mais ça, ça dépend des programmateurs hein… ;). Belle entrée en matière donc malgré ses imperfections qui font aussi le charme de cette nouvelle bicoque à surveiller.

La salle se remplit avec la préparation de Leisure Society. En voyant s’installer les sept protagonistes du groupe, on se demande comment on a pu passer à côté de ce septet qui, au premier abord risque de livrer une pop-folk instrumentale intéressante. On s’est demandé « comment », mais on a vite compris « pourquoi ». Techniquement, le trio violon-violoncelle-flute traversière qui accompagne une formation guitare-basse-batterie-clavier est impeccable. Toutes leurs mélodies sonnent justes, sont parfois entrainantes et ont un certain raffinement dans leur complexité. Oui mais voilà, exactement comme pour Camera Obscura lors de la dernière Route du Rock, l’alchimie ne suit pas. The Leisure Society se cantonne à la catégorie « groupe d’ambiance de bal » ou « groupe concourant à l’Eurovision », de la musique à mettre dans des cases, à évaluer avec une simple grille… Dommage, indigeste prestation dont on n’attendait pas grand-chose.

L’avantage d’être précédé d’un groupe moyen, c’est que votre talent, s’il était passé inaperçu jusque là, resplendit deux fois plus. Ce fut le cas pour les joyeux joujoux de Toy Fight ce soir là. Le trio masculin de base (et de choc) a complété sa formation de deux musiciens aussi doué qu’eux dont le multi-instrumentiste Jean. Et sur scène, ils n’ont pas hésité à inviter leurs amis et collègues (via leurs autres groupes) comme Olivier Marguerit (Chicros, Syd Matters), Pauline De Lassus (Mina Tindle) ou Laurie Lassalle à travers leur dernier clip que je vous invite fortement à aller regarder (My Girlfriend Is Better Than Yours). Le constat immédiat qui saute aux oreilles dès les premiers accords du groupe, c’est qu’ils ont fait de sacrés progrès sur scène depuis le Point FMR ! L’humour caustique de Sébastien Broca est encore plus incisif et efficace, ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on a pour nom les meilleurs contes de Pierre Gripari – oui, je sais, Sébastien aurait préféré une référence de son niveau de Fénelonien, Kant ou Deleuze mais ce n’est moi qui rédige là :) …. Maxime Chamoux a toujours la délicatesse de vous prévenir qu’il va se planter dans ses accords pendant la transposition du morceau (et prend la peine de dédier un morceau à ses parents dans la salle). Jean s’amuse comme un gamin dans le fond avec tous ses instruments et gadgets assimilés (et papote avec Olivier, oui je balance car les autres membres sont devant, ils ne voient pas). A côté, Bertrand Faure-Brac et David Simonetta ont l’air d’enfants de cœur avec leurs chemises bien repassées. Enfin Pauline et Olivier font l’animation en passant et repassant d’un bout à l’autre de la scène. Les parties de trompettes d’Olivier sont d’ailleurs un apport intéressant, quand à la voix de Pauline, elle est égale à elle-même, sublime et pétillante. Le groupe a joué la quasi-intégralité de Peplum et nous a gratifié de quelques titres « vieux mais qu’on aime quand même beaucoup » et un nouveau titre (Streetlights) qui rappelle The Limes (tiens tiens…). Lors du rappel, les surprises ne sont pas terminées puisque Toy Fight entame une reprise des Go Betweens (The House Jack Kerouac built) en appelant en renforts Guillaume aka le grand gaillard chanteur de Maison Neuve.

Vous l’aurez compris, si vous n’avez toujours pas écouté Peplum ou vu Toy Fight sur scène, vous avez intérêt à réparer rapidement vos oublis avant de passer pour le dernier has-been. Il ne manquait qu’Orouni pour que cette soirée soit parfaite, mais il était dans la salle ce n’est déjà pas si mal. A force de vous écrire que cette nébuleuse de parisiens est bourrée de talent, vous allez finir par être d’accord avec moi…

Note : 8,5/10

Crédits photo : Not For Tourist Paris, dont je conseille aussi le live report :)

A lire également la chronique de Mein zu Hause Mein Blog

THE LIMES – s/t

In Chroniques Musique on octobre 26, 2009 at 10:02

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

MINA TINDLE @ Le Baron

In Chroniques Concerts on octobre 25, 2009 at 10:11

Groupe français / Pop / 19/10/2009

Le sourire timide de la charmante Pauline...

Le sourire timide de la charmante Pauline...

Seconde entorse à mon souhait de ne plus remettre les pieds dans un club vieillot qui se croit plus original et chic qu’il ne l’est (après My Girlfriend Is Better Than Yours), seconde fois que je passe une bonne soirée (ce n’est pour autant que je vais changer d’avis sur le lieu, en témoigne le club de pétasses en fourrures et sacs dorés ayant tourné les talons en voyant une faune inhabituelle devant leur repaire d’escort-girls).

Derrière Mina Tindle se cachent une partie de Toy Fight (Maxime Chamoux) ou des musiciens boulimiques de musique et de travail (Guillaume Villadier), exigeants mais souriants, discrets et humbles mais n’hésitant pas à remuer le public amorphe, bling-bling et dépourvu de capacité d’appréciation musicale. Malgré quelques soucis de sampling de Pauline liés à un jeu de lumière à l’image du club, Mina Tindle livre un petit concert tout en douceur à leur image. On fait vite abstraction des nazes broques avoisinants pour ne plus se concentrer que sur la musique et par-dessus tout, sur la voix au timbre délicieux de Pauline.

Le concert terminé, les fréquentateurs usuels du Baron commencent à envahir l’espace, il est temps de s’en aller rapidement… Il nous tarde de découvrir quel disque Mina Tindle compte sortir, le deux titres est largement assez fantastique pour qu’ils y donnent une suite. L’idée de mini-album à la manière de Marie-Flore pourrait s’avérer une bonne idée ?

Note : 8/10

Crédits photo : Olivier Peel

MARIE FLORE – More than thirty seconds if you please

In Chroniques Musique on octobre 19, 2009 at 9:00

Chanteuse parisienne / Rock rétro – Pop minimaliste / Autoproduit

Rock en Seine 2009, je m’ennuie comme un rat mort devant des prestations scéniques toutes plus affligeantes les unes que les autres. Lorsque sans prévenir je croise quelqu’un qui a le bon goût de me glisser le mini-album de Marie-Flore entre les mains…

A la première écoute, on pense à une chanteuse venue du froid, une petite suédoise à l’orchestration minimaliste, épurée et mélancolique.  Cette voix légèrement fêlée rappelle étrangement  Cat Power (Trapdoor) mais l’on sent immédiatement que Marie-Flore ne copie pas, elle a simplement le même timbre, sa voix sort telle quelle, ainsi soit-il. Et contrairement à Chan Marshall, les titres de Marie-Flore s’ils sont parfois mélancoliques, ne sont jamais dépressifs ou déprimants, jamais de pathos. La créature est fragile d’apparence, d’apparence seulement. Les lignes de batterie ont l’efficacité et la simplicité des meilleurs Janis Joplin,  c’est entêtant comme les meilleures pop des seventies… Marie-Flore et son prénom désuet semblent tout droit sortis d’une autre époque. Les duos avec des voix masculines (dont je n’ai pas trouvé les interprètes) sont d’autant plus touchants qu’ils sont d’une sobriété déconcertante. Notamment Empty Walls qui ne comporte que trois accords de guitare et synthé pour magnifier les deux voix  qui viennent vous chatouiller le bas de l’épine dorsale. Vous avez le titre dans le crâne pendant trois jours, vous pourriez regarder la pluie tomber derrière les carreaux pendant des heures.

Et c’est avec délectation qu’on a la confirmation que cette jeune-fille frêle est bien française. Presque l’intégralité du disque est chantée en anglais mais l’on trouve quelques passages dans sa langue natale qui tombent justes, pas de fioritures, pas d’emphase… Simplement sa voix et quelques orchestrations qui habillent l’ensemble. Le dernier titre est probablement le plus complexe, Gregg Foreman ayant monté un groupe à Philadelphie autour de Marie-Flore : les Rare Birds. C’est sur ce titre splendide aux mélodies pop-rock dignes des plus grands que Marie-Flore consent à chanter timidement en français.

Alors oui, définitivement oui, on lui accorde bien plus que trente secondes d’attention. Nul doute que cette artiste va aller loin, on lui souhaite de gravir les échelons avec autant de modestie et d’assurance qu’elle en a aujourd’hui. Petit à petit l’oiseau fait son nid, Gregg Foreman a vu juste, Marie-Flore est un oiseau rare, qui n’a pas besoin de cage (ou de label) pour démontrer qu’elle est talentueuse et prochainement, on viendra la chercher pour participer à de belles et grandes épopées musicales.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : Vous pouvez vous procurer son album via son Myspace, vous ne serez pas déçus !

N.B. 2 : Vous pouvez retrouver d’autres chroniques qui partagent mon avis chez Arbobo

N.B. 3 : Marie-Flore sur scène ? Mini-reportage !

MY GIRLFRIEND IS BETTER THAN YOURS – Release Party @ Le Baron

In Anti-hype, Chroniques Concerts on octobre 17, 2009 at 10:22

Duo parisien / Pop / 12/10/2009

Mondanitude… Minuit, les molosses du Baron, où j’avais pourtant juré de ne pas remettre les pieds deux ans auparavant, me laissent entrer alors que mon nom n’est pas sur la liste (je ne sais pas pourquoi ni comment j’ai eu droit à cette faveur… mais tant mieux) et le personnel se fend d’un bonjour avec sourire (maintenant c’est certain, ils m’ont confondue avec une autre). La faune locale est plus calme et moins exubérante qu’avant, c’est plutôt agréable. Oh, il y a toujours deux ou trois imbéciles pour se croire à un défilé de la fashion week, qui portent des horreurs en fourrure et doudoune avec complet à rayures en dessous, heureusement que le ridicule ne tue pas, il y aurait régulièrement des hécatombes ! Dans le public je retrouve les Chicros, probablement les musiciens pop les plus sympathiques de Paris avec Syd Matters, pas étonnant qu’ils soient amis. Cela dit, je trouve toujours qu’ils ne collent pas avec le lieu.

Olivier Marguerit et Laurie Lassalle prennent place devant leurs deux synthés Casio. Leur musique est simple et n’a rien de foncièrement original ou nouveau, comme attendu à l’écoute de l’EP. Mais il y a ce petit quelque chose de captivant, un sourire, un regard, deux accords, trois rythmiques qui font que l’ensemble tient vraiment la route. Les mélodies sont douces, les textes piquants, on passe un agréable moment, le public a d’ailleurs fini par être attentif. Par-dessus tout c’est une grande complicité qui ressort de ce vrai duo-couple, très à l’écoute l’un de l’autre (et vice et versa). Ils jouent quelques titres de leur Foreplay EP dont les délicieux My Girlfriend Is Better Than Yours et Before my Memory, mais aussi plusieurs nouveaux titres, la conception d’un album n’est donc pas à perdre de vue… tant mieux !

Je repars le concert terminé, sous les yeux un peu interloqués des videurs : Déjà ? Bah oui… Après deux heures, pas de mondanités merci, c’est mauvais pour la digestion :)

A suivre.

Crédits photos : Olivier Peel

GIVE ME FIVE : TURZI +REBOTINI +YUKSEK @ Point FMR

In Blog Roll, Chroniques Concerts on octobre 16, 2009 at 1:42

Artistes français / Electro expérimentale – Electro bling-bling / 12/10/2009

Cinq ans pour le Point Ephémère déjà… Bam ! Dans notre tronche le coup de vieux ! C’est aussi cinq ans de mûrissement de trois artistes électro français en qui le Point Ephémère a placé sa confiance depuis le début.

Romain Turzi d’abord, le résident perpétuel. Membre central du groupe Turzi, dont les deux albums A et B sont de petites merveilles eletro-krautrock aux envolées mystiques et batcave, Romain Turzi se produit régulièrement seul ou dans des projets alternatifs (notamment avec Etienne Jaumet). Ce soir là, il est seul, cerné de ses machines et de sa guitare. Il utilise notamment beaucoup le Tenorion, petit instrument mais grand potentiel (lorsqu’on sait l’exploiter). De dos, au mieux de profil, ce presque trentenaire est concentré, il n’adressera d’ailleurs pas un mot au public. Très vite, ses boucles entêtantes vous plongent dans son univers psychédélique et christique qui lui est si personnel. On reconnaît beaucoup de thèmes issus de A (notamment les paroles de ses chants), plusieurs trouvailles intéressantes grâce au Tenorion qui lui permet de programmer beaucoup de boucles tout en jouant de la guitare. Comme à chaque écoute, on ressort un peu engourdi de cette exploration d’abysses électroniques. La réintroduction dans le monde des humains n’est pas comprise dans le billet. Une chose est certaine, Turzi est capable de beaucoup de renouvellement, aller de l’avant sans pour autant faire une croix sur « les compositions des débuts », en ce moment c’est une qualité qui se fait rare.

Arnaud Rebotini ensuite, le quarantenaire qui a eu le courage de se reconvertir. La bonne idée d’arrêter Black Strobe, de se séparer d’Yvan Smagghe pour se reconcentrer sur ce qu’il aime : la techno pointue en solo. Il collectionne les synthés Roland vintage, il va donc les exploiter et nous livre sa petite symphonie pour machines usagées et oubliées à tort. Un synthétiseur lorsqu’on sait lui faire cracher ce qu’il a dans le ventre, ça peut s’avérer être un excellent outil musical, et en plus c’est beau. Cerné de machine, l’homme au look de Forban titille les corps qui se déhanchent comme si de rien n’était et charme les oreilles attentives qui sont restées pour cette prestation un peu tardive pour un lundi soir. Arnaud Rebotini vient simplement de démontrer qu’on peut faire de la musique du futur avec des machines fabriquées avant ma naissance…

Donc, pour synthétiser (sans mauvais jeu de mot ahah) on a commencé la soirée par un vingtenaire Turzi qui utilise les derniers outils technologiques pour créer une électro mystique et très rétro et on a terminé ce concert par un quarantenaire Rebotini qui n’utilise que du matos d’après guerre pour inventer une musique techno futuriste. Et au milieu de ces deux tendances vraiment intéressantes, s’en dessine une troisième, représentée ce soir là par Yuksek. Lui est jeune – plus que Turzi – et est tout droit issu de la mouvance Ed Bangers. En résumé, il fait de la musique à l’opposé de Turzi et Rebotini : de la musique immédiate, l’électro à danser sans se concentrer. Pas de fond, juste une forme. Et ça fonctionne parfaitement, le public se met à sautiller dans tous les sens, secouer la tête et sourire sans se poser de questions. Des titres tous ultra-calibrés pour les radios commerciales (2’30 – 3’00) en complète opposition avec les 8’00 – 12’00 de moyenne de ses deux collègues. Un live de Yuksek, c’est comme un mauvais film avec un scénario intéressant, on en ressort en ayant déjà oublié les trois quart de ce à quoi on vient d’assister. Cet artiste appartient à toute cette vague qui copie les aînés (Daft Punk, Simian…) pour recracher plus ou moins habilement une électro fluo. Matuvu et Bling-bling sont les maîtres mots qui attirent une jeunesse en mal de connaissance musicale de fond et qui a un profond besoin de défoulement immédiat. Issus de la génération « tout, tout de suite », « travailler plus sans gagner plus », « société de consommation mon Amour », le public le plus friand de Yuksek est jeune. Sauf que… ce soir là, nous sommes un lundi, ce n’est pas les vacances scolaires et le public est plutôt « trentenaire bien tassé » que « tout juste majeur ». On se rend alors compte que Yuksek touche une autre catégorie de public : les bobos en mal de jeunesse, sur le retour et ne supportant pas l’idée d’approcher les quarante piges. Pas d’enfants, pas de vie de couple, pas de voiture (mais un scooter, pardon, un Vespa), pas de théâtre ou d’opéra mais du clubbing jusqu’à plus soif, un appartement grand et vide de vie puisqu’ils n’en sont que les courants d’airs : on ne mange pas chez soi, il n’y a pas de table pour ça ; on n’invite pas chez soi, il n’y a rien à voir chez soi… Ils se raccrochent à cet ersatz d’électro qui leur donne l’illusion d’être jeune à nouveau, de ne plus sentir le poids des ans dans leurs genoux, d’oublier quelques instants cette brioche naissante sur leurs hanches. Le temps d’un set, ils ont l’impression d’être insouciants, ils oublient qu’ils sont censés être des bobos parisiens coincés devant un concert, ils applaudissent à tout rompre au lieu de nous servir leur habituelle moue dédaigneuse. Croyez-le ou non, c’est presqu’émouvant de voir leur détresse affective et leur mal-être de presque-vieux s’effacer l‘instant d’un titre.

Attention, je n’ai jamais dit être restée de marbre devant le set de Yuksek, j’avais d’ailleurs beaucoup apprécié son album. Mais je suis encore capable de faire la différence entre une électro de surface putassière et une expérience électronique poussée et approfondie qui demande beaucoup de concentration pour ne pas passer à côté. Je ne suis malheureusement pas certaine que la génération qui me suit (c’est-à-dire mon petit frère) et la génération perdue de ces quarantenaires fassent la distinction.

Le Point Ephémère avait préparé un plateau de qualité pour fêter comme il se devait ses cinq ans, on regrette simplement que cette soirée n’était pas un vendredi ou samedi ! Turzi et Rebotini ont assurément beaucoup de belles années musicales à nous faire partager, le jeune Yuksek est… jeune, il progressera :) !

Note : 8/10

Crédits photos : Michaurel

Retrouvez une version édulcorée de cette chronique sur Le Hiboo

Le cheesecake a cramé…

In Blog Roll, Chroniques Concerts on octobre 14, 2009 at 4:17

Vernissage Expo BURNED @ Galerie Chappe

Burn - N. Ullman @ Galerie Chappe jusquau 21/10/2009

Burn - N. Ullman @ Galerie Chappe jusqu'au 21/10/2009

Un millier de personne (500 selon la police, 2000 selon les riverains) dans 45 mètres carrés… ça fait penser à une surpopulation de sans-papier mais non, c’était un vernissage de la branchitude…

En résumé, Nicolas Ullman ayant vu partir son appartement et tout ce qu’il contenait en fumée, ne s’est pas démonté et a organisé une sorte d’hommage funeste avec une vingtaine de photographes venus immortaliser l’étendue des dégâts. On retrouve ainsi Mondino, Beaudouin, Coste ou Eddy Brière mettant Nicolas Ullman en scène au milieu de ses décombres sous divers costumes. Certains macabres (squelette, clown triste) lui collent bien à la peau, traduisant la personnalité dépressive des mondains.

Des photos certes, des souvenirs aussi. Ce qui est frappant, c’est de se voir remettre un papier où il est précisé en gras qu’il n’habitait pas seul, mais de ne voir que du « Je » pour tout le reste : lui, lui et ses livres , lui et ses guitares, lui et des filles à poil… Sensation désagréable d’un voyeurisme malsain. On ne comprend pas vraiment où il veut en venir, est-ce un dernier au revoir à son appartement ? A une page de sa vie qu’il a choisit de clore ?

A cette exposition sont exposées des photographies d’artistes parisiens plus ou moins renomés et quelques résidus d’objets ayant vécu l’incendie (costumes, jouets, disques…). Il manque quelques phrases sur lesquelles méditer comme “Mettre la dernière main à son oeuvre, c’est la brûler” (Lichtenberg, bossu hypocondriaque) ou ”Si le feu brûlait ma maison qu’emporterais-je ? J’aimerais emporter le feu…” (Cocteau).

Entendu :

- « Ah ouais quand même ! » (personnalité dotée d’une puissance de réflexion hors-norme).

- « Je suis venue voir les photos d’un photographe, mais il n’est pas exposé ! » (Jeune fille décontenancée)

- « Pas étonnant que ça ait cramé vu le bordel que c’était, tu balançais une cigarette et tout partait. » (Un fumeur sur le perron)

- « Moi ça me donne faim tout ça » (WTF ??)

- « Attention, danger immédiat à 15h… non de l’autre côté ! » (Deux filles et la rencontre qu’elles ne voulaient pas faire).

- « J’comprend pas pourquoi y’a 3 tailles de toiles pour les tarifs, moi je ne vois qu’un format » (Bah, enlèves tes lunettes de soleil !)

- « Ah bah si vous ne voulez pas de bière, servez-vous ! » (Barmaid débordée)

- « Ca sent le brûlé non ? » (à propos d’une cigarette touchant une veste… ou de la photo ?).

Le Monsieur Ullman en question change de costume toutes les demi-heures (Ils n’ont donc pas tous cramé…) et nous propose une playlist « spéciale feu ». On remarque immédiatement que s’il a pensé aux Franz Ferdinand (This fire is out of control), il a oublié tous les tubes de Reggae, car s’il y a bien une ville qui a cramé dans tous les albums, c’est Babylone :) Craignant qu’Asyl (Brûle Brûle Brûle) ou Johnny (Allumer le feu) soient invités à chanter, on se carapate vite fait au Café Carmen.

A suivre sur le net : L.A. Project, la petite série qui après quelques épisodes de rodages commence à être bien fichue

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Séverin Release Party @ Café Carmen

Porn-cheesecake...

Porn-cheesecake...

Soirée bondée pour le lancement de l’album qui ne connaîtra jamais de tournée (ça paraît difficile d’imaginer une tournée pour un disque qui s’apparente à une compilation).

Marie-Flore avait la lourde tâche d’entamer seule la soirée avec quelques compositions de son cru. Frêle créature, épaules rentrées, elle triture nerveusement les cordes de sa guitare et ne quitte pas des yeux Séverin qui l’observe au milieu du public. Discrète et timide, elle n’ouvre la bouche que pour chanter et faire des réflexions bourrées d’humour comme lorsqu’elle entame sa reprise folk des Pussy Cat Dolls « J’ai fait une reprise des Pussy Cat Dolls. Il manque les danseuses bien évidemment. ».

Lippie lui succède pour quelques titres qu’elle massacre comme avec délectation (elle était probablement simplement très nerveuse et dénigrait tout ce qu’elle faisait). Dommage car cette nana a vraiment du chien et une voix qui vous retient.

Enfin Séverin prend place avec sa brochette de minettes, assises au fond et appelées au micro une par une. L’Ecole des Fans version adulte.  Enorme déception que d’assister à un karaoké, tout est enregistré sauf les voix et quelques accords de guitares, cela fait peine à voir… Manque de budget vraisemblablement. Les chanteuses les plus intéressantes ne sont pas forcément celles qu’on attendait : Marie-Flore (Big Mouth) est toujours aussi timide, Lippie (Wasted Life) se révèle géniale cette fois, Constance Verluca (Johnny) en fait trop, La Fiancée (Les lignes de ma main) a un quelque chose de chouette que je n’avais pas soupçonné, Elvire Bonduelle (Adieu à Dieu) n’a pas chanté. La meilleure surprise vient de Gesa (Tu peux plus m’en vouloir) qui est dotée d’une forte personnalité et rend un peu plus vivant le morceau en ajoutant un couplet en allemand.

La plus déconcertante de médiocrité est Nadège Winter qui n’a pas été foutue d’apprendre cinq lignes de texte et termine The Edge of a Sunday en lalala. L’absence de cerise sur le gâteau ? Vu le titre de l’album, ça aurait été intéressant de servir du Cheesecake (et éventuellement de voir quelle bataille de nourriture aurait pu s’en suivre…).

Je quitte les lieux une fois qu’un jeune travaillant dans « la musique » a cette magnifique phrase lucide :

- « Elle est où la coke ? Nan parce que nous, il nous reste que ça hein… » Bien triste et bien résumé, pour la peine je rentre à pied !

MY GIRLFRIEND IS BETTER THAN YOURS – Foreplay EP

In Chroniques Musique on octobre 12, 2009 at 3:21

Duo parisien / Folk / Chicrodelic – Discograph

Il est des histoires d’amour qui sonnent vrai, justes comme il faut. En général c’est celle que l’on attend pas/plus. Olivier et Laurie en ont fait les frais… pour le grand plaisir de nos oreilles. Le premier fruit de leur union est à leur image : simple et raffiné.

Lui c’est Olivier Marguerit, le type dont les yeux bleus glaciers feraient fondre les neiges éternelles du Kilimandjaro. Celui que je croise presque toutes les semaines à des concerts sans jamais avoir été fichue de me faire une réflexion simple : il joue dans (presque) tous mes groupes parisiens préférés. Fugu et ses mélodies pop rigolotes, Syd Matters dont on retrouve sur cet EP la filiation directe des mélodies planantes et des cœurs, Chicros par-dessus tout et sa guitare cowboy… Bref on m’envoie son disque et il m’a fallu le croiser par hasard (et oser lui parler pour entendre le timbre de cette voix) pour me rendre compte que pas un jour ne passe sans qu’il soit le temps d’un titre dans mes oreilles.

Elle c’est Laurie Lassalle, la fille dont je serais forcément jalouse si j’étais célibataire. Elle porte le même prénom qu’une chanteuse pour ado, mais avec une orthographe cent fois plus raffinée, elle a des propos piquants comme un excellent pecorino de 36 mois d’affinage, elle chante d’une douce voix un peu moqueuse. Bref elle me plaît.

Leur premier bébé, Foreplay, comporte huit titres à l’image de ses parents : des textes piquants, des mélodies douces-amères, des voix rassurantes et espiègles. La pochette d’abord vous provoque avec ses seins et son pénis dressé en oblique vers ces derniers, prenant ainsi le contrepied de bon nombre de duos musicaux cul-culs et/ou dégoulinants dont on se passerait volontiers. Ainsi on trouve la version « Je suis un musicien et j’invite ma copine qui n’a pas de talent » avec Binki Shapiro et Fabrizio Moretti dans Little Joy, la version « on n’est même pas un couple mais on fait un duo pour tenter de donner un autre souffle à nos carrières » avec Lilly Allen et Ours, la palme revenant à Julien Doré et Béatrice Martin pour leur version « on casse les oreilles du monde entier chacun de notre côté, mettons-nous y à deux pour leur exploser définitivement les tympans et les nerfs ».  Autant de mauvaises références leur donnant d’autant plus de légitimité à affirmer que My Girlfriend Is Better Than Yours et d’obtenir un label de mon cru d’Appellation de Groupe d’Origine Contrôlée. Les titres sont catchy au début (avec ruptures de rythme à la Chicros) et évoluent vers des balades-berceuses joyeusement inspirées de Syd Matters. Les samples (Before my Memory) et autres délicatesses auditives (sirène de pompier, Casios…) apportent une touche arty mais classe. Les deux comptines qui clôturent cet album permettent de vous plonger dans des rêves délicieux tout en gardant à l’esprit que le mignon c’est bien gentil mais le cruel c’est quand même bien plus drôle : Un jour la terre sera dévastée… mais on se sera bien marrés avant, maintenant petit EP, au lit, tes parents doivent concevoir et produire un disque !

Note 8/10

COUGAR @ Batofar

In Chroniques Concerts on octobre 8, 2009 at 4:30

Quintet américain / Post-rock – Eletro /  07/10/2009

Scooter : une soudaine pluie de mousson s’infiltre dans mon manteau, ruisselle dans ma nuque, transforme mes chaussures en vases… Je suis plus prêt de la maison que de la salle, je peux encore faire demi-tour. Allez, trempée pour trempée, autant voir la version live d’un des meilleurs disques de l’année.

La scène accueille de justesse les cinq jeans/tee-shirt/casquettes et leurs instruments : trois guitares, une basse, une contrebasse, une batterie, un synthé et des bidouilles technologiques… et une magnifique peluche du félin, qui veille sur l’ensemble. La salle est à l’image du groupe : sage et trentenaire, à lunettes et prête à dodeliner de la tête sur les morceaux. C’est la première en France de Cougar qui vient livrer ses nouveaux titres issus de Patriot. Et pour une première, hormis le fait que le public se soit découragé du fait de la pluie, c’est un sans faute.

La setliste fait honneur au nouvel opus, tous les titres que nous attendions (Florida Logic, Rhinelander, Endings) sont d’un niveau remarquable. Les guitares grondent, le batteur affiche un visage si concentré qu’il en abime sa caisse-claire, chacun est à la fois focalisé uniquement sur l’exécution des morceaux et à l’écoute des autres membres du groupe, il s’en dégage une souplesse de jeu et une atmosphère grisante. Seule Thundersnow n’est pas aussi époustouflante que ce à quoi on s’attendait. On pourrait aussi reprocher l’enchaînement de titres très doux qui auraient peut-être mieux laissé le concert respirer s’ils avaient été entrecoupés de morceaux plus dynamiques.

Fin du concert, un titre pour le rappel, joué en trio, le batteur et l’électronicien semblent avoir trop donné de leurs personnes pour revenir jouer. Ce groupe est parvenu à détendre un public crispé (par le froid, le stress de la vie…) en jouant de la musique plutôt dynamique. Encore sur un petit nuage, on se fait mettre dehors par des vigiles un peu brusques. Dehors tout est calme, la pluie s’est arrêtée et l’on rentre apaisé, la tête pleine d’images de plaines désertiques et sauvages, où le soleil de plomb vous brûle la nuque et où parfois, se profile un cougar à l’horizon. Animal souple et distingué, on ne peut que le prendre en affection tout en redoutant qu’il approche trop près. Voilà un groupe qui au moins porte très bien son nom.

Cougar se révèle un groupe de qualité à part entière, atteignant les plus nobles rangs, sur disque comme sur scène. Ca valait bien la peine d’avoir les fringues moites !

Note : 8 ,5/10

Setliste Cougar @ Batofar

Retrouvez cette chronique sur Le Hiboo

Crédits photos Michaurel

De l’Art de la chronique… ou de la critique :) ?

In Blog Roll on octobre 8, 2009 at 1:45

Ce matin, une petite polémique créait le buzz sur Twitter. L’objet du délit, un article d’un certain Ulrich Stakov, qui semble être aussi russe que j’ai la peau bronzée. L’ingrat n’ayant même pas pris la peine d’autoriser un droit de réponse en fermant ses commentaires, je lui adresse ma réponse via mon propre support de rédaction. Vous trouverez après ma réponse son texte original (on ne sait jamais, si l’envie lui prenait de modifier son texte ou faire disparaître son article…)

Salut Ulrich Stakov,

Avant de critiquer ou chroniquer (ou toute autre appellation qui vous paraîtra digne de votre petit être méprisant et méprisable) sur vos petits amis de la blogosphère, lisez ça :

- Godillot : nom MASCULIN (cf. votre copain Le Petit Robert)

- ligne 6 : “dont je TAIRAI”, ligne 37″ SAINT-GRAAL”, je vous laisse corriger les autres fautes, c’est déjà assez humiliant pour vous de ne pas savoir faire la différence entre conditionnel et futur simple ; ainsi que de ne pas considérer que les tirets font partie intégrante de l’écriture en français.

- “Apprenez à savoir utiliser” n’est pas français, révisez un peu le Bescherelle.

- Assemer : belle invention ! en français c’est un autre verbe, je vous laisse le trouver.

- Apprenez aussi à placer correctement les virgules dans vos phrases car là il y a un nombre de fautes grammaticales phénoménal. Vous êtes bien loin de la langue de Proust qui, s’il fait des phrases longues, sait les construire.

- Que dire de votre style ? Vous n’en avez pas ou peu, contrairement à certains bloggeurs sur lesquels vous prenez plaisir à taper et à certains auteurs cités. Je vous conseille ainsi de vous pencher sur les articles de Words And Sounds, Playlist Society ou Violette Roll :)

- Pour finir, si le sujet de votre article aurait pu être intéressant, il est traité avec autant de subtilités et d’intelligence qu’un élève de secondaire… Je vous expliquerai volontiers de quoi vous auriez dû traiter pour avoir une argumentation pertinente.

C’est pourquoi, je vous conseille de repartir sur de bonnes bases, de votre niveau. Par exemple vous pourriez réfléchir à l’expression “Balayer devant sa porte avant de s’occuper de son voisin” ou “L’herbe est-elle plus verte dans le champ du voisin ? ” ou encore “Le ricule ne tue pas”. Ce sont les sujets de réflexion de philosophie sur lesquels j’avais à réfléchir en 6e.

Bien cordialement,

Violette (qui a un blog et rédige mieux que vous à son sens)

P.S. 1 : Pensez également à justifier le texte de vos articles, ça fait vraiment torchon/tabloïd sinon.

P.S. 2 : Et fermer les commentaires de vos articles est de votre niveau, démontrant par là que vous n’êtes aucunement capable de défendre et assumer vos écrits.

Du trop plein de chronique

Publié par : Ulrich le : 7 octobre 2009

Il est des articles qu’on aimerait ne pas écrire. Mais l’inflation galopante est telle que je me sens obligé de prendre mon plus beau clavier et dire ce que je pense, surtout lorsqu’on veut nous faire croire que la multitude est bonne pour la santé. Il en va aujourd’hui des webzines musicaux comme des savonnettes, à savoir qu’il y en a beaucoup et la plupart glisse entre les touches du clavier. Ces temps derniers, nous avons vu fleurir bon sur quelques sites dont je tairais le nom,  des conseils sur comment écrire une chronique ? ou plutôt comment écrire une bonne chronique ? Sujet particulièrement captivant par sa vacuité, surtout lorsqu’il confond allègrement critique et chronique.

Proust, Sainte-Beuve ou plus récemment George Steiner et Pierre Jourde ont su nous expliquer ce qu’était une bonne ou mauvaise critique,  leurs écrits référencés, argumentés et passionnants touchaient au plus près la substantifique moelle de cet art majeur tant décrié et surtout incompris. Car, une critique, mes amis, est l’art de savoir juger une oeuvre d’art. Oui c’est un art , il y a même des écoles de pensée, des théoriciens de la critique dont le but est de toucher au plus près  l’oeuvre par le prisme du jugement formaliste (Proust) ou positiviste (Sainte-Beuve). La critique n’est donc certainement pas un avis. Le critique se fiche de l’avis comme de sa première chemise, de même il porte à la lanterne tout ce qui s’apparente au goût.

Jugement ? Avis ? Le pauvre godillot du web pensera, à tort, que ces deux mots veulent dire la même chose. Je leur laisse le soin de consulter le seul dictionnaire digne d’intérêt de nos jours : le Petit Robert. Non pas Google, vilains sacripants, apprenez à savoir utiliser un dictionnaire papier. Cet exercice peut s’avérer utile, pour l’avenir.

Mais, amis lecteurs, revenons à notre définition initiale. Qu’en est-il de la chronique ? La chronique, mes amis, relate les faits. Elle raconte une histoire, dans l’ordre chronologique si possible. Ça peut être aussi un article qui traite d’un même sujet dans un journal. Une chronique n’a pas pour principal fondement de donner un avis ou un jugement. Une bonne chronique est généralement neutre. C’est un exercice éditorial passionnant et les plus grands journalistes y excellent.

Cet exercice de définition étant terminé, tournons-nous maintenant vers notre trop plein de chronique/papier/brouillon que la blogosphère musicale nous assème à grands coups de Bible sur la tête, quotidiennement. Il est un fait que personnellement, j’ai de plus en plus l’impression de naviguer dans un univers intellectuellement et culturellement inepte. Lorsque celui-ci n’est pas intéressé par un classement bidon, la quête du St Graal semble être devenue l’ultime raison pour pondre au kilomètre des chroniques/papiers/brouillons. Entendez par là que ces bonnes âmes tueraient pères et mères pour avoir un disque ou une place de concert, gratuitement. De fait, lorsqu’on les lit, on se demande si la sincérité de leur propos n’est pas à mettre au diapason des bienfaits (ou pas) prodigués  par l’attaché de presse. On est bien loin ici de l’esprit qui animait les premiers audioblogs français, pour qui le maître-mot était échange et surtout entraide, lorsque l’un des leurs étaient menacés par la méchante SACEM.

Cet esprit a disparu, remplacé par le malin mercantile. Il n’est que de parcourir les allées virtuelles de n’importe quel webzine musical ou audioblog pour apprécier la rhétorique gastronomique dont s’accompagne les articles. Cela en est même devenu l’accommodement indispensable, au même titre que le commentaire tend à avoir plus d’importance que le texte. Il ressort surtout que désormais, dans le domaine musical, l’appellation ne sert plus qu’à pallier l’absence de ce qu’elle désigne. C’est par un étrange retournement de langage qu’aujourd’hui, on admet bien volontiers la suprématie de l’avis argumenté, désigné allègrement par le terme chronique. Alors même que le mot est détourné, on lui reconnait une position ultime. Il ne manque plus qu’à la panoplie, le tampon “appellation d’origine contrôlée” pour que le tour de vis soit effectué.

Et c’est donc dans ce cadre pré-défini que nos amis godillots s’empressent de donner leurs précieux conseils sur comment écrire une bonne critiquehronique ?On m’objectera qu’ils ont le droit de dire ce qu’ils pensent, que je suis un pisse-vinaigre, etc. Oui, assurément, certes… Et c’est pourquoi il est temps d’affirmer haut et fort que toute cette glose savante provoque en moi une dyspepsie aigüe. Car mal m’en a pris, j’ai failli tout lire. Mais dès la première concordance de temps mal appliquée, une envie irrépressible me prit d’affirmer que ces pieux godillots avaient du mal à appliquer ce qu’ils affirment si… longuement. Ainsi donc, je devrais suivre les conseils de personnes qui ne connaissent même pas la définition du mot mais qui, par un jeu des miroirs virtuels assez impressionnant, donnent de l’écho à ce conseil. Je rigolerai de bon coeur à tant de fatuités, si le ton condescendant employé ne relevait pas de cette même gymnastique faite d’ignorance et d’engouements médiatiques.

Comment appeler autrement ce conditionnement massif et virtuel ? Puisqu’apparemment, jouer les perroquets et suivre les autres servent de caissons de résonance, je ne résiste pas à l’envie de citer Novalis : “On comprendra habituellement mieux l’artificiel que le naturel. Le simple réclame plus d’esprit mais moins de talent que le complexe.”

THE RAVEONETTES – In and Out of Control

In Chroniques Musique on octobre 7, 2009 at 9:42

Duo danois / Pop – Rock / Fierce Panda

Déjà presque dix ans d’existence pour The Raveonettes, un duo-couple qui tient la route. In and Out of Control est leur cinquième opus, un tous les deux ans, une bonne régularité permettant de ne pas s’essouffler ?

Révélés par leur Pretty in Black (2005) truffé de collaboration fructueuses, notamment avec Moe Tucker (The Velvet Underground) et Ronnie Spector (The Ronettes), leur disque suivant avait terminé de nous rendre accro au groupe (Lust Lust Lust en 2007 et ses prestations scéniques époustouflantes aux Routes du Rock version hiver et été). A l’annonce d’un nouveau disque, on attendait donc la nouvelle pépite avec grande confiance. Après l’amour et la luxure, les drogues et les hallucinations délicieuses, le duo glacé s’attaque aux mêmes sujets du côté obscur. Ce qui était Pretty in Black devient « Dark », ce qui n’était que Lust Lust Lust se mue en « Break up » ou « Break out ». Ca donne Suicide, Last Dance, Gone forever ou Oh, I Buried You Today pour le côté « joie de vivre » et Boys Who Rape (Should Be Destroyed), Heart of Stone, D.R.U.G.S, Break Up Girls ! et Wine pour l’aspect « optimisme, bonté humaine et plaisirs de la vie ».

Malgré ces titres peu engageants, l’ensemble reste terriblement entraînant et pêchu (sauf Wine déprimante à souhait), spirale revisitant les coins les plus tristes et ténébreux de nos cerveaux tristes mais libérant les corps. Bang ! vous envoie d’emblée un coup au plexus pour vous faire quitter votre chaise ; Suicide glisse comme une vodka-tatin : forte mais masquée par beaucoup de sucres ; Last Dance ne donne qu’une envie, celle de continuer de danser… Les influences 60’s ne se sont pas fait la malle, c’est toujours aussi bien fignolé.

Mais… Il y a un « Mais » d’importance cette fois, un de ceux qu’on ne peut pas éluder. The Raveonettes, c’est beau, c’est sympa, ça provoque une adhésion quasi-mystique sur scène mais ce nouvel album, alors qu’il se propose de revisiter les recoins de nos âmes, est en dépourvu justement, d’âme. C’est trop bien terminé, trop bien respectueux des aînés Phil Spector ou Jesus and Mary Chain, trop propre pour parler de suicide, trop clean pour aborder les drogues. On est comme en face de ses dix doigts ressortant d’une manucure Dior : on a peur d’utiliser nos doigts de peur d’écailler le vernis… Et d’ailleurs la véritable réflexion qu’on se fait c’est « Depuis quand je suis le genre de pouffe qui va se faire faire une manucure ? ».

Un album qui contrairement aux deux précédents, ne restera pas longtemps dans nos platines car il s’avère très vite lassant. L’album porte mal son nom, il n’est jamais Out of Control et ne donne jamais l’impression d’être spontané, à l’image de la pochette du disque d’ailleurs, plus calculé tu meurs. Mais nul doute que sur scène, ça sera toujours aussi beau.

Note : 7/10

Sortie début octobre

GABLE @ EMB-Sannois

In Chroniques Concerts on octobre 6, 2009 at 3:13

Trio français / Expérimentations rock et bidouillages électroniques / 02/10/2009

Repérés lors des Transmusicales 2008, le trio caennais charme toujours autant par ses comptines loufoques et cruelles, son univers bancal et ses mises en scènes minimalistes. Qui de Nosfell ou GaBlé était la première partie de l’autre ?

Imaginez une scène où règne un bazar incroyablement bien organisé lorsqu’on y regarde à deux fois. Des cageots côtoient des élastiques en caoutchouc, une guitare flirte avec une perceuse, des samples de vieux films font la guerre à des hurlements de Yéti, des chants d’oiseaux et un carillon se font envahir de bruits de marteaux piqueurs, le saxophone se fait harceler par des piques à brochettes, des casseroles ou un aspirateur… Bienvenue dans la chambre de GaBlé, où deux hommes et une femme exploitent, dans tous les sens du terme, tout ce qui leur passe sous les mains. Chaque morceau de GaBlé se présente comme une expérience sonore originale. Un Uzi and Ari très nerveux auquel on aurait ajouté une folie punk. Conçus comme de petits chapitres d’un grand livre de l’expérimentation bruitiste, les morceaux ont tous ce point commun d’être des passages court mais très denses. Parfois structurés comme du post-rock à la Battles, on s’attend à ce que les musiciens partent dans de grandes envolées musicales et non, tout s’arrête brusquement. Les paroles, bien qu’incompréhensibles la plupart du temps, sont d’une cruauté allant de pair avec beaucoup d’humour et de fantaisie (Scissors – Knife – Hammer – Nails – Theeth … I’m really fine, I’m well balanced I’m ok). Sur scène, les artistes sautent partout, s’engueulent, font des grimaces et nous surprenne à rire d’un sample « Message Error Windows » ou d’une bataille d’épellation de Motus. GaBLé est un trio à voir autant qu’à entendre.

Lorsque Nosfell paraît pour présenter son nouveau spectacle (qu’il vient de monter à l’EMB), même si sa musique en trio (lui-aussi) flirte avec la beauté et la perfection, toutes ses attitudes semblent trop maniérées après la déferlante de spontanéité de GaBlé, son discours trop apprêté après leurs onomatopées. On ne ressort pas indemne d’une performance de GaBLé, en nous ne cessent de raisonner leurs ritournelles acides. En témoigne ce dernier clip A drunk fox in London.

Une très belle soirée, deux grands groupes uncany pour une salle loin d’être vide, preuve que le formaté, l’indie fake et la musique avilissante de télé-réalité n’ont pas encore tout à fait gagné…

Note : 8,5/10

Crédits photos : Michaurel

Retrouvez ce concert sur les ondes de Radio Campus Paris – 93.9

RONE – Spanish Breakfast

In Chroniques Musique on octobre 2, 2009 at 9:00

Artiste parisien / Electronica – Minimal / Infiné

3 mars : Mon corps prend un coup de vieux, mon mental a du mal à s’en remettre et il me faudra… six mois avant de parvenir à écrire sur Rone. C’était un beau cadeau d’anniversaire ce disque pourtant. Allons, rattrapons le temps perdu.

Dans la panoplie des artistes électro français, on n’en connaît assez peu capables d’affronter l’international. Zombie Zombie ou Turzi bien sûr, l’exilé Dantom Eeprom probablement… auxquels il faudra désormais intégrer Rone. C’est sous protection d’Agoria et signé chez le prestigieux Infiné qu’il nous livre (enfin) son premier opus après un EP remarqué (La Dame Blanche).

Electronica classieuse et minutieuse, structuré par une Intro, une Outro et un Interlude, avec Rone la plongée se fait douce et hypnotique. Le temps semble se démultiplier, on est propulsé dans des rêveries agréables sans angoisses. Le saxophone fait régulièrement des apparitions tel un phare, pour nous guider à travers ces mélopées minimal. On passe une nuit éveillée dans l’optique de déguster un petit-déjeuner espagnol mais c’est pourtant Paris que l’on revisite. Belleville et ses sonorités asiatiques, Bora et ses conseils littéraires tout droit sortis du café des Editeurs (La seule chose qui ait de la valeur c’est quand tu es capable de faire un chapitre comme celui-là, ça mérite que tu vives, tu peux vivres pour écrire ça) ou Tasty City et ses quais au petit matin, quand Paris est calme. Outro sonne comme la fin de l’insouciance, le stress va bientôt recouvrir la ville de sa chape de plomb, on étouffe, mieux vaut partir se coucher en rattrapant un marchand de sommeil avare.

Seules ombres au tableau, cette pochette hideuse et la durée du disque un peu ric-rac… ce dernier point étant excusé par sa qualité irréprochable (pas une seconde n’est superflue). Un très bel album, probablement l’un des meilleurs de 2009, un artiste à suivre de très près.

Note : 8,5/10

MELANIE PAIN – My name

In Chroniques Musique on octobre 2, 2009 at 12:03

Artiste française / Pop / Cinq7

Il y a certains matins où, lorsqu’on est une fille, on est d’humeur plus légère et tout notre être désire de la musique frivole. Mélanie Pain répond parfaitement à cette requête corporelle exclusivement féminine. Et, un matin où j’avais quitté mes apriori sur « la musique que j’aime », je me suis surprise à aimer ce disque.

Résumons, My name est un premier album, dans lequel Mélanie Pain cherche son identité : professionnelle, musicale, sexuelle… Force est de constater qu’au sortir de l’adolescence et après ce court moment où les filles sont à la fois majeures, innocentes et sûres de leurs atours, toute femme passe par cette phase d’interrogation : Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi et comment ? Période délicate, douloureuse et faisant prendre un coup de vieux radical. C’est l’âge des essais, des one night stand et autres expériences plus ou moins dégradantes. Mélanie Pain synthétise toutes les réponses que toute fille rêve d’être capable d’avoir avec certains ratés le lendemain (Peut-être pas), certains sentiments une fois loin (Helsinki), certains rêves de gamine (L’espace d’un instant). Mélanie Pain parvient à livrer une pop qui ne vire jamais dans le trop sucré, même si l’on pourrait reprocher ses titres trop mélancoliques (Sans l’ombre de toi) qui sont de trop. Son interprétation simple et touchante de Little Cowboy ou la pertinence des paroles et du ton charmeur de Ignore-moi ou La Cigarette parviennent à briser les barrières de mon petit cœur d’ordinaire bien carapacé contre la cruauté affective ambiante.

Alors certes, ne comptez pas sur moi pour trouver que les chanteuses françaises sont subitement devenues très talentueuses, non, mais plusieurs morceaux de Mélanie Pain démontrent qu’elle se hisse sans problèmes en haut du panier. Est-ce par besoin de se rassurer ou parce que cela pourrait contribuer à lui faire vendre plus de disques, la demoiselle n’avait absolument pas besoin d’un featuring avec cet insipide Julien Doré qui ne peut s’empêcher de se donner de grands airs. Le duo avec l’autrement plus classieux Thomas Dybdahl est plus intéressant mais était dispensable. La seule collaboration qui aurait méritée d’être précisée est ce dernier titre travaillé avec Phoebe Killdeer (If You Knew). On regrette qu’elle n’ait pas collaborer sur l’album de Séverin, ça aurait probablement eu du chien.

« Suis-je une femme ou une fille qui essaie et qui échoue lamentablement » (Celle de mes vingt ans) est une question qui traverse tout cerveau féminin normalement constitué jusqu’à ses trente ans où la question de « l’horloge biologique qui tourne » prend le pas sur le reste. Que souhaiter d’autre à Mélanie Pain que de garder sa fraicheur et d’oser avoir confiance en elle pour un second disque sans fioritures masculines inutiles. Quoiqu’il en soit, elle remporte son pari, beaucoup connaissent son nom à présent.

Note : 7,5/10