
La neige KRISS sous mes pas
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:France Inter, Kriss, Radio, voix
Catégorie: Ce qui m'émeut
Alors voilà j’en ai encore des tremblements dans les bras tant la nouvelle m’attriste. Pas que les irlandais soient éliminés du Mondial alors que la France a triché bien entendu, non ça je m’en balance comme de ma première paire d’Adidas rose à 8 ans, celle qui m’a permis d’escalader mieux qu’une chèvre et de casser ma fourche de vélo Peugeot en dévalant des escaliers.
Kriss, vient de partir animer les outre-ondes à seulement 60 ans. Terminé cette voix du dimanche légèrement rauque et si enjouée. A l’antenne, elle avait depuis quelques temps passé le relais, d’elle, il ne restait que le nom de l’émission, Kriss Crumble.
Lorsqu’on a grandi avec la radio, et en particulier avec France Inter, dans les oreilles dès la naissance, il y a des voix qui marquent, des voix auxquelles on s’attache. Et avec, tout un univers qu’on s’imagine. Kriss était mon amie du dimanche matin. Lorsqu’en classe prépa, après avoir bossé toute la semaine vingt heures par jour, vous devez réussir à trouver l’énergie d’aller encore étudier à la Bibliothèque Nationale le dimanche matin, eh bien vous bénissez le service public d’avoir recruté Kriss. Une femme qui réussissait simultanément à vous façonner des abdos en béton (tout mon stock de rire pour une semaine était consommé ce matin là) et à vous changer les idées, quel que soit le sujet dont elle s’occupait (Portraits Sensibles). Mon plus beau fou-rire, celui qui me fait encore retrousser les lèvres alors que j’écris ces lignes, c’est une histoire d’adoption d’un troupeau girafe comme animaux de compagnie, raconté par Jean-Jacques Vannier. Il avait d’ailleurs extrait son second spectacle de ses histoires pour Kriss : A par ça, la vie est belle et c’est tant mieux. Encore plus que l’histoire elle-même, c’est le rire de cette femme que j’entends encore derrière. Un rire franc et cristallin comme on en fait trop rarement. Son seul rire me faisait tenir. Je n’avais plus besoin de manger pour sentir le fondant (pomme, poire, potiron…) et les croquants (céréales, noix, chocolat…) d’un crumble envahir mon palais.
Après Macha Béranger (« Tu es encore debout ? Il est l’heure d’aller se coucher » disait mon père sans jamais me gronder), José Arthur (qui dévoilait en avance les titres du Canard Enchaîné le mardi soir), Louis Bozon (pour les cinq premières minutes du jeu et le topos géographique de la commune), Jean-Pierre Gaillard (et son jingle « La Bourse, Jean-Pierre Gaillard » du matin, qui me permettait de savoir si j’allais être en retard à l’école) et Claude Villers (pour qui je me privais de goûter rien que pour entendre sa voix de grand-père que je n’ai pas connu) s’en va Kriss, dernier rempart de ma vie d’avant vingt ans. Toutes ces personnes primordiales qui ont forgé mon amour d’un média sonore qui risque bientôt de ne plus être ce qu’il est/était (cf. la radio numérique). Toutes ces voix que je n’avais pas besoin de voir pour les aimer (cf. cette nouvelle mode ignoble de filmer les émissions de radio).
Je sais bien que chacun vieillit mais mourir à soixante ans un jeudi lorsqu’on s’appelait Kriss, ce n’est pas normal pour celle qui avait endoctriné des milliers de personnes au « C’est dimanche, c’est légal ». Salut M’dame.
Crédits photo : Christian Neveu



Joli post, très émouvant.
mon enfance, mon adolescence, mes dimanches….
qu’est ce qui vous remet en place quand tout part en vrille?
plus rien du coup
je suis Triss
J’ai aussi été élevé à France Inter, Louis Bozon (qui m’a offert 1000 francs quand j’étais encore au collège), Stéphane Bern, José Arthur, le Masque et la Plume et Jean-Pierre Gaillard. Plus tard, ce fut Bernard Lenoir. Mais jamais le dimanche matin bizarrement. Vu la qualité des animateurs de l’antenne et sa longévité, nul doute que Kriss doit manquer à ses admirateurs.
Ah oui je n’ai pas parlé du Masque et la Plume, la première émission en public à laquelle j’ai assisté. Et Lenoir avec le concert d’Art Brut où le chanteur était à mes pieds et où tout le monde marrait en cabine
Mais ils n’ont pas des “voix de radio” à proprement parler pour moi, ce n’est pas du tout la même émotion… et c’était après 20 ans