
Quand VIC vous bouche le nez…
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:2008, musique, Route du Rock hiver, Vic Chesnutt
Catégorie: Ce qui m'émeut
Pour la première fois depuis des années, j’ai passé un Joyeux Noël, réellement. Même enfant j’ai toujours détesté cette période, sauf allumer les bougies, décorer la maison et faire la cuisine pendant des heures…
Et pourtant en rentrant j’ai appris la triste nouvelle, Vic Chesnutt est parti. Je n’ai jamais été « groupie » de quelque groupe que ce soit. J’en aime certains plus que d’autres, j’ai des souvenirs plus ou moins forts aussi. Et Vic Chesnutt était probablement l’un des plus nobles personnages que j’ai pu croiser.
Il faisait froid, je traversais l’une des périodes les plus sombres de ma vie (je sortais justement du plus effroyable Noël de ma courte existence). J’étais au festival de la Route du Rock hiver 2008, seule et moyennement vaillante sur mes jambes. Lorsque Vic Chesnutt est apparu, dans son fauteuil roulant, un verre de lait à la main et un sourire jusqu’aux oreilles. Le genre de sourire qui vous donne envie d’aimer la vie. Nous n’étions que quelques personnes à vouloir l’interviewer et nous n’avions pas beaucoup de temps. Les jeunes éphèbes de Mgmt et la joyeuse troupe de Le Loup étaient là aussi. Nous étions au rez-de-chaussée en plein courant d’air, les interviews avaient lieu au premier étage. Et là il s’est produit en une fraction de seconde, sans que personne ne se soit concerté, un événement qui m’est resté gravé : il y avait un ascenseur pour le fauteuil de Vic, mais tous les artistes ont empoigné la chaise à roulettes et l’ont hissé au premier étage par l’escalier, ils l’ont déposé au centre de la pièce, ils ont mis des chaises tout autour de lui et ont déclarés : « Nous faisons l’interview tous ensemble ». Et l’un deux a ajouté “Cet homme est si grand qu’en nous asseyant nous n’atteignons pas son niveau”. Je n’avais pas de quoi enregistré ce jour là car mon matériel était cassé, maintenant qu’il est parti je m’en mors deux fois plus les doigts. Sur scène comme dans la vie, je n’ai pu voir qu’un homme toujours vaillant, toujours émouvant et humble. A l’image de sa musique d’ailleurs : entre post-rock violent et douce folk, mélodies mélancoliques et combatives.
Ca ne regarde que moi de penser cela mais j’ai toujours trouvé que le suicide était, à l’inverse de ce que peuvent enseigner certaines religions, un acte de bravoure. L’être humain n’est pas constitué pour être capable de se supprimer. Quoi qu’elle ait fait, une personne qui met fin à ses jours est une personne qui souffre, qui a retourné toutes les possibilités de son problème dans tous les sens pour se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’autre issue que d’en finir. Vic Chesnutt a lutté tellement d’années qu’en finir à l’aube d’une nouvelle décennie n’est pas anodin : l’avenir se construira sans lui, autrement, lui a fait suffisamment pour l’humanité. En matière de musique bien entendu, mais de santé mentale et physique aussi (lutte pour la reconnaissance de la marijuana comme auxiliaire thérapeutique).
Ce qui fait que des yeux sont humains est cette faculté que nous avons de pleurer. RIP Vic Chesnutt. Show must go on…



Très bel article … émouvant …
Très bel article, merci beaucoup… J’aurais beaucoup aimé avoir l’occasion de le rencontrer aussi.
Du coup, j’ai encore plus envie de découvrir sa discographie complète.
@Audrey : merci, je le pense sincèrement, je n’aime pas l’emphase tu sais bien (cf. Aufgang)
@Nicolinux : ton article est chouette aussi dans un autre style, j’ai préféré raconter cet épisode qui n’avait l’air de rien mais en disait beaucoup finalement.
Je découvre ce blog en commencant par ce billet, scotché, frissons, bravo, merci
@Lo : Merci beaucoup, ça me va droit au coeur