Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archive pour 2010

FLORENT MARCHET – Courchevel

In des disques... on novembre 4, 2010 at 8:30

Artiste français / Chanson / PIAS

Troisième album, troisième ville. Après l’album concept Rio Baril et l’album cliché Gargilesse, on s’attend donc à la monographie de Courchevel. Au passage, l’artiste s’est investi dans plusieurs projets parallèles et a changé de label. Se serait-il perdu en route ?

Si Gargilesse était intéressant, Rio Baril était incontestablement un album concept d’une grande qualité. Et le projet Frère Animal avec Arnaud Cathrine n’était pas en reste. Pas plus d’ailleurs que son travail pour diverses jolies femmes (Clarika et La Fiancée en tête). Alors pourquoi ce nouvel album de Florent Marchet est d’emblée si décevant ?

Avant tout, on peut être surpris par la concision de l’opus. Après des albums longs et progressifs, où les morceaux dévoilaient leurs subtilités au fur et à mesure, on est confronté à des titres en bloc, qui donnent tout ce qu’ils ont en moins de deux minutes. C’est d’autant plus déroutant que la sortie du disque avait pris du retard, on s’attendait à des finitions plus soignées : Hors-piste, titre instrumental, sonne comme une excellente base de travail inachevée.

Et d’ailleurs point de monographie mais un foutoir foutraque de villes sur-chantées qui n’ont en commun que d’accueillir les populations par vagues (de cathos bourges coincés à Courchevel, de beaufs et familles nombreuses à Narbonne Plage, d’un peu de tout à Roissy).

Côté textes et orchestrations pas grand-chose de novateur et, si on reconnait sans peine la justesse du propos de La Charrette ou Courchevel, L’Idole, la Famille Ricoré ou Benjamin donnent une impression de déjà entendu plutôt désagréable.

Le plus dérangeant de ce troisième album reste ce nouveau tic de chant contracté par un artiste qui avait le mérité de livrer ses textes sans jamais sombrer dans la caricature pataude. L’Eau de Rose est une splendeur de texte ciselé gâché par des accents de Patrick Bruel. Pourquoi ce chanteur se met-il à avoir des trémolos pathétiques et totalement kitsch dans la voix ? Le paroxysme du pitoyable survient sur Pourquoi êtes-vous si triste ? où le piano-voix larmoyant donne juste envie d’en coller une à son auteur pour le réveiller d’un mauvais rêve.

Florent Marchet a changé de crémerie et, à force de pourvoir tous ses amis en produits laitiers frais, il n’a gardé pour lui que des productions au goût un peu rance… Troisième album celui de la maturité ? Pour quelqu’un qui chante encore Qui je suis ? ou depuis le temps…Non.

FRANCESCO TRISTANO – Idiosynkrasia

In des disques... on novembre 3, 2010 at 8:30

Artiste luxembourgeois / Electro – Piano / Infiné

Mise en garde 1 : cette chronique n’est absolument pas conventionnelle…

Mise en garde 2 : un dictionnaire vous sera éventuellement utile…

727 Fifth Avenue, 10022 New York City. C’est écrit en toutes lettres sur l’anneau argenté qui orne mon annulaire. L’adresse d’un joaillier, immortalisé par un film dont je n’ai jamais aimé la traduction française, Breakfast at Tiffany. Ce produit fini dans la vitrine, attendant qu’on lui fasse vivre une vie pleine de rebondissements, a été façonné par un orfèvre dont le nom est estampillé sur le certificat qui tapisse le fond de l’écrin bleu turquoise.

Mais l’orfèvrerie ne s’applique pas qu’aux bijoux. Elle peut être musicale. Et Francesco Tristano est assurément l’un des meilleurs artisans que l’on puisse trouver sur le marché. Définition.

Solitaire méticuleux et endurant

L’orfèvre conçoit et dessine un objet et passe ensuite à sa réalisation. Il travaille toujours en atelier, le plus souvent en position assise. Toutes les étapes de la fabrication exigent une grande minutie de gestes et une attention constante.*

Pianiste dit « classique » de formation, Francesco a usé pas mal de pantalons sur les tabourets laqués recouverts de velours. Ne regarde pas tes mains / Sans effets de manches ! / C’est écrit Allegro et non Moderato / Retravaille la seconde partie. Comment peut-on passer sa vie à interpréter des auteurs morts ? A moins de manquer d’imagination, on ne peut pas. Et rien qu’à voir cette belle gueule aux boucles indomptables, on saisit que F. Tristano ne va pas en rester à se contenter de magistraux récital de Bach ou Chopin. On est au XXIe siècle bon sang.

Réinterpréter au piano des électroniciens loin d’être morts. Premier affranchissement et non des moindres lorsque Francesco reprend Autechre  au piano (Andover – Not for Piano). Le pas est franchi, plus de retour en arrière possible pour notre plus grande satisfaction de le voir passer d’une banale profession artistique à un difficile et délicat métier artisanal.

Efficacité et beauté lapidaires

Francesco est luxembourgeois – ou français puisqu’il réside souvent à Paris – ou espagnol comme il a élu domicile à Barcelone – ou américain puisqu’il a été formé en grande partie à New York… Qu’importe, il faut savoir voyager pour aller s’approvisionner des meilleurs matériaux. Notre artisan travaille les gemmes. Au fil des disques, ses yeux saphir déchiffrent inlassablement des combinaisons musicales de plus en plus complexes, ses ongles deviennent rubis à force de répétition, ses partitions ont peu à peu la limpidité émeraude des plus beaux océans.

A chaque étape de l’élaboration de l’objet l’orfèvre recuit la pièce au chalumeau pour assouplir le métal.*

Francesco Tristano martèle toujours plus les métaux électroniques et à force de les refouler, les ciseler, les graver, les limer, les polir et les aviver, le sertissage du piano devient intéressant et sa réfringence devient splendide.

Pour ce troisième album, Francesco a utilisé des pierres plus dures. Et pour révéler les mille feux de ces beautés cristallines, il a su faire appel au meilleur des diamantaires, Carl Craig, au savoir-faire électronique impeccable de Detroit.

La taille du diamant sera effectuée par un diamantaire, en raison de sa dureté qui nécessite des techniques et un matériel appropriés.*

Le résultat est cette Idiosyncrasie digne des meilleurs glypticiens : de longs morceaux mélangeant gravure (Eastern Market), sculpture par abrasion (Wilson, Hello-Inner space Dub), intaille (Single and Doppio), camée (Idiosynkrasia), ronde-bosse (Frangrance de Fraga), haut et le bas-relief (Lastdays, Mambo). Seul reproche, dans un souci de satisfaire tous les clients, les morceaux restent un peu trop lisses dans l’ensemble. Chacun est beau et original, mais tous restent des bijoux.

Idiosynkrasia, Francesco Tristano. C’est écrit en toutes lettres sur la pochette du disque qui me fait face sur mon bureau. Le nom d’un orfèvre musical, que je me suis procuré chez le joaillier Infiné. Ce produit fini dans son écrin de carton, attend seulement qu’on le glisse dans une platine pour illustrer une vie pleine de rebondissements. Celle que vous voudrez lui faire vivre. A vos disques…

Sortie le 15 novembre

* Toutes les définitions en italique sont issues de www.cidj.com

PVT – Church with no magic

In des disques... on novembre 2, 2010 at 8:30

Groupe anglais / Rock électronique / Warp

Dans les courants de dénomination de groupes de musique, celui consistant à supprimer toutes les voyelles de son nom prend de l’ampleur. Ainsi on avait MSTRKRFT ou ChkChkChk, et Pivot est devenu PVT. Volonté de ne garder que l’essentiel ? La substantifique moelle de compositions sombres et envoutantes ?

Structure simple comme un feuillet de messe catholique

Une rythmique rock, des synthés qui font mugir l’électronique et une voix grave avec une réverb qui ajoute au côté mystique. Ici les chœurs ont laissé la place à des cris harmonieux, sortes d’incantations pour mieux entrer en communication avec les esprits. Mais quels esprits d’ailleurs ? Nos synapses tout simplement. PVT livre des ballades neuronales qui plongent l’auditeur dans une transe à la fois grave et joyeuse. La voix et la batterie vous guide, impossible de s’en défaire, les neurones de votre cerveau papillonnent de plaisir et votre hypothalamus s’en donne à cœur joie, délivrant endomorphines à tout va.

Album en Rosace de la Sainte Chapelle

Church with no magic est un disque qui vous entraine toujours plus loin dans une spirale envoutante. Simple curieux qui pénètre un lieu sacré dont la porte est fraternellement ouverte (Community), on se fait happer dans ces mélodies rock dont les motifs s’avèrent de plus en plus complexes à mesure que les titres défilent. Cela a beau être fascinant, il n’y a de spirituel que cette sensation délicieuse de s’élever soudain, comme si deux ailes avaient poussé de part et d’autre de notre colonne vertébrale. En fermant les yeux, c’est une mosaïque de sons, d’images mais aussi de sensations qui envahit chacun de nous. Pas de drogues, pas de d’ordres divins, chacun est libre d’éprouver ce qu’il veut, un lieu de culte personnel, façonné à l’image de chacun, sans écrans de fumée. Pas de magie mais l’honnêteté qu’on veut lui accorder, comme l’illustre la distorsion des rythmes sur Window, jeu de fenêtres en trompe-l’œil pendant lequel votre cerveau joue à cache-cache avec vos tympans, ne parvenant pas à remettre les images en face des sensations correspondantes..

De culturel à cultuel il n’y a qu’un pas.

Religion opium des peuples ? La musique de PVT est alors un culte sain auquel se vouer sans retenue. Splendide album démontrant qu’un changement d’appellation n’entraine pas systématiquement une altération de la qualité. Trois lettres au lieu de cinq, renforçant la parfaite trinité : le groupe, la musique… et vous.

LES BELLES HISTOIRES #5 : CHARLES PASI

In Les belles Histoires, des disques... on octobre 26, 2010 at 3:38

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un jeune homme qui aurait pu devenir un Justin Bieber. Ou un Justin Timberlake. Mais il s’appelait Charles alors il a fait autre chose. Mieux.

Charles est franco-italien. Et s’il a grandi à Paris, il a passé beaucoup de ses étés outre-Atlantique à écouter Miles Davis, Otis Redding, Ray Charles ou Bob Dylan qui ont forgé son identité. De la musique qui vient des tripes. Lorsqu’il commence la musique à 17 ans, Charles ne choisit pas une guitare électrique mais… un harmonica. Contre l’avis de tous, il suit son idée et prend des cours de chant et d’instrument. Après avoir rejoint un groupe de Gospel puis fait des études de musique en Italie, il décroche plusieurs tremplins et prix, écume les jam-sessions et, après avoir terminé finaliste de l’International Memphis Blues Festival en 2006, débute une tournée internationale (Etats-Unis, Canada, Russie, Hongrie, Benelux, Italie, Espagne…).

Si son premier opus était teinté de blues (Mainly Blue), le second est inclassable.

Incasable.

Affecté en dressant le constat que les jeunes générations n’ont plus de grand combat à mener comparé à leurs ainés sur Lost Generation ou lorsque la ville qu’il aime se désincarne un peu plus chaque jour (Old lady Paris), Charles Pasi a des textes souvent sombres mais dont les mélodies sont de couleurs diverses. Fougueux et enthousiastes, les arrangements sont un mélange d’influences funk, soul ou rock, à l’instar de Wild it up, titre franc comme un uppercut aux sonorités Red Hot Chili Peppers ou Rage Against the Machine.

Du haut de ses 27 ans, Charles nous parle aussi d’un temps que les moins de trente ans devraient apprendre à mieux connaitre. Un instrument pour les mélodies de vieux l’harmonica ? Pas lorsqu’on sait en truffer habilement l’ensemble des musiques actuelles, Charles Pasi en fait la démonstration grâce à ses invités. En particulier lorsqu’Archie Shepp, émérite pilier de l’afrocentrisme et du free-jazz (avec Cecil Taylor), joint son sax-ténor à l’harmonica et au reste du groupe.

Archie Shepp ? Oui oui vous avez bien lu, quand on veut on peut comme dirait l’autre. Il suffit de prendre son courage à deux mains et de composer le bon numéro sur son clavier numérique…

Des frissons vous parcourent l’échine pendant Farewell my love, douce rêverie au piano interrompue brutalement par une saillie de cuivres. Votre cœur tressaute sur Better with Butter, générosité à l’état brut qui vous fera déhancher aussi bien que sur un James Brown et vous donnera envie de revoir tout Bertolucci ou Ferreri. Le phrasé détonnant du saxophone mêlé à la voix charmeuse de Charles Pasi ne trahit à aucune seconde qu’un demi-siècle sépare les deux hommes.

« Un latin aux yeux ravageurs qui chante comme un noir américain et joue aussi bien des mélodies jazz que rock ? » Ne cherchez pas à cataloguer Charles Pasi, ce doux rêveur observe autant le passé que le présent pour mieux construire et comprendre le futur. Ecoutez, vous comprendrez.

Il était une fois Charles Pasi, qui livre avec Uncaged un témoignage poignant de ce que peut être la musique d’hier remise au goût du jour et habilement mélangée par un passionné d’aujourd’hui. Il vivait heureux avant et vivra aussi bien maintenant. Et toujours sans gomina.

Myspace chic

Charles Pasi – Uncaged / Believe

Episodes précédents

Les belles Histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles Histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Les belles Histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

Les belles Histoires #4 : LONELY FACTION

Episode à venir : Mondrian

SYD MATTERS – Brotherocean

In des disques... on octobre 21, 2010 at 2:01

Groupe parisien / Pop – Folk / Because

Deux ans qu’on était sans nouvelles de notre groupe favori de Paris. Il faut dire que la joyeuse troupe n’a pas chaumé en travaillant à divers projets parallèles (Chicros, Tahiti Boy and the Palmtree Family, My Girlfriend is Better than Yours…). Une manière d’autant plus efficace de vérifier que le projet Syd Matters n’y a pas perdu son identité.

Album aux sonorités un peu plus électroniques dès le second titre (Hi Life), Brotherocean contient cependant tous les ingrédients gagnants des opus précédents : chœurs, arpèges joués en boucle, piano hypnotique…

Syd Matters grandit et se construit peu à peu, sans rien renier, ainsi A Roberry reprend le thème de l’album précédent, clin d’œil bienvenu tant ces trois accords sont apaisants malgré leur mélancolie.

Parfois, la douleur vous prend au milieu de tous. Tout s’agite, la ville fourmille et vous restez comme paralysé, terrassé par l’incompréhension de l’inadéquation entre votre cerveau et votre corps. Vous êtes à la fois en terrain connu et complètement paumé. Vous êtes comme comme une roche au milieu d’un cours d’eau de montagne. What a strange feeling to be lost. River Sister pourrait être une allégorie à Virginia Woolf, entrer dans le cours d’eau pour tout oublier, à la fois profond désespoir du présent et puits sans fond de foi en l’avenir comme le souligne également Lost et Brotherocean.

L’autre talent de cette troupe de garçons est d’avoir un cœur plus pop que la majorité des filles. De grands rêveurs pas effrayés à l’idée de vous entraîner avec eux. We are invisible, grande balade pop nous entraine dans ces rêveries, on chevaucherait une licorne qu’on ne serait même pas étonné. Une sorte de « Tout devient possible ». On oublie un instant nos angoisses si récurrentes qu’elles nous font honte.

Par ses textes et mélopées, Syd Matters est la transcription musicale d’un massage du cuir chevelu : dénouer les tensions, les apprivoiser, les emporter ailleurs pour les laisser torturer les vilains de ce monde. L’espace d’un disque on respire profondément et l’espace d’un disque, ce n’est déjà pas si mal…

Jacques HIGELIN : les grands enfants n’ont pas de retraite

In des concerts... on octobre 13, 2010 at 10:17

En cette soirée fraîche, si une large partie du public avait manifesté toute la journée pour la sauvegarde des retraites, personne ne voyait de contradiction à venir applaudir Jacques Higelin, qui a pourtant bien atteint et dépassé l’âge de retraite revendiqué .

Coincé sur la route, Monsieur Higelin arrive enfin sur scène alors qu’on y croyait presque plus. Il suffit d’un mot de sa voix légèrement cassée pour que tout soit oublié, pardonné.

« On navigue à vue, on n’a pas fait de balances non plus »

L’artiste en costard noir et aux cheveux poivre-et-sel s’installe au piano, entamant ce concert comme le service des transports en commun du jour : le Minimum. Les lanternes qui entourent la scène sont autant de phares qui le guideront. Les placages de bois sculptés sous les autres instruments projettent autant de mosaïques que le ciel pourrait compter d’étoiles tombées du ciel ce soir là. Malgré quelques soucis liés à l’angoisse de jouer sans filet, sans balances, Higelin reprend son souffle – « Ne vous occupez pas de mes états d’âmes qui sont très contradictoires, je ne suis pas Michel Sardou je ne sais pas gérer les aléas du stress » – et nous emmène sans difficultés au Septième ciel.

Soudain conscient qu’il joue dans un théâtre, l’homme se mue en véritable bête de scène, singeant les artistes qui grattouillent des guitares sèches en interprétant des chansons mièvres et rébarbatives, ou racontant l’histoire rocambolesque et abracadabrante de Pamela Norton pendant un quart d’heure avant d’enchainer sur Mona Lisa Klaxon et Kyrie Eleison dans une version swing avec ses six compères qui tapent le bœuf.

« Las des chansons d’amour »

Son truc à lui ce sont les hyper-giga-mégastore, « les supermarchés sont la campagne des citadins » et de poser des bouteilles de Champagne sur des macchabés pour les refroidir.

A soixante-dix ans passés, Jacques Higelin possède une telle énergie qu’il est une parfaite illustration de la relativité de la vieillesse. On est d’abord vieux dans sa tête, si La jeunesse a besoin de sa ration d’aération, lui se contente d’attendre dans la salle d’attente de la gare de Nantes le retour du Printemps et prépare ses messages pour les marécages, Tenue du suaire obligatoire !

Lorsqu’après deux heures de show, le maestro salue une dernière fois, on aimerait pouvoir rester là à siffloter comme un enfant qui va ailleurs, qui va nulle part, mais demain la vie active nous attend, il faut bien que quelqu’un les paye ces cotisations retraites, on ne veut pas perdre nos idoles maintenant.

Cet article a été rédigé pour le Festi’Val de Marne

Photo : droits réservés

J’aurai aimé avoir l’occasion d’écrire un billet de ce genre avant le grand départ de Monsieur Bashung qui, avec Higelin et Dutronc, sont les piliers essentiels de ma culture musicale française personnelle. J’aurai aimé partagé ce concert avec mon père qui, dans le salon et la voiture, chantait Tombé du Ciel à tue-tête avec moi. J’aurai aimé serré ce Jacques là dans mes bras. Pas grave, ça viendra. Les grands enfants n’ont pas de retraite, ils partent avant d’en arriver là.

ARNO, à la tienne ?

In Ce qui m'énerve on octobre 11, 2010 at 9:23

Mais qui donc aura le courage, l’honnêteté et la grandeur d’âme de laisser descendre Arno de scène ?

En deux mois, voilà deux fois qu’on croise l’artiste belge dans des festivals parisiens. Deux fois que l’homme émeut aux larmes par tant de souffrances. Ivre mort à ne plus pouvoir articuler, à ne plus savoir tenir sur ses jambes, il est un pantin désarticulé en plein délire éthylique. Tic Tac, tangue à gauche et à droite sans la régularité d’un métronome.

Deux spectacles rigoureusement identiques à deux mois d’intervalle. Les mêmes cymbales envoyées par terre à quarante secondes de la fin du morceau, les mêmes plaisanteries sur sa famille – lorsqu’il arrive encore à les déchiffrer sur le pupitre où trônent ses antisèches ou lorsqu’il parvint à articuler chacune des syllabes. La première fois on peut penser que l’homme est engagé, laisse sa rage sourdre comme un marin défiant un tsunami dans le port d’Amsterdam. La seconde prestation laisse comprendre que l’artiste n’est même plus suffisamment maître de lui-même pour réussir à tenir une prestation d’un bout à l’autre, qu’il lui faut des béquilles pour lui rappeler qu’il doit jouer l’insoumis.

Difficile de définir si la scène le tient ou le tue… Néanmoins, à l’écoute de son dernier disque bon à jeter pour moitié et en voyant ces yeux bouffis d’alcool et ce corps malade qui tressaute, on ne peut que compatir et espérer que ses souffrances seront bientôt abrégées, qu’Arno pourra bientôt caresser l’espoir de profiter de la vie comme il l’entend, jusqu’au cou dans la boisson s’il le désire mais sans devoir conserver des apparences, sans se fondre dans un moule ridicule et pathétique.

A vot’ santé Messieurs Dam’…

Crédit photo © Ben Callens

SERGE : nouvelle presse musicale ?

In Ce que je lis on octobre 8, 2010 at 8:30

Dirigé par Didier Varrod et Patrice Bardot, on nous en rabattait les oreilles depuis un moment. Serge est enfin arrivé. Comme le messie, il doit incarner un renouveau de la presse musicale.

Y’a du boulot.

En somme ils ont une large marge de manœuvre pour faire mieux ou moins pire que le reste des magazines. Alors c’est parti, on tend un billet bleu-gris au kiosquier, on rentre à la maison et on décide de dévorer l’animal au petit matin.

A la vue de la couverture Noir-blanc-jaune mettant en avant Camélia Jordana on pâlit autant que le papier glacé : se seraient-ils payé notre tête ? Ne regardant pas la télévision, je ne connais le nom de Camélia Jordana que pour une mauvaise raison : elle m’irrite les yeux assez régulièrement en faisant la une de journaux racoleurs, affublée d’un macaron Nouvelle Star dont je n’ai cure. Un magazine vantant les sous-produits de la déchéance musicale française, ce n’est pas comme si on en manquait.

Second titre ? Zazie, c’est encore pire. Puis Beth Ditto, pourquoi pas ; Alain Chamfort, on craint le pire ; Jeanne Cherhal, on l’a déjà assaisonnée (cf. chronique) ; Alex Baupain, il va encore nous saouler avec ses navrantes chansons d’amour ; Damien Saez et Raphael, on respecte les hommes sans estimer leur musique…

Donc c’est très mal barré.

Et pourtant. Il suffit de lire le sommaire pour se dire que plein de bonnes choses nous attendent : Dominique A, Arnaud Fleurent-Didier Jacques Higelin, Brune ou Bertrand Belin sont là aussi. Même Joe Dassin dis donc.

Serge, c’est évidemment Gainsbourg, comme le souligne l’édito cosigné des deux rédac-chefs. C’est aussi toute l’esthétique qui va avec. Les pantalons cigarettes, les petites ballerines Repetto, l’eau qui sent bon le frais, la sueur et le mâle musqué. Entre littérature soutenue (esthétique rédactionnelle) et magazine à feuilleter au comptoir (mise en page et choix des publicités), aussi raffiné (Bertrand Belin) qu’accessible (Zazie), autant populaire (par la pluralité des artistes traités ici) qu’élitiste (par les quelques artistes qui appartiennent à des niches musicales restreintes).

A la lecture ce Serge se révèle être une véritable popeline. C’est doux, soigné, chic, intelligent, intéressant, concis… et remarquablement humble malgré tout. Les collaborateurs sont dans l’ensemble plutôt dotés de capacités rédactionnelles et photographiques à la hauteur de ce qu’on attendait. Les articles signés Morel ou Varrod sont particulièrement émouvants. Il y a maintenant quelques mois, France Inter sombrait lamentablement du fait d’une grille au rabais et de choix de licenciements navrants (cf. chronique). Avec ce revirement d’antenne, une partie de son âme s’en est allée. Les articles de Serge respirent ce côté perdu. Lorsqu’on lit Serge et qu’on aime le média radiophonique, on entend ces voix. Elles nous parlent, nous bercent, nous consolent, nous font rire. Plonger une heure dans Serge, c’est entendre une heure une radio disparue (qui reviendra peut-être au prochain remaniement d’antenne qui sait ?).

Et il y a surtout ce pari un peu fou qu’il faut remporter : Sers-je ? Ce bimensuel apporte t’il quoi que ce soit dans le panel de lectures musicales proposées aux kiosques ? Dès la première chronique, François Morel s’occupe de mener bataille pour y veiller. La presse musicale ne doit pas se résumer à un galimatias vernaculaire, pas plus qu’être un réquisitoire Hugolien. La chanson française dont il est question ici n’a jamais été faite pour être décortiquée et étudiée par la lorgnette mais bien pour évoquer des histoires dès les premiers accords. Et le traitement des artistes s’y plie parfaitement. Jeanne Cherhal est réduite à l’expression de son réfrigérateur, Arno est invité à parler de bouffe plutôt que de son dernier (très inégal) opus, Higelin entame un blind-test, Dominique A couche quelques souvenirs de tournée. Il y a un côté réhabilitation de jeux désuets. Et l’attitude et le vocabulaire qui vont avec. Polisson avec Chamfort au pieu, futile avec les objets fétiches de Tété, drôle avec l’horoscope musical de Madame Bréguet… Sans langue de bois ni logiques économiques de copinages ? Cela reste à démontrer sur plusieurs numéros mais on semble loin des accords publi-communiqués des Inrocks ou R&F.

Serge, prénom rétro un brin vieillot. A lire en société autant que dans le métro. Bienvenue et longue vie l’ami.

www.sergemagazine.fr

BERTRAND BELIN – Hypernuit

In des disques... on septembre 29, 2010 at 9:31

Chanteur français / Folk – Chanson / Cinq7

Après avoir fait saliver plusieurs mois sur sa mini-prestation en première partie de Dominique A, le disque de Bertrand Belin était probablement l’un des plus attendus de l’année. Hyper-clean, Hyper-classe, Hyper-beau.

Il a toujours été difficile de chroniquer des disques de chansons française, pour la simple raison que sa première qualité de cette dernière se doit d’être une musique immédiate, sans arrière pensée, dont on ne se défait pas facilement, rarement en pouvant l’expliquer. Ainsi on ne perçoit pas immédiatement la puissance musicale d’un Nougaro, Souchon, Higelin, de certains Joe Dassin, ou plus récemment d’Arnaud Fleurant-Didier, Biolay ou Bertrand Belin. Encore un B.B. !

Comment ne pas succomber aux charmes de textes combinant si habilement chic, beauté et poésie, orchestrés guitare-piano d’une main de maître. A l’instar de Tout a changé, morceau calme au texte qui évolue virgule par virgule pour devenir un autre (Te revoilà / Te revoir là / On ne dit pas ces choses à ceux qui sont restés – ici – Tout a changé/), l’opus de Bertrand Belin s’écoute d’une traite. On se laisse porter par les rythmes aussi entrainants qu’apaisants qui rappellent les grandes heures de J-L Murat mais surtout de Manset.

On accorderait n’importe quelle faveur à cette voix grave en qui on a confiance. On est ce Petit Chaperon Rouge qui avait le sommeil plein de loups Avant les forêts, qui refourgue la peur à d’autre, comme hypnotisé par cette douce voix caverneuse. Petit être fragile et sauvage, réfugié dans les replis confortables de ses souvenirs, Bertrand Belin s’immisce doucement et habilement, jure qu’avant le soir il [nous aura] touché la main et qu’[on] en reviendra pas. Et ça fonctionne parfaitement. On l’adopte sans concession.

Par-dessus tout, cet album est un parfait équilibre entre raffinement et immédiateté, classe et popularité, complexité et simplicité. On ne sait à la fois rien expliquer et tout expliciter, c’est d’ailleurs la vocation première de la chanson française : personne ne sait pourquoi on continue de fredonner Aux Champs Elysées en descendant la grande avenue ni ce qui nous pousse à avoir Brandt Rapsodie dans le crâne lorsqu’on fait le point sur sa relation amoureuse, mais quelle que soit l’opinion qu’on ait des interprètes de ces titres, on continue de les avoir dans le crâne…

Pas la peine de s’étendre plus sur ce disque qui a fait l’unanimité de la critique, chose suffisamment rare pour qu’on y prête attention. Enfin un disque de l’année pour la Chanson Française dont les lettres de noblesses sont trop souvent trainées dans la boue. Et par la même occasion, un redressement de la qualité des productions vraiment trop plates de ce label ces derniers temps. Sublime.

A lire aussi, des très belles parlotes chez PlaylistSociety et Arbobo

LES PETITS MOUCHOIRS – Guillaume Canet

In des films... on septembre 28, 2010 at 8:30

Drame pathétique / Réalisateur français / 2010

Jamais deux sans trois… rarement pour le meilleur, souvent pour le pire. Voilà comment on pourrait sobrement résumer le troisième long métrage commis par celui qu’on prenait pour l’un des meilleurs espoirs de réalisateurs français de sa génération.

Avoir subit un traumatisme est une chose, l’infliger à tous et mal le retranscrire en est une autre. Pour Les Petits Mouchoirs, Guillaume Canet fait ni plus ni moins une thérapie, de celles qui doivent rester sur un divan, couvertes par le secret professionnel. Le réalisateur présent à la séance ayant expressément demandé à ce qu’on ne divulgue ni le début ni la fin du film, nous ne pourrons pas nous étendre sur la pauvreté du scénario, entre Camping 2 et les téléfilms de bons gros sentiments dignes de TF1. Les plans maladroits et fatiguants n’aident pas à camoufler les lacunes de textes qui manquent de rebond.

Autre écueil sur lequel il va sérieusement falloir réfléchir pour son auteur : le choix des acteurs. En particulier, convoquer

« Madame OuinOuin » aka « sa gonzesse qu’il ferait bien de quitter car elle le phagocyte de larmitude » aka « Marion Cotillard » est la pire idée qu’il pouvait avoir. Déjà ridicule au naturel, elle se complait dans un rôle de victime pathétique de la vie, enfant pourrie gâtée incapable de donner. Le reste des acteurs fait ce qu’il peut, tentant de donner vie à des discours plus affligeant de banalité et de trivialité homophobe les uns que les autres. Le seul à qui l’on pourrait éventuellement tout passer reste Joël Dupuch, parce qu’il n’est pas acteur mais ostréiculteur et s’en sort de ce fait plutôt bien. Miser sur sa bande de potes pour tenir le film ne suffit pas. Et d’ailleurs, de véritables amis auraient alerté G. Canet sur la pauvreté de son film plutôt que de le laisser aller se faire ridiculiser auprès de tous sauf des beaufs à gros sabots (qui certes sont nombreux et permettent de gagner un maximum de pognon, mais n’apportent aucune satisfaction en terme d’émulation intellectuelle).

La scène la plus éprouvante est probablement la dernière, elle sonne faux, s’étend en d’interminables longueurs puantes de bons sentiments mais retranscrits et donne envie de hurler au scandale (encore une fois nous ne pouvons pas vous dévoiler de quoi il s’agit, si vous voulez assister au naufrage, dépensez donc vos économies).

La morale pesante de cette histoire est du niveau des cours de récréation :  « Si tu pleures pas, ben t’es insensible et le jour où tu vivras cette situation, ben tu te souviendras de mon film et tu verras que j’ai raison ». C’est à vomir. Sobrement, j’ai vécu pire que sa situation de starlette nombriliste et en voyant son film, j’ai eu envie non pas de pleurer mais de cracher à la gueule du réalisateur tant c’est ulcérant de pathos larmoyant.

 

Il y a fort à parier que cette rature de 2h30 ravira les foules. Malheureusement, gageons que Les Petits Mouchoirs ne seront qu’une parenthèse dans sa carrière. Sinon il ne restera plus qu’à espérer que le prochain film de Gilles Lelouche ne tombera pas dans une telle médiocrité. Et G. Canet peut retourner en analyse en prime tant il est évident qu’il n’a rien réglé…

A lire aussi, la chronique tout aussi élogieuse de Rob Gordon

EDWYN COLLINS – Losing sleep

In des disques... on septembre 27, 2010 at 8:30

Artiste écossais / rock / Heavenly – Cooperative Music

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, il faut s’y faire. Et tant mieux d’ailleurs sinon on s’ennuierait probablement beaucoup trop. Edwyn Collins a côtoyé la mort ces dernières années. Un flirt poussé qui ne laisse à la mort que l’alternative d’une crise existentielle. Une remise en question complète de soi, ses choix, ses buts.

- Faire le bilan pour mieux repartir -

I’m losing sleep – I’m losing dignity and it’s guetting me down / Sometimes I wonder what is my role / Half way down to the underground – and I’m bored so bored – I’m not sure what to do what to say – where my heart is, where I’m gone where I’m going / Let me find out who I am, let me live and let me dream /

Noiceur du cœur, sombre énergie qui vous change petit à petit en étranger à vous-même, le miroir ne veut plus vous reconnaitre, vos musclent sont en pilotage automatique.

- Lever le pommeau de douche/ savonner/ actionner la machine à café/ glisser la pastille de magnésium dans votre verre/ fermer la porte à clé/ tapoter sur votre clavier pour boucler ce foutu rapport/ éteindre la lampe de chevet.-

Et soudain, le bras qui se tend, qui vient de là où on ne l’attend jamais. De ceux qui vous ceinturent, comme ce qui retient votre vie au volant du bolide sans freins qu’est devenu votre quotidien. Vos amis en général vous ont lâchement ou timidement laissé de côté mais ces presque inconnus dont vous n’attendiez rien ou pas grand-chose sont là eux, n’attendant rien d’autre que de voir un sourire ensoleiller votre visage.

I can see it in the way you walk / Come today come tomorow – no more tears / The politics of life are obscure and you wanna go I’ll let you go / I still believe in You but it’s okay just hear the voices riding round your place /

- Respirer/ regarder les vagues sous le crachin pendant des heures depuis les remparts/ S’abrutir de films stupides et en lister goguenard tous les défauts/ Dormir/ Déguster un plateau d’huitres en se foutant de penser à partager.-

Some day soon I’ll find a new place, back to the country the cynic life / When I’m older when I’m wiser Over the Hill / and I try to comprehend the forth the fears I’m willing to except the good that is near / Some sweet day we’ll get it in the end and I’ll always be lucky in my life /The simple life, the simple choice.

Revenir à la vie peut se faire de plusieurs façons, la musique en est un vecteur efficace. Rien ne pouvait faire plus plaisir d’entendre à nouveau Edwyn Collins, sa poésie, ses mélodies désuètes qui n’ont pas pris une ride, ses accords de guitares limite ringards qui vous font tomber amoureux du moindre clin d’œil du quotidien.

Le rock à la papa truffé de procédés actuels qui vous entraine pour ne plus vous lâcher, une étreinte sans fins ni fin.

Je dédie cette chronique et cette pochette pleine d’oiseaux à de belles personnes rencontrées de la manière la moins naturelle du monde, sur Twitter. Elles se reconnaitront, merci.

PAUPIETTE #3 : l’écologie

In Ce qui m'énerve on septembre 26, 2010 at 5:30

Vous rêviez d’être l’héritier Bettencourt ? Bonne nouvelle, j’ai trouvé pour vous…

Maison équipée dernier cri des technologies d’économie d’énergie. Bienvenue chez Paupiette.

Si vous êtes attentifs, je vous ai déjà parlé d’une belle maison à venir occuper dans le sud de la France et d’un vaste appartement parisien où pourraient loger 200 sans-papiers.

Ce sont les habitats naturels de la Paupiette.

Naturel ne veut pas dire bio. Paupiette ne comprend qu’une chose au « bio » : c’est trop cher. Pourquoi dépenser plus cher pour des pêches plus petites ou des melons qui ont du goût ?

La maison de Paupiette se trouve au milieu d’un splendide village agricole. Primeurs, cavistes, il y a tout à cinq minutes à pied. Quatre minutes pour atteindre le portail de la propriété, une minute pour traverser la rue, dire bonjour à la dame et se servir en fruits sans traitements, cueillis le matin même. Non, au lieu d’aller au village, Paupiette préfère sortir son gros 4×4 Nissan Patrol et faire douze kilomètres pour aller acheter des fruits et légumes importés… de Chine et d’Allemagne. Paupiette trouve que les fruits qui viennent de là-bas se gardent mieux. Paupiette n’a pas compris qu’ils ne sont pas mûrs et sont bourrés de pesticides, donc personne ne les mange à la maison et ils restent effectivement dans le cageot beaucoup plus longtemps.

Paupiette a un moyen de transport favori : la bagnole. Elle adoooore son 4×4, ça a été l’une des premières parisiennes à en faire l’acquisition, il y a une quinzaine d’années. Perchée dans son camion, elle domine tous ces petits hommes faibles et insignifiants, les insultant à loisir, bien à l’abri derrière son pare-buffle. Paupiette ne s’est jamais rendue compte que ses petits-enfants ne sont  malades que dans une seule voiture, la sienne. Pourtant la gamine a sacrément le pied marin. Paupiette n’a pas compris que ce qui rend bileux ses passagers, ce sont ses considérations misanthropes mélangées à l’odeur insoutenable de diesel et l’absence de confort qui y règnent.

En revanche il y a un domaine environnemental où Paupiette est super à la pointe : les économies d’énergie. Un peu trop peut-être. Tous ses appareils électroménagers sont A++, le top du top. Et lorsqu’elle part en vacances, Paupiette débranche tout… sauf qu’elle ne vide pas le réfrigérateur ni le congélateur. On vous laisse imaginer l’odeur… Paupiette n’a pas l’air de trouver cela gênant. Elle se rend malade régulièrement en avalant des mets avariés et se plaint de maux de ventres. Paupiette ne se fait pas soigner pour son ventre car les médicaments ne sont pas assez remboursés.

Pas question de laisser brûler l’électricité. Sortez d’une pièce plus d’une minute, elle sera passée éteindre derrière vous. Toutes ses ampoules sont basse-consommation de mauvaise qualité. Alors certes elles n’éclairent rien,  Paupiette se plaint de maux de tête et de mal voir, mais au moins, ça ne lui coûte rien. Paupiette ne se fait pas soigner pour ses yeux car c’est la mutuelle qui le prend en charge, elle ne juge pas intelligent de dépenser de l’argent pour une mutuelle.

Il y a quelques mois, la petite-fille de Paupiette a pris ses fonctions dans un nouveau poste. Avant elle travaillait dans le développement de nouveaux schémas de gestion des déchets, Paupiette pensait que sa petite-fille avait fait un BAC+5 pour être éboueur. Et encore une fois, pour ce nouveau poste, Paupiette n’a pas compris ce qu’elle fait exactement. C’est normal : sa petite-fille travaille à la préservation des ressources en eau, promeut l’agriculture bio et… n’a pas de permis de conduire.

Ahem.

Paupiette est ma grand-mère. Je n’ai jamais réussi à l’appeler autrement. Désormais lorsque vous verrez passer un gros 4×4 à Paris, si c’est une femme septuagénaire au volant, rangez-vous sur le bas côté : Paupiette n’a pas de lunettes.

Episodes précédents :

Le concept de race

La ruine

Les Belles Histoires #4 : LONELY FACTION

In Les belles Histoires on septembre 22, 2010 at 10:17

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un groupe parisien très doué en pop/folk et émouvant jusqu’au fond du ventre qui s’appelait Syd Matters. Ils étaient si agréables à écouter qu’on en avait oublié de s’intéresser aux autres musiciens qui racontaient aussi le même genre de balades un poil mélancolique et qui, lorsque vous êtes au fond d’un abysse de désespoir et de désarroi, sont comme ces poissons pilotes qui vous ramènent à la surface.

Cette faction perdue pour âmes esseulées travaille d’arrache-pied à la sauvegarde de la culture musicale et de ceux qui en parlent. La Lonely Faction est venu me chercher une fois, pour que j’écoute ce disque. La Lonely Faction est venue me chercher deux fois, pour vérifier que j’étais encore vivante. La Lonely Faction est venue me chercher trois fois pour me tendre la main, me mettre les pieds sur un trampoline et me catapulter haut, très haut, tout là-haut dans le ciel qui devrait étoiler toutes mes nuits. Ils ont botté en touche mes idées noires, ont raccompagné poliment à la porte mes angoisses et se sont occupés de calmer mes nerfs à vif.

D’autant qu’ils sont bourrés d’humour ces pilotes. Ainsi Cliché Song est parfaite à réécouter deux cent fois en boucle en rêvant de son aimé(e). Prophecies est une splendide berceuse pour narcoleptique, lorsque vous vous retrouvez éveillé à 4h du matin sans retrouver le sommeil, elle agit comme ce bras prévenant dans lequel se lover.

A présent la Lonely Faction peut constater le résultat et être fière d’elle : j’en dis tout le bien que j’en pense. Un album doux comme la soie où les guitares et les carillons mêlées aux voix vous font instantanément plus d’effet que les meilleurs anxiolytiques, The chaos is being alone.

 

Il était une fois Adrien G. aka Lonely Faction, qui gagne à être connu pour ses vertus thérapeutiques naturelles, illustration de cette musique qui adoucie les mœurs.

Lonely Faction – Quiet Choirs

en téléchargement sur http://lonelyfaction.free.fr/

 

Episodes précédents

Les belles histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Les belles histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

FLUIDE GLACIAL #4 : Les Inrocks

In Fluide Glacial on septembre 20, 2010 at 11:18

Un mardi soir, le théâtre du Chatelet entièrement réservé pour fêter le lancement de la nouvelle formule des Inrockuptibles. Ze plèce tou bi pour tout ce que Paris compte de branchouillé zique/mode/téloche.

Et où je me suis royalement ennuyée à mourir (ce qui reste un euphémisme énoncé poliment).

Donc j’attrape un exemplaire du mag en question et je rentre bien au chaud en prenant soin d’écraser quelques pieds avec mes talons de 12 (gniark). Et je commence ma lecture le lendemain, fraîche comme la rosée – étant donné qu’il n’était même pas possible d’avoir un verre de Perrier à leur open-bar.

La charte graphique a été revue pour l’occasion. Pas vraiment à leur honneur d’ailleurs. Cet orange Modem est insupportable, il pique les yeux et hypnotise. Avoir l’impression d’être restée ché-per sous acide à sept heure du mat’ j’aime très moyen. A l’intérieur cette nouvelle mode de laisser sortir le texte des cadres colorés structurant la page est parfaitement ridicule, d’autant plus qu’il aurait au moins fallu justifier le texte pour l’occasion, histoire de ne pas laisser croire à un oubli de mise en page… Quand à la couv’ sur le Brésil, alors même que le Monde Diplo’ vient également de le faire, je n’aime pas l’idée pataude du nouveau propriétaire d’imposer sa marque.

Ouverture de la chose. Ours long comme le bras pour pas grand-chose, ce qui saute aux yeux est évidemment le manque de femmes dans l’équipe. Elles restent reléguées aux postes de « secrétaire de bureau docile » ou « graphiste à exploiter au maximum ». Au mieux, on leur a confié la rubrique « News », qu’on pourrait directement rebaptiser « Articles riquiquis ne laissant pas place au développement structuré qui risquerait de laisser apparaitre des qualités rédactionnelles et d’analyse ». Ainsi le papier sur le mouvement de prise de stup’ chez les jeunes marins aurait mérité deux pages alors que cette connerie d’article vide de contenu sur Twitter (une page pour ne rien dire, ne rien analyser, citer ses copains et oublier de conclure) ne devait pas même figurer dans les brèves de comptoir.

Que dire des dossiers sinon qu’ils sont rédigés à la va-vite, déjà lus sur le web et esthétiquement rebutants ?

Côté promo, les magazines féminins peuvent en prendre de la graine : Un tiers des pages (46/146) est de la publicité.

La partie cinéma reste intéressante, même si leur hommage à Chabrol donne la nausée (préférez l’article du Monde sur le sujet). L’éclat de rire final allant tout de même à la rubrique musique où l’on trouve maintenant des notations des disques… Ces mêmes Inrocks qui se foutaient de la gueule des blogs parce qu’ils se permettaient parfois de noter des disques… Haha.

Toujours ces mêmes Inrocks voudront bien nous expliquer en quoi Monarchy est le nouveau groupe fétiche des blogueurs étant donné que j’ai découvert leur existence avec ce (mauvais) article et n’ai jamais vu passer un seul mot à leur sujet sur la toile.

Il y a quelques mois, Musique Info Hebdo a choisi de synthétiser ma vision de la presse musicale d’un « Lorsqu’on ne trouve plus de plaisir à lire ce qui existe, on commence à écrire soi-même »… Ca ne m’étonnerait pas de m’être aussi mal exprimée vu que mes idées sont aussi limpides pour moi qu’une flaque de mazout. Je préciserais simplement que, dans le cas des Inrocks, ce n’est pas loin d’être la vérité. Déguiser son journal en organe du Nouveau Centre (ah non pardon le Modem, mais d’ailleurs c’est quoi la couleur du Nouveau Centre ? peu importe… même combat, d’où cette confusion abstraite et volontaire) n’a jamais permis de camoufler son absence d’intérêt.

Episodes précédents :

Fluide Glacial #1 : Alison Mosshart (par Mr Olivier)

Fluide Glacial #2 : Edith Piaf (par Catnatt)

Fluide Glacial #3 : U2 (par Sand)


LAISSEZ CAUSER LES P’TITS PAPIERS : Top exclusif des Attachés Web

In Ce qui m'amuse on septembre 16, 2010 at 9:57

Il y a quelques mois, je me penchais sur les relations d’un nouveau genre existant entre les blogueurs et les attachés des médias web. Ces liens ne sont ni professionnels, ni forcément amicaux, mais ils sont puissants.

Composante essentielle de ces « rapports humains » virtuels, la correspondance doit être soignée.

En effet, le blogueur n’étant pas professionnel, il reçoit la plupart du temps les disques directement chez lui. Cela implique dès lors une forte relation de confiance entre les deux partis de cette relation. Après un premier contact par mail relevant de la séance de séduction (il ne s’agit d’obtenir un simple 06 mais l’adresse privée de la personne, c’est encore plus difficile !), le courrier de l’attaché web se doit d’être accompagné d’un petit mot qui donnera au blogueur envie d’aller plus loin, de placer les nouveaux disques reçus en haut de la pile et non tout en bas.

Dans ce domaine plus qu’ailleurs, on assiste à une véritable valse des postes et attributions. Chaque détail compte et à ce petit jeu, certains sont très forts. D’autres sont si rusés qu’on peut y laisser ses sentiments se tromper. Petit tour des meilleures petites attentions, avec une remontée en flèche de la gente féminine.

Un bon kamikaze se saborde jusqu’au bout, nouveau classement avec les bons ET les moins bons (puisque ça a été réclamé à corps et à cris). Et comme d’habitude, plus inutile et subjectif que jamais.

Hall of Fame (cf. Les Rappeurs Roumains)

Virginie Freslon (Modulor), Virginie Pargny (BBMix), Dali Z (Clapping Music), Marie et Vianney (Disc Over), Stéphane Muraire (3e Bureau)


Prix d’interprétations

Jennifer Havet (Discograph) : LA star internationale ! Lorsque vous lisez son petit mot, vous voyez son sourire et le clin d’œil qui va souvent avec. Meilleur petit mot de l’année (à propos des albums de PVT et F. Tristano) : « MIAM MIAM ! Bises, A très vite, Jennifer » Simple mais il fallait y penser ! Et en plus elle arrive à se planter d’adresse quand elle vous envoie le paquet et ça arrive quand même <3

Anthony Audebert (Barclay) : La remontée fulgurante. Il apprend très vite ! De rien on passe à tout. Le petit mot soigné, le trait d’humour, la pression relative, les paquets splendides (même s’ils ne sont pas toujours audibles) : « Ma chère Mauve, si un jour prochain je viens te demander si je t’ai bien envoyé ce présent, on mettra cela sur le compte de l’alcool… D’ici là bonne écoute de ce disque qui sortira le 27 septembre. Anthony »

Meilleurs seconds rôles

Virginie Dulorme (Believe) : La plus mathématique. Tous ses petits mots ont presque rigoureusement le même nombre de mots ! Parfois sans carte mais griffonné tel un autographe sur un coin de bio qu’elle sait que je ne lirai pas.

Loïc Suty (Wagram) : La référence soignée. Le format parfait des petites cartes (10/7), le style direct et sans langue de bois, pro tout en étant très affectueux.

(Des deux côtés de la balance, ils sont bien placés pour savoir comment mieux appréhender le sujet)

Meilleur espoir masculin : Thomas H (Infiné / La Tuerie)

Meilleure espoir féminin : Pauline L. (PIAS / We PoP)

Sont excusées

Audrey Vauvillier (EMI) qui n’a plus à envoyer de courrier, Lucie Chérubin (Mercury) et Coralie Kerbellec (Polydor) qui ne peuvent pas (ou presque) m’envoyer de disques dans un souci de développement durable (N’ayant aucune affinité avec ces disques, tout termine à la poubelle, mais leurs mails restent soignés).

Ont perdu le Mojo

Michael Turbot (Coop Music) et Julien Marquant (EMI) endormis sur leurs lauriers mais encore capables du meilleur quand ils s’en donnent la peine ;

Damien Capitan (EMI) le maître des petits mots a retourné sa veste (toujours du bon côté ?).

Et voilà, du grand n’importe quoi comme d’habitude… mais c’est aussi ça d’être insolente et futile. Une manière de dire merci à ces « humains » là, que l’on fréquente beaucoup numériquement, moins réellement. Prochain Top ? Aucune idée !

Les larmes de la jungle

In Ce qui m'énerve, des films... on septembre 15, 2010 at 8:30

© Patrick Rouxel - Green

GREEN – Patrick Rouxel / Film documentaire muet / 2009

Victimes collatérales de la déforestation, les orangs-outangs d’Indonésie pleurent dans Green, documentaire agile de Patrick Rouxel.
2010 année de la biodiversité… Le message est matraqué partout, à longueur de journée et les communes ne cessent de multiplier les fêtes des jardins et autres forums des bio (-diversité, -dynamique, -logique…). Mais, si chaque français est incité à prendre conscience que les papillons et les abeilles de nos jardins se font plus rares alors qu’ils sont essentiels, le thème de la destruction des forêts primaires et de la diversité floristique et faunistique est volontiers passé sous silence.  Six mois sur douze, le documentariste Patrick Rouxel arpente en solitaire les forêts vierges. Green, sorti en décembre 2009 et toujours projeté en festivals, est son quatrième film.

Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle et avec, leur richesse écologique. Les hectares disparaissent pour laisser place à des exploitations de palmeraies qui serviront à alimenter le monde en huile (25% de la consommation mondiale d’huile*), cosmétiques ou encore les agro-carburants.

Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle. Les hectares laissent place à des palmeraies alimentant 25% de la consommation mondiale d’huile, mais aussi l’industrie cosmétique ou les agro-carburants. Parmi les nombreuses victimes, les grands singes, dont l’orang-outan, qui partage avec l’homme 97% de son génome. Son espace vital se réduit comme peau de chagrin, alors le singe affamé sort de la forêt pour manger les jeunes pousses de palmiers. Dans le meilleur des cas, il est recueilli à temps par les associations environnementales. Mais, très souvent, il est vendu ou tué au gré d’un trafic international inadmissible : attaché à des fils de fer, confiné dans des cages trop petites. Pour chaque spécimen capturé, on estime que dix ont perdu la vie.

« Bornéo, un pré mal tondu »

Green, qui donne son titre au documentaire, est une femelle sauvage sauvée in extremis. Sous perfusion, elle git sur la paillasse d’un refuge indonésien et n’a d’autre choix que de rassembler les derniers souvenirs d’habitat naturel qu’il lui reste. Son regard hagard rappelle celui du réalisateur. Patrick Rouxel a grandi en Malaisie. Il a constaté les méfaits de la surexploitation forestière : « Bornéo, c’est déprimant : quand tu la survoles, on dirait un pré mal tondu, y a plus que des touffes d’arbres. ». Green est son témoignage, un acte citoyen. « Le jour où l’homme perd ses forêts tropicales, ses éléphants, ses orangs-outangs, c’est le début de la fin. » Pas de dénonciations ou d’accusations simplistes, les problématiques liées à la disparition des forêts primaires sont complexes, impliquant des logiques économiques allant bien au-delà de la politique des pays où elles se trouvent. En guise de bande-son, pas de discours larmoyant, mais des chants d’animaux, de la musique classique (qui, dit-on, adoucir les mœurs…).

Après avoir raflé une quinzaine de prix, Green est sélectionné pour la finale du Festival Wildsreen (GB) en octobre 2010. « Ca me fait très plaisir de voir que j’arrive à faire pleurer dans le monde entier. » Un nouveau film , Alma, devrait sortir d’ici décembre, portant cette fois sur les enjeux de l’élevage bovin lié à la forêt amazonienne. Gageons que se multiplieront ces témoignages, criants de vérité et d’honnêteté, contrairement à un travers récurent des réalisateurs faisant de l’environnement un marché lacrymal à but lucratif.

D’ici là, Patrick Rouxel est au fin fond du Gabon, sans moyen de communication, en immersion complète. Avec des gorilles.

www.greenthefilm.com

* : Si 90% de l’industrie agro-alimentaire a recours à l’huile de palme, il est encore possible de ne pas en consommer. A chacun d’agir pour sa santé mentale et physique.

Mise à jour 22/10/2010 : Immense satisfaction de voir Green rafler le Panda D’Or du Wildscreen Festival. Alma devrait sortir d’ici quelques mois.

CASA NOSTRA #3 @ REX Club : Spitzer

In des concerts... on septembre 13, 2010 at 2:20

Electro / label français / 11/09/2010

Inutile de continuer de présenter Infiné, pas besoin non plus d’insister sur la qualité générale de programmation du REX Club. Au menu ce soir là, deux Spitzer et un Agoria remontés à bloc après la prestation éprouvante d’un Instra:Mental dont on se serait volontiers passé.

Pas question d’être gentille, le Rex est exigeant avec sa programmation, Infiné est un label pointu et sélectif, Instra:Mental était une erreur de casting qui n’a pas réussi à faire fuir la clientèle pour la seule raison que l’amour qu’on portait aux artistes ce soir là dépassait la simple jouissance auditive. C’est écrit, pas la peine de s’étendre sur un homme resté coincé dans les années 90, imposant un set jungle et disco-crade provoquant horripilation, sans tenir compte du public qui pourtant avait largement déserté le dancefloor et s’essayait à quelques huées.

Les Spitzer risquaient gros. Accueillis par une ovation de la salle, ils se devaient d’être non seulement bons pour relever le niveau, mais  aussi d’être excellents dans leur set pour ne pas décevoir. Attaquant d’emblée par l’un des plus beaux remixes d’Aufgang (déjà présent sur l’EP Sonar), les frères à la ressemblance gémellaire sont parvenus à se débarrasser d’un problème technique pour enflammer la salle et remplir à nouveau la piste étoilée. Boucles rondes et soyeuses, on écoute un bon Bourgogne, se laissant enivrer sans retenue après l’insoutenable attente. Les samples se font soudain plus rêches, les pieds charpentés, la synchronisation des têtes et des mains des électroniciens est quasi parfaite, forçant le respect, une vague de chaleur s’empare de l’assistance comme un vin argentin. L’heure et demi s’écoule trop vite.

Le temps de remonter de la cave (les toilettes sont au sous-sol du sous-sol du Rex), Agoria a pris le relais, gardant la filiation ibérique en diffusant des extraits de parlotes espagnoles. Le set n’est pas le plus intéressant qu’on connaisse du talentueux Monsieur, mais c’est simplement parce qu’on n’a pas encore oublié la prestation ultra-rétro d’une autre Casa NostraGoodKarma ne m’avait pas lâchement abandonnée :)

A présent le samedi soir, plutôt que d’endurer un Cabaret du Monde ou un Derrick, vous savez ce qu’il vous reste à faire… en prenant soin de vérifier quelle première partie s’exprime (histoire de ne pas en venir à regretter un simple Navarro). Agoria & Spitzer rules !

BACHAR MAR KHALIFE – Oil Slick

In des disques... on septembre 13, 2010 at 8:30

Artiste libanais / Electro projet / Infiné

Dans la famille Khalifé on connaissait Marcel, le père à la douceur créative, on était resté subjugué par la dextérité du frère Rami dans sa participation au projet Aufgang, mais on n’avait pas vu venir ce petit frère… et on n’aurait pas parié sur autant de qualité.

Signé chez Infiné (tout comme Aufgang) Bachar Mar Khalifé a plusieurs invités, dont Aymeric Westrich et Rami Khalifé. Album pistonné ? Certainement pas. Six titres seulement, concentré ultime de qualité, matière brute et évolutive à travailler à jamais. Dès les premiers accords on se fait surprendre par la violence des orchestrations. Quelque chose qui nait au fond des tripes pour se répandre dans chacune de vos veinules, propulsé par les tressautements des battements de votre cœur. Une marée noire. Liquide visqueux qui vous embourbe pour ne jamais vous lâcher. Ce qui s’apparentait à une simple comptine enfantine devient en un clin d’œil une éprouvante machine émotionnelle.

On n’est beau que s’il existe le laid, on n’est intelligent que si des imbéciles s’expriment, on n’est doux que si l’on connait la violence, on sait reconnaitre une belle âme lorsqu’on s’est frotté à des raclures monstrueuses. Cet album fonctionne de la même manière, soufflant le chaud et le froid, alternant passages rapides et plus lents. Mélangeant en permanence sonorités classiques (piano, batterie, voix, cuivres) mâtinées de traditionnel libanais et rehaussé d’électronique, le résultat oscille entre jazz et minimal, passant par la pop.

Si ce disque est très structuré, il n’en reste pas moins spontané. On ne ressent pas un disque travaillé pendant des années mais une idée mûrement réfléchie et splendide en quelques prises lorsqu’il a été enregistré.

Laisser les émotions sourdre d’elles-mêmes.

Des douleurs et des colères dans leur expression la plus sobre lorsque sont énumérés un à un les prisonniers politiques libanais ; une prise de position forte en choisissant de chanter une douce comptine en duo avec la chanteuse palestinienne Lita Jana.  Never to forget / Never to forgive.

La pièce maîtresse a donné son titre à l’opus. Oil Slick est une bile qu’il est sain d’exprimer. Chaque mot, chaque note jouée, chaque rythme donné est ici à la fois une entité indépendante d’une violence redoutable et fait partie d’un ensemble d’une beauté fascinante. Une sorte de syndrome de Stockholm schizophrène (Tu me Dégoûtes – Enlever le goût – Ordure – Sac à merde – Minable – misérable – inconscient qui n’a pas de conscience, qui provoque le mal autour et en lui – même malgré lui), un monologue de rejet de soi et de tout ce qui nous entoure, être son propre bourreau, plus la peine est lourde, plus on l’aime (Je m’en veux terriblement. Elle m’en veut, je m’en veux, je m’en veux parce qu’elle m’en veut, parce que je n’ai pas le droit qu’elle m’en veuille, ça ne se fait pas… je m’en veux qu’elle m’en veuille). Durant les sept premières minutes, le piano n’est plus qu’une seule boucle, fil rouge, la batterie lui emboite le pas et les phrases électroniques font de brèves incursions dans ce récit.

Certaines familles doivent être décidément douées pour avoir du talent. Si les productions de Khalifé père et celle de Rami sont ambitieuses et de haute qualité, Bachar Mar Khalifé possède résolument comme une aura supplémentaire et une créativité bouillonnante qui font de son disque un opus indispensable. Matière à remixes, outil de méditation et de réflexion, objet de contestation, par-dessus tout splendide transposition musicale de ce qu’est une marée noire : un désastre d’une incroyable cruauté qui est également diaboliquement beau et qu’on voudrait contempler à jamais.

Sortie le 27 septembre, Myspace (qui n’est pas représentatif du sublime de l’œuvre)

En écoute : Distance – Bachar Mar Khalifé in Oil Slick

Chronique à retrouver sur Le Hiboo

PAUPIETTE #2 : la ruine

In Ce qui m'énerve on septembre 10, 2010 at 8:30

Vous rêviez d’être l’héritier Bettencourt ? Bonne nouvelle, j’ai trouvé pour vous… Femme seule, retraitée, valide, dynamique… mais pas que. Bienvenue chez Paupiette.

Paupiette a beaucoup de soucis en ce moment. Elle est ruinée. Elle n’a plus d’argent. La faute aux impôts. L’ISF et les gouvernements de gauche ont fait beaucoup de dégâts, pas étonnant que le fric parte à l’étranger.

Paupiette avait senti le coup venir, depuis 1981 de toutes manières la France court à sa perte. Le jour où Mitterrand a remporté les élections, Paupiette a acheté un coffre-fort et planqué tous ses bijoux dans son appartement. Puis elle a retiré beaucoup de liquide et a sorti sa bassine pour faire des confitures. Elle a appelé son amie en Suisse, l’a informée qu’elle viendrait passer une quinzaine de jours chez elle le mois prochain. Et Paupiette a passé la douane avec des centaines de milliers de francs en les mettant au fond des bocaux de confitures. Toujours ça de préservé. Les banques Suisses, au moins, sont sûres.

Puis Paupiette a eu deux contrôles fiscaux. Le premier l’a forcée à rapporter les sous en France. Le second lui a rappelé que le versement de l’ISF n’est pas optionnel. Et la voilà obligée de payer des sommes qu’elle ne possède pas ! Oh bien sûr il y aurait bien un moyen de s’arranger avec son contrôleur fiscal. En lui donnant quelques noms de ses amis qui fraudent par exemple. Paupiette y pense régulièrement, chaque chose en son temps, de toutes manières c’est rétro-actif cette chose là.

Paupiette est une victime de la société. Tout est trop cher. Alors elle se retrouve obligée de faire ses courses dans des hard-discounts. On y fait de bonnes affaires. Paupiette connait par cœur les grilles tarifaires du Lidl et d’Aldi, pas encore celle du Ed L’épicier mais elle apprend vite… Elle brave ses pires craintes pour fréquenter ces magasins là, allant jusqu’à prendre la ligne 13 du métro, une ligne où il n’y a pas un seul français !

Paupiette déteste gaspiller alors elle a une flore intestinale aussi résistante que celles des populations de PED. Des amibes hors-norme qui lui permettent de digérer tous les trucs périmés, moisis ou rances. Elle n’a toujours pas saisi pourquoi sa petite-fille lui rend toujours visite armée d’une bouteille de javel et de gants en plastique ultra-résistants.

Paupiette aime aussi la capitale pour la mode. On peut tout avoir pour moins de 10 euros chez Tati ou Sympa, ou mieux, les chinois de Belleville. C’est un peu fatiguant que de devoir supporter autant de “chinetoques aux yeux un peu comme ça” mais ils ont des vêtements vraiment pas chers. Parfois Paupiette sort sa machine à coudre et se confectionne des nippes la faisant ressembler à un sapin de Noël des Émirats Arabes : doré, argenté, soie synthétique et collants résilles roses, Paupiette a raté une vocation, c’est certain.

Paupiette ne voit pas l’intérêt d’aller chez le coiffeur, c’est une dépense inutile. Alors depuis quarante ans, Paupiette se coupe seule les cheveux et fait ses couleurs à la louche. Ça donne quelque chose de bariolé, du blond au gris foncé, en passant par le roux carotte. Sa frange est aussi droite qu’une route de montagne et ses pointes sont diablement fourchues.

L’autre soir, sa petite-fille et son jules sont venus dîner à la maison. Pour fêter deux anniversaires et une bonne nouvelle. Sa petite-fille a proposé d’apporter le champagne mais Paupiette a dit qu’elle préférait s’en occuper. Paupiette n’a pas acheté de champagne. Elle dit toujours « Mieux vaut un bon crémant qu’un mauvais champagne ». Sa petite-fille lui a rétorqué qu’elle n’avait pas proposé d’acheter un mauvais champagne mais un bon Ruinart. Petite impertinente !

Si Paupiette fait tout cela c’est, dit-elle, pour ses héritiers. Des héritiers qui auraient simplement souhaité une grand-mère dans toute la noblesse du terme. Aller au marché, entendre des histoires du passé, découvrir le Paris des années jazz, la révolution de 68, l’arrivée du premier lave-linge, les voyages au bout du monde en bateau. Une mamie qui ferait des confitures, qui porterait un tablier à fleurs, qui vous appellerait pour aller au cinéma ou à l’opéra. Une personne âgée qui voudrait transmettre autre-chose que des comptes en banque auxquels on ne peut même pas toucher en cas de besoin.

Ahem.

Paupiette est ma grand-mère. Je n’ai jamais réussi à l’appeler autrement. Désormais lorsque vous vous dites que « quand même l’argent fait un peu le bonheur », regardez deux fois les personnes âgées du supermarché…

Episode précédent : Le concept de race

ARANDEL + RONE @ Batofar

In des concerts... on septembre 9, 2010 at 1:54

Infiné / Electro de pointe / 15/09/2010

Quelle conspiration les bookers avaient-ils manigancé pour programmer au moins deux excellentes soirées la même nuit en pleine semaine ? Le choix fut délicat mais on ne le regrettera pas.

Dans un Batofar s’étant fait beau pour la rentrée (visitez leurs toilettes high-tech, ça vaut le détour), Arandel présentait une interprétation live de son disque pointu. N’ayant jamais montré son visage, la curiosité et l’appétit auditif nous poussait à voir à quoi pouvait ressembler le personnage. Quand à Rone, toujours entendu en première partie jusqu’ici, il aurait été dommage de rater son programme trois temps Relaxion/Remise à niveau de l’estime de soi/Jouissance de la vie.

Pour sa première date parisienne – seuls les Happy Few du Normandoux avaient eu l’occasion d’apprécier son talent live jusqu’iciArandel s’est entouré d’invités de haut niveau. Son disque très travaillé comprenant plusieurs collaborations intéressantes, on lui aurait tenu rigueur de ne pas proposer un autre équilibre sur scène. Arandel a commencé d’occuper seul l’espace mais le salut final s’est fait à sept. Les yeux largement maquillés de noir, ce grand hibou est un touche-à-tout agissant en véritable chef d’orchestre… sauf qu’il dirige des salves d’improvisations toutes plus bluffantes que les autres. Lorsque Arandel entame #5 on entre en transe quasi-immédiatement. Les basses font vibrer le plancher, les têtes dodelinent. Un a un les invités prennent possession de la scène et des instruments. Si Vanessa Wagner a finalement annulé sa venue, tous sont là. Véritablement c’est avec #9 que chaque talent s’exprime. On succombe au charme envoûtant de Mimu (acolyte de Clara Moto qui aurait eu sa place ici) qui semble habitée lorsqu’elle s’empare du Tereminvox. Joseph Merrick n’a rien d’un monstre et anoblit chaque boucle de son trombone. Les frères Touré Kunda se greffent sans effort au projet. Plusieurs siècles de musiques et de cultures vous sautent aux oreilles subitement, cacophonie harmonique addictive.

Le temps passe trop vite, le public a du mal à réaliser que c’est déjà terminé. Ce concert tenait plus de l’expérience que de la simple prestation, faisant des compositions de splendides bases d’improvisation (part de risque : lorsqu’un invité est un peu moins bon que les autres, les impros peuvent devenir pénibles).

Lorsque Rone prend les manettes, on craint que le public ne fuie. Nous sommes un mercredi, il est plus de minuit et y’a travail demain. Est-ce grâce aux nouveaux panneaux de LED hypnotiques qui tapissent le Batofar ou parce que le changement de plateau nous a à peine laissé le temps d’aller chercher un verre, l’assistance ne s’est pas carapatée. Honnêtement, si vous aviez pu voir le sourire qui illuminait le visage de l’artiste, vous seriez resté. Rone a les lunettes d’un étudiant de math-sup, le visage rayonnant d’un gosse le lendemain de Noël et… une dextérité incroyable pour bidouiller des tas de trucs sur son écran et ses consoles. En moins d’une minute, votre cerveau zappe les impératifs du lendemain, votre corps ne vous demande pas votre avis et accompagne le doux roulis de la péniche. En pilotage automatique, seules vos oreilles s’excitent. Les boucles sont très progressives, douces et rondes, elles vous enveloppent comme une couverture de survie. Soudain un saxophone surgit, prolongeant cette berceuse pour neurones irrités par le stress parisien. Rone et son acolyte inventent au fur et à mesure, pas dans le mauvais sens du terme : cela ne se ressent pas, cela s’apprécie. Jazz et electro font si bon ménage…

Evidemment, il n’allait pas en rester là. Après tant de douceur, le public a pleinement pu apprécier les salves rock qui suivaient. Guitares électriques et clarinette, les corps requinqués s’en donnent à cœur joie, on se sent vivant et utile. Soudain le coup de grâce, Rone dégaine Bora Vocal et ses paroles de gourou d’Alain Damasio. « Ton univers sera vaste… » Les voix du public scandent à l’unisson, telles un hymne sectaire. Ode à la vie, ode à l’envie, les nuits de Paris devraient toutes ressembler à cela. Pouvoir apprécier des sets comme ceux-là est suffisant pour vivre.

Rentrer à 3h30 un mercredi n’est pas un souci lorsqu’on se remplit la tête d’autant d’endomorphines, même si j’en ai oublié mes clés et manqué de terminer sur le palier ;)

THE HUNDRED IN THE HANDS – s/t

In des disques... on septembre 7, 2010 at 11:21

Duo Brooklyn / Pop – Electro / Warp

Avec un nom aussi long qu’incompréhensible, le duo The Hundred in the Hands serait passé à côté de mes oreilles grâce à l’apriori tenace que je conserve à l’égard des groupes au nom fashion-ta-mère. Et pourtant, c’est véritablement un des meilleurs disques de cette rentrée musicale.

Les mélodies oscillent entre pop soignée et electro voluptueuse. Essentiellement dirigées par la basse-rythmique, la voix de la chanteuse vient s’y nicher sans fioritures. Dès les premiers accords de guitare, on reste subjugué et envouté par le timbre d’Eleanore Everdell qui a recours à une légère reverb qui n’est pas déplaisante. Ici plusieurs échos à la disco des 80’s ajoutent une texture rétro terriblement dansante et euphorisante. Là nos oreilles reçoivent de plein front des accents shoegaze donnant envie de tout faire valser.

On peut d’ailleurs souligner un enchaînement des morceaux particulièrement prenant qui vous émeuvent autant le corps que l’esprit. Ca pétille de partout et, telle Cendrillon, on voudrait ne plus s’arrêter et avoir de nouveau vingt ans pour danser de bout en bout sans respirer le temps de cet LP.

Un album à la fois frais et acide par ses sonorités, sombre par ses textes, entraînant par ses orchestrations, The Hundred In The Hands se révèle un duo qui a de beaux jours devant lui, qu’il ne faudra rater sous aucun prétexte lors de leur prochaine scène.

Sortie le 20 septembre

PAUPIETTE #1 : le concept de race

In Ce qui m'énerve on septembre 3, 2010 at 8:30

Vous rêviez d’être l’héritier Bettencourt ? Bonne nouvelle, j’ai trouvé pour vous…

“Dans village classé, demeure de charme 350 m², pleine pierre et poutres apparentes, jardin 1500 m², piscine, cave, cellier, dépendance, proche commerce et abbatiale 11e siècle (prix : nous consulter)”. Vous l’avez lu en dernière page du Figaro Madame ? Non, mais vous auriez pu. Bienvenue chez Paupiette.

Paupiette est fille unique et a elle-même une seule fille. Paupiette a donc renoncé depuis longtemps à transmettre son nom de famille. Du coup, comme le mâle ne servait plus à rien, elle l’a totalement évincé de sa vie, voyant l’homme comme un géniteur. Veuve noire Paupiette ? Non, misogyne et misanthrope, tout simplement.

Paupiette a vécu la Seconde Guerre Mondiale, enfin pas comme les autres, une enfance heureuse en Lorraine, avec de la viande deux fois par semaine et des cadeaux d’anniversaire importés des Etats-Unis. Collabo la famille de Paupiette ? Non, privilégiée seulement.

Paupiette a obtenu le divorce très jeune et en est fière. MILF la Paupiette ? Non, tellement invivable que tout juge sensé lui aurait accordé le divorce sans hésiter, pour ne pas avoir un procès pour non-assistance à personne en danger de la part du mari.

Paupiette est parisienne. Un duplex de 200 m² dans une impasse du 9e, seule avec une boule de poil infâme qui la suit partout. Cette bicoque dans le sud, ce n’est que sa résidence estivale bien entendu, « pas question de quitter Paris l’hiver, sinon on s’emmaiiirde ». Attention, si Paupiette utilise du vocabulaire parfois peu châtié, ce n’est pas une ouverture d’esprit de sa part, c’est seulement du mépris envers le monde entier.

Paupiette a deux petits-enfants. Une fille d’abord, puis un garçon. La fille, aucun intérêt c’est une fille, Paupiette tâchera de lui trouver un bon parti. Mais le garçon, SA testostérone, SON homme, ça lui parle. Pendant des années, elle n’a eu d’yeux que pour lui, lui a passé tous ses caprices. Et il a fallu qu’il s’attache à une petite. Une juive en plus !

Il faut dire que son petit-fils est parti avec un handicap dans la vie, il a un second prénom juif, Simon. Quelle idée saugrenue a encore eu sa fille de lui coller un deuxième prénom pareil. Oh elle se sent un peu coupable Paupiette, parce que l’aînée n’a été affublée que d’un seul et unique prénom. Alors Paupiette avait fait une réflexion en disant qu’un second prénom c’est bien quand même. Grand mal lui en a pris, un prénom juif !

Et puis il a toujours été particulier ce petit-fils. Un amour bien entendu mais tout de même, vouloir faire de la cuisine son métier ! Un milieu de Pédés la cuisine, elle l’avait bien dit Paupiette. Traîner avec des efféminés ça n’a jamais aidé à avoir les idées claires. Et maintenant ce coup pendable, une juive. Heureusement elle n’est pas trop pratiquante et plutôt jolie. Pas bien épaisse mais serviable. Paupiette lui a tout de même confié la lessive à étendre, les assiettes à débarrasser, les pierres plates du jardin à ré-agencer, la piscine à nettoyer… Et la gosse l’a fait, sans rien dire.

Sa petite-fille est insupportable. Un caractère bien trempé, on ne peut pas la faire plier. Elle a fait des études plutôt correctes, elle marchait bien à l’école. Après ça il a fallu qu’elle aille traîner dans des quartiers plein de basanés. Pas possible de lui rendre visite, on n’est pas en France là-bas. Le 18e arrondissement vraiment, c’est moche, c’est la zone. A part pour le marché de Barbès où l’on fait de bonnes affaires, les tomates à un euro le kilo c’est é-pa-tant. Son premier copain était vraiment brillant. Henri IV, les Grandes Ecoles, il avait la carrure pour l’ENA. Mais elle l’a quitté à ce moment là, naturellement. Enfin le nouveau n’est pas si mal, situation correcte et très gentil. Paupiette lui a demandé de voir ce qui cafouille sur l’ordinateur, tondre la pelouse, changer les ampoules… et le jeune s’est exécuté, sans broncher.

L’autre soir à table, on a parlé bronzage. Parce qu’au grand dam de Paupiette, ses deux petits-enfants ne bronzent pas des masses. Ils restent blancs. Elle leur a déjà proposé de faire comme elle, de s’exposer toute la journée après s’être enduits de Monoï. Elle l’a fait pendant trente ans sans problèmes. Après elle a chopé une saloperie de cancer du sein. Aucun lien avec l’exposition au soleil naturellement, mais plus possible de se mettre seins-nus sur la plage à cause de la cicatrice ! La petite copine juive elle, est très mate. Elle bronze à vu d’œil. Alors Paupiette lui demande quelles sont les origines de sa famille. Israël ! Mais avant ça elle ne sait pas.

Mais vous devez bien savoir s’ils sont de race Assequénaaaze ou Chéfaraaaade quand même ?

Cette pauvre gamine est un estomac fragile, elle s’est levée de table disant qu’elle ne se sentait pas bien. Paupiette n’a pas compris non plus pourquoi sa petite fille la tançait vertement sur le concept de race. Elle ne voit pas où elle veut en venir, il y a plusieurs races c’est évident comme le nez au milieu de la figure, haha c’est le cas de le dire !

Ahem.

Paupiette est ma grand-mère. Je n’ai jamais réussi à l’appeler autrement. Désormais lorsque vous regarderez les spleeeenndides annonces, vous saurez quels drames s’y sont (souvent) joués. Je dédie cette chronique à ma famille.

JAMAICA – No Problem

In des disques... on septembre 1, 2010 at 8:30

Duo parisien / Electro-rock / Ctrl Frk / V2 / Coop

Combien de fois vous êtes vous pris pour un rocker dans votre chambre, sautant allègrement sur le lit au risque d’en claquer les lattes et beuglant un pseudo-baragouin anglais ? Vous regrettez le temps où vous n’étiez pas encore « assez parisien » pour vous retenir de danser à n’en plus finir dès que l’occasion se présentait ? Alors Jamaica est un duo pour vous.

Avant Jamaica avait un nom qui sentait fort. Poney Poney est mort, vive Jamaica (pas beaucoup plus génial comme titre, mais moins gnangnan). Cependant les titres de ce duo restent dignes des meilleures écuries… automobiles. La Ferrari Short and Entertaining qui démarre au quart de tour, l’Aston Martin Secrets chic et sportswear, la Bugatti She’s gonna racée comme les meilleures italiennes… Bref cet album dépote à 200 à l’heure, sitôt écouté, sitôt terminé. Une boite à rythmes, une guitare aux riffs bien aiguisés, des textes qui en ont dans le ventre comme ce When Do You Wanna Stop Working appel l’épuisement avant d’arriver à une retraite qu’on ne touchera jamais.

Un disque qui a des tripes, qui vide la tête et permet de s’évader d’un morne quotidien. Avec eux, il n’y a pas de problème, plus de problème.

MARTINA TOPLEY BIRD – Some place simple

In des disques... on août 27, 2010 at 9:33

Artiste britannique / Pop classieuse / Honest Jon’s Record

Oh chouette une femme qui fait de la pop un peu plus évoluée que celle de tops models écervelées !

Ahem. Martina a des cheveux crépus décolorés, une voix possédant un petit grain de quelque chose qui la rend suave et des orchestrations qui donne envie de danser partout. Une voix ne s’oublie pas, celle de Martina a accompagné Tricky et est encore présente aux côtés de Massive Attack. Ajoutez à cela que ce disque est une bonne idée de Damon Albarn qui l’a incité à sortir cet opus, savant équilibre de nouveaux titres et de morceaux plus anciens réorchestrés. Elle est super VIP cette petite !

Bon, en revanche côté textes, c’est plutôt du genre mélancolique. Le petit clown en apparence rongé par des idées noires… Tiens tiens ça me rappelle quelqu’une ça… Particulièrement poignants Lying, Poison ou Valentine dessinent une jeune femme encore capable d’émotion qui sonnent vrai, qu’elle sait exprimer pudiquement. Côté orchestration, on passe sans problème de la douce mélodie susurrée à la hargne du coup de gueule guitare-percussions qui réveille, en passant par les titres ludiques. Un titre à faire regretter Tarantino de ne pas l’avoir contactée pour Kill Bill (Sandpaper Kisses), des jeux de voix à l’aide de samplers (Ilya) qui renvoient cette coquille vide de Micky Green à son rang… Indéniablement, Martina Topley Bird prend un plaisir incroyable. Ni torturée, ni dépressive, elle est une jeune femme autant capable de frivolité que de sérieux. Rien qu’à entendre sa voix, on est saisi par le puissant charisme d’une artiste qui ira loin et n’en a pas terminé de nous ravir. Elle est ce Phoenix en mutation permanente, un oiseau fantastique qu’on ose pas approcher de trop près de peur qu’il ne s’envole.

Une pop très chic qui aurait tout aussi bien pu venir de Brooklyn :)

Sortie 12 juillet 2010.

Martina Topley Bird jouera à Rock en Scène en compagnie d’un groupe de classe premium de type très connu parmi les famous… Ca commence par Massive et se termine par Attack. Je dis ça je ne dis rien hein… ;)

INEDIT DERNIERE MINUTE : Martina se produira aussi en live solo samedi à Rock en seine à 18h25 sur la Scène de l’industrie.

CLEVELAND CONTRE WALL STREET – Jean-Stéphane Bron

In des films... on août 20, 2010 at 8:04

Réalisateur suisse / Docu-fiction politique / 18/08/2010

Il était une fois une ville moyenne d’Amérique. Une de ces cités où chacun, quel que soit son pouvoir économique, est incité à vivre son rêve américain. Avoir sa maison, ses deux voitures, tous les derniers objets électroniques à la mode… Être propriétaire de son toit. Oui mais voilà, vivre à crédit a un prix. Toujours payé par les classes les plus pauvres (puisque ce sont elles qui contractent des prêts). En 2008, la ville de Cleveland, touchée de plein fouet par la crise économique liée à la dégringolade des marchés boursiers de Wall Street, décide de poursuivre en justice 21 banques jugées responsables de la faillite de la ville. L’avocat John Cohen en est le chevalier. Les recours et stratagèmes des avocats des banques se multiplient et le procès tant attendu est repoussé un peu plus chaque jour. C’est alors que Jean-Stéphane Bron, citoyen du pays au système banquier le plus obscur du monde, décide de filmer un procès dans les conditions réelles. Pas de répétitions, pas d’autre jeu d’acteur que ceux des effets de manches des avocats lors de leur plaidoirie et un verdict qui n’est pas un happy end mais celui rendu par le juge et les jurés.

Pas de manichéisme dans ce film, chacun a ses bons côtés et ses mauvais aspects. Huit témoins sont appelés à témoigner et livrent parfois des compléments d’information ou d’opinion en dehors du barreau. La question soumise à la cour est aussi simple que complexe : Wall Street est elle responsable de la situation dans laquelle est plongée Cleveland ? Ces gens jugent leur vie, leur ville, leur pays, leur système judiciaire aussi… Le verdict est rendu par ces mêmes habitants de Cleveland, après moultes délibérations, démonstration qu’il n’y a pas un bien et un mal mais des maux et une honnêteté relative.

Pédagogique (les concepts de subprime ou titrisation n’auront plus de secret pour vous) et instructif (chacun de nous peut être à la place de ces jurés sur lesquels reposent tant d’espoirs et de déceptions à la fois), cette fiction avec que du vrai dedans, manque cependant de cohérence. Non pas dans la structure du film lui-même mais dans la démarche d’impartialité et de total retrait de l’auteur. Ce film était initialement prévu pour être un véritable témoignage historique dans la mesure où le réalisateur devait filmer le procès. En filmant un faux procès dans les conditions du réel, l’auteur pouvait en profiter pour développer les explications parallèles. Certains témoins sont clairement peu instruits et se sont laissés embobiner par des courtiers venus frapper à leur porte. Jean-Stéphane Bron avait ici l’occasion de montrer des extraits des nombreuses publicités dont sont matraquées ces populations, que ce soit à la télévision ou dans leur boite aux lettres. Il choisit de ne filmer que le procès mais glisse pourtant quelques scènes qui ont lieu en parallèle. La démonstration, sans avoir besoin d’être engagée fortement comme peuvent l’être les films catastrophes démagos d’Al Gore ou Michael Moore, aurait mérité d’être parfois un peu plus approfondie.

Malgré cela, ce film mériterait, à l’instar de Violences des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003), d’être projeté à tout élève étudiant de près ou de loin en économie. Car si les témoignages des victimes de ce système sont émouvantes, elles restent somme toute classiques. Alors que les ultra-capitalistes (repentis ou non) témoignant à la barre sont véritablement des sujets d’études. Un film à voir et méditer. La morale la plus cynique de l’histoire étant que ce film sort au milieu de l’été (donc lorsqu’il n’y a personne pour le voir) et que ses financements proviennent en partie de banques suisses qui ont au moins autant de sang sur les mains.

Retrouvez la chronique de mon ami Rob Gordon qui a toujours raison sauf quand je ne suis jamais d’accord ;)

Ma vie (sans) Internet #6 : Divorce (épilogue)

In Ma vie sans Internet on juillet 30, 2010 at 10:17

Nous sommes un jeudi, il fait un temps de chien et ce jour est béni des dieux.

Enfin, de mes dieux.

Un nouveau Monsieur en salopette est venu pour nos problèmes d’Internet. Il parait que lui, il a la clé qu’il nous faut pour le local. La moitié de mes collègues sont en vacances et entre ceux qui restent, nous ne nous emballons pas. Il ne vont pas tous nous faire le coup du « C’est rien du tout, dans 10 minutes tout sera rentré dans l’ordre », on n’est pas nés de la dernière pluie.

Nan mais.

On faisait bien de se méfier, lui est encore plus crétin : il ne trouve pas le local sur lequel il doit intervenir et donc va rentrer chez lui en nous facturant le déplacement !

Pas question ! Coup d’œil complice à mes collègues et hop ! on séquestre l’obèse au tee-shirt gris parsemé de taches de… non d’ailleurs je ne préfère pas savoir de quoi il s’agit. Et on part inspecter les environs.

Nous avons cherché 20 minutes. Nous avons écumé tout le quartier, les sous-sols, les recoins les plus immondes (qui servent d’urinoir à nos habitués du LIDL). Et honnêtement nous commencions à désespérer.

Et puis nous avons trouvé. Par hasard. En reprenant mes esprits, je m’assois sur un rebord de bac à plantes. Et là, derrière la haie qui ressemble à un totem de la mondialisation avec ses boites de hamburgers, ses sacs plastiques et ses canettes de bières bon marché dans les branches ; derrière il y a une petite porte en métal. Peinte en grise sur un mur gris. On l’avait loupée, forcément.

Telle une Alice qui tente de forcer l’entrée du Pays des Merveilles, je glisse la clé comme je peux et là, ça tourne dans la serrure ! Excitation maximale, je suis Indiana Jones devant le Saint Graal. Bon, sauf que derrière la porte c’est super moche, pire que la haie. C’est un local minuscule avec des câbles et des boutons partout. Un instant j’hésite à couper tous les câbles de l’immeuble d’à côté. C’est la DAASS à côté, de sacrés connards dans l’ensemble, ils mériteraient presque ce châtiment. Ne serait-ce que pour avoir pris SOUS MON NEZ le dernier moelleux au chocolat à la cantine. Cette grosse mégère frustrée qui n’a pas à ingurgiter de glucides et qui aurait pu me le laisser car elle sait très bien que je DETESTE le flan. Pas grave, je cracherai dans sa compote la prochaine fois.

Magna anima Moi… C’est ma tournée, Internet pour tout le monde !

Alors voilà, petite vie sans Internet, je crois que cette fois c’est fini entre nous. Pour quelques temps au moins. Nous commencions à faire bon ménage, nous avons eu des moments splendides comme ces couchers de soleil sur la Seine que je n’avais jamais vu de mon bureau auparavant, occupée que j’étais à regarder mon écran. On ne se refait pas tu sais, je suis une droguée du web. J’ai besoin de ma dose pour bosser. Tu ne peux pas me tenir isolée du monde indéfiniment du comprends ? Je n’ai rien à te reprocher hormis le fait d’être trop clean. J’ai besoin de mes deadlines, de mon stress qui me fait perdre 2 kilos en une soirée, des mails incendiaires d’extrémistes écolos qui trouvent qu’on devrait être plus radical dans nos méthodes (T’inquiète pas va petite vie sans Internet ceux-là je vais les mater, ce ne sont pas des bouseux en sandales Méphisto qui vont m’apprendre la vie).

Je t’aime, je reviendrais. Mais pour mes vacances seulement, all-right ? Bon maintenant il ne reste qu’un seul problème : tout vos amis sont en vacances donc ont coupé leur connexion. Haha.

Ma nouvelle journée type :

9h : Arrivée au bureau, allumage de l’ordi et ouverture des trois boites mails. “Votre anti-virus n’est pas à jour depuis 78 jours”.

9h10 : Deux mois et demi sans café de la journée ce n’était pas le bagne, alors vous vous dirigez vers la cafetière et vous vous ravisez, sans problème.

9h15 : Première lecture d’article en ligne. Raaaaahhhhhh jouissance extrême. Larmes aux yeux de bonheur.

9h20 : Toujours pas de message d’erreur de la part de Firefox, comme c’est beau, copie d’écran.

9h30 : Bon allez, au boulot.

9h55 : Premier cri d’alarme dans le bureau voisin. « Ma messagerie ne maaarcheeee plus ! » Accélération de votre cœur, rationalisation. D’abord on dit « fonctionne » pas « marche ». Ensuite il faut appuyer sur « OK » dans la petite fenêtre qui demande si on veut se connecter. Et enfin il faut entrer un mot de passe VALIDE. Cette collègue n’a pas inventé la poudre. Fausse alerte. Tout va bien.

10h50 : Premier mail ! Grande fébrilité sur le clavier et, au moment de cliquer sur envoyer, vous fermez les yeux craignant de voir « Pas de connexion » réapparaître. Mais non, toujours pas de problèmes, ça fonctionne…

12h10 : A la cantine, tout sourire, on vient vous féliciter comme si vous veniez de gagner la coupe du Monde. Vous penserez à emporter votre Mont Blanc pour signer des autographes demain.

14h00 : Revue de presse sans descendre au kiosque, sans passer par la case pimbèche Melunaise qui pense que vendre des journaux s’accompagne forcément de la fonction commérage. Elle aura tenté 58 accroches qui seront tombées à plat, allant du sobre et supportable « Il fait pas bôôô hein ? » à l’atroce « Naaan mais c’est fou ces immigrés qui pensent que je vends des magazines en arabe quand méééééééme ! ».

14h30 : Allez, une partie de Spider Solitaire en souvenir ?

15h15 : Twitter, ses joies ses peines… Aujourd’hui ils ont l’air d’aller assez bien les copains. Vous vous émerveillez de tout, même les tweets du MuppetShow semblent adoucis (et intelligibles car admettons-le, la plupart du temps vous ne comprenez même pas de quel groupe ils causent…).

17h10 : Pause thé ? Non ça va, j’ai du travail merci.

18h : Post-it sur votre écran « Penser à partir pas trop tard »

18h40 : Paris me voilà. Toujours pas d’Iphone 4 ? Non ils ne m’ont jamais livré la bête et puis, j’en ai pas besoin hein ? …pourvu que ça dure…

Cet article a été publié depuis mon bureau, oh joie. Les épisodes précédents depuis chez moi :

Ma vie sans Internet #5 : Désintox

Ma vie sans Internet #4 : Calvaire

Ma vie sans Internet #3 : Superproductivité

Ma vie sans Internet #2 : Autisme

Ma vie sans Internet #1 : Ennui

Ma vie sans Internet #5 : Désintox

In Ma vie sans Internet on juillet 26, 2010 at 7:30

Rha le coup bas de cet enf*** de réparateur Internet. Bon alors, c’est vrai que, techniquement, normalement il n’y est pas pour grand-chose cet employé de France Télé-cons, lui, il branche juste des câbles.

N’empêche.

Cet imbécile aurait quand même pu avoir la clé du local où il est censé intervenir.

Et ce mufle qui en prime porte un tee-shirt Assassin ! C’est moi qui vais te balancer du toit mon gars !

Donc, en cette veille de jour férié où des tas de villes vont craquer des centaines de milliers d’euros pour faire sauter des fusées dans un ciel orageux et mouillé – quelle connerie, j’espère qu’un ou deux artificiers de Melun vont y rester, ça nous fera moins de retraites à payer – le Monsieur très bête, très laid et qui en prime a des goûts vestimentaires de sanisette période 80’s nous annonce de but en blanc que :

1) Il ne peut pas réparer notre connexion Internet sans que quelqu’un s’occupe de la porte du local qui a été forcée par des voyous.

2) Il ne faut pas espérer une intervention avant septembre car les vacances tout ça…

3) Il nous enverra la facture pour son déplacement mais il fera « un geste » vu qu’il n’a pas vraiment pu intervenir.

Là, si de la fumée ne sort pas de mes oreilles ou s’il a la chance de ne pas s’en être aperçu, tant mieux. C’est vrai après tout, à quoi cela sert de s’énerver, je suis censée utiliser Internet tous les jours pour faire mon métier et ça fait seulement deux mois que je ne peux pas bosser correctement.

Je repense à cet appel d’offre lancé par fax, à cet échange avec l’imprimeur via coursiers interposés, à cette super conférence de deux heures et demi ( !) par téléphone qui m’a fusillé une oreille…

Non mais rien à redire, c’est fantastique de vivre à côté de son époque, vraiment.

Avant je gardais espoir de retrouver des conditions de travail normales mais là, honnêtement, lorsqu’ils viendront réparer (s’ils viennent, c’est pas gagné ça non plus) j’aurai vécu quatre mois sans web… D’ici là j’ai le temps de me dessécher comme un poisson sur un étal pas frais. J’ai l’impression de vivre une cure de désintox sauf que je ne suis accro à rien.

- Alors Mademoiselle, on a laissé son écran éteint aujourd’hui ?

-  Oui y’a pas Inter–net sur ce poste, aucun Inter—êt

- Mademoiselle vous avez encore été tripoter les câbles RJ45, on vous a pourtant déjà dit qu’il n’y a rien à espérer !

Si toutefois vous souhaitez avoir pitié de moi en m’envoyant une lettre par voie postale ou un fax, n’hésitez pas hein…

Allez c’est l’éclate, ma cinquième journée type :

9h : La secrétaire est rentrée de vacances, ce qui fait que vous pouvez arriver tard au bureau sans rendre de comptes à personne.

9h10 : « Je ne boirai pas d’autre café que celui venant de mon percolateur rital », donc chez vous, donc vous êtes à la maison tranquilou.

9h15 : Vous vous autorisez une petite parenthèse de lectures musicales sur le net, ça passe mieux avec le bon café.

9h20 : Cette parenthèse est plaisante, donc vous en enchaînez une seconde

9h30 : Bon allez, au bureau.

9h55 : Rah pu*** ! Vous avez oublié de checker vos mails pour le boulot.

10h50 : Vous arrivez enfin au bureau, la secrétaire est d’une humeur massacrante et commence d’entrée de jeu à vous agacer. Vous passez une heure à faire des tâches ingrates comme fournir un troisième double du courrier (Au cas où les 2 premiers doubles viendraient à disparaître, han mais quelle bureaucratie de m*** !).

12h10 : Vous allez manger avec vos collègues à la cantine du CG, les autres services n’osent même plus vous demander comment ça va au bureau, de peur de s’en prendre une.

14h00 : Vous pouvez enfin commencer à travailler sur des dossiers un peu importants

14h30 : Tiens, ça faisait longtemps ! Encore un truc à la noix à faire en urgence pour des collègues mal organisés. Pffff….

15h15 : Si vous aviez Twitter ou Facebook en état de marche là vous auriez diffusé à tout le monde cette photo volée de l’informaticienne de la boite à quatre pattes sous une table avec le string apparent. En précisant que la dame à 40 ans bien tassés et fait du 42 (vous voyez maintenant la beauté du moment). Vous vous contentez de filer éclater de rire discrètement aux toilettes.

17h10 : Plus personne n’est concentré dans cette entreprise, il fait une chaleur à crever, une bataille d’eau s’impose. Vous gagnez facilement car vous êtes dans l’équipe de ceux qui s’entrainent avec leurs gosses chaque jour.

18h : Oh mais il est temps de s’arracher de cette ville de ***qui ont à leur affiche culturelle Jamel Debouze et le carnaval des sosies (ça aussi vous aimeriez bien le twitter).

18h40 : Vive Paris, son CO2 et son absence de végétation parce qu’au moins vous vous sentez en terrain ami. C’est tout pile l’heure de l’apéro avec vos amis, chouette ça vous fera oublier qu’il faut retourner à votre désintox forcée le lendemain.

Les épisodes précédents :

Ma vie sans Internet #4 : Calvaire

Ma vie sans Internet #3 : Superproductivité

Ma vie sans Internet #2 : Autisme

Ma vie sans Internet #1 : Ennui

Rendez-vous (F)estival FNAC INDETENDANCES

In des concerts... on juillet 23, 2010 at 8:20

Chères toutes, chers tous,

C’est l’été et les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes s’offrent des vacances. Les articles vont se faire plus rares jusqu’à la mi-août. Ils n’en seront que meilleurs à la rentrée !

Mais rassurez-vous, vous pourrez retrouver ma plume acide (version édulcorée) sur le blog du festival Fnac Indétendances tous les vendredi et samedi, du 23 juillet au 14 août ! Huit soirs de concerts à la capitale que je vous raconterai pour que vous n’ayiez pas le mal du pays ;)

Revenez en forme, prenez soin de vos petits corps et surtout aérez-vous le cerveau !

avec toute mon affection,

Violette R.O.L.L.

SORTIES 8, 9, 10 @ La Villette

In du cirque... on juillet 22, 2010 at 6:20

Cirque contemporain / Jeunes artistes / Parc de la Villette jusqu’au 14 août

Il est toujours intéressant de voir le travail de jeunes fraichement diplômés. Parfois encore très scolaire, souvent fébrile, leurs maladresses font leur charme. Depuis quelques années, moyennant un sursaut dans la dernière promotion (cf. chronique Urban Rabbits), le CNAC (Centre National français des Arts du Cirque) nous a habitué à des spectacles dont la qualité laissait à désirer. Pas tant concernant la technique que le style imposé aux élèves. En ce jour de fête Nationale belge, le spectacle proposé par l’ESAC offrait une tout autre définition de ce qu’est un jeune artiste de cirque contemporain. Une conception d’une qualité irréprochable.

Ces quinze anciens élèves, essentiellement issus de la dernière promotion (pour 11 d’entre-eux), en ont dans le ventre. On comprend immédiatement que chacune des personnalités a été choyée et préservée de toute imposition de moule. Des caractères pleins de reliefs beaucoup plus entiers que ceux qui ressortent du CNAC. La piste ronde a ici été remplacée par une scène très légèrement surélevée, carrée et en bois. Costumes impeccables, numéros irréprochables, on ne verra pas s’écouler les presque deux heures suivantes. Alternant solo et parties collectives, interludes musicaux et tours de force, le spectacle respire plutôt bien. La trame générale est seulement dirigée par un petit tyran en robe à crinoline gouvernant à l’aide d’un sceptre squelette. Madame vous présente les sujets de son royaume qui sont là pour la divertir mais aussi la surprendre. Et il n’en faut pas plus pour que le tout fonctionne parfaitement, le public réagit immédiatement.

L’humour et le patriotisme ont la part belle dans ce spectacle. Télescopages d’univers burlesque, pop ou classique, la mélancolie romantique qui s’en dégage a un je-ne-sais-quoi de très émouvant. Bande-son hommage aux artistes flamands et wallons, la Belgique au bord de la rupture démontre ici qu’elle sait être parfaitement unie. Trapèze ballant, roue cyr, réinterprétation de la corde, bascule kitsh, chant… Les disciplines sont chics( )et pas chèr(es).

On pourrait bien entendu trouver plusieurs lacunes à ce projet comme le fait de ne pas assez exploiter les abords de la piste ou l’incohérence de quelques enchaînements de numéros mais c’est si dérisoire à côté du bloc talentueux qui nous fait face qu’il n’est pas nécessaire de s’attarder sur ces détails.

Les Belges ont des problèmes politiques et pourrait être rattachés à la France ? Il nous faut dire oui, oui et encore oui si l’on veut redorer le blason de l’exception culturelle française de par le monde !

Quelques portraits de ceux qui pourraient faire resplendir le cirque contemporain de demain

Juliette Hulot – jonglerie

Depuis quand n’a-t’on pas vu une pareille performance dans le cirque contemporain ? Juliette Hulot est sans conteste l’artiste qui se distingue le plus de ce spectacle. La jonglerie est une discipline plutôt masculine qui tombe souvent dans l’écueil de vouloir en faire « toujours plus » (toujours plus de balles, toujours plus de figures…). La demoiselle retourne le problème : Pourquoi jongler à cinq balles lorsque la maitrise de trois est si complexe et pleine de ressources ? Pourquoi s’encombrer d’accessoires lorsque sa seule présence suffit ? Cette passeuse de balles est comme épileptique, prise de multiples tics gestuels dès qu’elle fait un geste.

Polymorphe, on la reconnait à peine dans un second numéro en duo où elle joue l’assistante débilitante qui s’avère plus douée que le maître. Une très grande petite créature qu’il faudra suivre de très près.

Stina Kopra et Lotta Paavilainen – rola bola

Ce duo infernal réintroduit avec délicatesse et élégance l’art burlesque dans le cirque contemporain. Gaine couleur chair, porte-jarretelles et talons haut bicolores, coiffures Marilyn blond platine, ces deux femmes tout en rondeurs, resplendissantes de bonne humeur et de joie fichent un sacré coup de vieux aux concepts actuels de beauté filiforme. Par la même occasion elles rendent au Rola Bola ses lettres de noblesse, discipline scolaire qui peine à s’extraire du carcan du cirque classique.

Ghislain Ramage et Alexander Vantournhout – roue Cyr

Tout le monde ou presque sait ce qu’est une roue allemande, anneau large dans lequel s’attachent des artistes aimant avoir la tête dans tous les sens (l’entrainement de la NASA à côté c’est facile). La roue Cyr a cela d’encore plus fascinant qu’il s’agit d’un cerceau simple. Ici on ne triche pas en s’harnachant ou en profitant de l’épaisseur de la roue pour rouler plus facilement, tout est affaire de musculation et coordination des mouvements. L’agilité gracile et la fluidité des numéros solo et duo de ces deux artistes dont l’épure n’a d’égale que la rigueur suspendent le temps et son lot de stress. Médusés, vous ne pourrez détacher votre regard de ces hommes-toupies. S’envoler tout en restant au sol c’est possible !

Exclusif : Le Parc de la Villette et moi-même sommes très heureux de vous faire gagner 2  places pour découvrir Sorties 8, 9 et 10 le 24 juillet 2010 (20h30). Pour cela il suffit de répondre à cette question élémentaire :

Quel pays est la présidence de l’Union Européenne en juillet 2010 ?

Les gagnants seront avisés par mail dès demain.

Je dédie cette chronique à Charlotte de la Bretèque et Ghislain Ramage, en souvenir d’une nuit angevine fantastique sur un matelas  DIMA SPORT ;) . Vous irez loin c’est certain.

Crédits photos : Denis Rouvre et Charlotte Kolly

LE PREMIER QUI L’A DIT (Mine Vaganti) – Ferzan Ozpetek

In des films... on juillet 21, 2010 at 8:00

Réalisateur turc / Tragi-comédie italienne / 2010

Le propre d’une bonne comédie à l’italienne, c’est de ne pas lésiner sur l’italo-pop de qualité, tout en sachant filmer une histoire ni trop complexe ni trop creuse, d’y mettre le paquet de bons sentiments sans tomber dans le dégoulinant, le tout (c’est primordial) avec des acteurs de qualité. Le premier qui l’a dit réunit toutes les conditions requises pour s’ériger au rang des beaux films ritals.

Dans cette comédie, le problème de l’homosexualité et de son acception par la famille lorsqu’elle est restée baignée de culture machiste et d’a-prioris sectaires. Deux frères sont promis à hériter de l’usine de pâtes familiale. Problème, non pas l’un mais les deux sont homosexuels et savent pertinemment que leur père ne l’acceptera jamais, lui qui essaye de les caser avec l’héritière de son nouvel associé. Un drame familial de tous les jours, certes. Mais posé ici tout en sensibilité.

Oui les homos savent jouer au football (très bien même), non ils ne portent pas tous des boas, non l’homosexualité n’est pas une maladie. Cette douleur de ne pas être accepté tel qu’on est, coincé dans un carcan social exigeant de vous que l’étalon italien soit grand, fort, marié et inflexible. Douleur aussi de ces parents qui n’ont tout simplement pas été élevés avec l’idée que c’est chose banale et normale que d’aimer les hommes lorsqu’on est un jeune italien beau, bien portant, sportif, aux yeux à vous retourner la tête à jamais.

Difficile de ne pas divulguer l’intrigue qui se trame tout autour de cette problématique. Tous les personnages sont admirablement joués, le scénario bien ficelé, la musique tordante et la conclusion très émouvante. Allez donc vous rafraichir les idées dans les salles climatisées qui diffuseront Mine Vaganti.

JEUNE A LA RETRAITE #5 : Train train quotidien

In Jeune à la retraite on juillet 20, 2010 at 8:00

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.

Dans le train, je voyage rarement en première classe. Pas question de sous, plutôt d’éthique personnelle. La première classe du TGV c’est, au mieux, plein de célébrités intellos-bobos (je n’oublierai pas de sitôt mon tête à tête de 4h avec Atiq Rahimi), au pire bourré de gosses braillards coupe au bol bermudas-chaussettes. Et entre les deux, y’a souvent beaucoup de vieux.

Mais ce jour là, en face de moi se trouvait la plus délicieuse des retraitées.

Brushing impeccable de ses cheveux d’un « gris plaisir des yeux », petite blouse vieux rose en dentelle de Calais (façon Isabelle Marrant), Le Monde, Madame Figaro et bouteille de Vittel, la petite dame qui me fait face paraît au top de la forme mais son décolleté trahit 80 ans bien tassés. Cette femme resplendit. Un petit sourire au coin de la lèvre supérieure et des yeux bleu façon lagon islandais, elle semble très heureuse de m’avoir pour vis-à-vis. Tant mieux, moi aussi.

Je me plonge avec délectation dans mon bouquin du moment (The Rest Is Noise) quand elle m’effleure deux fois le pied.

Elle me draguerait ?

Je jette un œil sous la table histoire de vérifier si je n’empiète pas sur son bout de moquette, admirant au passage la splendide paire de talons plats vernis (Vieux Rose aussi) de la dame. Mais non, je n’outrepasse pas mes droits, c’est elle qui vient chercher mes jambes. Je choisis de ne pas répondre à cette provocation.

Comme le soleil cogne, la luminosité est trop forte pour moi et je chausse mes lunettes de soleil. A ma grande surprise elle aussi ! Cette femme semble avoir du caractère, pas question de se soucier du qu’en-dira-t’on, elle arbore une splendide monture Chanel discrète (oui ça semble antithétique, un peu comme si je venais d’écrire que Guess et D&G sont très passe-partout). La monture met terriblement en valeur ses pommettes et ses accroches-cœurs rebelles qui n’ont pas eu leur dose de brosse lissante.

Le quart d’heure suivant nous brandissons au même instant des écouteurs blanc. Moi pour mon Ipod Shuffle et elle… son IPhone 4. Connectée la p’tite dame. Je jette un coup d’œil à sa playlist, que du bon : Chopin (bon, normal), The Strokes (moins classique), ACDC (haha) et même Justice (ça doit être son petit-fils qui lui a refourgué…). L’instant d’après elle éclate de rire en lisant Madame Figaro. Coup d’œil oblique, via le reflet dans la vitre, il s’agit d’un article sur l’histoire Bettancourt.

Et soudain, surgit de nulle part, un homme vient lui tapoter la tête avec un Paris Match. Ciel, son mari ! Et il ne voyage pas avec elle, il est dans un autre wagon. Courageusement, je lance un « Vous voulez ma place Monsieur ? » espérant très fort qu’il va refuser, pour une fois que je me marre. Vœu exaucé, le front dégarni à mâchoire carrée me réponds immédiatement avec un large sourire que Non, il n’en est pas question, il préfère avoir la paix pour voyager. Sur ce il tourne les talons.

C’est dingue, j’ai l’impression d’être avec un amant, de faire un truc top-secret. Mon cœur bat à fond les ballons.  Et cette femme là, elle me sourit de nouveau, l’air de penser la même chose. J’ai envie de lui proposer quelque chose mais je ne sais pas quoi, je suis comme perdue à un premier rdv.

Un scrabble ? Non notre relation vaut mieux que ça.

Un tarot ? Elle risque de vouloir me tirer les cartes plutôt que jouer.

Elle sort un mot croisé du Figaro. Il faut que je saisisse ma chance. Elle bloque sur un neuf lettres, facile c’est « ambigüité ». De ma bouche pas un mot ne sort, gorge sèche, tremblements, je suis toute émotion, l’impression de me liquéfier, de n’être rien comparée à cette Dame.

Je ne lui ai pas adressé la parole de nos trois heures de rencontre.

Je m’en mords presque les doigts de ne pas avoir demandé son numéro de portable, je rêve encore que je lui envoie des sms et que je déjeune à l’arrière de restos branchés spécial 4e âge, avec des rampes à déambulateurs, des chauffeurs pour vous ramener dans votre appartement à moulures, un intérieur qui sent le cake à la vanille et les biscuits au gingembre…

La retraite ça a tellement l’air génial parfois.

Jeune à la retraite #4 : Amour sans OGM

Jeune à la retraite #3 : Ernestine et la soirée magique

Jeune à la retraite #2 : Thermes ta gueule !

Jeune à la retraite #1 : Délices nocturnes

THE DRUMS – s/t

In des disques... on juillet 19, 2010 at 8:00

Groupe américain / rock / Moshi-moshi Records

Parfois on rève d’être né à une autre époque. Il arrive qu’on y pense tellement fort que cela influe sur notre comportement et nos actes. Les jeunes de The Drums sont de ceux qui auraient dû naître quarante ans plus tôt et sous une autre nationalité.

Sans même l’avoir écouté, la pochette de ce disque fait presque froid dans le dos. Fluokids ? Electro bling-bling ? Indie rock qui se la raconte ?

A l’écoute c’est tout aussi troublant. On croit reconnaitre en permanence The Clash, Joy Division, les Beach Boys… sauf que non, ce sont des jeunes d’aujourd’hui.

On peut d’ailleurs s’interroger sur cette tendance actuelle des jeunes groupes à ne jouer de la musique d’avant leur naissance. Notre époque est-elle si anxiogène et déprimante que les mois de trente ans en perdent leurs facultés créatives pour s’enfermer dans des ersatz d’une époque qui semblait plus heureuse et facile ? Un No future de désespoir tout en restant un Fuck the future de jeunesse qui leur passera.

Si les titres de cet opus sont tous des singles en puissance, la qualité des textes n’atteint pas celles de leurs aînés, pas plus que les orchestrations rivalisent avec les groupes d’origine.

C’est à la fois agréable et agaçant de sans cesse avoir l’impression de retrouver d’autres groupes de rock. Un disque plaisant qui, passé l’effet de surprise, s’avère assez lassant mais n’en demeure pas moins de qualité. Reste à voir si, l’effet de surprise passé et la saison estivale derrière eux, The Drums saura s’extraire plus habilement que Mgmt du carcan que l’on a commencé de leur fixer.

JEUNES A LA RETRAITE #4 : Amour sans OGM

In Jeune à la retraite on juillet 15, 2010 at 8:24

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.

Ce week-end, on m’offrait une visite de Niort sur un plateau d’argent ainsi que l’occasion de me ridiculiser en public auprès de grandes personnes en or. J’ai donc testé pour vous : animer une conférence avant l’âge.

Téciverdi, première édition d’un festival dédiée à l’environnement en plein cœur de la ville de la mutuelle. Honnêtement je ne pensais que ce serait d’un si haut-niveau. Et j’ai la lourde tâche d’animer la première table-ronde où sont invités à débattre des gens très grands. On va causer Déforestation, pollution, coûts forestiers, impact sociétal, lourd programme. Nous sommes cinq autour de cette table, tous des hommes sauf moi, tous (beaucoup) plus âgés que moi. Bernard Cressens, retraité du WWF qui illumine le débat.

Diablement souriant, délicieusement drôle, fantastiquement dynamique, Bernard n’a pas sa langue dans sa poche pour autant pour dénoncer les pratiques de gestion forestières dans le monde. Je me sentais déjà petite et rien du tout avant, mais pendant, c’est pire. On passe deux heures de quasi-supplice à débattre à 5 sur une estrade en plein soleil, devant un public qui fond comme neige (normal il fait 40 degrés), on descend et Bernard me taquinera pendant les deux prochaines heures sur mon inexpérience tout en soulignant mon courage : « Tu es jeune, tu es la seule femme, tu es blonde, tu as robe et tu ne t’habilles pas comme une hippie décroissante tout en ayant un caractère bien trempé… on manque de gens comme toi. » flatteur et trop gentil le Monsieur, j’en ai les larmes aux yeux. Je suis déjà sous le charme. J’ai l’impression d’atteindre la félicité. Allez, hop c’est ma tournée, eau gazeuse et jus d’orange pour tout le monde !

On dîne ensemble – à la cantine – c’est simplement divin – pas la bouffe, le moment hein… – on discute du lapin chinois et du saumon aux hormones dans nos assiettes, des fruits bourrés de pesticides qu’on nous offre au dessert et puis on file au cinéma, voir le film de Patrick Rouxel. Lui était le plus jeune (après moi) au débat et est si sensible qu’on a peur qu’il craque à tout moment. Avec Bernard, on s’installe au deuxième rang de la projection, rigolant comme des gamins d’être arrivés en retard. Le film est sublime, sans discours moralisateur, simplement des images sans commentaire pendant les trente premières minutes puis un message très simple, très construit, très intelligent. Fin de la projection, Patrick est émouvant aux larmes, la voix tremblante, n’osant pas se mettre en valeur (visionnez son film et diffusez-le partout : www.greenthefilm.com). Bernard à mes côtés, me glisse que c’est vraiment un chic type ce Patrick, qu’il mérite d’être reconnu pour son travail de simple citoyen (Patrick Rouxel consacre six mois par an à filmer les forêts primitives du monde pour alerter les consommateurs sur de problématiques à la fois simples et effarantes liées à la déforestation. Il n’a pas de budget alloué à cela. Seulement sa volonté, ses convictions, son courage aussi. Il ne s’agit pas du discours classique, voyez son travail je ne veux pas vous influencer).

Et alors se produit ce dont nous jeunes, rêvons tous. Francis Hallé, homme le plus respectable du festival (je ne vais pas faire son apologie, vous devriez déjà le connaitre et si ce n’est pas le cas, tapotez sur Google, vous en sortirez grandis) se lève de son siège. Il était donc à la projection. Et il fait le plus beau compliment de la terre à Patrick Rouxel. Il vient de l’adouber en public, de reconnaitre la valeur de son travail. Silence dans la salle, émotion digne d’un discours d’adieux de Monsieur Bashung. Gorge nouée, yeux gonflés, personne ne craque mais on sent la tension. Bernard est sur la brèche comme moi. Francis Hallé irradie la pièce sans nucléaire. Sa parole est d’évangile, homme de peu de mots et de multitude d’idées. Et paf ! je viens de tomber amoureuse une deuxième fois aujourd’hui. Seules ses mains pigmentées trahissent un âge avancé. Le jour où cet homme va partir, je pleurerai je le sais.

Je reprends mon Bernard sous le bras et je l’embarque voir Oxmo Puccino. Bernard n’aime pas les musiques amplifiées. Mais Bernard écoute. Il ne restera pas longtemps car il part le lendemain très tôt, mais lorsqu’il me sert dans ses bras en plaisantant une dernière fois j’ai le cœur lourd. Patrick aussi se rentre. Rah non ne me laissez pas les copains !

Pour la première fois en douze heures je croise des jeunes. Et je panique soudain à l’idée que toutes les discussions importantes que nous venons d’avoir ne touchent pas les nouvelles générations. Pourquoi est-ce que mes congénères s’en foutent autant ? J’ai l’impression d’avoir vingt ans de plus qu’eux. Aujourd’hui, le lendemain, je ne veux plus partir, je veux être à la retraite pour continuer d’escalader les arbres et jouer avec les 1600 pandas en papier mâché (1600 pandas, c’est ce qu’il reste dans le monde…). J’ai comme la gueule de bois de ne pas avoir mes amis près de moi. Bernard, Francis… Des prénoms si rétros, des êtres si géniaux.

Allez hop, une tisane et au lit.

Dans la même collection :

Jeune à la retraite #3 : Ernestine et la soirée magique

Jeune à la retraite #2 : Thermes ta gueule !

Jeune à la retraite #1 : Délices nocturnes

BOUGE TON BOULE ! #2 : les remixes

In des disques... on juillet 13, 2010 at 8:28

L’été est là ! (ah bon on ne vous avait pas dit ? Profitez-en, ça ne dure pas longtemps !) et c’est l’occasion d’écouter de la musique un peu différente du reste de l’année. Comprendre : les corps dénudés et le soleil affriolent toutes les hormones et de ce fait, on se met à apprécier les trucs un peu dégoulinants (de bons sentiments ou de rythmes chaloupés, yeah bébé…). Mais qui dit « musique d’été » ne signifie pas qu’on n’a pas le droit d’être exigeants. Donc on écoute le haut du panier.

C’est involontaire de ma part, cet épisode est tout consacré à Record Makers, label parisien vivant dangereusement entre des égorgeurs et des assassins à armes automatique au cœur du 18e arrondissement.

Vous avez des voisins un peu bruyants sexuellement parlant ? Et d’autant plus quand vient l’été car ils vous laissent profiter de leurs ébats en laissant les fenêtres ouvertes ? Eh bien il existe un remède simple : Sébastien Tellier remixes. L’album original, Sexuality, était une matière première idéale pour des réinterprétations électroniques. Et ceux qui se sont attelés à la tache ont fait ça bien. Midnight Jugernauts, Danger ou Boys Noize transforment les morceaux parfois un peu lisses en des tubes dancefloors imparables. Pour votre voisin casse-bonbon collez-lui Kilometer – A-Track Remix ou Kilometer – Moulinex Remix et croyez-moi, les vagissements et les basses sont tels que ça lui coupera toute envie de vouloir faire le paon.

Toujours chez Record Makers, lorsque la chaleur estivale retombe vers 4h, vous pouvez vous passer en boucle les remixes de Baltimore, excellent morceau extrait du B de Turzi. Le featuring de Bobbie Gyllepsie ici assaisonné aux épices Zombie Zombie devient une splendeur krautrock hypnotique et addictive. Cette collaboration enregistrée en live (au Point FMR) est aussi époustouflante sur scène que sur disque.

A côté des bureaux de Record Makers, on trouve ceux de Tricatel. Et je ne peux que vous conseiller très vivement d’inclure dans votre playlist estivale le kitshissime remix de Showgirls (écurie Tricatel) par Hypnolove (écurie Record Makers). Bien meilleur que l’original, sucré à souhait (déconseillé aux diabétiques), si vous n’arrivez à conclure sur ce titre, c’est moi qui vous embrasse à pleine bouche.

Et comment se passer d’Acid Washed en ce mois de juillet moite. Le titre automobile General Motors, Detroit, America et ses nombreux remixes s’écoute jusqu’à plus soif, entre citronnade et gin-tonic, indispensable (Ne pas louper le live cet été pour les chanceux qui ne prennent pas leurs vacances en aout et peuvent profiter de Paris déserté de ses populaces – Festival FNAC Indétendances, 14 août).

Allez, si avec tout ça vous ne trouvez pas votre bonheur…

Sébastien Tellier and friends, Sexuality remix, Record Makers

Turzi, Baltimore, Record Makers.

Acid Washed, Acid Washed, Record Makers.

Showgirls, Showgirls mini, Tricatel.

Dans la même série :

BOUGE TON BOULE ! #1 : les reprises

BOUGE TON BOULE ! #3 : les trucs sucrés de filles

BOUGE TON BOULE ! #1 : les reprises

In des disques... on juillet 8, 2010 at 7:49

L’été est là ! (ah bon on ne vous avait pas dit ? Profitez-en, ça ne dure pas longtemps !) et c’est l’occasion d’écouter de la musique un peu différente du reste de l’année. Comprendre : les corps dénudés et le soleil affriolent toutes les hormones et de ce fait, on se met à apprécier les trucs un peu dégoulinants (de bons sentiments ou de rythmes chaloupés, yeah bébé…). Mais qui dit « musique d’été » ne signifie pas qu’on n’a pas le droit d’être exigeants. Donc on écoute le haut du panier.

Les reprises sont un art plus ou moins réussi, plus ou moins intéressant aussi. Et l’été fleurit de tubes qui seront parfaits pour le camping ou mal faire l’éducation des ados découvrant le joyeux monde de la puberté.

Tout le monde n’est pas fan de la location entre amis à beauf-land et certains sont assez charitables pour mettre des disques intéressants dans les mains des ados (tant qu’à faire, ils vont les écouter en boucle avec les fenêtres ouvertes, alors autant se fader des choses potables plutôt que « cette année là » version raï…). Voilà deux opus qui devraient faire votre bonheur.

Après My Bloody Valentine, Pas de  Printemps pour Marnie revisite cette année le répertoire des Bee Gees. Au premier abord on a envie de crier au scandale car les originaux des Bee Gees l’été, on aimerait bien qu’ils passent plus souvent, plutôt que les tubes faussement disco avec chorés ridicules. Sauf que Pas de Printemps pour Marnie fait ça bien. Version pop. Très doux, très mignon, qui donne envie aux ados de rester enfermés toute la journée dans leur chambre, allongés sur leur lit avec leurs yeux de Merlan frits et leurs rires niais à la fois horripilant et touchants. En plus y’a des enfants (les classes de CE1 et CM2 de Toulouse) et c’est même pas casse-bonbon (ouais parce que les chœurs de mômes ça va deux minutes en général, c’est sympa pour la kermesse une fois tous les cinq ans…).

Autre genre, autres reprises. The Hillbilly Moon Explosion et sa pochette grunge se révèlent être un bijou 50’s. Du rock n’ roll à la papa, du twist veux-tu en voilà et des reprises de Gainsbourg qui fondent dans les oreilles comme les anis… hum je m’égare. Ne pas rater « Johnny are you gay ? » qu’on aimerait voir remplacer ces R’n’B putassiers dans les guettos-blasters des midinettes. Des jeunes suisses qui font de la musique de vieux américains, c’est rare et précieux.

Pas de Printemps pour Marnie, Nuit Fièvre, MVS Records, sortie le 16 août.

The Hillbilly Moon Explosion, Raw Deal, Believe, sortie le 15 juin.

A venir :

BOUGE TON BOULE ! #2 : les remixes

BOUGE TON BOULE ! #3 : les trucs sucrés de filles

Ma vie sans Internet #4 : Calvaire

In Ma vie sans Internet on juillet 7, 2010 at 1:23

Cela fait exactement deux mois maintenant que je n’ai plus Internet au bureau. Deux mois pendant lesquels je n’aurais jamais penser travailler autant, boucler des projets, organiser des vacances… Un Monsieur très gentil – mais très bête aussi – est venu nous voir la semaine dernière, il a dit que la connexion serait normalement bientôt opérationnelle – comme si c’était normal et qu’il arrivait régulièrement à toutes les entreprises de France d’être privées de leur accès Internet pendant deux mois.

Il a aussi dit que France Télé-con paierait des indemnités de retard pour le désagrément causé. Rien à branler de tes indemnités j’avais envie de lui dire, car ça ne va pas sur nos salaires alors que c’est nous qui en souffrons hein…

Enfin donc, je suis partie en week-end de quatre jours super reposée, en me disant que si ça se trouve, quand je rentrerais au bureau il y aurait Internet.

Mais non.

Pas d’Internet. Je ne suis pas encore rentrée au bureau mais je le sais car ma collègue m’a appelé pour que je pense à télécharger des documents AVANT de rentrer au bureau le lendemain.

Haha.

C'est là qu'il se cache le géo trouve-tout...

Pendant ces quatre jours, ma tante Yvette m’a emmené aux grottes de St Antoine. Moi, inculte mais curieuse, je lui demande à quoi il sert ce Saint. Elle m’a répondu que St- Antoine de Padoue est souvent invoqué lorsqu’on a perdu quelque chose qu’on veut retrouver. Mais je ne suis pas baptisée et je ne sais pas prier, je fais comment pour papoter avec lui ?

Pas grave, il parait qu’on peut quand même et y’a même un exemple de prière scotchée devant la statue pour ceux qui ne savent pas faire comme moi. Tante Yvette allume un cierge et me rappelle de ne pas demander quelque chose pour moi directement mais pour mon prochain.

Ok, roule pour l’entretien avec St Antoine… Enfin le monologue.

« Salut ‘tonio, écoute t’as l’air d’être un mec bien, j’ai lu quelques brochures dos carré-collé dans l’entrée, j’crois qu’on pourrait s’entendre. Donc d’abord, j’suis pas du tout portée sur la religion et ses artifices, donc la meilleure manière de te montrer que je te respecte c’est de te parler normalement et pas en utilisant des tournures de phrases super moches et du vocabulaire désuet et ridicule. Deal ? »

Qui ne dit mot consent, donc je continue.

« Donc j’ai un service à te demander et si tu voulais m’aider ce serait super sympa de ta part. J’ai vu que de la flotte potable suinte de la roche de ta grotte, eh bien tu vas comprendre l’intérêt de mon métier, je m’occupe de la préservation de qualité et quantité des eaux souterraines, c’est bien hein ? »

Toujours pas de manifestation divine, j’espère que ce n’est pas l’heure de la sieste du vieux…

« Et tu sais, à mon travail, ça fait deux mois qu’on n’a pas accès à Internet. Internet c’est un truc vital pour nous, si on n’a pas ça, on risque d’avoir plein d’ennuis tu vois ? Enfin si tu pouvais aider ma directrice à reprendre confiance dans l’humanité et l’au-delà en t’occupant rapidement du problème ce serait super chouette. Enfin voilà, merci beaucoup d’avance…»

Je fais même le chemin de croix en faisant remarquer à St-Antoine que les chiffres romains ressemblent à une police Times New Roman et que je veux bien utiliser ces caractères pour toute ma correspondance de bureau en souvenir de lui s’il veut bien accéder à ma requête.

De retour à Paris, je reçois ce coup de fil de ma collègue à propos d’Internet toujours en rade. Saint- Antoine prends ton temps mais pas trop pense-je (c’est laid hein ce pense-je…).

Et là, le coup de grâce.

De retour chez moi, dans MON appartement, dans MON cocon high-tech over-branché et sur-connecté, il n’y a plus Internet non plus.

Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! Pu*** de bor*** de m*** d’enf*** de St Antoine ! Espèce de wc-chimique de festival sans programmation intéressante ! Qu’ai-je donc fait pour mériter pareille pénitence ? Prends pitié de ma longue douleur, mon calvaire dure depuis deux mois tu ne peux pas me faire ça !

Me voilà partie derrière le sac de nœud de câble électrique, je coupe tout, je rebranche tout, RIEN.

Dépitée, je fais un soin du visage et une pédicure aux huiles essentielles sensées me calmer.

De retour dans le salon, la situation n’a pas évolué. Alors, de rage, je m’endors (ça donne quelque chose comme ça : Epopée narcoleptique).

Quelques heures plus tard, au petit-déjeuner, je suis prête pour aller m’ennuyer toute la journée au bureau

ouais parce que la working-girl ça ne fonctionne que si j’ai Internet à la maison pour compenser mon isolement le reste de la journée.

Et là, celui qui reste au lit à traîner quand je reviens de ma douche froide

oui froide la douche, je me crée mes propres supplices pour montrer à Saint Antoine que je suis une bonne âme – m’annonce très sobrement qu’il suffisait de rebrancher la prise téléphonique

– Ce qui me rappelle immédiatement que je ne suis pas blonde pour rien et que pour une fois je fais honneur à ma pigmentation naturelle.

Saint Antoine tu es un coquin, alors maintenant qu’on a bien rigolé, stp fais que je sois connectée.

Pour le plaisir des zygomatiques, ma quatrième journée type :

9h : La secrétaire est en vacances, ce qui vous repose vous.

9h10 : Je propose de faire du café mais personne n’en veut, il fait trop chaud (ils ne veulent pas avouer qu’ils ont peur du café que je vais leur faire avec 3 fois plus de caféine que d’habitude surtout…).

9h15 : Allez hop, je vais ouvrir les fenêtres et créer un courant d’air pour voir tous les dossiers de mon collègue pas sympa s’envoler, hinhinhin.

9h20 : Et voilà le travail ! Je feins d’être désolée et ramasse tous les dossiers en prenant soin de les mélanger.

9h30 : Réunion de service. Ils sont tous en vacances donc c’est vite vu le retro-planning pour septembre.

9h55 : Rah pu*** ! Cinquième appel de la journée, finalement c’est mieux quand la secrétaire est là…

10h50 : Vous bouclez votre dossier approximativement vu que vous n’avez plus Internet pour vérifier de quoi faire de splendides finitions.

12h10 : Vous allez manger avec vos collègues à la cantine du CG, c’est vide et du coup le chef vous offre du vin à siroter avec votre salade de mâche des petits producteurs.

14h00 : Réunion au sommet, le soleil et le vin ont fini de vous donner irrépréssiblement envie de dormir. Vous visez un fauteuil près du ventilateur un peu au fond et très moelleux. Le compte-rendu ? Ce n’est pas à vous de vous en charger, ouf !

14h30 : Vous sursautez car on vient de vous taper sur épaule pour vous prévenir que la réunion est terminée… La honte un peu, pas grave, il y en a cinq autres à réveiller autour de vous.

15h15 : Twitter c’est vraiment un média qui bouffe un temps monstrueux, vous voudriez bien y avoir accès présentement, pour savoir si Turbot s’est flingué la cheville dans un cours d’eau aux Euroks comme l’année dernière. Appel de l’ex Cinq 7, le même qui vous a envoyé cette superbe enveloppe avec un marque-page collector pour vous proposer un concert. Ils ont tous intégré que vous n’avez pas Internet sauf Muraire qui se demande encore qui lui envoie des textos demandant à quelle heure commence l’event pour le concert du soir.

17h10 : Allez encore 2 pages et vous pourrez quitter le bureau. Oui il est tôt et non vous n’êtes pas pressé de rentrer car y’a pas Internet à la maison non plus…

18h : Vous êtes dans une ville civilisée avant la fermeture des boutiques ! Ca n’est pas arrivé depuis des mois, du coup vous achetez plein de trucs pas soldés.

18h40 : Vous redécouvrez qu’il y a une séance de cinéma avant 22h, chouette alors !

Les épisodes précédents :

#1 : Ennui

#2 : Autisme

#3 : Superproductivité

Ma vie sans Internet #3 : Superproductivité

In Ma vie sans Internet on juin 29, 2010 at 8:45

Deux semaines, c’est le temps qu’il m’a fallu pour faire le deuil du média le plus essentiel et efficace de notre époque comme auxiliaire de travail.

Pages jaunes de 12 kg, fax, téléphone, revue de presse au kiosque, Internet est devenu un vieux souvenir au bureau. Je me surprends à répondre au téléphone « je vous envoie ça par la poste dès demain » ou « vous pouvez nous envoyez un fax, ça sera plus rapide ».

Et je bosse. Comme jamais. Comme une acharnée. Comme si l’avenir de la France en dépendait.

– Remarque je ne peux pas faire pire que l’Equipe de France de football, c’est encourageant –

Terminé les minutes d’égarement où, lassée de votre tâche, vous vous perdez dans des lectures, certes passionnantes, mais futiles lorsqu’il s’agit de boucler un rapport de 200 pages sur L’impact des intrants sur la qualité des eaux souterraines de Seine-et-Marne, Essonne et Val de Marne.

– Croyez-moi sur parole c’est pas beau à voir et pour les eaux superficielles et l’eau en bouteille c’est pire… –

Les vacances dans un mois ? Pas chez nous en tout cas, personne ne prendra de vacances avant d’avoir bouclé ses dossiers brûlants.

– En France, on n’a pas de soleil mais on a des dossiers brûlants, c’est moins cancérigène –

Je pourrais ne plus jamais avoir Internet au bureau, il ne me manquerait presque plus.

Bon c’est vrai que je l’ai touts les matins et tous les soirs en fait.

Mais que pour des loisirs.

– Pas question de travailler chez moi, on me refuse le télétravail alors… –

Pour moi. Pour me faire plaisir. C’est chouette aussi Internet quand c’est seulement pour s’amuser. Ca cloisonne bien la vie privée. Ca empêche à la surexploitation des cadres ambiante de vous bouffer vos plates-bandes vitales.

J’ai redécouvert ce que « pause » voulait dire. Avant mes pauses c’était checker ma boite mail ou faire la fofolle avec mes copains de la blogosphère. Maintenant, pour mes pauses, je décroche de l’écran 5 minutes. Pour de vrai. Par exemple je regarde par la fenêtre et je m’aperçois que le restaurant d’en face a fermé. Qu’ils ont ouvert un club de gym à la place, depuis 2 mois déjà. Et mes yeux, ils me disent merci. Fini les migraines liées à 8h scotchée non-stop à l’écran. Je dors beaucoup mieux d’ailleurs. Des vraies nuits. Avant les nuits comme les gens normaux ça me faisait peur, maintenant quand je dors onze heure je trouve ça cool… Je deviens vieille vous croyez ?

Et, vous n’allez pas en croire vos yeux, voilà à quoi ressemble ma troisième journée type de travail sans Internet :

9h : Le café est prêt, mais pas dans votre tasse imprimé Liberty. Parce que vous n’en avez pas besoin pour tenir vos paupières ouvertes.

9h10 : La secrétaire vous apporte deux fax. C’est chouette les fax car on peut voir l’écriture des gens. Parfoi c’est beau comme un tableau.

9h15 : Allez hop, In Design est prêt pour mon assaut du jour. Saleté de PC de m*** ! Vu que vous n’avez pas Internet, l’antivirus fait des reminders toutes les 10 minutes… Vous enclenchez l’option “ta tronche le PC sinon j’te bazarde par la fenêtre” et ça va le calmer pour aujourd’hui.

9h20 : Et hop ! Une page de plus ! Next !

9h30 : Réunion de service. On a avancé l’heure car tout le monde est là plus tôt maintenant.

9h55 : Exposé de 12 minutes chrono sur l’état des cultures de Seine-en- Marne. Avant il leur fallait 20 minutes pour cracher trois phrases.

10h50 : Une heure pour boucler une réunion qui prenait une demie-journée, c’est cool.

12h10 : Vous allez manger avec vos collègues à la cantine du CG et quand vous croisez les autres services qui ont Internet, ils sont admiratifs de vous. Avant vous étiez la dernière roue du carosse, maintenant vous avez une sorte d’aura « Ceux qui rendent leurs dossiers en temps et en heure et nous font passer pour des loosers ».

14h00 : Vous avez déjà abattu quinze nouvelles pages.

14h30 : Vous sursautez car on vient de vous taper sur épaule et vous, concentré, vous n’aviez pas vu venir le coup. Encore du travail en urgence… pas grave, vous restez d’un calme si olympien que votre boss vous soupçonne immédiatement de prendre des drogues.

15h15 : Twitter c’est vraiment un média qui bouffe un temps monstrueux, vous vivez assez bien sans finalement. Texto de JS avec plein de mots qui font plaisir pour me dire qu’il vous soutient dans cet effort. Beaucoup plus chouette qu’un tweet. Vous êtes toute joie joie joie de retourner bosser.

17h10 : Allez encore 2 pages et vous pourrez envoyer ce dossier en relecture pour validation.

18h : Bon dans une heure vous prendrez le train pour rentrer, on ne va pas faire nocturne plus de 2 fois par semaine, vous avez une vie privée à respecter et honorer.

18h40 : Vous quittez le bureau, fier de vous, vous avez mieux travaillé en une journée que ces trois derniers mois. C’est super car vous allez partir en vacances avec l’esprit tranquille, sans cette boule au ventre le jour de la rentrée à l’idée de la montagne de travail qui vous attendra.

Les épisodes précédents :

Ma vie sans Internet – ennui

Ma vie sans Internet – autisme

APPLAUSE – s/t EP

In des disques... on juin 25, 2010 at 8:27

Groupe belge / Trip hop – Soul / 3e Bureau

La pochette est antithétique avec le nom du groupe. Comment Applaudir alors que vos deux mains sont occupées à vous boucher les oreilles ? Ce paradoxe n’est que le premier d’une longue série. Un EP qui en a dans le ventre à découvrir ardemment.

Les contradictions, APPLAUSE les cumule. A la première écoute on croit détenir l’opus d’un nouveau cru anglais. Des accents de Morcheeba ou Massive Attack mêlés à une culture britpop. Mais lorsqu’on consulte le communiqué de presse (qui pour une fois n’est pas vain), on tombe des nues en découvrant que ces gars là viennent de Belgique. Ce pays en crise existentielle et identitaire produit régulièrement son lot de petites perles musicales assez insolites.Les textes d’APPLAUSE font d’ailleurs implicitement référence à cet égarement, ils cherchent un phare, un lapin blanc à suivre.

Autre curiosité, alors que d’ordinaire ce genre d’album traverserait vos oreilles aussi vite qu’un Thalys (aussitôt écouté, aussitôt oublié), les mélodies d’APPLAUSE sont plus tenaces que les taches Eau Ecarlate. Sitôt écouté, sitôt accro. On se surprend donc à user la touche repeat sur The Lighthouse ou White Rabbit.

Et puis il y a cette voix, ce chanteur grave et bouleversant, dont les cordes vocales semblent sur le point de se désintégrer à chaque minute.

Pour toutes ces raisons, j’attend avec impatience l’album pour me faire un avis plus approfondi et je salue l’initiative d’un label qui a su prendre le risque de soutenir un groupe moins bankable que le reste de son catalogue.

Sortie le 19 juillet

Album à venir en 2011

En concert gratuit sur la plage du Glazart le 25 juin.

INTER-minables

In Ce qui m'émeut, Ce qui m'énerve on juin 24, 2010 at 1:31

(Ce billet est rédigé à chaud et publié sans relectures)

Bordel.

Bordel de merde.

Putain de bordel de merde, mais qu’ont-ils fait de ma radio préférée ?

Mes parents peuvent en témoigner, France Inter je l’écoutais au berceau. Du soir au matin, je ne dormais pas beaucoup mais j’étais sage, concentrée. Du matin au soir je faisais beaucoup de choses mais j’écoutais encore et toujours. Je pourrais même vous réciter la grille d’il y a 15 ans. Cette radio était mon ami, mon amant, ma drogue, mes vitamines, mon somnifère aussi… Je ne me forçais pas, j’étais plus accro que mes parents.

Lorsqu’on est gamin, on imagine des tas de choses. A commencer par les têtes des personnes qui parlent derrière le micro. Mais aussi l’image d’une radio. Et pour moi le symbole d’Inter c’était un grand sourire, comme une banane de Warhol.

Un sourire.

Etait-ce parce que je grandissais, parce que vieillissant je devenais plus exigeante, j’avais depuis quelques années la sensation que cette antenne ne tournait pas rond. Et puis chemin faisant j’ai réalisé que non, cette radio perdait en qualité, jouait les putes soumises auprès de divers politicards, travestissait son talent et son intelligence.

Durant ces mêmes dernières années, tous les repères et piliers de mon enfance ont tiré leur révérence. Claude Villers, José Arthur et Kriss en tête, Jean-Pierre Gaillard et Louis Bozon pour d’autres raisons… même le kitsh et la futilité de Macha Béranger me manquent.

Puis on a appris la suppression en rafale d’émissions géniales (Esprit Critique, Et pourtant elle tourne, Pique et Coeur…), sans préavis.

Et malgré tout je continuais d’écouter. Pour une raison principalement. Il me restait le petit créneau humour du matin. Celui qui permet de rire un bon coup avant de plonger dans l’âpre morosité ambiante d’une époque toujours plus désincarnée.

Il fut une époque où même Laurent Ruquier ou Laurence Boccolini m’ont fait rire. D’accord je n’avais que 6 ans mais bon, ils remplissaient leur rôle. Pierre Desproges et Guy Bedos eux, j’ai apprécié leur humour pour autre chose, la beauté de leur cynisme, le vitriol de leur propos qui faisaient tant honneur à Beaumarchais (Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé(e) d’en pleurer). Même Guy Carlier a su m’amuser.

Et puis vinrent Stéphane Guillon et Didier Porte. Parce qu’ils s’intégraient à une équipe que l’on sentait encore soudée, car Nicolas Demorand savait transformer nos oreilles en papilles avides, également puisque l’époque l’exigeait. On n’avait plus que ça, deux minutes trente par jour pour tenir.

Pour tout cela j’ai fait confiance jusqu’au dernier moment à Philippe Val pour avoir la présence d’esprit de conserver ces électrons libres, agitateurs de particules élémentaires. Je me disais “Val fait des conneries, comme tout le monde, mais il n’est pas demeuré, il voit bien où est son intérêt.”

Cette répudiation de deux fantassins au royaume des bouffons (dans l’acceptation 9-3 du terme si vous voyez où je veux en venir) m’a fait un éléctrochoc.

Je crois tout simplement que je vis mon premier divorce. Des séparations ça j’en ai vécu plein, sans vraiment de problèmes d’ailleurs. Mais là c’est brutal, stupide, méchant et incohérent.

L’incohérence.

Voilà le terme qui sied à France Inter.

Comment peut-on être assez incohérent pour avoir, comme J-L Hees, défendu bec et ongles des humoristes en tant que Directeur et s’en débarrasser avec toutes les marques d’inélégance et de bassesse d’un exécutant écervelé ?

Pas la peine de s’énerver. S’indigner oui.

Dans le droit, lors d’une séparation, il ont ajouté le mot “amiable”. Il existe même des divorces à l’amiable maintenant. Mais pour moi divorce est un mot plus rude et plus puissant. Celui qu’on emploie lorsqu’on ne peut pas trouver de terrain d’entente.

Alors France Inter, Je suis venue te dire que je t’aimais mais que je m’en vais aussi. Pour longtemps.

Demain, mon poste de radio sera en berne,

dans deux jours je résisterai de tout mon corps pour ne pas tourner le bouton,

dans trois jours je chercherai en vain un substitut (en vain oui, car comme Stéphane Guillon l’a déclaré au Grand Journal, c’était Inter ou rien),

dans quatre jours je n’aurai pas oublié, rien, et ça n’ira pas mieux, du tout,

dans cinq jours j’aurai des envies de meurtres, je fantasmerai des accidents de voitures, des catastrophes naturelles.

Dans une semaine et pendant les mois qui suivront, j’inventerai de nouveaux concepts, des émissions d’un autre genre, des programmes qui tiennent la route et donnent envie.

Mais pas pour toi radio chérie.

Pour une autre.

Et j’espère que tu auras mal, pas juste de me voir partir moi – tu t’en balances je le sais, je suis trop jeune pour t’intéresser, trop femme pour être digne d’intérêt, trop humaine et honnête pour que tu me prennes au piège – mais tous ceux qui se sentent dépossédés et trahis.

J’espère que tu pleureras et demanderas pardon, pardon que personne te t’accordera. Je ne suis pas chrétienne, je ne tendrai pas la main. Que tu te rendras à l’évidence : tu as vieillis. Difforme, tu sues la laideur, bouffie par les erreurs.

J’espère que tu te rendras encore plus minable et pitoyable aux yeux de tous.

Parce que si tu fais ça, alors il restera quelque chose chose en toi d’humain après tout.

Violette R.O.L.L.

A lire également, une réaction moins passionnée mais tout aussi intéressante : France Inter, la fin d’une époque

Ma vie sans Internet #2 : Autisme

In Ma vie sans Internet on juin 23, 2010 at 8:00

Tout le monde a en tête le binoclard aux tee-shirts vantant des gigabytes ou faisant référence à Star Treck. Un Nerd, un accro de l’ordinateur. Et dans l’imagerie populaire, ce nerd est être à part, coupé du monde, il n’a pas d’amis, pas de relations sociales, pas de passions hormis ses megapixels.

La vérité est ailleurs comme dirait l’autre, je peux vous assurer que ce nerd a l’équivalent des relations humaines d’un commercial doué comparé à moi.

Que l’on soit timide ou non, extraverti ou pas, jeune ou vieux, notre société ne peut plus vivre sans la toile, sans avoir à y recourir. Dépendance ? En quelque sorte, mais le terme plus exact serait plutôt « Valeur ajoutée ». L’évènement réçent du volcan islandais paralysant le trafic aérien et par là-même toute notre économie est un exemple de dépendance. Nous pouvons fonder une économie reposant sur d’autres systèmes d’échanges que ceux de l’ultra-libéralisme (sans faire de politique, c’est objectif). Alors qu’Internet est un outil qui avant tout est bénéfique à l’humain quoiqu’on puisse en penser. Comme toute chose il comporte ses dérives mais l’accélération des systèmes de communication n’est pas mauvaise si elle est utilisée à bon escient :

- Votre famille habite loin. Avant « habiter loin  les uns des autres » signifiait « distension inévitables des relations ». Votre propre patrimoine génétique vous apparaissait peu à peu étranger. Aujourd’hui grâce aux outils comme Skype, vous pouvez voir grandir votre neveu, plaisanter avec le fuseau horaire opposé au votre. Vous pouvez avoir l’impression d’appartenir à une famille ce qui, de nos jours, est déjà un exploit en soi.

- Votre ami va mal. Avant « avoir un ami mal dans sa peau » signifiait « passer son temps à se faire du souci et à le harceler de peur qu’il ne fasse une bêtise ». Aujourd’hui le micro-blogging ou les réseaux sociaux permettent de prendre soin des autres sans devenir oppressant. On envoie un petit mot, une blague, une vidéo, on veille sur ses amis sans leur poser frontalement une question qui n’a finalement aucun sens. Sérieusement, « Ca va ? » est devenu un tic de langage qui a perdu toute son intérêt.

- Votre bébé vient d’être refusé à la crèche pour rhume ou votre aventurier de 6 ans vient de chopper la scarlatine. Avant être jeune parent signifiait « l’un de nous deux va devoir sacrifier en partie sa carrière, on se le fait à pile ou face ? » et en général c’était la mère qui devait faire une croix sur son boulot. Idem pour gérer les aléas de la vie (médecin, plombier, livraison….). Aujourd’hui le développement du télétravail (dans des proportions réalistes, à raison d’un ou deux jour max par semaine) permet de gérer un métier et des impératifs sans problème.

Tout comme vous n’envisageriez pas de participer à un colloque sans vos fidèles diapos Pwpt, travailler sans Internet relève de l’absurdité complète. Le véritable autisme du XXIe siècle est de ne pas vivre avec Internet.

Juste pour le plaisir je vous fais ma journée type de deuxième semaine :

9h : Vous allumez de la main droite votre percolateur – un italien de préférence – pendant que votre main gauche attrape votre tasse imprimée Liberty, précieux réceptacle d’un breuvage noir qui tentera de maintenir vos paupières ouvertes les deux prochaines heures. Oui vous êtes encore à la maison, de toutes manières il n’y a rien à faire au bureau.

9h10 : La secrétaire compare vous appelle pour vous dire de prendre votre temps.

9h15 : Il n’est pas mal de café, allez un second expresso pour la route.

9h20 : Tiens et si j’allais au bureau ? Vous embarquez 25 nouveaux disques et les petits mots d’attachés web qui vont avec.

9h30 : Bon allez c’est parti pour une heure de transports en commun…

9h55 : Hahaha le métro est coincé, vous choisissez de terminer à pied.

10h50 : Arrivée au bureau. Formation du jour : apprendre à se servir d’un fax, engin préhistorique au fond du local photocopie..

12h10 : Vous venez d’envoyer le premier fax de votre vie à votre collègue : « Penser à racheter du champagne pour le bureau car on compte tout vider aujourd’hui pour passer le temps ». Vous allez chercher une panoplie de pique-nique de bureau : olives, jambon, quiche, cakes… La salle de réunion ressemble à un local d’extrême-gauche. Les bouteilles de champagne se vident rapidement.

14h00 : Retour au bureau, on est bien assis sur ce fauteuil. Tiens il s’incline super bien en arrière…

14h30 : Réveillé par la sonnerie stridente de ce *%ùµ* de poste de téléphone, vous terminez votre partie de Spider Solitaire.

15h15 : Vous créez une fausse interface Twitter et discutez avec vous-même

« LMauve s’ennuie au bureau

LMauve @LMauve : ah ben j’me sens moins seule, moi aussi je m’ennuie.

LMauve @LMauve : hahaha remise du champagne ? Pas mal ce cru rosé…

LMauve @LMauve : Bon j’te laisse j’ai une course à faire. »

16h30 : SMS de votre copine qui vous demande si vous venez à « la soirée ». Quelle soirée ? Celle qui commence à 17h30 !

17h10 : Tiens vous êtes presque arrivée à la soirée.

18h : Vos amis semblent venir d’une autre planète, discutent d’actualité politique votée dans l’après-midi, du buzz vidéo du jour et de ce putain de site de la SNCF qui rame trop pour prendre des billets pour les vacances.

18h40 : Vous quittez la soirée pour vous vous mettre au lit avec un guide du Minitel pas à pas.

ARANDEL – In D

In des disques... on juin 22, 2010 at 7:45

Artiste français / Electro minimale – kraut / Infiné

Chez certains bons labels il existe un grain, une texture récurrente dans chaque disque, quel qu’il soit. Tout comme il existe « une patte Record Makers », on retrouve chez Arandel le « sceau Infiné ». Ce projet de ce qui est entrain de devenir l’un de mes labels favoris est probablement plus expérimental et introspectif que les autres. Une pièce maîtresse de l’identité Infiné.

Dès les premières minutes, on sait qu’on ne va pas ressortir de ce disque indemne. Pétri de références Krautrock et électro minimale (In D fait référence au In C de Terry Riley), cet opus est à la fois intemporel et actuel, complexe et aisé, graphique et architectual.

Intemporel par la foule de références présentes (en plus de ceux cités plus haut, il y a de splendides plages Philip Glass) ;

Actuel par ce grain Infiné faisant écho à des artistes contemporains (Zombie Zombie et Etienne Jaumet solo pour la partie Kraut hypnotique, Fredo Viola pour les parties de chants mystiques, Clara Moto ou Rone les autresdisciples Infiné pour les progressions  liquides mélancholiques mais entraînantes…) ;

Complexe par la multiplicité des instruments utilisés (flutes, violoncelles, xylophones, cuivres… tout en bannissant le recours aux samples ou MIDI) ;

Aisé par la rectitude du chemin qu’il trace, toujours plus hypnotique et prenant ;

Graphique par les émotions visuelles qu’il provoque ;

Architectural tant sa structure au premier abord fragile et indécise s’avère reposer sur un socle inaliénable.

Fil conducteur, ce cœur qui bat, tantôt simple goutte d’eau, tantôt violente batterie. L’expérience d’Arandel respire la vie. On se retrouve régulièrement catapulté au beau milieu de nos rêves d’apesanteur contemplative à la Kubrick.

Un disque addictif et euphorisant, plus réussi qu’un bon cours de Yoga.

Sortie le 28 juin 2010, à se procurer d’urgence ou à la rigueur, à écouter sur Deezer.

Une chronique qui pense comme moi à ma plus grande satisfaction d’ailleurs) chez Chroniques ELectroniques

FLUIDE GLACIAL #3 : U2

In Fluide Glacial on juin 21, 2010 at 8:00

Dire qu'on pourrait supprimer la vie de tas de gens inutiles d'un seul coup grâce à U2...

Parce que notre monde n’est pas celui de Oui Oui et que ça fait un bien fou de pouvoir se défouler une fois de temps en temps. Parce que je sais aussi être mauvaise.

Cette semaine, mon invitée est une téméraire qui n’a pas peur de dire tout haut ce que tout une génération pense tout bas. En plus c’est une contribution spontanée (l’occasion de rappeler que toute personne est la bienvenue ici, qu’elle n’hésite pas à me faire une proposition).

Accueillez svp comme il se doit (comprendre : avec moult courbettes) cette dent de sabre que je ne connaissais pas. Elle ose s’attaquer à un groupe qui remplit les stades (et non ce n’est pas NTM).

[Attention ce billet est trèèès long, adeptes du format riquiqui, passez votre chemin]

U2

A la tienne tout seul, on te souhaite de crever et nous foutre la paix !

Il existe très peu de choses au monde que je déteste de tout mon être. C’est du genre complètement inexplicable, c’est juste comme ça. Je n’aime Steven Seagall, ni le cassis, ni Véronique Jannot, ni les jeans blanc. Ni U2 donc. Et ça ne s’explique pas. Fin du billet, merci, rideau.

On me souffle dans l’oreillette qu’en fait, faudrait développer… Bon. Je vais essayer, mais je n’aime tellement pas dire du mal. Je suis malheureusement née dans les années 80, ce qui aurait été plutôt une bonne nouvelle si j’avais eu un faible coupable pour la mode fluo, les épaulettes et les coupes mulets. Et U2 donc. Sauf que non, en fait. Les groupes avec lesquels tu grandis sont probablement ceux dont il est le plus compliqué de se défaire.

Ça m’aurait bien arrangé moi, que Paul, David, Larry et Adam ne se soit pas mis en tête au lycée de former un groupe de Rock. Tu as bien lu, attentif comme tu es, P-a-u-l et D-a-v-i-d. Parce que bon, les parents des 60′s-70′s ils avaient beau être un peu défoncés parfois, tu ne crois pas sérieusement qu’ils auraient prénommé leur descendance  “the Edge”? ( Le pont? Oh qu’il est mignon, appelons le le pont… Ahem.  ) ou Bono?

Bon appétit...

Déjà dans le choix de ce pseudo, on peut comprendre une partie des raisons qui font que U2, ça ne passe pas. Paul, quand il s’est choisi un pseudo, parce que Paul c’était pas très rock quand même (…), il a beaucoup cherché. Et puis, on ne sait par quel truchement, un délire latiniste… Bono Vox… Une petite adaptation de bonavox, la bonne voix. sous entendu, les enfants je me la pète un petit peu. Quand même. Déjà ça, ça a tendance à ne pas me le rendre sympathique. Et ce n’est pas parce qu’il l’a raccourci en juste “bono” qu’on passera l’éponge.

U2 au départ, c’est un groupe de rock, ni plus ni moins doué que les autres. Ils auraient pu continuer leur petit bonhomme de chemin, tranquille, sans m’embêter. Sauf que quand même, ils ont fait des tubes. Ma foi, ça peut se pardonner. Le plus grave, c’est qu’ils ont commis, en plus de tubes, au moins une chanson mythique. Pour ça, je leur en voudrais éternellement. Parce qu’à cause d’eux, j’en ai loupé des premiers baisers dans le noir à des fêtes de village “Oh Attends, Y a le DJ qui passe Sunday Bloody Sunday”...

Et mon amour adolescent aux cheveux longs partait reprendre en choeur et en yaourt l’hymne avec tous ses copains. Bourrés. Quand on connaît un peu l’histoire de la chanson, c’est même presque honteux qu’elle soit si populaire. Au sens négatif du terme. U2, le roi de la chanson de la foire aux boudins.

Ce n’était pas encore fini. La scie en or massif arriva. Et a tout foutu par terre. Dieu sait que je déteste cette chanson de toute mon âme. Album Joshua Tree. La chanson dont on ne dira pas le nom. Celle qui est censée transmettre les difficultés de Bono-Paul, alors fraîchement marié à concilier sex and drugs and rock and roll et vie de bonhomme rangé. Parce que quoi qu’on en dise, c’est la chanson la moins romantique du monde. C’est pourtant celle qui a fait se conclure des tas d’historiettes sentimentales pour ma génération. Une sorte de passage obligé. Cette chanson, c’était un peu la capote du premier baiser. T’étais obligé d’en passer par là. J’en ai loupé des slows langoureux (et les baisers qui vont avec) parce que je préférais aller fumer une clope dehors. En fait.

Le problème, c’est que quand tu commets ce genre de chanson déifiées, après tu prends de la dimension. Tu n’es plus seulement une star. Tu es une icône. Tout le monde DOIT t’aimer. Parce qu’il ne peut pas en être autrement. Tu deviens une grosse machine. Tu fais des shows réglés comme du papier à musique. Tu mets un peu des feux d’artifices pour que ça fasse joli. Tu forces un peu sur les basses et les effets de guitare… Et puis après?

Écouter U2 m’a toujours emmerdée à un point que je pense que j’aurai très bien pu décider d’aller vivre dans une yourte à fabriquer des gilets en poil de Yacks plutôt que d’encore écouter une de leurs chansons.

Je te fais grâce de ce que je pense de l’implication humanitaire de Bono.
Je te fais grâce de ce que je pense de leur dernier album.
Je te fais grâce de tout ça, parce qu’au fond, j’aime pas dire du mal.

Sand

(c) Sand & Violette R

Oh seigneur ils ont osé... Je viens de réviser mes priorités dans les jouets les plus cool du monde d'un coup...

.O.L.L.

Non mais c’est qui cette nana ?

He bien marrez-vous : je n’en sais RIEN.

Que dalle. Nada.

Sand je ne connais que son pseudo.

Et comme je ne me la joue pas Monsieur Olivier, je ne vais pas lui envoyer un questionnaire pour en apprendre plus sur elle, nan trop fastoche ça, je vais jouer les Inspecteur Gadget c’est plus fonky.

– Résumé pour les néophytes qui débarquent à propos de Monsieur Olivier : c’est un gars génial pour de vrai qui a un blog super chouette où il invite parfois des gars à raconter des trucs. Et il dresse un portrait de l’invité. Mais pour ça, il faut répondre à un questionnaire de 5 pages en trois exemplaires (un pour lui, un pour vous, un pour les impôts, parce que les crises de rires qu’il provoque sont déductibles vu qu’il fait économiser plein de sous à l’Etat et la Sécu) qui prend plus de temps à remplir que ce que vous avez consacré à rédiger votre chronique, mais ça en vaut la peine… – Respiration – C’est bon ? Je reprends ? –

Donc je fais marcher mes neurones :

- Elle se surnomme Sand, ça doit être Sandrine ou Sandra son prénom. Ok, donc ID du suspect = Sandrine.

- Elle écrit sur Voldemag, c’est donc une copine de Catnatt, donc elle doit être vieille… heu non pardon… elle doit être plus âgée que moi quoi. Donc génération du suspect = 35-45 ans. Un peu bobo sur les bords, flanquée de deux moutards probablement adorables dont elle se sert régulièrement d’excuse pour annuler des rdv.

A ce moment de l’enquête, Catnatt m’a déjà Unfollowé sur Twitter et me tire une tronche pour 6 mois, Le liberty + vanner son âge, c’est trop là)

- Son pseudo Twitter, c’est pas « Sand » c’est « @Sandlablonde ». Donc elle doit avoir des cheveux paille, comme moi.

J’aurais pû m’arrêter là.

Mais un bon enquêteur vérifie toujours ses intuitions.

Alors je cherche des articles signés Sand.

Et, fidèle à mon 6e sens, je me suis plantée.

Dans les grandes largeurs si vous voyez ce que je veux dire.

Contre-conclusions :

1) L’article « Mes hormones sont des p… »

Alors le titre aurait pu laisser penser qu’elle traverse une période pré-ménopause mais en fait,

Ligne 1 : elle s’appelle Sophie

Ligne 5 : elle ne dort pas chez elle donc n’est pas casée (ça n’exclut pas encore les gosses cela dit…)

Ligne 22 : intéressant ce « plus tu vas vieillir », elle n’est donc pas encore vieille.

Ligne 31 : Elle parle d’un mec trentenaire et pas mal foutu. Elle n’est donc pas si âgée pour pécho des keums comme asse + Ligne 38 « J’ai presque trente ans ». M*** ! mais elle a mon âge en fait.

Elle est jeune.

Et elle écrit super bien.

Re – m*** !

2) Ce texte là, Bois !, ce petit lait fait poésie, je n’aurais pas pu l’écrire par exemple. Parce que je ne bois pas d’accord. Mais aussi parce que c’est super bien pondu. Genre elle est jeune et on dirait qu’elle a 40 ans d’expérience tu vois. C’est trompeur quand même.

3) Et le coup de grâce, Un seul mot, un monde, j’en ai les larmes aux zoeils tellement c’est fleur-de-peau-t-esque. Je suis toute picotements et boule au ventre. Catnatt elle dirait que c’est « une grande malade ».

– eh ouais je balance hein, je profite de mon jeune âge pour me le permettre, dans un an ce sera foutu –

Dans le langage de Catnatt, j’ai mis du temps à le comprendre, « grande malade » (= insulte chez moi) veut dire « émotive, sensible » (=compliment chez moi). Donc Sand fais de facto partie de ma bande virtuelle.

– Ma bande virtuelle ce sont mes meilleurs amis imaginaires, faudra que je vous explique ce concept un jour… –

(c) Sand & Violette R.O.L.L.

Donc tout ce que j’ai écris au-dessus là, je l’ai écrit AVANT qu’elle ne m’envoie son papier.

Et puis je lis sa contribution. Et puis je me dis qu’elle est jeune.

1) D’abord parce que je lui avais demandé d’écrire sur Johnny et qu’elle, elle me pond un U2.

Et U2 c’était réservé à quelqu’un d’autre, un garçon (vous l’avez tous reconnu, il aime les tableaux Excel…)

Inconstance de la jeunesse, fécétieuse la petite.

2) Elle a l’air de suivre quelques uns de mes charabias sur le web, donc ELLE SAIT.

Elle sait qu’elle s’expose à mes critiques en proposant son texte.

Elle sait que je ne fais pas de cadeau sous prétexte qu’on ne se connait pas.

Elle est même culottée en fait, ça veut dire qu’elle n’a pas peur. Ni de moi ni des autres. Pour ça faut encore être jeune.

C’est comme pour les calanques de Marseille, quand t’as 10 ans tu sautes de 15 mètres, quand t’as 15 ans tu sautes de 10 mètres, quand t’as 20 ans tu sautes de cinq mètres, après tu cries aux autres de ne pas sauter

D’où ma conclusion partielle : ELLE SAIT que je compte rêgler mes comptes avec un groupe qu’affectionne particulièrement Catnatt.

Elle sait que si Catnatt lit ce que je compte publier, ça va être la guerre pendant des semaines sur tous les supports numériques qu’elle aura sous la main.

Elle sait que je vais me faire lapider par la Maîtresse / Maman (leur relation est louche, je ne vais pas creuser le sujet de peur que mes standards Bree Van De Kamp soient perturbés à jamais…).

Alors elle se dévoue, elle fait un don de sa personne pour retarder ce moment, pour que je publie le papier au cœur de l’été, pendant que Catnatt sera loin en vacances avec ses gosses.

Elle préserve Catnatt et elle me sauve la vie ? Sand est donc une Sainte…

– N.B : penser à lui envoyer un chouchou Papa pique et Maman coud depuis ma Bretagne cet été pour la remercier –

Voilà. Je ne sais pas qui est Sand, mais maintenant je crève d’envie de la connaitre, pas vous ?

(c) Violette R.O.L.L.

Avec toute mon affection,

Violette R .O.L.L.

(c) M.L.

Fluide Glacial #1 : Alison Mosshart (par Mr Olivier)

Fluide Glacial #2 : Edith Piaf (par Catnatt)

Ma vie sans Internet #1 : Ennui

In Ma vie sans Internet on juin 18, 2010 at 8:32

En 2007 je participe volontairement à un projet à peu près pire que Koh Lanta : je paye pour pouvoir dormir dans une cabane sans eau ni électricité sur une plage mexicaine du Pacifique où l’on ne peut pas se baigner. Pendant un mois, je fais deux kilomètres à pied pour me baigner, un de plus pour acheter un yaourt, je tisse des liens avec mes voisins les crabes – qui découpent ma moustiquaire du coup je deviens super proche des moustiques, taons, scorpions et fourmis).

Pas d’eau, pas de téléphone et évidemment pas Internet. Lorsqu’en balade à « la ville », je trouve un cyber-café, mon premier contact avec l’autre bout du monde est un électrochoc : mon oncle vient de partir d’une mort violente. En naissent mon premier billet sur un blog et une peur panique à chaque fois que j’ouvre ma boite mail pendant plusieurs mois. Internet je m’en passais bien.

2010 : Le temps a passé (trop vite) et me voilà devenue ce que Zézette aurait appelé « une burelière ». Un écran huit heures par jour de l’autre côté de mes lunettes, Internet fait partie de mon quotidien de toutes les minutes. Terminé le temps des bureliers où la sonnerie stridente du téléphone retentissait en permanence, transformant votre cerveau en une éponge hypertrophiée et spongieuse, de nos jours on envoie des mails.

Et puis un jour, sans prévenir, votre connexion Internet disparaît.

Sans préavis.

Vous vous dites que l’entreprise suicidophile va réparer rapidement.

Mais non. Ca dure.

Et très vite on vous expliquera que ça durera longtemps, que vous ne pouvez rien y faire et eux non plus, qu’il va falloir prendre votre mal en patience.

CA FAIT UN MOIS QUE CA DURE BORDEL !

Vous entrez alors dans un monde du travail surréaliste dont je vais tenter de faire ici un Best Of.

La première semaine

1) Le premier jour, vous bénissez l’administration publique qui raffole des réunions. D’habitude vous râlez, vous tentez de les initier aux vidéo-conférences plus économiques, plus écologiques tout ça blablabla. Ce jour là vous vous taisez, trop heureux d’avoir un lien avec le monde.

2) Les jours suivants vous ne faites strictement rien car on vous a comme amputé de votre cerveau. Et vivre avoir un membre en moins, ça demande de la rééducation.

D’ordinaire votre journée de parfait petit burelier se déroulait comme suit :

9h : Vous allumez de la main droite votre ordinateur – un Mac de préférence – pendant que votre main gauche attrape votre mug imprimé Liberty, précieux réceptacle d’un breuvage noir qui tentera de maintenir vos paupières ouvertes les deux prochaines heures.

- Note pour Catnatt et les maladroits : ne JAMAIS attraper son mug Liberty de la main gauche si l’on pense le renverser, dans ces cas là, inversez la manipulation c’est plus sûr pour votre clavier –

9h10 : vous checkez votre Netvibes pour surveiller d’un seul coup d’œil Twitter, Facebook, vos blog préférés, vos quatre boite mail persos.

9h15 : Il n’est pas mauvais ce café, j’vais en reprendre une tasse.

9h20 : vous checkez votre boite mail du boulot – 29 intitulés dont 3 urgents mais il y a ce mail de B. Fogel et cet article de KMS

9h30 : Bon allez c’est parti pour deux heures d’InDesign…

9h55 : Hahaha trop marrante cette @Ioudgine, han y’a un nouvel article de @Catnatt…

10h50 : Réunion

12h10 : Déjà ! La secrétaire frappe à votre bureau pour aller manger

13h30 : Retour au bureau, vous chekez vos mails

14h30 : Bon cette fois je vais lui faire sa fête à In Design tu vas voir

15h15 : « Il est Marignan », tweet copyrighté de @Dali_, vous rappelle qu’il y a des mails urgents auxquels il faut répondre dare dare.

16h30 : Déjà ! Et il reste la revue de presse à faire. Connexion au serveur interne du CG, tout tout tout vous saurez tout sur le Plan Départemental de l’Eau (PDE pour les intimes)…

17h10 : Tiens @JSZanchi va à un concert qui a l’air cool

18h : Vous avez dégoté une invit pour le concert du soir

18h40 : M*** ! Deux minutes trente pour attraper ce ù%* train à la gare !

M.L.

Sans Internet vos premières journées de bureau deviennent :

9h : Vous allumez de la main droite votre ordinateur – un Mac de préférence – pendant que votre main gauche attrape votre mug imprimé Liberty, précieux réceptacle d’un breuvage noir qui tentera de maintenir vos paupières ouvertes les deux prochaines heures.

9h10 : La secrétaire compare Camping 2 à Barry Lindon, le premier étant « nettement meilleur que le second ».

9h15 : Il n’est dégeulasse ce café, j’vais me faire un thé.

9h20 : Tiens et si je rangeais mon bureau ? Les 25 disques et 7 petits mots d’attachés web au milieu de la gestion différenciée des espaces enherbés, ça fait tâche là.

9h30 : Bon allez c’est parti pour deux heures d’InDesign…

9h55 : Hahaha trop mignon ce mot de Damien Capitan, note pour ce soir : penser à lui envoyer un mail pour lui faire un compliment.

10h50 : Réunion interne. Ordre du jour : tiens, quoi donc au fait ? On discute de la petite dernière du collègue qui fait ses dents.

12h10 : Seulement ?! La secrétaire frappe à votre bureau pour aller manger, vous faites un détour par le kiosque à journaux (ChronicArt), la Poste (impôts et carte à Mamie), la pharmacie (Vernis à ongle bio, crème pour les mains et puis mettez-moi cette cure de magnésium aussi).

14h00 : Retour au bureau, vous faites une partie de Spider Solitaire.

14h30 : Appel du Dir’Cab, vous n’étiez pas à la réunion pour le Festival des JA, pourtant on vous a envoyé 3 relances… par mail. Vous expliquez calmement qu’on exige de vous que votre agenda soit en ligne… (et vous êtes bien contente d’avoir loupé cette réunion où vous avez 20 ans de moins que les autres)

15h15 : Tiens j’ai raté le « Il est Marignan », tweet copyrighté de @Dali_… Je vais ranger mon armoire, y’a un dossier qui dépasse.

16h30 : Oh mon dieu, encore une heure à tenir ! Vous ne faites pas la revue de presse puisque le kiosque en bas n’a que Closer, Be et AutoMoto Plus. Le Parisien il pensait que c’était un sandwich.

17h10 : Tiens il y a un train dans 2 minutes trente !

18h : Vous êtes chez vous, déprimé, vous ratez le concert de Menomena en vous mordant les doigts, vous abandonnez la lecture de vos timeline Twitter et FB au bout de 3 minutes, vos boites mails sont pleines.

18h40 : vous dînez et vous affalez dans le canapé. Ne rien faire de la journée, c’est épuisant.

M

Je viens donc de vous révéler un moyen parfaitement légal d’être payé à ne rien faire. D’aucuns appelleront cela « chômage technique ». Alors à vos pinces coupantes, si vous voulez des mini-vacances, sabordez-donc votre connexion ;) !

LA FIANCEE – EP Un & Deux

In des disques... on juin 16, 2010 at 8:18

Artiste française / Chanson française / Polydor

Mes fidèles lecteurs savent que les « filles qui font de la pop » m’insupportent.

Enfin pas toutes.

Mélanie Pain par exemple est un modèle de charme ultra-puissant qui redonne foi dans le Deuxième Sexe.

Camille a ce quelque chose de fascinant qui me font oublier combien d’autres savent être déplorablement mauvaises.

Donc d’accord pas toutes. Et La Fiancée pourrait bien rejoindre la Dream Team des chanteuses françaises qui ne ne se contentent pas d’avoir du potentiel mais qui le livrent vraiment au public.

En chroniquant deux EP d’un coup, on a presque un album. Et en écoutant ces deux mini-opus d’affilée on ne peut que se rendre compte que ça tient la route dans le cas de notre mariée en devenir.

Il faut dire que la demoiselle a eu le bon goût de s’entourer d’hommes de bon conseil, comme ce Florent Marchet qui s’avère décidément fichtrement doué pour coller des mots adéquats sur des émotions sensibles.

Les Mains Sales (EP 2) dont le titre pourrait laisser présager un mauvais remake Sartrien est doux comme la soie tout en cachant une douleur profonde comme les gorges du Tarn.

Edgar Ficat n’est pas en reste non plus avec cet Emploi du moi (EP 1) ou On avait Juré (EP 2), deux morceaux particulièrement touchants pour n’importe quelle jeune femme qui, au sortir de l’adolescence, se retrouve à jongler entre ses aspirations d’adulte et ses réflexes d’enfant. Construire c’est difficile, on s’y perd souvent.

Des paroles un peu bobo mais pas trop,

Des mélodies simples mettant en valeur cette voix toujours sur la brèche.

En plus elle est jolie.

Et pour l’avoir vérifié lors d’un pique-nique musicale (in We Pop we trust), elle est super sympa.

Merde, pas juste ça, avoir du talent, savoir l’exprimer ET être belle et gentille…

Messieurs, je ne sais pas si son cœur est à prendre, mais vous devriez vous bousculer au portillon. Une future grande dame.

Vivement l’album. L’écouter c’est l’épouser ! (bon d’accord elle était facile celle-là…)

MENOMENA – Mines

In des disques... on juin 15, 2010 at 8:09

Groupe américain / Indie Rock / City Slang

Après le side-project Ramona Falls l’année dernière, Menomena signe un nouvel album qui, en ces temps de vache maigre musicalement parlant, fait un bien fou.

Rythmiques légères, voix cassée, chœurs, envolées de piano… ne croyez pas que Menomena se contentera de vous balader sur la planète Pop. La déflagration sous-jacente entre post-rock et electro-rock est primordiale pour ce groupe qui ne cesse de surprendre. Menomena évolue donc entre plages musicales calmes et splendides orchestrations entraînantes.

L’un des morceaux les plus aboutis de ce point de vue est probablement ce Killemall toujours en grand écart entre pop expérimentale, rock structuré, post-rock aguicheur et terriblement dansant. On a envie de sortir embrassez l’assassin du bout de la rue du 18e sous une pluie tropicale et de saluer l’ange de sa victime. Quant à Dirty Cartoons, vous en finirez pas de le chanter dès que vous faites des heures sup’ en milieu hostile « I’d like to go home go home… ».

Ecoutez le une fois ou mille, vous ne vous en lasserez pas tant la capacité de cet opus à provoquer des émotions contraires est impressionnante et fait du bien. A se procurer d’urgence. Et maintenant vous le savez : tout ce qui touche à Brent Knopf, Justin Harris ou Danny Seim doit être écouté les yeux fermés, sans se poser de questions sur sa qualité : elle est toujours impeccable.

Retrouvez aussi la chronique de Benjamin F. sur Playlist Society, il n’est jamais d’accord avec moi (normal c’est mon ami pardi !)

FLUIDE GLACIAL #2 : Edith Piaf

In Fluide Glacial on juin 14, 2010 at 8:00

Parce que notre monde n’est pas celui de Oui Oui et que ça fait un bien fou de pouvoir se défouler une fois de temps en temps. Parce que je sais aussi être mauvaise.

Cette semaine encore je m’offre les services d’un tapotage de clavier par une invitée, attention c’est du VIP super choix, pas la promo de la semaine.

J’ajoute que cette invitée ne se mouche pas du pied et m’a ordonné de publier son texte aujourd’hui (donc La Fiancée, Arandel and co, vous savez sur qui aller gueuler hein, pas moi merci).

[Attention ce billet est trèèès long, adeptes du format riquiqui, passez votre chemin]

© M.L. et N

Edith Piaf


Une des plus belles escroqueries musicales du XXème siècle. À ce titre, j’éprouve une certaine forme de respect mais je crois qu’il est largement temps de remettre les choses à leur place.

Tout est dans le pathos, dans cette histoire d’amour entre Edith Piaf et le monde. Si je me place du strict point de vue de la voix, le petit fond nasillard est exaspérant, cette insupportable manie de rouler les rrr « noooon, rrrrrrrrrien de rrrrrrrrrien » me donne juste envie de la balancer par la fenêtre. « Il fait si frrrroid dehôôôrs milôôôôôrd »… Les « ô » pointus me pousseraient à l’étrangler sur place. Les « â » poussés jusqu’à la nausée m’inciteraient à lui arracher les ongles.

Tais-toi et bois ton verre en silence, par pitié !

Je n’ai jamais supporté Edith Piaf, ni petite ni adulte. Tout est surjoué. Tout est basé sur une espèce de téléréalité, la môme maltraitée par la vie qui est juste devenue une femme à l’égo monstrueux, a bouffé tout le monde sur son passage, et justifiait tout en disant « ha mais je suis malheureuse ». J’ai envie de te dire Edith, il n’y avait pas que toi.

Le pire à mon sens ? On aime Edith Piaf pour ses chansons… Bon, en passant qu’elle n’a jamais écrites, oui, pour ses chansons d’amour désespérées qui n’ont jamais été vraiment sa réalité (Excepté Marcel Cerdan qui a eu le mauvais goût de mourir avant qu’elle ne l’essore, quel salop).

Je lui accorde une enfance malheureuse. Mais elle en a fait son fonds de commerce. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, on est dans l’empathie. Non. On se  noie, on s’asphyxie, on plonge, on est submergé par et dans l’empathie.

Edith Piaf, oui, ce n’est pas une question de talent. Oui, c’est une mécanique de téléréalité avant l’heure. Prenez la même voix, collez-la à une jeune fille de bonne famille épanouie, échec cuisant garanti. Il faut du drame, du mélodrame, du sang, des larmes et de la fureur.

On n’aime pas le talent chez Edith Piaf. On aime la légende. Le public se roule dedans, poussé par des méthodes de communication d’avant l’heure. La petite robe noire pour bien accentuer le côté petite veuve dans le malheur. Les grands yeux écarquillés par la souffrance au cas où t’aurais pas bien compris que la vie est une chiennasse ( sa vie d’adulte a été plutôt cool, soit dit en passant) et les mains collées sur la taille qui se crispent dans un tourment sans fin.

CECI EST UN MESSAGE A CARACTERE INFORMATIF : « J’en chie à mort, je répète, j’en chie à môôôôrrrrrt » (Pour la peine, vous aurez droit à un roulage de r en bonne et due forme et un ô pointu dans toute sa splendeur).

En parlant de son fameux effet d’œil, vous savez le regard bleu dévoré par la souffrance qu’elle a tellement mal au fin-fond-de-son-dedans-de-son-soi-même-qui-souffre-tant, vous savez qu’en fait c’est juste une bonne grosse pupille dilatée, hein ?  Je note que fin 60, la France bien pensante s’offusque des frasques de ces « sales drogués de hippies », Jimmy Hendrix, Jim Morrison sont le mal, tout en achetant allègrement les disques de la plus grande toxico française de service … Cette chère Edith. Isn’t it ironic ?

J’ai même envie de vous confier une anecdote pour la peine. Son nom de scène, ça n’a jamais été Edith Piaf. C’est une contre-vérité historique. (J’aime bien cette expression, ça faisait un moment que je voulais la placer. Ca, c’est fait.) En vérité, je vous le dis, les amis, son vrai nom, c’est Edith Paf. Ouais. « Une erreur s’est glissée dans cette image ». Paf, comme toutes les baffes que j’ai envie de lui coller quand j’ai le malheur de la croiser. Ou comme « PAF ! Le chien… » qui aurait dû être son destin si j’en avais été le maître.

Même quand les chansons sont gaies, elle gangrène tout avec sa mélancolie surfaite. Edith Piaf, c’est la plus grande des voleuses sans être un gentleman. Quand je la vois, j’assiste au pire : le vol à l’arrachée des sentiments, le hold-up d’émotions. Sa voix en soi ne me touche pas. Un cambriolage comme un bel exercice de marketing avant l’heure, une image soigneusement mise au point. Et le monde s’est laissé dépouiller.

Et il continue.

Pourquoi cela a fonctionné ? Parce que pour durer comme ça, il faut un égo surdimensionné.

Si nous étions capables de discerner ça au lieu de nous laisser baiser la gueule comme des demeurés, nous verrions quoi ? Un chantage affectif qui a duré 30 ans. « Aimez-moi, aimez-moi ou je vais en crever … Non pas toi Catnatt, t’es capable d’arracher les fils, ce fil ténu qui me retient à la vie et qui me permet de faire des concerts catastrophiques à la fin… »

Edith Piaf a fait croire à la planète entière qu’elle était vivante grâce à elle. Moi, je dis que c’est le genre de bête increvable qui enterre tout le monde.

Cocteau, avec lequel Édith entretenait une correspondance suivie, apprenant la nouvelle de sa mort, a dit : « C’est le bateau qui achève de couler. C’est ma dernière journée sur cette terre ». Il a ajouté : « Je n’ai jamais connu d’être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait, elle en jetait l’or par les fenêtres », avant de mourir lui-même     (Source wikipedia)

Je dis pfff. Je dis « Je n’ai jamais connu d’être moins économe de son narcissisme. Elle ne le dépensait pas, elle le prodiguait, elle jetait sa merde par la fenêtre et arrosait tout le monde avec »

Moi, c’est pas mon truc. Je ne suis pas scatophile, désolée.

(c) Catnatt

Non mais c’est qui cette nana ?

Gentlegirl Farmer vs Liberty power...

Lorsque j’ai proposé à Catnatt de participer à mes Fluide Glacial, sa première réaction a été de me dire « nan j’vois pas, j’aime bien tout le monde moa ».

Tout le monde ? Mon œil ouais ! Et la preuve, elle s’en tire très bien avec cet exercice, je n’en attendais pas moins d’elle. Edith Piaf c’est l’usurpation de talent née, d’autant plus quand une écervelée affable à tête de cocker la représente dans un film tout aussi médiocre (La Môme). Ces deux là, elles étaient faites pour s’entendre.

Bref, donc Catnatt, si elle avait refusé mon invitation, je lui en aurait collé une à la prochaine soirée où je l’aurais croisée, C’est pas ses *** ans de plus que moi qui vont lui donner des droits supplémentaires hein.

© M.L. et N

Enfin si quand même.

Car Catnatt est la seule autorisée à m’appeler « Banane ». C’est un gros don de moi quand même de la laisser m’interpeller de la sorte. Et quand elle ose un « ma quiche » je ne m’énerve pas plus. Incroyable, c’est son super pouvoir à elle.

© M.L. et N

Et puis aussi, Catnatt est la seule à qui je pardonne sans confession lorsqu’elle se barre d’une soirée sans même dire au revoir. Ca bouleverse au plus haut point mes valeurs Bree-Van-de-Kampienne – ouh le vilain barbarisme – mais quand ça vient d’elle pas de problème. Bizarre.

© M.L. et N

Et pire, lorsqu’elle utilise son fils comme excuse pour annuler des trucs, je ne lui en tiens pas rigueur. Alors que j’avais sorti la boite de Lego pour lui et que je me faisais une joie d’y jouer. Quand même quoi, les Lego, bordel.

© M.L. et N

Ces lignes sont les miennes, je pourrais lui en balancer des vertes et pas mûres plein la figure en toute impunité et… je ne le fais pas.

© M.L. et N

Parce que Catnatt c’est Catnatt, un monument, belles proportions, belles finitions, qui fait couler beaucoup d’encre, qui fascine, qui fait pleurer aussi

Attention je n’ai pas dit « vieux monument »

© M.L. et

Parce que Catnatt est une femme belle à en tomber (en même temps avec mes genoux instables c’est facile),

plus vive que les eaux sauvages de Savoie dont on nous rebat les oreilles tous les matins à la radio pour annoncer la Météo de Joël Colado (mais elle n’en est pas moins glaciale parfois),

plus bavarde derrière un clavier qu’en face de moi…

© M.L. et N

Parce que – c’est moche hein ces « parce que » mais c’est à cause du « car Catnatt » qui est, ne nous le cachons pas, encore moins beau – elle me rappelle les garçons de la cour de récré qui me faisaient bisquer à longueur de journée,

© M.L. et N

Et par-dessus tout je crois, parce que Catnatt et moi n’avons absolument pas les mêmes goûts en matière de musique. Elle aime JP Nataf alors que je n’en pense pas beaucoup de bien, elle trouve Cocorosie génialissime alors que je ne peux les entendre même dans un supermarché, elle adore Radiohead alors que je m’apprête à les assaisonner de qualificatifs peu flatteurs, elle méprise Hot Chip alors que leurs rythmiques m’excitent…

© M.L. et N

Sauf Bashung. Pas touche Bashung.

Sur lui on est d’accord. On a même écrit des exercices de style similaires au moment de sa mort, sans le savoir, sans se connaitre encore, ici et .

Et sauf Edith Piaf. Crachons allègrement sur Piaf.

© M.L. et N

Ca nous fait deux sujets de discussion.

© M.L. et N

En revanche Catnatt a un très mauvais caractère, elle ne supporte pas grand-chose comme critique,

d’ailleurs elle va peut-être décréter de me détester pour avoir écrit ça

© M.L. et N

Un conseil : soyez toujours d’accord avec elle sinon elle démarre au quart de tour sans prévenir, une vraie Ferrari.

Et le pire ? Elle m’accuse d’être susceptible !

© M.L. et N

Derrière cette asticoteuse de première, se dissimule une âme sensible, très, de la trempe du Monsieur Olivier, lisez ça, vous comprendrez,

© M.L. et N

Je saisissez aussi pourquoi je ne peux pas régurgiter mon fiel sur elle…

Madame Catnatt, c’est tous les jours que j’aimerai vous chanter cela :) :

© M.L. et N

Avec toute mon affection,

Violette R.O.L.L.

(c) M.L.

Fluide Glacial #1 : Alison Mosshart (par Mr Olivier)

Une des plus belles escroqueries musicales du XX eme siècle. À ce titre, j’éprouve une certaine forme de respect mais je crois qu’il est largement temps de remettre les choses à leur place.

Tout est dans le pathos, dans cette histoire d’amour entre Edith Piaf et le monde. Si je me place du strict point de vue de la voix, le petit fond nasillard est exaspérant, cette insupportable manie de rouler les rrr « noooon, rrrrrrrrrien de rrrrrrrrrien » me donne juste envie de la balancer par la fenêtre. « Il fait si frrrroid dehôôôrs milôôôôôrd »… Les « ô » pointus me pousseraient à l’étrangler sur place. Les « â » poussés jusqu’à la nausée m’inciteraient à lui arracher les ongles.

Tais-toi et bois ton verre en silence, par pitié !

Je n’ai jamais supporté Edith Piaf, ni petite ni adulte. Tout est surjoué. Tout est basé sur une espèce de téléréalité, la môme maltraitée par la vie qui est juste devenue une femme à l’égo monstrueux, a bouffé tout le monde sur son passage, et justifiait tout en disant « ha mais je suis malheureuse ». J’ai envie de te dire Edith, il n’y avait pas que toi.

Le pire à mon sens ? On aime Edith Piaf pour ses chansons… Bon, en passant qu’elle n’a jamais écrites, oui, pour ses chansons d’amour désespérées qui n’ont jamais été vraiment sa réalité (Excepté Marcel Cerdan qui a eu le mauvais goût de mourir avant qu’elle ne l’essore, quel salop).

Je lui accorde une enfance malheureuse. Mais elle en a fait son fonds de commerce. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, on est dans l’empathie. Non. On se  noie, on s’asphyxie, on plonge, on est submergé par et dans l’empathie.

Edith Piaf, oui, ce n’est pas une question de talent. Oui, c’est une mécanique de téléréalité avant l’heure. Prenez la même voix, collez-la à une jeune fille de bonne famille épanouie, échec cuisant garanti. Il faut du drame, du mélodrame, du sang, des larmes et de la fureur.

On n’aime pas le talent chez Edith Piaf. On aime la légende. Le public se roule dedans, poussé par des méthodes de communication d’avant l’heure. La petite robe noire pour bien accentuer le côté petite veuve dans le malheur. Les grands yeux écarquillés par la souffrance au cas où t’aurais pas bien compris que la vie est une chiennasse ( sa vie d’adulte a été plutôt cool, soit dit en passant) et les mains collées sur la taille qui se crispent dans un tourment sans fin.

CECI EST UN MESSAGE A CARACTERE INFORMATIF : « J’en chie à mort, je répète, j’en chie à môôôôrrrrrt » (Pour la peine, vous aurez droit à un roulage de r en bonne et due forme et un ô pointu dans toute sa splendeur)

En parlant de son fameux effet d’œil, vous savez le regard bleu dévoré par la souffrance qu’elle a tellement mal au fin-fond-de-son-dedans-de-son-soi-même-qui-souffre-tant, vous savez qu’en fait c’est juste une bonne grosse pupille dilatée, hein ?  Je note que fin 60, la France bien pensante s’offusque des frasques de ces « sales drogués de hippies », Jimmy Hendrix, Jim Morrison sont le mal, tout en achetant allègrement les disques de la plus grande toxico française de service … Cette chère Edith. Isn’t it ironic ?

J’ai même envie de vous confier une anecdote pour la peine. Son nom de scène, ça n’a jamais été Edith Piaf. C’est une contre-vérité historique. (J’aime bien cette expression, ça faisait un moment que je voulais la placer. Ca, c’est fait.) En vérité, je vous le dis, les amis, son vrai nom, c’est Edith Paf. Ouais. « Une erreur s’est glissée dans cette image ». Paf, comme toutes les baffes que j’ai envie de lui coller quand j’ai le malheur de la croiser. Ou comme « PAF ! Le chien… » qui aurait dû être son destin si j’en avais été le maître.

Même quand les chansons sont gaies, elle gangrène tout avec sa mélancolie surfaite. Edith Piaf, c’est la plus grande des voleuses sans être un gentleman. Quand je la vois, j’assiste au pire : le vol à l’arrachée des sentiments, le hold-up d’émotions. Sa voix en soi ne me touche pas. Un cambriolage comme un bel exercice de marketing avant l’heure, une image soigneusement mise au point. Et le monde s’est laissé dépouiller.

Et il continue.

Pourquoi cela a fonctionné ? Parce que pour durer comme ça, il faut un égo surdimensionné.

Si nous étions capables de discerner ça au lieu de nous laisser baiser la gueule comme des demeurés, nous verrions quoi ? Un chantage affectif qui a duré 30 ans. « Aimez-moi, aimez-moi ou je vais en crever … Non pas toi Catnatt, t’es capable d’arracher les fils, ce fil ténu qui me retient à la vie et qui me permet de faire des concerts catastrophiques à la fin… »

Edith Piaf a fait croire à la planète entière qu’elle était vivante grâce à elle. Moi, je dis que c’est le genre de bête increvable qui enterre tout le monde.

Cocteau, avec lequel Édith entretenait une correspondance suivie, apprenant la nouvelle de sa mort, a dit : « C’est le bateau qui achève de couler. C’est ma dernière journée sur cette terre »[8]. Il a ajouté : « Je n’ai jamais connu d’être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait, elle en jetait l’or par les fenêtres »[9], avant de mourir lui-même     (Source wikipedia)

Je dis pfff. Je dis « Je n’ai jamais connu d’être moins économe de son narcissisme. Elle ne le dépensait pas, elle le prodiguait, elle jetait sa merde par la fenêtre et arrosait tout le monde avec »

Moi, c’est pas mon truc. Je ne suis pas scatophile, désolée.

CHEW LIPS @ Uniqlo

In Ce qui m'amuse, des concerts... on juin 10, 2010 at 8:00

Trio anglais / Electro-pop / 08/06/2010

La tendance aux concerts hors-salle en partenariat avec des marques s’accentue. Et cette fois Uniqlo s’était loué les services de Chew Lips pour animer son shopping nocturne et privé. Deux variables qui au premier abord n’avaient rien pour me séduire et pourtant…

Je dois être le dernier specimen parisien de moins de 30 ans à n’avoir jamais piraté un disque ni acheté une seule fringue chez Zara tout en ayant pourtant trois ordinateurs dans 38 m², un blog et une garde-robe qui occupe un quart de l’appart. Dans la même logique, je ne mets jamais les pieds chez Uniqlo. Parallèlement, j’avais eu la très mauvaise idée d’écouter l’album de Chew Lips dans un autoradio de voiture n’ayant plus que des basses par 35 degrés. Du coup j’en avais décrété que Chew Lips ne me plaisait pas.

Donc quand je reçois une invitation à un shopping privé dans une enseigne que je ne fréquente pas avec un groupe que je n’apprécie pas, je ne saute pas de joie.

Forcément.

Mais je dois être un peu maso et surtout très curieuse, je dis oui. Et j’y vais – pas comme ceux qui demandent des invitations à toutes les soirées de la ville et n’honorent même pas le cadeau qu’on leur fait, car oui hein c’est une chance d’aller gracieusement à des concerts/soirées au cas où vous l’auriez oublié…

Un magasin pour presque moi toute seule, une armada de vendeurs prêts à me faire 15 salutations avec génuflexion, un lieu splendide, du champagne et des hôtes souriants. Voilà qui pourrait presque m’en faire oublier que je me trouve dans le premier empire nippon du made in China. Je m’empresse d’attraper une dizaine de robes que je n’achète pas dès que j’aperçois dans le miroir ce corps que je ne saurais voir

– Vous avez des problèmes de trous dans le porte-monnaie liés à des achats compulsifs ? Soyez laid(e) c’est super efficace –

mais si j’avais été belle j’aurais dépensé des deniers.

Bref, je passe à la caisse quand même avec des collants pour la danse, des trucs bariolés histoire de mettre le bazar au milieu des tutus roses.

Et puis Chew Lips commence. Diantre, quelle surprise c’est bien mieux que dans l’autoradio surbassé. Un charmant à croquer au clavier, un adorable british à la basse et cette chanteuse qui en a dans le ventre, les talons et le haut à paillettes. En équilibre au milieu des escaliers, ce croisement sauvage de Uffie et Metronomy joue du coffre (très impressionnant) et des effets de mèches (pas des plus réussis). La voix est suave et surtout, n’abuse pas des effets électroniques factices. Les mélodies electro-pop avec juste ce qu’il faut de bling-bling dedans vous charment l’oreille… Le tout est sexy tout en restant respectable.

Après une quarantaine de minutes à tenir en équilibre entre deux marches, Chew Lips prend congé en oubliant un peu de dire au revoir, comme blasés probablement que cette date parisienne n’ait lieu que pour des Happy Few : « Je suis ici pour affaire, allez achetez Uniqlo c’est trop cool » nous lâchera la chanteuse peroxydée, un brin sarcastique.

Malheureusement et/ou heureusement, l’expérience « shopping dans une boutique grand-public mais en petit comité, sans son lot quotidien des foules et avec une bande son bien plus intéressante que la mélopée lénifiante qu’on nous sert d’ordinaire » a un bel avenir devant elle.

Une soirée sympathique et diablement efficace pour réviser pas mal de préjugés en seulement deux heures !

Les belles histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

In Les belles Histoires, des disques... on juin 2, 2010 at 8:00

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un petit garçon élevé par sa mère à Saint Etienne répondant au doux nom d’Anton. Anton aimait plus le chant et la musique que le ballon rond. Anton était né à l’aube des années 80 et aimait plus la pop que l’electro.

A des kilomètres de là, aux Pays-Bas, vivait Melody, jolie jeune fille aimant la musique et les légumes. Melody était née après la chute du mur de Berlin mais préférait la pop à l’euro-dance.

Un jour, Johnny, le père de Melody, se sachant condamné à voir ses cellules devenir malades les unes après les autres, décide d’organiser une grande réunion de famille pour dire au revoir et rejoindre l’au-delà tant qu’il en est encore temps. A cette occasion, Melody s’est faite belle et espère bien rencontrer l’homme de sa vie. Elle tombe alors sur Anton et découvre qu’il n’est pas son Prince Charmant mais son grand frère !

Johnny Van Kapers était footballeur et avait donc logiquement eu l’occasion de fréquenter le stade stéphanois. Il meurt en faisant une belle rencontre et en sachant sa fille bien entourée.

Anton et Melody séparés si longtemps ne se sont plus jamais quitté et ont formé les Narcoleptic Dancers, en hommage à la chevelure de leur père. Et en toute logique, plutôt que de céder à la tendance revival electro-dance du moment, ils firent de la pop la pièce maîtresse de leur équation musicale.

Le résultat est ce splendide EP, perle pop cristalline concentrant le meilleur des Au Revoir Simone, Air, Grizzly Bear ou des B52’s. Il vous suffit d’écouter Rastakraut pour comprendre combien ce duo respire l’amour et la joie, vous le transmet encore et encore (il suffit d’appuyer sur repeat).

Il était une fois deux enfants ayant grandi avec une pièce de puzzle vacante et qui peuvent enfin se sentir entiers. Ils vivaient heureux avant et vivront aussi bien à présent.

Le Myspace et le site de Capitaine Plouf (des gens biens qui croient en d’autres gens biens)

Episodes précédents :

Les belles histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Episodes à venir : Eliot and the Ritournelles, Mondrian

FLUIDE GLACIAL #1 : Alison Mosshart

In Fluide Glacial on juin 1, 2010 at 8:00

Parce que notre monde n’est pas celui de Oui Oui et que ça fait un bien fou de pouvoir se défouler une fois de temps en temps. Parce que je sais aussi être mauvaise.

© M.L. et O.R.

Fluide Glacial est donc ma nouvelle série de « chroniques qui ont des couilles » (© Un rappeur roumain).

Qui dit nouvelle rubrique dit « expérimentons-donc de laisser les autres écrire à ma place de temps en temps ».

Et Monsieur O. a le grand privilège d’exposer le premier sa vision très personnelle de l’étendue du talent d’Alison Mosshart.

[Attention ce billet est trèèès long, adeptes du format riquiqui, passez votre chemin]

© M.L. et O.R.

Alison Mosshart

Pourtant ça partait mal, avec Alison Mosshart : jʼétais amoureux dʼemblée, quasi.

Le mâle est faible.

Enfin le mâle, je ne sais pas, mais moi, oui.

Une grande brune ténébreuse avec des cheveux longs comme ça, une voix grave, des feulements sexués sur fond de guitares osseuses minimalistes, la tension permanente et ce

Jʼarrête, ça mʼexcite.

Alison Mosshart, pour moi, cʼétait ça :

Forcément jʼai aimé les Kills dès le premier album, je ne pouvais pas lutter.

Pensez : mon idéal féminin incarné en noir et blanc sépia gros grain qui me feule dans lʼoreille.

Oui, ça partait mal avec Alison Mosshart.

«No Wow», le deuxième album des Kills est sorti et je me suis ennuyé, un peu. La situation sʼest donc améliorée mais je pouvais encore contempler la pochette du truc juste pour cette photo :

Et puis, en 2008, les Kills ont sorti «Midnight Boom». Tout se passait bien puisque à la première écoute jʼavais décidé de détester la chose. Et puis je nʼai écouté que ça pendant des semaines.

Lʼaccident bête : lʼalbum était très bon.

Drame : jʼadorais «Midnight Boom», impossible de le nier.

Cʼest que, voyez-vous, je nʼavais toujours pas assisté à un live des Kills, Alison Mosshart constituait encore une icône en noir et blanc sépia gros grain dotée dʼun organe vocal érogène et la situation empirait (Je vous ai dit que cʼétait à peu près mon idéal féminin, la grande brune ténébreuse tout ça ? Oui ? Bon…).

Fort heureusement, jʼai eu la chance de voir les Kills au Bataclan le 28 octobre 2008.

Miracle : le concert était une calamité.

Après 90 minutes d’ennui définitif devant une prévisible prestation plus dispensable quʼun étui Iphone   veau retourné et durant laquelle il ne sʼétait RIEN passé sinon quelques lamentables effets de chevelure surjoués, je tenais enfin lʼoccasion de me débarrasser de mon absurde sentiment pour Alison Mosshart.

© M.L. et O.R.

Jʼavais découvert la vraie Alison Mosshart.

Elle ressemblait, à peu de choses près, à ceci :

La vraie Alison Mosshart malgré quelques amusantes fonctions, ne présente quʼun intérêt limité :

  • Entièrement articulée, la vraie Alison Mosshart, peut onduler la tête de là à là, en rythme avec la musique. Y compris lorsquʼil nʼy a pas de musique. Ça ne sert à rien, mais ça produit des effets capillaires intéressants (voir photos).
  • La vraie Alison Mosshart est fournie avec guitare de rock star intégrée. Ca ne sert à rien non plus, mais lʼaccessoire a le mérite de lui occuper les mains.
  • La vraie Alison Mosshart, grâce à son électronique intégrée, réagit instantanément aux riffs de guitare en agitant violemment la tête, les bras, ou le tronc, dans un geste à lʼamplitude exagérée du plus bel effet. Ca ne sert à rien mais cʼest rigolo.
  • La vraie Alison Mosshart reproduit sur scène avec une grande fidélité le chant entendu sur ses albums, ni plus, ni plus. Non, ça ne sert à rien.
  • La vraie Alison Mosshart est là où on la pose. Cʼest très pratique mais terriblement prévisible, forcément.

© M.L. et O.R.

Passons sur les calamiteux albums heavy-blues-casse-bonbons de The Dead Weather (oui, le second est pire que le premier, juré). On signalera tout au plus quʼAlison Mosshart aura réussi au passage, grâce à ce machin, un tour de force : transformer le sympathique Jack White en batteur de groupe pénible.

© M.L. et O.R.

Mais la question nʼest pas là.

La question est :

Alison Mosshart incarne-t-elle ce que je déteste le plus au monde dès lors quʼil est question de musique ?

La réponse est :

«Oui.»

© M.L. et O.R.

Le surjeu scénique devrait être sanctionné par la loi.

Les effets de chevelure intempestifs mériteraient lʼinterdiction dʼexercer.

Les concerts prévisibles au dernier degré devraient être remboursés au dernier degré.

Je nʼéprouve aucun ressentiment envers Alison Mosshart, tout au plus un poli mais ferme mépris. Rock star en PVC ordinaire, Alison Mosshart cristallise mon ennui poli mais ferme dès lors quʼil sʼagit de subir les poncifs et figures imposées par des artistes calibrant le moindre geste.

Alison Mosshart incarne ma lassitude polie mais ferme face à la médiocrité uniforme dans laquelle sʼenfoncent avec une confondante facilité de trop nombreux groupes presque doués.

Comment te pardonner, Alison Mosshart, toi qui a transformé mon idéal féminin bien réel en soporifique poupée mannequin bien factice ?

© M.L. et O.R.

En tʼoubliant, pour savourer ceci :

Là, je suis d’accord.

Monsieur O.

© M.L. et O.R.

Non mais c’est qui ce gars ?


Entre Monsieur O. et moi, c’est une courte histoire :

  • D’emblée il me donne des surnoms à chier : « cinglée » puis « folle » puis « complètement ravagée » et enfin « courgette »…
  • Il m’invite à écrire n’importe quoi sur une chanson sur son blog mais il camoufle mon absence de talent avec des mots à lui très bien choisis (ça donne ça),
  • Il me regonfle l’égo juste ce qu’il faut pour que je continue quand même de respirer dans mon bocal…

et voilà ! nous vivons heureux, chacun de notre côté et sans enfants.

The End.

© M.L. et O.R.

Et puis, comme décidément il ne peut pas me laisser là, perdue au milieu de ma médiocrité, il m’envoie ça :

C’est mal de balancer publiquement des messages privés hein ?

M’en fiche, j’en suis pas à mon coup d’essai.

Du coup, je lui ai laissé l’honneur de pourrir quelqu’un avant moi, pour me donner une légitimité, histoire de prouver que  je ne suis pas la seule à trouver que certains artistes feraient bien de se taire pour le bien-être de l’humanité.

© M.L. et O.R.

Avant tout, Monsieur O. adooore les filles.

Allez jeter une lecture à son blog – il en vaut même plusieurs – c’est truffé de textes écrits par des filles. Il a même une chouchoute – qui n’est pas moi et je ne suis même pas jalouse.

Et en plus elles le lui rendent bien.

– Donc, eut égard à sa femme, on précise que les filles le lui rendent bien EN TOUT BIEN TOUT HONNEUR –

Expérience simple :

  • prenez un Monsieur O.
  • mettez-le dans une pièce au milieu d’un hôtel particulier avec open bar.
  • lâchez des filles dans les lieux.
  • attendez cinq minutes sans rien faire.

Vous constaterez qu’une nuée se forme très rapidement, non pas autour du bar open, mais de Monsieur O.

Et en plus ça discute sérieusement et tout.

Même si certaines se barrent sans dire au revoir – pas de dénonciations on a dit.

Et pourtant, Monsieur O. n’est pas Ken, loin de là.

Attention je n’ai pas dit qu’il n’a pas de charme, loin de là.

© M.L. et O.R.

Car Monsieur O. est un gars génial.

D’accord vous trouvez ça louche car d’habitude je ne suis pas du genre à avoir ma verve acide dans la poche.

Mais Monsieur O. est VRAIMENT quelqu’un de bien. Du genre, celui qu’une P—-auline a bien fait d’épouser vous voyez ?

– Il m’a dit qu’il aurait des problèmes si j’écrivais ça…  –

Et en prime, il fait un métier tellement fantastique qu’on n’imagine pas que c’est un métier et qu’il y a une case Excel prévu à cet effet.

Monsieur O. est un mutant.

Pour de vrai.

Tous les jours ouvrés, il change de peau (âge, gabarit, sexe, tempérament, humeur…) et fait vivre des personnes virtuelles dans le monde réel. C’est comme un avatar ou un pseudo mais puissance 1000. C’est l’antithèse du pervers qui traine sur des forums et pourrit la vie de jeunes filles. Vous suivez ?

Je vous l’avais dit, ce n’est pas Ken, loin de là.

Et ce n’est pas une insulte, loin de là.

© M.L. et O.R.

Du coup, est-ce bien Monsieur O. qui a signé ce papier ou l’un de ses amis virtuels ?

Réponse aisée : c’est bien lui.

Parce qu’il n’arrive pas à être méchant. Tout au plus quelques piques par-ci par-là.

Il m’encourage à être infecte et il ne sait pas le faire.

Il vous demande une contribution pour son blog, vous avez 4 jours pour réagir. Vous lui donnez du boulot, il met trois semaines à vous rendre son papier en vous disant qu’il ne peut pas être bad-boy.

« Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais… »

Nan parce qu’honnêtement, vous lisez son article là et vous comprenez immédiatement que sa femme, à coup sûr c’est un portrait d’Alison Mosshart tout craché : grande brune ténébreuse avec des cheveux longs comme ça, une voix grave, des feulements sexués qu’elle lui susurre à l’oreille, des dessous supra sexy en dentelle noire exclusivement, un…

Mais je m’égare.

© M.L. et O.R.

Alors Monsieur O., j’ai créé cette rubrique pour toi, pour essayer de cracher un venin plus dangereux que celui d’un cobra royal, promis j’essaierai de le faire souvent.

Mais Monsieur O., je n’arrive pas à te tirer le portrait au vitriol, pas plus que tu n’arrives à dire du mal d’une braillarde anorexique pourtant plus insignifiante qu’une bécasse arborant un vernis à ongle pastel.

Un point partout, un point c’est tout.

Avec toute mon affection,

Violette R.O.L.L.

GOSSIP @ Zénith

In des concerts... on mai 31, 2010 at 8:00

Groupe américain / Rock / 25/05/2010

Paris, trop chaud, le Zénith plein. Je vois le carnage d’ici… Alors j’arrive en retard, de toutes manières j’ai une place numérotée… Pas de bol je n’arrive pas suffisamment en retard pour éviter de me fader la première partie mauvaise comme ça ne m’était pas arrivé depuis des mois. 10 Lek 6 qu’ils s’appellent ces jeunes, mélange subtil de néo-hippie aux djembés pas accordés – comme ceux de vos « camarades de classes » lorsque vous étiez en 5e vous voyez le genre ? – avec des guitares pseudos-grunge parce que c’est la mode. Donc ils sont beaucoup trop nombreux, chantent et jouent mal et ressemble à des skins avec des dreadlocks… C’est fantastique de voir une chanteuse aussi désincarnée et assourdissante de médiocrité avant Gossip et sa Beth Ditto.

Les grosses pointures (si vous me passez l’expression) se font attendre. Beth doit avoir du mal à fixer sa gaine… Voilà une femme surprenante, à chaque fois que je la vois, elle est de plus en plus grosse. Le spectacle commence sur les chapeaux de roues avec un titre phare de leur avant-dernier disque. Beth Ditto est souriante, plus en forme que jamais. Son groupe également. Les hommes sont relégués aux deux extrémités et la batteuse, toujours à l’honneur, est perchée deux mètres plus haut que le reste du groupe.

L’habillage scénique et le jeu de lumières rappellent les pochettes des Pink Floyd. Les titres défilent, tous plus tubesques les uns que les autres. Et soudain Beth s’envole. Imaginez un corps de Botero qui aurait la grâce et l’agilité d’une danseuse étoile. Son cœur va lâcher ce n’est pas possible… He bien non, Beth a ses bas de contention, sa gaine et elle s’amuse comme une folle.Impeccable spectacle sans anicroche même si la lassitude survient rapidement : les titres sont tous des tubes en puissance mais contrairement aux disques, rien ne se détache vraiment, sorte de grosse soupe de Hit Parade.

Gossip fait parler de lui à juste titre car leur façon de démonter les préjugés un à un, plus calmement qu’auparavant (pas de strip tease improvisé, chacun reste bien habillé) apporte beaucoup : ce soir là, le public n’était pas tout droit sorti d’une campagne Longchamps. Non, les femmes avaient des formes, les hommes avaient des défauts et bordel, ça fait sacrément du bien parfois de se sentir presque normale lorsqu’on ne fait pas une taille zéro.

Jeune à la retraite #3 : Ernestine et la soirée magique

In Jeune à la retraite on mai 28, 2010 at 8:30

Ernestine ne se refuse rien : gateau au chocolat et bouteille de vin

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.

Ce soir c’est la fête : « un magicien connu qui passe à la télé va venir faire un spectacle et du close-up à chaque table du restaurant ». Tous les papis-mamies se sont mis sur leur 31, Ernestine s’est même maquillée comme Romy Schneider période pas mariée.

Chou.

Je ne vais m’étendre sur le spectacle du magicien de la télé, qui doit être beaucoup plus impressionnant dans le petit écran car là, il refait sept fois le même tour à chaque table avec toujours une carte au hasard qui s’avère être un 10 de cœur… (Problème mathématique simple : quelle est la probabilité de piocher sept fois au hasard la même carte dans un jeu de 52 cartes? Si vous ne trouvez pas, Rob Gordon vous expliquera avec plaisir comment résoudre cette équation).

En revanche, pour rien au monde il ne fallait rater les discussions de ces personnes âgées avec le serveur déluré à bretelles. Le serveur, qui répond au nom de Gaëtan, sera marié « le jour où le pape révisera ses positions », a un passé de danseur de cabaret (en tant que désossé) et porte des bretelles qui mettent sacrément en valeur son fessier (très) musclé.

Le serveur à bretelles, un must

Alors forcément Ernestine elle kiffe.

Et Ernestine se lâche, minaude, lui fait le coup du regard qui a cessé de tuer depuis des lustres…

Touchante.

Gaëtan lui ressert du gâteau au chocolat alors qu’elle n’a pas le droit dixit son médecin, c’est osé quand même hein…

Elle part le lendemain, après trois semaines de cure.

VIP.

Comme elle vient chaque année depuis des lustres, elle a même un rond de serviette à son nom et une table réservée. Elle cherche son nom sur tous les anneaux de bois. Gaëtan vient l’aider, lui indique sa place avec un sourire.

Et là, Ernestine lui lâche un « Je garde la rondelle ! »

Eclat de rire cristallin de notre serveur qui se rattrape au pied du parasol pour ne pas s’écrouler par terre.

Ernestine dévore son gâteau au chocolat et se lève pour dire au revoir à ses copines de cure.

Mignonne.

Et là sans prévenir, Ernestine vient de me casser l’ambiance en lâchant un : « Je ne vous dis pas à l’année prochaine, je n’ose plus hein, on verra bien ».

Bouh. Je monte me coucher et réviser mes acquis de la journée sur la micro-nutrition et les varices.

Jeune à la retraite #1 : délices nocturnes

Jeune à la retraite #2 : thermes ta gueule !

Jeune à la retraite #2 : Thermes ta gueule !

In Jeune à la retraite on mai 27, 2010 at 7:30

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.

Pour parfaire ma simulation de vieillesse à Bourbon Lancy,  j’ai expérimenté pour vous les soins aux thermes. On choisit soft pour débuter, trio « cataplasme », « bain en immersion » et « douche hydrojets ». Pendant que je me pose la question d’oser demander comment un bain peut se prendre sans être immergé, la réceptionniste des thermes, qui fait aussi dépôt de pain et croissants (cherchez le rapport entre les activités…), me dévisage et lâche un laconique :

« Dites-donc vous êtes un peu jeune pour soigner des rhumatismes ».

Je vais pas me démonter par cette femme sans âge qui se paie ma tronche et réponds derechef que pas du tout, des rhumatismes j’en ai depuis mes 14 ans, que le rhumatisme n’est pas l’apanage des vieux. Pan, dans tes facettes Madame.

Des sujets aussi prenants qu'un "Quel avenir pour l'industrie musicale ?"

Alors je suppose que le bain en immersion ça veut dire qu’on a le droit de mettre la tête sous l’eau thermale car vraiment, à part devoir se planter en face de jets dans une piscine, je ne comprend pas le concept. Les mamies arborent toutes de splendides bonnets de bain choucroutés (simulation de permanente multicolore) et discutent « goujaterie masculine ». Sympa, comme quoi nos centres d’intérêts ne sont pas si éloignés.

La douche hydrojets porte encore plus mal son nom que le bain en immersion puisqu’il s’agit… d’un bain. On vous plonge dans une baignoire individuelle et des jets vous massent aléatoirement chaque partie du corps. Suis certaines que pas mal ont du se faire des plaisirs cochons là-dedans vu la trogne des monsieurs qui attendent leur tour sagement, aussi excités que des puceaux qui vont visiter les SexShop de Pigalle.

Mais le supplice pour moi, hyperactive de mon état, reste l’apposition de ces cataplasmes de boues. Vingt minutes coincées dans un lit avec des 2 kilos de boue brûlante sur les genoux et les épaules. Au-dessus de ma tête un harnais servant probablement à tracter les plus fatigués d’entre-nous. Et surtout ces deux voix que j’entends sans rien voir.

Madame Cataplasme : « Alors Madame Mafiosi, comment allez-vous cette année ? »

Madame Mafiosi : « Oh ben ça a commencé fort, d’abord mon frère a fait deux AVC… »

(Madame Cataplasme regrette déjà sa question j’en suis certaine, bien fait pour elle, je n’ai pas aimé qu’elle me coince sous ces cataplasmes bouillants et actionnant une minuterie histoire de bien me faire entendre chaque seconde de ma torture)

Monsieur Mafiosi : « Et attendez ce n’est pas le pire… »

Madame Mafiosi : « …Oui car ensuite ma belle sœur est décédée, ma meilleure amie est paralysée et le dernier-né de mes petits enfants a une leucémie ».

Voilà, ça vous apprendra Madame Cataplasme à poser des questions indiscrètes. Lorsqu’on me délivre enfin de mon calvaire, je n’ose pas descendre par les escaliers l’étage qui me sépare de la sortie. Je prends l’ascenseur, je me fondrai mieux dans la masse.

Et hop le coup de grâce. Une petite chose fripée et courbée prend l’élévateur avec moi et une infirmière :

La petite chose fripée : « J’ai très mal vous savez… c’est fatiguant ces cures »

L’infirmière : « Allons allons, vous savez bien que c’est pour votre bien ! »

Note pour plus tard : les cures thermales, plus jamais de la vie.

Jeune à la retraite #1 : délices nocturnes

Jeune à la retraite #1 : Délices nocturnes

In Jeune à la retraite on mai 26, 2010 at 8:52

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.

Amis de la gaine et de la culotte Sloggi me voilà dans votre Paradis : Bourbon Lancy.

Bourbon Lancy, ses bancs publics tous les cinq mètre, ses toilettes publiques tous les 50 mètres, son centre de remise en forme IN-CRO-YABLE où l’on peut avoir des dédicaces EXCEP-TION-NELLES des Miss Bourgogne 2007, 2008, 2009 tous les dimanches, son parc, son centre médiéval et ses thermes.

Lorsqu’on est jeune on ne comprend pas l’intérêt d’aller voir mamie qui fait sa cure thermale, eh bien on a tort. Moyenne d’age, 75 ans, je passe trois jours au Grand Hôtel de Bourbon Lancy (sans mamie), qui cache sacrément bien son jeu. Dès l’entrée, je suis cordialement invitée à la conférence qui a l’air passionnante sur la fibromyalgie et dans la foulée on m’incite à ne pas louper la soirée Magie du samedi. Ça promet, on va se marrer.

Jean-Pierre Jeunet pourrait y tourner un film...

Pas un chat, il est 18h et je ne croise personne.

Et pourtant, la réceptionniste m’a assuré que l’hôtel est plein. Mais, me rassure-t’elle, vous allez tous les voir bientôt car le diner est servi à 19h30 et ils pointent tous à l’heure comme à la Secu.

Ici, les vieux pètent littéralement la forme. Ils sont d’une humeur à toute épreuve, on se croirait au club ado du Club Med. Tous de blanc vêtus, ils s’adonnent à des tas d’activités toutes plus saugrenues les unes que les autres, comme le cyclo-training, où il faut vous fader du vélo… sous l’eau.

Moi qui pensais que les curistes étaient des malades également au régime, hé bien  non. Je voulais avaler une légère salade, mais menu de base oblige, je me retrouve avec un foie-gras et un pavé charolais qui fond dans la bouche, à réconcilier un végétarien endurci avec l’animal.

Fromage blanc ou assortiment de fromages ? Plateau de fromage… Mais je n’avais pas saisi qu’on me proposerait un dessert en prime !

Donc pour digérer un peu, il faut opter pour une balade nocturne. Dans le sous-bois voisin, mon escarpin –oui je suis en escarpin dans le sous-bois, ça vous pose un problème ? – dérange un gros crapaud pas du tout content de devoir bouger.

Entre le concert des grenouilles et les cris des corneilles, c’est plutôt bruyant cette campagne. Mais comme les vieux sont sourds, ils ne s’en rendent pas compte.

Mon escarpin part alors à la conquête des rues pavées à 45 degrés. Et là, alors que tous les petits vieux dorment à poings fermés, les habitants du bled eux, sont bien là, ont trop bu et parlent un français approximatif, ce qui donne lieu à cette splendide invitation : « Tu veux fumer mon cigare ? »

Arf, vivement la ménopause… Je rentre lire Notre Temps.

LILLY WOOD AND THE PRICK – Invincible friends

In des disques... on mai 18, 2010 at 12:04

Duo français / Pop / Cinq 7

Lilly Wood n’a rien à voir avec Dorian Wood, artiste Net Emergence de février que je ne saurais que trop vous recommander d’écouter. Non, Lilly Wood and the Prick est un duo cher aux bloggeurs. En effet, c’est une communauté virtuelle qui avait fait la promotion de l’EP. Quelques sublime session acoustique  – comme celle du HibOO – ou concert glorieux – comme le sauvetage d’une journée de Rock en Seine – plus tard et voilà un beau premier album, signé sur un label plus que recommandable, qui abrite d’ailleurs leurs cousins The Do.

Difficile de dire du mal d’un disque lorsqu’on l’attend depuis deux ans. Difficile également de l’encenser aveuglément lorsqu’on en attend autant de leur part. Le résultat est plutôt réussi donc, même si l’on regrette parfois des arrangements (excès de reverb dans l’air du temps un peu pénible et fâcheuse tendance à ne pas terminer ses morceaux de manière franche) ou des titres un peu faciles (mais ça reste de la Pop, c’est donc excusé).

Assurément Lilly Wood and the Prick détient dans sa besace pas mal de tubes pour l’été comme No No (Kids), sorte de contrepied du titre over-matraqué de Mgmt. My Best est mon pari pour l’été, capable de rivaliser avec les meilleurs sur tous les dancefloors : un morceau qui prend son temps, frais et pétillant à souhait tout en sachant provoquer ce déhanchement irrépressible dès les premiers accords et dont on ressort avec un moral à toute épreuve en se prenant un peu pour la Reine du monde accompagnée de ses Copains Invincibles. Les titres de l’EP n’ont pas pris une ride, ce qui est diablement bon signe. Little Johnny vous provoque toujours la larmichette et Down the Rain reste un morceau parfaitement construit et intéressant, tant au niveau des textes spontanés que de l’orchestration plan-plan kitsh à souhait qui leur va à ravir.

Si la mode musicale est aux duos, ça tombe bien car ces deux là n’auraient jamais pu travailler autrement qu’ensemble. Si la tendance pop est le rétro-nineties, ça tombe bien car leurs orchestrations en ont toujours été imprégnées. Si le dernier cri c’est d’aller à des concerts géniaux, ça tombe bien car ces jeunes là sont vraiment bluffants sur scène. Si l’humeur du moment est d’acheter beaucoup moins de disques qu’avant, ça tombe bien car ce premier album ne vous lassera pas de si tôt. Chez moi, on appelle ça un heureux concours de circonstances, pas un pur produit marketing.

Sortie le 31 mai

En concert à l’EMB-Sannois le 21 mai

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

In Les belles Histoires, des disques... on mai 13, 2010 at 10:58

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois Guillaume Simon, Antoine Delecroix et Laurent Houdard, trois parisiens musiciens et pas du genre à se dire qu’ils se contenteraient d’un simple groupe de musique. Non seulement ils avaient plusieurs groupes, d’inspirations différentes, mais en prime ils avaient encore ce sentiment trop souvent mal utilisé et galvaudé : la foi. Pas une fois en un genre d’autorité supérieure qui nous observe, plutôt une foi de ceux qui sont à très juste titre convaincus que ce qu’ils font est bien, qu’ils sont faits pour exercer leur talent et que des aventures extraordinaires sont susceptibles de survenir sans prévenir.

Et, un jour qu’ils regardent tranquillement Arte à la maison – parce que bon, ce sont des parisiens qui préfèrent un documentaire à un show de divertissement, on ne leur en tient pas rigueur, bien au contraire – ils tombent en admiration devant Terry Reid qui fait le foufou à Glastonbury.

Terry Reid, c’est le genre d’artiste capable d’avoir l’intelligence de conseiller un petit gars de Birmingham, Robert Plant, au groupe Led Zeppelin qui voulait que Terry Reid les rejoigne. Non Terry Reid il sait que cette place n’est pas la sienne et il décline l’offre en préférant galérer dans son petit bonhomme de chemin qui fait des premières parties comme les Rolling Stones. Terry Reid, c’est le genre de type assez lucide pour comprendre qu’il ne doit pas accepter d’être le nouveau leader des Deep Purple car quelqu’un d’autre est taillé pour le rôle, pas lui.

Mais Terry Reid c’est le gars assez fantasque pour accepter, à plus de soixante berges, de traverser l’Atlantique pour venir jouer et enregistrer des morceaux avec SHINE. Et roule la galère c’est parti pour trois titres.

Terry a une voix entre Rod Stewart et Iggy Pop et il se produit un mélange explosif lorsqu’elle entre en contact avec les mélodies électro-pop tendance jazz-blues avec SHINE.

Paf ! Telles des abeilles trop gourmandes, vous vous coincez les ailes dans ce pot de miel.

Et lorsque Terry Reid vous chante la ballade I’m here, votre cœur peut s’arrêter de battre, votre femme peut vous annoncer qu’elle est enceinte de quintuplés, un juge peut vous condamner à 300 années de prison incompressibles, ce n’est pas grave, vous ne serez plus jamais seuls.

Il était une fois un groupe parisien qui avait foi en son travail et qui, avec un peu d’audace et d’auto-persuasion bien placées, vivait heureux avant et vivra aussi bien maintenant.

On parie combien que vous allez cliquer et écouter ?

Le Myspace ou Le Site.

…et bien entendu, il est fortement conseillé de soutenir ce groupe en achetant la petite chose à l’artwork soigné, sortie chez Tubes à Essais

Episode précédent des belles histoires : Luc Vertige

Prochain épisode des belles histoires : The Narcoleptic Dancers

Mathurin Bolze – Du goudron et des plumes

In du cirque... on mai 12, 2010 at 10:01

Artistes français / Cirque contemporain / Compagnie MPTA

Dans ce qu’il est commun d’appeler la « grande famille du cirque », on trouve de nombreux courants, plus différents que gémélaires, plus en lutte que de la même classe. Et certains sont des êtres solitaires plutôt qu’issu d’une grande fratrie. Johann Le Guillerm en est un exemple, Mathurin Bolze pourrait en être un cousin isolé, entre  la famille des Inventeurs perfectionnistes et des Simplificateurs puristes.

Oubliez le chapiteau et ses gradins rustiques à 360°, ici on retrouve une salle de spectacle mono-directionnelle avec des sièges confortables, oubliez  la piste ronde, on a ici une scène surélevée, avec des rideaux de velours, une cour et un jardin…

Est-on toujours au cirque ? Oui, indéniablement.

Détail de taille, ce spectacle est exempt de trampoline, marque de fabrique habituelle de l’homme qui a fait de la défiance des lois de la gravité son leitmotiv. S’il est suggéré parfois via quelques planches de bois souples comme un plongeoir, Des goudrons et des plumes n’en est pas moins un spectacle sans trampoline à couper le souffle.

Au centre de la scène, une structure métallique rectangulaire, à double fond, permettant d’en extraire diverses trouvailles, comme le sac à main de Mary Poppins. L’action ne se passera qu’en fonction de cet espace dans l’espace. Une piste carrée en quelque sorte, exploitée au maximum. Car très vite, cette structure va se soulever et se balancer latéralement pour révéler la quasi surhumanité de ses athlètes. Imaginez un sol mouvant mais des contraintes artistes inchangées par rapport à une terre ferme : sauts, figures, repères visuels… deviennent irréalisables, sauf à suivre un entrainement de la NASA. Les cinq interprètes de ce radeau de la Méduse se surpassent pourtant, que ce soit en matière de mime, d’équilibre, de danse ou de d’acrobatie. Et le pire dans tout cela ? Cela ne vous étonne même pas tant l’ensemble des contraintes semble naturel.

Mathurin Bolze est celui qui, si je n’avais pas changé de carrière, aurait orienté ma vie. Trajectoires sautées, rêves qui s’envoient en l’air, émotions qui s’envolent toujours plus haut, défi de l’apesanteur sans avoir besoin de prendre une navette spatiale. Il faut aussi des courageux pour rester au sol et tout vous raconter. De l’expérience Mathurin Bolze on ressort souvent le cœur plus léger (des plumes…), jamais le cerveau moins habité (…et du goudron).

Les belles histoires #1 : LUC VERTIGE

In Les belles Histoires, des concerts... on mai 11, 2010 at 2:05

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un homme qui avait une vie déjà bien remplie mais qui rêvait de devenir chanteur. Chanteur français en plus, parce qu’il n’était du genre à se fixer des défis trop simples. Alors bon, il faut des sous pour réaliser son projet, pas de problème, il va économiser jusqu’à avoir assez pour tout faire comme il a envie.

Et l’homme travaille, monte son business, roule sa bosse, met des sous de côté pendant des années. Il sort un album au format vinyl, se dote d’un site Internet chic, un Facebook, un Myspace même ! Ne reste plus qu’un live…

Alors un lundi triste de mai, il s’offre le Café de la Danse pour fêter avec panache la sortie de son album. Pendant que les nébuleuses musicales s’excitent sur Deftones ou Bonobo, lui fait salle comble et réalise son rêve.

Dégaine entre Bashung et Dutronc, slim en skaï et lunettes noires, il a tout : les musiciens, les photographes, les caméras, les techniciens, le public. Et c’est parti.

Cet homme ne se démonte pas, enchaîne 45 minutes de spectacle alors que c’est son premier concert. Il chante – plutôt juste, il danse – plutôt bien, il s’amuse – plutôt un max, ses musiciens assurent, les textes de Nerval, Verlaine (sublime Kate) ou Rimbaud résonnent comme il faut. Et ses textes à lui sont aussi beaux : J’me saoule, lointain cousin de Je bois (Vian) ou Dans la chambre, encore imparfait mais touchant. L’homme est drôle, attachant, s’en donne à cœur joie. Fin du spectacle, il salue timidement et s’éclipse. Ne maîtrisant pas encore tous les aspects du direct et d’une franchise imparable, il revient très vite sur scène pour le rappel parce qu’ « il a soif et a hâte d’aller boire un verre ». Il sort ses lunettes et lit sa liste de remerciements, réussissant pourtant à en oublier. Le rappel à titre unique, Ne grandis pas, il le dédie à sa fille, papa amoureux de sa progéniture, le temps file toujours trop vite. Et lorsque sa princesse le rejoint avec un bouquet il est tout simplement heureux.

Second rappel ? Non pas question, ce n’était pas prévu et il a soif, alors il s’en va. Comme ça, voilà.

Il était une fois un homme qui, à presque un demi-siècle, a réalisé son rêve. Tout simplement. Il vivait heureux et vivra aussi bien maintenant.

Prochain épisode des belles histoires : SHINE feat. Terry Reid

BENJAMIN BIOLAY @ Casino de Paris

In des concerts... on mai 10, 2010 at 3:13

Artiste français / Multi-genre / 08/05/2010

Travailler un jour férié, quoi de plus naturel dans la Sarkozie. Benjamin Biolay, amant présidentiel malgré-lui, était accompagné ce soir-là de cinq musiciens pour, si ce n’est gagner plus, récolter des suffrages unanimes sur son talent. Spectacle impeccable.

Présentation du groupe, accoutrés comme pour un enterrement. Une bonasse (aka Celle-là B.B. se la ferait bien) jouant d’instruments des plus érotiques (violoncelle et harpe), un bassiste de ressemblance lointaine à Arthur H, un batteur portrait craché de JS Zanchi, un guitariste sosie de Patrick Timsit et un claviériste-électronicien aux allures du Damon Albarn simiesque des clips de Gorillaz. Quelle fine équipe où le cheveu, lorsqu’il demeure sur les crânes (parce que pour le batteur c’est mort hein…), est long et gras. Et agrémenté d’une casquette Faith enfoncée jusqu’aux yeux (dans le cas de l’électronicien) en prime, c’est vraiment engageant. Benjamin Biolay est à l’image de son équipe, tout de noir vêtu, chic-négligé, avec la mèche poisseuse dans l’œil…

Tout cela tranche avec le champ sémantique des chansons de Biolay (Rolex, partie de jambe en l’air, toxicomanie…) ou les références permanentes à son meilleur ami le Président (ainsi Biolay réinterprète la Merco Benz en Sarko-Benz, Brice Orte-benz, Radida-Benz…). L’homme a choisi pour ce dernier concert parisien de nous la conter bien triste. Le temps de chien qui n’en finit pas ? oui. La douleur ? aussi. Un club de groupies pousse des hurlement sur Night Shop (Elle me dit que t’es beau) et lui-même n’y croit pas (tu m’étonnes…). Le Damon Albarn mène la danse, les arrangements très électroniques du jumeau maléfique sous sa casquette dominent le chanteur humble qui ne peut retirer la main droite posée sur son cœur qui bat sous ce costume trop sombre. Il nous joue Patrick Bruel le Biolay ? (tiens mais d’ailleurs c’est un autre ami de Sarkozy lui…)

Au bout de dix titres, un sous-produit de Monica Belluci mal attifée et aphone – prénommée Alka et inconnue pour de très bonnes raisons vue l’étendue de son talent – le rejoint pour un duo (dont je n’ai pas été fichue de remettre le nom dessus). Le personnage se détend et laisse éclater ses blessures, les réelles cette fois. Son mal de reconnaissance, son problème avec les filles, le shampoing anti-pelliculaire inefficace… Les boutons de la chemise s’ouvrent, révélant les petites rondeurs et le torse imberbe. B. Biolay reprend la main, seul au piano (Novembre toute l’année). Sa montée en puissance prend progressivement le pas sur ce jumeau bling-bling à l’électronique. Et qu’importe les problèmes techniques sur La Superbe, il ne la perd pas et sur Qu’est-ce que ça peut faire ? on se demande s’il s’agit encore d’un duo tant ce chanteur se déchaine. Lors du bouquet final (A l’Origine) il brille de mille feux, sans artifice. Crache crache Benjamin, jusqu’à plus soif, le groupe suit et pour la première fois, sourit.

S’en suivent deux splendides rappels qui insistent sur le fait que Benjamin  Biolay a un talent musical polymorphe et mérite salle comble. Le mélange de Négatif avec Clint Eastwood de Gorillaz viennent confirmer nos supputations. L’électronicien est une sorte de double du chanteur, sa part d’ombre, non pas cachée au fond de la scène mais trônant à ses côtés. C’est la harpiste qui lui donnera la réplique pour clore ces deux heures de show d’un Brandt Rapsodie sans Jeanne Cherhal (qui ne nous manquera pas, cf. chronique).

Corps et âme lié à sa musique, Benjamin Biolay est autant excellent acteur que musicien, arrangeur et compositeur, et même si ça lui a pris du temps de s’imposer, il n’est pas prêt de nous lâcher. Un concert où être petite n’est pas un handicap.

Setliste :

Tout ça me tourmente

Même si tu pars

Si tu suis mon regard

Night Shop

Lyon Presqu’île

Chère inconnue

Prenons le large

Merco Benz

Ton héritage

X ?X ?X ? (duo avec Alka)

Novembre toute l’année

Nuits Blanches

Bien avant

La Superbe,

Qu’est-ce que ça peut faire ? (duo avec Alka)

L’espoir fait vivre

Assez parlé de moi

15 septembre

A l’Origine

……..

Négatif  feat. Gorillaz

Padam

……..

Les Cerfs Volants

Brandt Rapsodie

Les R.O.L.L. nouvelle formule : mode d’emploi

In Ce qui m'amuse on mai 9, 2010 at 10:58

Ca y est ! Vous l’aurez (peut-être) remarqué, les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes ont pas mal changé de peau ces dernières semaines, pour s’arrêter sur cette formule que voilà. Petit tour des nouveautés par la propriétaire.

1) Avant tout, l’appellation R.O.L.L. a disparu de la bannière, trop difficile à retenir, trop long, trop… trop, les R.O.L.L. seront une AOP désormais, présentes sous le clin d’oeil d’un faux nom de famille de Violette, si vous faites partie des VIP à l’avoir connu et savoir ce que signifie cet acronyme, tant mieux !

2) Les rubriques thématiques (tout en bas à gauche, La totale !) sont plus intuitives et personnelles. Désormais il existe trois rubriques principales : Ce que j’écoute, Ce que je lis et Ce que je regarde, qui se déclinent en différents domaines culturels (concerts, disques, expos, cirque, théâtre, films, livre…).

Trois rubriques annexes permettent de moduler certains articles, vous indiquant un peu quelle humeur en ressort : Ce qui m’amuse, Ce qui m’émeut, Ce qui m’énerve. A vos risques et périls donc.

Enfin vous retrouverez dans Papotages quelques interviews foutraques comme je les aime.

Si vous paniquez à l’idée de naviguer dans ces rubriques, il vous reste les  pages aux classifications plus classiques : les disques, les concerts, les films & lectures, les interviews, le tout rangé par ordre alphabétique.

3) L’agenda des concerts et spectacles sera désormais plus fourni (normalement), vous le retrouvez en bas à droite sous l’appellation Viens pas pleurer si tu loupes ça !

4) (Tout en bas) Les articles tout chauds vous permettent d’accéder aux cinq derniers billets et Vous aimez les billets sont les cinq articles que les gens visitent le plus le jour de votre visite.

Pour plus de confort, n’oubliez pas qu’il vous suffit de cliquer sur l’un des trois titres des articles de la “une” pour l’avoir en pleine page. Et, gadget essentiel,  les commentaires sont par défaut masqués, il suffit de cliquer sur la petite flèche rouge pour y accéder…

5) Quant au ton des sujets abordés, ma plume sera aiguisée comme jamais, n’oubliez pas que tout cela n’est qu’un jeu, qu’il ne faut jamais me prendre au sérieux.

Mon blog est loin d’être une perfection, dans la rubrique Les copains, vous trouverez d’autres url fantastiquement exceptionnels, une liste en perpétuel enrichissement, plus on est de fous, plus on rit…

En espérant que vous prendrez autant de plaisir à me lire que moi à écrire,

avec toute mon affection,

Violette

Les “Rappeurs Roumains” : Top exclusif des Attachés Web

In Ce qui m'amuse on mai 7, 2010 at 11:48

Lorsqu’on a un blog avec des publications régulières et un peu rédigées, on se retrouve très vite extrêmement sollicité par les différents interlocuteurs spécialisés du domaine. La musique dans mon cas.

Et, comme je n’ai pas ma langue dans le fond de ma boite à gant, je me suis dit que j’aurai le culot de faire le seul classement que mon ami PlaylistSociety n’a probablement jamais essayé, celui de ceux que j’ai dénommé simplement les « Attachés Web ».

Parce que ces gens là ne font rien de simple, ils ont quinze titres de postes différents pour au final avoir à peu près les mêmes taches (digital manager, community manager… à l’amerloque ça claque toujours plus hein).

Et pareil, je ne vais pas m’amuser à distinguer les labels indés des grosses maisons de disques.

Un Top, quelle idée !

Oui mais je suis cataloguée “émeutière” donc rien à perdre. Et puis on classe les blogueurs à longueur de journée, on entend parler de Maîtres Twitter, d’influenceurs… alors pourquoi pas renverser la vapeur ?

Tout simplement parce que les relations web/labels sont d’un nouveau genre.

Avant un attaché de relations médias n’était pas votre pote.

Avant un blogueur était perçu comme un autiste plus scotché derrière un écran qu’à boire des coups en société.

Dans le cas présent, on a le même âge, les mêmes références, la même culture, les mêmes galères (génération désabusée qui sait qu’elle va en ch***, cf. chronique).

Nos rapports ne sont pas exactement professionnels, pas exactement amicaux, mais ils sont humains (d’où la notion de rappeurs roumains =rapports humains après minuit et beaucoup de verres d’open bar, © Rocktrotteur)

Alors maintenant, quelles sont les qualités d’un bon attaché web ?

- Avant tout un attaché web est réactif. Les blogueurs 3.0 sont super-connectés donc leurs interlocuteurs se doivent d’être loquaces.

- Un attaché web sait renoncer et être attentif aux attentes de ses blogueurs. Très important ce point : envoyer un mail par jour sur un groupe qui n’intéresse pas est contre-productif, certain(e)s ne l’ont pas encore saisi. Ça implique aussi que l’attaché web n’ait pas trop recours aux NL fades et insipides. On cible, on personnalise, on chouchoute.

- Un attaché web se doit d’être franc. Il prêche pour sa paroisse mais sait reconnaitre les défauts de son catalogue et s’intéresser au reste pour en dire du bien.

- Un attaché web fréquente les blogueurs. Filer des invitations sans jamais avoir envie de rencontrer ceux à qui on les donne n’est pas bien perçu ici. Ne jamais avoir de temps pour eux non plus.

D’après ces paramètres, on peut immédiatement identifier plusieurs attachés web très doués pour leur métier. Pas de podium, juste la crème. Présentation.

Damien Capitan (Cinq 7) : a tout bon. Les petits mails personnalisés, les mots doux en envoyant les disques, la grande réactivité… l’alcool très drôle et agréable.

Michael Turbot (Cooperative Music) : a tout compris. Le recul, l’honnêteté intellectuelle, l’attention portée aux petites choses, la disponibilité… les vodkas-tatins.

Audrey Vauvillier (Discograph) : a tout pour elle. Grande, belle, attentive, elle vous sert ses artistes sur un plateau doré, tout en douceur autant qu’en rigueur… désopilante désinvolture.

Julien Marquant (EMI) : anticipe comme personne. Une chronique d’un artiste et boum un mail avec une place pour le concert de sa part…  et sa blonde timidité qui fait craquer.

Coralie Kerbellec (Polydor) : est la bonté incarnée. S’occupant souvent d’artistes rentre-dedans, elle vous convaincs doucement, calmement, gentiment…et s’éclipse.

Stéphane Muraire (3e bureau) : est le plus téméraire. Vous envoyer dans les cordes, commenter votre blog en démontant chacun de vos arguments, même pas peur… si j’avais fait son métier je me comporterais un peu comme lui je crois.

Et aussi (mais je ne veux pas publier sur eux dans leur dos) :

Matthieu Bouillon et Clément Bouchet (Spöka), Vianney (Disc Over), Dali Z (Clapping Music), Virginie Freslon (Modulor) et Virginie Pargny (Café de la Danse) : ont la maitrise parfaite du sujet. Pas besoin d’être ultra-connectés pour être réactifs, ils en sont la preuve. Jamais un disque de travers, jamais un mot à l’envers, toujours un compliment caché derrière.

Voilà, il s’agit de mon évaluation personnelle, elle n’engage que moi et n’est  absolument pas objective. Une manière de dire merci à ces “humains” là, que l’on fréquente beaucoup numériquement, moins réellement (mais de plus en plus).

AS THE STARS FALL – Tempus Fugit

In des disques... on mai 6, 2010 at 10:42

Groupe français / Pop mélancolique / Low Wood

Yann Tiersen se fait vieux, il est temps de lui trouver des héritiers pour marcher dans ses pas. Des jeunes pour illustrer des films qui vous arrachent une larmichette, des spectacles de théâtre ou de cirque où les personnages sont perdus et/ou tristes et /ou rêveurs.

Un titre en latin, des morceaux mélancoliques, une mélodie post-rock atteinte de spleen, des samples aux paroles dont la seule idée de les entendre dans la bouche d’un proche vous retourne l’estomac… je n’étais pas certaine d’avoir envie de m’infliger cela au départ. Et pourtant, ce disque agit comme une catharsis.

Ces orchestrations baladent votre petit cerveau dans les circonvolutions de son propre cortex, si le temps passe souvent trop vite, il faut être capable de regarder autant devant que derrière sans frémir. Tempus fugit illustre tout cela : les super souvenirs de 400 coups avec son frère (A dead leaf dance), les années où l’on regarde ses enfants tenter de tracer leur bonhomme de chemin(Revolt), les mauvaises passes qu’on préfèrerait oublier aussi (I gave you a choice)… Ce temps qui passe sans pour autant vous donner un coup de vieux, plutôt en vous rendant capable de vous affronter. Un chouette EP.

Je dédie cette chronique à Rob Gordon, ami précieux que je vois trop peu souvent. Si j’avais écouté ce disque à temps, je lui en aurais parlé dans son grandiose Questionnaire, à la question n°02.

MOLECULE – Besides

In des disques... on mai 5, 2010 at 8:00

Artiste français / Dub – Electro – Rap / Underdogs Records

2008, je découvre Molécule en aidant à peaufiner la programmation d’une belle soirée Radio Campus Paris… Ce n’est pas mon genre favori mais je reste tout de même à écouter sans effort. Deux ans plus tard, je reçois Besides, quatrième album de Molécule. Je ne vais pas mentir, je n’en attendais rien puisque ce n’est pas mon domaine musical de prédilection. Mais quelle claque bon sang lorsqu’on met en route cet opus qui s’écoute d’une seule traite.

Les plages musicales aux dominantes dub ou reggae n’en finissent pas de vous entraîner dans de douces rêveries aussi reposantes qu’un week-end à la mer mais les featuring agissent comme des électrochocs venant vous secouer la couenne.

Molécule a su s’entourer d’artistes de qualité. Les collaborations de Féfé (Jamais Choisi) et Leeroy (L’Entrée du chef) sont particulièrement impressionnantes par leur justesse de propos, de flow, de rythmique. La problématique des banlieues, de ses habitants au passé autre que franco-français et d’un genre musical qui s’y est développé est abordée par les biais de l’humour et du cynisme. Ouverture d’yeux au forceps sur des réalités déformées par les prismes de ceux qui ne les vivent pas mais passent leur temps à en parler.

Moi qui il y a encore cinq ans pensait ne pas apprécier le rap, quel retournement de veste agréable ! Un bien joli disque d’un artiste qui a su prendre le temps d’approfondir intelligemment une démarche musicale aussi douce que brutale, aussi légère que fouillée.

Retrouvez aussi l’article de Romink sur My (Good) Zik

GOLDHEART ASSEMBLY @ La Maroquinerie

In des concerts... on mai 4, 2010 at 8:00

Groupe anglais / Pop-rock / 10/04/2010

Soirée parisienne qui sent l’orage, du bitume s’échappent des odeurs acres et la chaleur vous vient par les semelles, mon humeur joue la grenouille de la dépression… Ca va craquer, je file me réfugier à la Maroquinerie et passe l’un des meilleurs moments de la semaine comme je ne m’y attendais pas.

Six jeunes hommes anglais pur-jus ont pris place sur la petite scène intimiste de la Maroquinerie. Leur chanteur principal, portrait craché de Chris Esquerre, attire immédiatement la sympathie du public. Ils sont venus présenter leur nouvel album (King of Rome, sorti le 15 mars) et, même si la salle est loin d’être pleine, ils semblent déterminés à nous démontrer mordicus qu’ils ont du talent. Et ça fonctionne parfaitement.

En plus d’avoir de l’humour, ces gars là ont une sorte d’aura joviale hautement communicative. Et tous les titres, s’ils se ressemblent parfois un peu trop, se muent en une longue balade aussi mélancolique qu’hilarante. En plus de leurs instruments somme toute basiques, le groupe a recours à des bidouilles en tout genre qui n’en finissent pas de vous vous travailler les zygomatiques. Notamment sur Reminder où les samples de fou-rires finissent par avoir raison des moues parisiennes les plus dédaigneuses. Mais par-dessus tout, ces six là sont capables de réussir à vous hypnotiser dès qu’ils dégainent leur atout magique des voix en chœurs aux sonorités ultra-romantiques. C’est dansant sur King Of Rome, entêtant sur Under the Waterway et terriblement rétro avec So long St Christopher ou Boulevards (vous vous souvenez de l’époque des boums où les garçon vous ruinaient systématiquement les articulations des doigts de pied ? Eux oui !).

Last Decades ne me lâchera pas jusqu’à ce que, dans mon lit, mes yeux se ferment apaisés avec un sourire pointant au bout de mes lèvres (je le sais car je me suis réveillée dans l’exacte même posture). Avis à toutes les filles, procurez-vous ce délicieux bijou pop-rock. Et si vous êtes un garçon sensible, non ce n’est pas une insulte, vous pouvez en faire de même.

Classement WIKIO Musique de MAI

In Ce qui m'amuse on mai 3, 2010 at 8:49

Vous connaissez mon amour des statistiques, il est aussi développé que celui du football ou de la cancoillotte, c’est-à-dire proche du néant.

Ajoutez à cela que j’ai justement décidé d’arrêter mon blog ce mois-ci, qu’il n’y a donc aucun risque que je rafle des places dans un classement de blogs

Quelle ne fut donc pas ma surprise que de me voir proposer de publier en avant-première les vingt premiers sites Internet du classement Wikio

De là deux solutions :

- Je refusais et passais pour une orgueilleuse qui refuse d’accorder de l’attention à un palmarès où elle ne fait que perdre des places.

- J’acceptais et passais pour une orgueilleuse qui accorde de l’attention à un palmarès où elle perd des places mais figure néanmoins.

Je suis donc orgueilleuse, je vous laisse lire à quel point vous l’êtes aussi ;)

1 La Blogothèque – Flux général
2 Playlist Socitey
3 Le HibOO
4 HOP
5 Soul Kitchen
6 La Quenelle Culturelle
7 I Left Without My Hat
8 Chroniques Electroniques
9 arbobo
10 dans le mur… du son
11 Pop Revue Express
12 Little reviews
13 Branche ton Sonotone
14 Art-Rock
15 Gammes orientales en France
16 JAZZ, BLUES & Co
17 Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes
18 Good Karma
19 Toujours un coup d’Avance !
20 With music in my mind

Classement réalisé par Wikio

Un an après : ORELSAN au Pays des Merveilles

In des disques... on avril 30, 2010 at 7:42

D’aucun diront que j’ai dix trains de retard, mais après une grève ferroviaire de 10 jours, on peut tout se permettre. Il y a un an donc, l’album d’Orelsan et le cas du jeune rappeur interdit de festivals défrayaient une presse musicale française vieillissante n’ayant rien de beaucoup plus trendy à se mettre sous les plume.

Alors pourquoi reparler d’Orelsan maintenant ? Parce que le cinéma n’est plus un lieu fréquentable. Donc là, vous vous dites que je suis fêlée de la cabosse, qu’il n’y a aucun lien. Et vous avez raison, enfin presque. Car pour réussir à supporter Alice aux Pays des Merveilles version Tim Burton, rien de mieux qu’Orelsan.

[Attention, Tim Burton était jusqu’il y a peu, mon réalisateur favori, c’est le seul dont je possède la filmographie complète et que je regarde très régulièrement sans m’en lasser. Mais là, non, ça va trop loin. Ca devrait quasiment être classé X tant c’est choquant de médiocrité.] Loin de moi l’idée de faire l’analyse du film en rapport avec le livre dont il est censé s’inspirer, je m’attacherai seulement à une cohérence bande-son / images. Car Avril Lavigne ça ne passe définitivement pas. Relisons ensemble le scénario.

N’importe quelle commune de Basse Normandie 14000 tu sais où j’habite ? possède  sa « boulangerie Marc et Sophie », sa « pizzéria La Gondole », son « restaurant oriental La Burqua » et sa « foire à tout ». Le Calvados c’est moderne et chatoyant et Orelsan, tout comme Alice, s’ennuie à mourir dans cette société ultra-hiérarchisée socialement et culturellement. Ce qui ne l’empêche pas d’épouser ce carcan pour autant : Alice va épouser un abruti pendant qu’Orelsan fait sa caillera. Tous les jours j’fais l’acteur, j’ai semblant, j’maquille la peur en plaisantant / J’ai peur de l’avenir et de ses déceptions et de la dépression.

Alors, comme ils sont jeunes et risquent de s’encroûter, des éléments extérieurs du registre de l’imaginaire viennent leur secouer la cabosse : Tu vas rester sur la touche si tu bouges trop lentement, pour suivre le changement c’est du taf à plein temps. Et là, nos Alice et Orelsan se disent que ouais, ils sont en retard, toujours en retard comme cette salope de lapin blanc, et du coup, ils le suivent le lapin, histoire de vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.

Alors ils font le point avec un psy-chenille addict de joints bien chargés :

- Qu’est-ce que qui t’amène man ?

- Bah, avant j’écoutais les sons, j’écoutais même ceux que j’aimais pas / Maintenant j’ai 40 giga de mp3 que j’écoute même pas.

- Ha oui mes condoléances, ça craint ton époque… Vas donc voir Chapelier Fou il pourra p’têtre te dépanner ?

Ok roule pour la rencontre d’un autre loustic encore plus branque que le premier. De toute façon le présent les gave, ils ne pigent que dalle. On s’en branle du futur quand on comprend pas le présent.

Et donc le chapelier là, il assume à fond son syndrome de Peter Pan, pas de prise de tête pas besoin de se poser des questions sur l’après. Pour les trois prochaines minutes, j’veux qu’on m’appelle Jimmy Punchline. Alors ils font la teuf, toute la nuit. Une bonne soirée c’est une soirée dont j’ai pas de souvenir / Anti-héros j’suis la version humaine de Calimero.

Orelsan et Alice sont des chouettes jeunes, alors on leur propose de combattre un vilain monstre qu’une vieille peau de Reine de Cœur leur impose. Pour les besoins de l’histoire nous l’appellerons « Médiocrité Culturelle ». Et c’est parti, on se relève les manches et on va mettre sa claque à la bestiole qui dans mon récit porte le doux patronyme de « Responsable de festival frileux ». Alice et Orelsan réfléchissent deux minutes, si coup de main il y a, il ne faudra pas compter sur eux pour qu’ils restent dans ce pays tordu : Si je rentre sur le terrain c’est pour mettre une droite à mon coach.Banco répondent les autres, ça sera toujours une saleté de moins dans les alentours.

En plein combat, Alice et Orelsan ne sont pas certains de l’intérêt de combattre l’armée de la Reine et ses freaks, ils oscillent entre Bien et Mal. La culture française mérite-t’elle d’être aidée ? Qu’est-ce que ça va changer ? Et finalement, même s’ils sont nuls à chier à PES, le monstre trépasse.

Et voilà, il est temps de rentrer à sa petite vie, même s’il a peur de perdre, peur de l’échec, peur d’affronter les épreuves de la vie, Orelsan ne ressort pour moi que grandi de l’acharnement médiatico-politique qu’il a subit. Certes, ses plages de vocodeur sont fatiguantes, ses orchestrations grandiloquentes au violon nous forcent à prendre son disque au second degré pour ne pas rire, mais ce gars là a du talent, du vrai, brut et pas encore parfait.

Nous sommes dans une société de la vitesse et de la contraction, alors allons-y : Orelsan est une Merveille. (Ré)écoutez, vous verrez… Et on attend la suite avec impatience…

Violette R.O.L.L. en V.D.I.

In Ce que je lis, Ce qui m'émeut on avril 14, 2010 at 10:19

Une fois n’est pas coutume, je vous recommande chaudement la lecture de ce magazine trimestriel.

Standard est beau (mais pas beauf),

Standard est jeune (mais pas jeune et con),

Standard est poli (mais pas politiquement correct).

Et puis, vous l’aurez (peut-être) remarqué, je ne suis pas en grande forme rédactionnellement parlant ces derniers temps : Les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et Violette sont en VDI (Vacances à Durée Indéterminée), le temps de se reposer, respirer, faire de nouvelles rencontres et découvertes, panser leurs plaies, reprendre leurs esprits avant de foncer de nouveau tête en avant.

Alors si vous aim(i)ez les R.O.L.L., en attendant leur retour, vous retrouverez une petite partie d’elles dans Standard Magazine, puisque certains articles sont parfois signés… Mauve L.

Je ne vais pas vous faire le coup du beauf-attitude “ce n’est qu’un aurevoir” ni risquer de tomber dans le sentimentalisme qui est vraiment désuet ces temps-ci.

L’idée est plus chic que ça, je veux vous quitter pour mieux vous retrouver. Car même si “c’est écrire qui est le véritable plaisir, [et qu']être lu n’est qu’un plaisir superficiel” (V. Woolf), j’ai (aussi) besoin de vous pour sentir ma plume vivre et me sentir vivante.

Peut-être reviendrais-je vite ? Avec les “peut-être” c’est comme avec les “si”, on peut ré-imaginer Paris, la vie et ses envies, pourquoi pas un blog aussi…

Avec toute mon affection, votre dévouée V.

LA MAISON TELLIER @ Café de la Danse

In des concerts... on avril 10, 2010 at 9:37

Groupe français / Folk – Country-rock / 06/04/2010

La Maison Tellier, douce baraque normande respirant la vie avec ce qu’elle compte de hauts et de bas, présentait son troisième opus (L’art de la fugue, cf. chronique du disque) au public parisien. Salle comble (pour la première fois à Paris), nouveau label qui imprime sa patte et, comme nous l’avions prédit, un concert bien plus génial que la galette.

Connaissez-vous beaucoup de groupes qui vous offrent deux heures de concert sans rechigner, après une première partie ? La Maison Tellier fait partie de ces groupes pour qui la scène est aussi indispensable que de respirer chaque jour. Mimi tout plein dans leurs chemises à jabot pour l’un, gilet de velours pour l’autre, la scénographie a été retravaillée. Tel chez Moriarty (la belle Rosemary était d’ailleurs présente dans le public ce soir là), on retrouve un décor rappelant une pièce commune où il fait bon vivre. Ce soir là, on imagine un patio, une terrasse où griller son clope tranquillement en méditant sur l’état des cultures céréalières.

Les Tellier expriment leur joie avec humour nonchalant, offrant pas moins de 26 titres à un public d’habitués (on a eu droit à des dédicaces, yeah !) mais aussi de nouveaux adeptes très réceptifs. Le répertoire est issu des trois opus et tout ce qui demandait d’être retravaillé l’a été. Ainsi le groupe mélange parfois plusieurs titres en enchainant les arrangements (Second Souffle / Last Days). A l’inverse, La Chambre Rose, monument intouchable car morceau émouvant de simplicité et de cynisme du premier opus, est balancée comme au premier spectacle, l’assurance des arpèges et les chœurs du public en plus. Effet immédiat, petite larme au coin de l’œil.

Nouveauté très appréciable qu’on réclamait depuis longtemps, Lippie et Maxime (The Elektrocution) qui signent les featuring des différents disques sont présents également. Et comme prévu, les titres n’en sont que magnifiés. Même si l’on sent Lippie très mal-à-l’aise ou boudeuse et que Maxime ne tient pas bien sur ses jambes (émotion / alcool / stupéfiants aidant), ces duos apportent de véritables valeurs ajoutées, il serait bon de les pérenniser.

Deux rappels demandés en toute sincérité, voilà un gage de qualité. On a le plaisir d’entendre encore une fois leur version de Killing in the Name (ils ont annoncé vouloir s’émanciper de cette habitude qu’est la leur de faire des reprises, mais le fait est qu’ils sont doués pour ça aussi et que le public est très demandeur).

Les concerts de La Maison Tellier sont un Second Souffle par rapport à leurs disques et ce changement de label s’est fait pour le meilleur : des artistes souriants, plus confiants et radicalement plus habiles. Symbole que signer chez un plus gros label n’est pas forcément synonyme “d’entrer chez les Grands Méchants Loup” mais aussi “profiter de tremplins bénéfiques”. Lorsque vous avez une maison de campagne, vous rêvez toute la semaine de la minute où vous allez franchir son seuil le week-end pour respirer et vous détendre, un concert de La Maison Tellier vous offre les mêmes avantages chaque jour de la semaine.

Les effets KissCool d’un iPod Shuffle

In Ce qui m'amuse on avril 8, 2010 at 7:30

…ou comment concilier deux heures quotidiennes de transports en commun, arriver à être à l’heure au bureau, écouter de la musique de bonne qualité et ne pas se retrouver chargée comme une mule pour autant.

Mardi matin, réunion au sommet, une heure de trajet. C’est évidemment le moment que choisi mon iPod pour rendre l’âme, il affiche une petite icône malade et rien n’y fera pour le réveiller. Une heure de trajet sans musique c’est long. J’étudie immédiatement un plan de remplacement. Hors de Mac point de Salut certes, mais lequel ?

C’est alors qu’un peu plus tard dans la journée, tel un signe divin, m’arrive un mail de TopAchat (groupe Rue du Commerce) me proposant d’avoir un iPod Shuffle gracieusement en échange d’une chronique honnête de ce que je pense du produit… La chance ce n’est pas un truc auquel je suis habituée, alors bon, pour une fois, personne ne m’en voudra de faire de la pub hein.

Deux jours après avoir passé commande, je reçois un petit paquet chez moi, super rapide la livraison ! D’ordinaire, même lorsque je paye des frais de livraison exorbitants ce n’est pas aussi efficace. Ca commence bien donc. Il ont même fait un effort sur le matériel de rembourrage du paquet, en carton recyclé et non en plastique, on aimerait que toutes les entreprises s’y mettent.

La petite bestiole aussi verte qu’une pomme Granny surexposée aux pesticides n’est pas plus grande que mon pouce et épaisse comme ma carte Navigo. Bon sang, soigneuse comme je suis, je vais m’empresser de perdre ce truc ! Eh bien non, car la pince d’attache est terriblement efficace, je cours, je sautille, je me retourne brusquement, tout reste en place sur une robe en soie comme sur une veste en cuir. Verdict : Fake-Granny (oui c’est son petit nom, car cette chose est à croquer mais ne se mange pas) est prête à venir affronter mon heure quotidienne et laborieuse de transports en commun (deux métros +un train et vice-versa).

Pour charger l’iPod en morceau, pas 36 manières, un minuscule câble USB, aussi long qu’un index (ça sent le rognage de longueur de câbles par Mac, y’a pas de petites économies hein… mais en même temps on le voit bien). Rechargement de la batterie en un temps génialissimement court et chargement des titres assez rapide aussi. Chouette je peux lancer un chargement de playlist tout en me faisant couler un expresso, alors qu’avec l’ancien je ratais le café et mon métro car le téléchargement prenait du temps… Il y a une option bien pensée qui permet d’égaliser le son de toutes les pistes histoire de ne pas devoir jongler entre les décibels. Bien ça, le vieil iPod n’avait pas cette fonction et je me flinguais régulièrement le tympan le matin lorsque, mal réveillée, j’appuyais un peu trop vite sur Play.

Ensuite c’est là que la lecture des morceaux demande un peu plus de dextérité puisque tout se contrôle via la petite manette intégrée à l’écouteur. J’ai l’impression d’avoir le stylo-bombe de 007 dans Goldeneye. Appuyer une fois pour faire pause, deux fois pour avancer d’un morceau, trois fois pour revenir en arrière d’un titre… Très vite on se plante donc, premier constat : l’iPod Shuffle est parfait si vous avez construit correctement votre playlist sans avoir besoin de changer de morceau parce qu’il ne vous plaît pas ou ce genre de chose.

Là où cela devient amusant c’est lorsque Fake-Granny se met à vous parler. Pour ça, appuyer une fois longuement sur la manette et, suivant la langue du titre du morceau, différentes voix vous soufflerons le nom du morceau et de l’artiste. Donc, si comme moi, tout est parfaitement encodé c’est intéressant ; lorsque vous récupérez des fichiers pirates ou des podcast d’émissions de radio mal répertoriés cela devient moins chouette. Au passage, pour moi la manette est située trop haut près de l’oreille, ce qui fait que je passe mon temps à la chercher et ne pas la trouver quand j’en ai besoin. Jusqu’au seuil de la porte de l’appartement donc, pas de gros problèmes. A présent test pendant mon parcours du combattant.

Premier métro : Fake-Granny remplit son office, délivrant sa musique sans soucis. Je suis un peu en retard, je cours pour attraper la ligne automatisée. 2 escaliers, trois virages dans un couloir bondé, toujours rien à signaler. Gare de Lyon, pour attraper le train cette fois, il va falloir se faufiler à travers un flot de banlieusards venant travailler dans la capitale – oui je suis à contre-courant, même dans mes déplacements. Je cavale, hop deux escalators, un quai trop loin, sprint final au nez et à la barbe du chef de gare qui vient de siffler le départ de mon direct. Jump dans le premier wagon, reprise de souffle et inspection des dégâts. J’ai toujours les boucles d’Aufgang dans les oreilles (le matin il faut ce qu’il faut) donc le mini-truc vert est toujours là, pendant dans le vide, décroché mais pas tombé. Avec l’ancien, il se serait fracassé dans le dernier virage ou pire, entre le train et le quai. Donc l’allègement des baladeurs j’suis super pour.

Dans le train, je sors le Pocket PC, je lui pluggue les écouteurs de Fake-Granny sans qu’il ne moufte, la manette servant à régler le son et sauter les morceaux n’est en revanche pas opérationnelle. Peut-être cela fonctionne-t’il avec Big Mac

Autre super avantage de Fake-Granny, il est tout petit mais très costaud, doté d’une autonomie déconcertante pour sa taille. En plus mon super pote virtuel, celui qui me susurre les titres des morceaux, me prévient à l’allumage et à l’extinction lorsque la batterie est en fin de réserve. Avec l’ancien iPod, il ne prévenait pas et une fois sur la réserve il coupait assez vite. Mon pote là, il me prévient super à l’avance et lorsque je l’éteins il m’en retouche un mot ce qui fait que je n’ai jamais eu le désagrément d’être à cours de musique, je pense à recharger.

Et puis il y a cette fonction shuffle, qui a donné son appellation d’origine à la bête. Les passages entre les différents morceaux sont d’une cohérence assez dingue, à plusieurs reprises je sors même un stylo et un cahier pour noter certains enchaînements pour d’éventuelles compilations (notamment de mes 15 disques français préférés de 2009). Avant mon ancien iPod avait cette fâcheuse tendance à enchaîner un MSTKFT avec Toy Fight, ça me donnait la nausée pour la journée. A présent on peut redécouvrir pleinement certains titres dans des contextes différents.

Bilan de l’opération : je n’aurais probablement jamais acheté ce modèle, optant pour un iPod plus perfectionné avec écran et tout le toutim ou un iPhone (puisqu’il faut que je change de téléphone, autant faire d’une pierre deux coups). Pourtant, l’iPod Shuffle est l’outil parfaitement adapté à mes besoins, mon mode de vie et ma façon de consommer de la musique. Cette chose que je trouvais « pur produit de sur-onsumérisme » à sa sortie s’avère en réalité répondre à tout ce que j’attendais de lui (discret, élégant, ne faisant pas perdre de temps, adapté à tous mes usages…).

Artiste Net Emergence MARS 2010 : Phillious Williams

In Ce que j'écoute on avril 7, 2010 at 8:30

Mars, mon anniversaire, on m’offre un cadeau supplémentaire en m’invitant à faire partie du jury Net Emergence. L’occasion pour moi de découvrir les principes de cette belle initiative de Valery (également derrière B comme Boxon). Des groupes peu ou pas connus mais qui tienne un minimum la route pour proposer plus de deux titres à écouter posent leur candidature chaque mois pour se faire connaitre sur Net Emergence. Les oreilles attentives du jury auquel j’appartiens désormais (composé à la fois de journalistes, blogueurs, mais aussi d’artistes) examinent à plusieurs fois les candidats et, à l’issue de moultes parlementations, élisent un artiste du mois. Et le mois suivant, rebelote avec de nouveau candidats.

Ca demande un peu d’investissement mais je crois que ça en vaut la peine. Voir récompensé un groupe auquel on croit, imaginer le petit sourire de réconfort qu’il peut avoir en se disant que non, il n’est pas le seul à penser qu’il y a quelque chose s’apparentant à du talent dans ce qu’il fait, cela a un sens. Dans les métiers artistiques, il est aisé de douter et tout laisser tomber. Si Net Emergence peut contribuer à maintenir des flammes parfois vacillantes alors oui, le challenge me parait beau et noble pour être relevé.

Et en ce mois de mars tristounet, c’est une folk pure comme l’eau et douce comme le pull en cachemire qu’on ne peut encore quitter qui a reçu notre soutien. Phillious Williams, plus tout jeune, pas encore trop vieux, au crâne rond et lisse comme un ballon de fête foraine.

Phillious, drôle de prénom pour un homme sans âge. Ce crooner est doté d’une voix qui gratte, du plus bel effet, dérangeante et envoûtante. En fait, on a régulièrement l’impression d’entendre un concert de Fester, le cousin de la famille Adams.

Assez déblatéré, rien ne vaut une écoute, Phillious Williams méritait notre attention pour mars, saura-t’il conquérir vos oreilles ?

HEY HEY MY MY – A sudden change of mood

In des disques... on avril 6, 2010 at 8:00

Groupe français / Pop – Rock / Sobber and Gentle – Discograph

Dans la droite lignée de la mouvance « on va l’écrire deux fois les gens s’en souviendront mieux (pour le meilleur et pour le pire) », Hey Hey My My s’est carrément payé le luxe de répéter deux fois chaque mot. Comme ça si vous étiez bègue, vous pouvez prononcer le nom de ce groupe sans problème. Grandeur d’âme de leur part que de penser à ceux qui souffrent de handicaps mineurs. Ou est-ce pour le plaisir de voir ce correcteur orthographique sous Word s’emballer sur les répétitions ? Leur nouvel album lui, porte bien son nom car il annonce un soudain revirement de cap. La qualité semble avoir enfin décidé de s’installer dans tout ce que Hey Hey My My a travaillé.

Soulagement pour la France, chaque morceau de HHMM respire enfin. Ce n’est pas à tomber par terre peut-être (comme tous les disques de 2010 pour l’instant), mais bon sang ça mérite de pouvoir squatter les ondes et les dancefloors sans problème. L’été arrive, les jeunes filles sont en fleurs (non, ne cherchez pas de graveleux là-dedans) et les accords pop-rock des trois parisiens soufflent juste ce qu’il faut de brise légère dans les cheveux, les oreilles et sous les robes de popeline de coton pour passer un excellent moment.

Du bon rock n’ Roll des familles aux accords simples mais efficaces (Oh Lord, Pool) ou des passages plus electro-pop dont les accents dark rappellent presque Poni Hoax par moments (Go to Hell, Jazzol), entrecoupés évidemment d’interludes plus folk-britpop, leur spécialité (We Go, Xmas Day, Hopeless Girl)

Pas mal d’humour aussi dans ces paroles, ce qui ne fait pas de mal (You Look All The Same, Not Fun Anymore) : on peut faire à la fois de la musique légère et second degré.

Donc oui, parfois les jeunes groupes font bien de s’accrocher pour nous démontrer qu’on pouvait avoir tort. HHMM produit une musique intuitive et entièrement dans l’émotion immédiate, des mélodies destinées aux filles, indéniablement. Alors sachons en profiter Mesdemoiselles. Bis repetita placent – traduction béotienne : Les choses répétées plaisent – c’est bien connu et, quitte à devoir se répéter, Hey Hey My My a bien fait d’insister.

Sortie le 24 avril

DOMINIQUE A @ Bataclan

In des concerts... on avril 1, 2010 at 8:46

Chanteur français / Rock – Electro / 31/03/2010

Rien de tel qu’un bon Dominique A pour clore ce mois de mars froid et pluvieux. Le Bataclan archi-plein avait un avant-goût d’été ce soir là. Et si le public de trente-cinq / quarantenaire était arrivé bougon, les deux heures de spectacle ont eu raison de lui.

Première partie assurée par Bertrand Belin, dernier artiste ayant rejoint l’écurie Cinq7, accompagné d’une dame à forte personnalité, ce qui ne gâchait rien au charme de sa voix profonde et grave. Un duo guitare-batterie honoré de jouer devant une salle comble dont les textes incisifs ont un petit quelque chose d’intéressant. Attendons le disque pour se prononcer plus en détails.

Changement de plateau très rapide, Dominique A démarre sur les chapeaux de roues avec un extrait de son dernier disque (La Musique). Contrairement à la Route du Rock, il est accompagné de trois musiciens qui lui emboitent le pas comme il se doit. Ce soir Dominique A est le maître de soirée et mène le spectacle comme il l’entend. Souriant, il se lance dans un petit jeu de blind-test, livrant chaque fois un indice sur le titre à venir. On aura donc droit à trois titres « sortez les mouchoirs », suivis de deux morceaux « nettement plus secs », enchaînés sur deux titres hommages dont une splendide version de Manset « qui voyage en solitaire mais habite le XVIe ». Dominique A se déhanche, le public commence à se faire très enthousiaste, on assiste à une véritable phase de séduction, les morceaux se font plus chaloupés. Premières syncopes. Dominique A ne l’entend pas de cette oreille et annonce un retour à des choses « plus plombantes », histoire que cette aventure d’un soir ne se termine prématurément. La suite du concert ne sera qu’alternance entre titres électro, rock voire post-rock, à cheval sur le lacrymal et l’effervescence joyeuse. Tous les répertoires y passent, avec une part belle aux titres du dernier opus. Lorsque retentit Le Bruit Blanc de l’été, la foule est en liesse, Dominique A s’amuse « mais laissez-moi parlez ! Je peux en placer une oui ? », le summum du chaud-comme-braise s’exprimera pleinement dans Hotel Congress, Dominique A, sentant qu’il va provoquer des orgasmes chez les célibataires femelles quarantenaires, casse le ton en commençant le « discours de remerciements qu’il aurait fait s’il avait gagné aux Victoires de la Musique ». Le public en redemande encore et toujours et durant deux heures, Dominique joue et donne sans compter.

Oui mais voilà, pour tous ceux qui auraient aimé le voir en concert, Dominique A a annoncé en fin de concert qu’il ne jouerait plus. Il se retirerait en Bretagne pour cultiver des choux-fleurs bio et impulser une nouvelle politique culturelle à Saint-Malo, il travaillerait sur le brevetage d’un système anti-annulation de dernière minute des groupes du festival de la Route du Rock.

Une très belle soirée qui nous a fait oublié que le climat n’est pas particulièrement clément ces derniers temps, on réenfile le manteau et les écharpes en sortant, mais qu’est-ce que ça fait du bien !

Cet article a été rédigé pour Le HibOO

LES SHADES @ Nouveau Casino

In des concerts... on mars 31, 2010 at 11:46

Groupe parisien / Rock / 30/03/2010

© FjLudo

Juin 2006, chaleur humide, je me jure de ne plus jamais accorder le moindre intérêt aux baby-rockers qui fleurissent les salles parisiennes. Tous ces noms de groupes pseudo-intellos dont les seuls noms me hérissent l’épine dorsale ne trouveront jamais grâce à mes yeux. Quatre ans plus tard, les Plasticines me donnent toujours autant de boutons, Second Sex déshonore la musique, Les Naast sont presque enterrés (oh joie !) et le nouveau disque des Parisians traine sur mon bureau sans que je sois encore capable de l’insérer dans la platine. Et si au milieu de tous ces ados-pantins connaissant mieux les marques de blousons de cuir en vogue que les capitales européennes, il y avait réellement un groupe tenant la route ?

A l’écoute il y a six mois du nouvel album des Shades, je me demande si je ne passe pas à côté de quelque chose. On ne m’aurait pas précisé que c’était les Shades, j’aurais d’ailleurs été plus indulgente. Et lorsque Technikart y va également de son reportage double page, le doute m’assaille. Bertrand Burgalat n’est pas un mauvais gars (on a les mêmes lunettes, il ne peux pas être foncièrement mauvais) et surtout je lui accorde plus de confiance qu’à cette loque de Manœuvre. Alors lorsqu’on m’invite au concert précédant la sortie de 5/5, ce disque entendu il y a six mois, je mets de côté ma fierté indie-exigeante et je m’y rends avec mon (gros) lot d’appréhensions mais aussi tout ce que j’ai pu rassembler de bonne humeur. “Dans la famille Baby-rockers, je demande les Shades, Bonne pioche !”

Premier constat univoque : les Shades ont fait de sacré progrès. Adieu les phrasés dégoulinants, exit les gosses ressemblant plus à un magazine qu’à des musiciens, terminée aussi l’époque « égo démesuré » avec mouvements de guitare surjoués (même s’il reste encore quelques progrès à faire de ce côté, les mauvaises habitudes ayant tendance à revenir au galop). Donc si le public a moins de 20 ans (ou plus de 45, entre les deux point de Salut) et pogote en poussant des hurlements pré-pubères, le groupe lui a su vieillir dans le bon sens du terme. Tel un bon alcool, les Shades ont été maturé entre des mains attentionnées et exigeantes (contrairement à leur flopée de collègues). Ce n’est pas encore parfait, mais ils sont jeunes et ont le temps de progresser.

Seconde bonne impression, les Shades ont un certain talent pour faire résonner comme il faut le français. Si les textes ne sont pas encore transcendants, ils sont simples et humbles : la famille, les angoisses de l’adolescence, les expériences douloureuses de la vie. Il est difficile de faire sonner le français et si l’on transposait le tout en anglais, je peux vous assurer que vous seriez aussi emballés que moi par ces mélodies rock classiques mais bien maîtrisées, qui sont vivantes comme il faut, la crispation du début se dissipant peu à peu pour laisser s’exprimer une batterie, trois guitare et des claviers electro-pop comme ils l’entendent. Et, force supplémentaire, lorsque le groupe entonne un seul titre en anglais, c’est le moins convaincant du lot. Qu’ils ne s’engagent pas dans cette voie/voix là, ce n’est pas la leur. Ce test permet de se concentrer uniquement sur les mélodies aux accords impeccables et démontre leur habileté musicale.

Enfin, et c’est un plaisir de pouvoir l’écrire ici, les cinq jeunes semblent prendre sur scène un tel plaisir de jouer, simplement jouer, que le sourire gagne nos visages assez facilement. Jubilation de voir que la persévérance a du bon lorsqu’elle est entourée comme il faut de professionnels de la musique attentionnés (car oui, ces gens là sont bel et bien indispensables au développement maximal du potentiel d’artistes, contrairement à ce que les temps modernes ont tendance à vouloir nous faire croire). Joie de se dire que les préjugés se démontent parfois : savoir reconnaitre ses torts fait aussi beaucoup de bien parfois.

La musique des Shades ne me retourne pas l’âme, non pas parce qu’elle est mauvaise mais bien parce que je préfère d’autres choses ; exactement comme Radiohead n’est pas un mauvais groupe mais ne trouve pas grâce à mes yeux. C’est indépendant de leur volonté et de la mienne. Je ne peux leur souhaiter qu’une belle continuation dans la lumière et réécouterais à l’occasion quelques titres avec plaisir sincère.

5/5 – Les Shades – Sony : sortie le 5 avril

AUFGANG @ La Machine du Moulin Rouge

In des concerts... on mars 26, 2010 at 3:49

Groupe français / Electro-piano / 25/03/2010

Ayant passé une première partie délicieuse en compagnie de Mathieu Amalric (enfin c’était surtout en compagnie de Mathieu de Spoka parce que Amalric j’ai pas osé lui parler après être restée à côté de lui 25 minutes), venu assister comme moi au spectacle de Fortune (Nouveau Casino), encore un peu trop “jeune groupe qui se lance et qu’a pas encore l’habitude du public parisien parce qu’à Morlaix les bretons c’est vite bourrés donc toujours sympas” (copyright Claire)  mais en progrès, j’ai failli rentrer chez moi sans aller voir Aufgang… Quelle énorme bévue j’allais commettre…

Après deux chroniques de leur disque, une interview et un live report de leur dernière prestation au Café de la Danse je trouve encore le moyen de vous parler du groupe le plus intéressant depuis un an ? He oui, car le trio piano- batterie me surprend et subjugue encore. Bien loin du chic récital du Café de la Danse, Aufgang devait convaincre sur le dancefloor à un horaire bien plus tardif. L’équation « puissance d’Aufgang + sound system de la Machine » laissait présager du pire, mais le pari fut remporté haut la main, encore une fois.

Configuration laissant Aymeric Westrich et sa batterie plus en arrière de la scène, Francesco Tristano et Rami Kalifé ont des mines enjouées et des fringues plus simples. Oubliées les chemises de popeline de coton, place aux tee-shirts permettant de se démener comme il se doit pour démontrer qui sont les maîtres à bord.

Spectacle encore mieux rôdé qu’il y a quelques mois, les pianos ne mouftent pas, dociles bien comme il faut. Ce soir le public peut se déhancher à loisir et ce sont les samples et la batterie qui sont à l’honneur.

Si certains pouvaient reprocher au groupes quelques boucles trop nineties désuètes sur leur disque (et leurs premières prestations), tous les samples ont été retravaillés avec des textures moins oldies mais tout autant dangereuses, flirtant en permanence avec la variétoche internationale. Jubilatoire de voir ces excellents équilibristes ne jamais tomber du côté obscur de l’electro-techno mariée à des instruments plus classiques.

Si ce soir la batterie a repris un rôle plus conventionnel de rythmique d’accompagnement par des boucles quasi-automatiques, les pianos continuent d’être des substituts détournés de leur fonction d’instruments rois.

En particulier, comme promis d’ailleurs lors de leur interview, le trio livre un nouveau titre hypnotique où la fonction de chaque son n’a pour but que de vous faire perdre vos repères. Déstructuration maximale pour mélodie optimale, on ne sait plus où donner de l’oreille, génial…

Décidément, les petits prodiges d’Infiné sont en mesure de tenir tête à pas mal de préjugés et entretiennent les paradoxes : groupe élitiste et accessible, morceaux élaborés et simples, public exigeant et easy-listening… On rêve d’une collaboration féminine « pour voir » (au hasard, Clara Moto).

L’autre live-report chez Good Karma

MGMT @ Trabendo…

In des concerts... on mars 24, 2010 at 11:59

…ou Comment un groupe a définitivement perdu tout intérêt et crédibilité

Groupe Brooklynien / Pop – Rock / 23/03/2010

Jamais deux sans trois pourrais-je dire. Ne parvenant pas à m’expliquer comment un groupe pouvait produire un beau premier album et proposer dans le même temps des prestations scéniques déplorables, j’avais décidé de donner une troisième et dernière chance aux jeunes de MGMT. Un concert désincarné qui les discrédite à jamais, heureusement rattrapé par leur excellent choix de première partie, Zombie Zombie.

Souvent j’aime plus les premières parties que les têtes d’affiches et ce soir là, plus que jamais. Lunettes à grosses montures et tee-shirt à l’effigie de l’excellentissime Turzi, le duo Zombie Zombie a parfaitement rempli son contrat de « première partie ». Ils étaient là pour faire monter la sauce, pour plonger l’assistance dans un bien-être et un état d’esprit le plus indulgent possible à l’égard de MGMT. Les nappes krautrock d’Etienne Jaumet et Cosmic Neman avaient des accents electro minimal de Detroit ce soir là – l’album solo d’Etienne Jaumet en collaboration avec Carl Craig étant passé par là. Trois titres hypnotiques comme il faut, ajouré de moult motifs rythmiques foutraques, allant du collier de moules au cri de Tarzan. Plus que jamais le duo semble sûr de lui et attentif au public qui le lui a bien rendu. Doucement une léthargie euphorique s’empare des corps et la demande de rappel n’était pas factice. Me voilà donc dans les conditions optimales pour avoir envie d’aimer ce qui va suivre.

Après un changement de plateau un peu long (quadruple vérification des micros, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont pas été checkés), les cinq américains prennent place, embrayant directement sur un titre de l’album à paraître (Congratulations dont il ne faut pas attendre de chronique de l’opus sur ce site, d’ailleurs mon collègue s’en est parfaitement chargé sur Playlist Society). Accoutrés aussi bien que pour une soirée canapé – jeu vidéos entre potes subventionnée par Uniqlo, c’est à peine si les longs cheveux du guitariste ne se prennent pas dans les cordes. Accueil un peu froid du public qui n’était pas composé d’ados groupies débraillées mais plutôt de trentenaires parisiens un peu renfrognés en uniforme de travail : jean-basket-blouson de cuir (avec une variante trench, que d’originalité et de fantaisie, vraiment !). Seraient-ils mal réveillés d’un décalage horaire ? Le batteur baille à souhait. Le chanteur a-t’il encore une voix ? Ses étranges changements brusques d’octaves laissent penser que, soit il mue encore / à nouveau, soit il se force à chanter dans un ton qui lui a été imposé, soit il veut se saborder. Il en va de même pour le clavier, certains accords revival nineties en plein morceau sixties, ça n’a pas l’air très normal…

Quinze minutes plus tard et toujours pas un sourire, ils ont déjà aligné cinq titres au compteur et se lancent dans une réinterprétation d’Electric Feels des plus consternantes. Je m’explique.

Le gros problème de MGMT c’est leur retenue, leur parfait remplissage du contrat. On leur a dit de jouer la setliste en se conformant aux arrangements du disque ? Eh bien le groupe jouera ce qu’on leur a dit de faire. Ce genre de maladresse je l’ai excusé la première fois, le mettant sur le compte de leur jeunesse et inexpérience de la scène, pensant sincèrement qu’ils prendraient de l’assurance. Et lorsque le guitariste se lance dans un mini-solo d’improvisation de trente secondes, on comprend finalement pourquoi ils sont tant mis sous cloche. S’ils ne sont pas parfaitement contrôlés, les jeunes de MGMT font n’importe quoi : ils chantent mal, ils jouent mal, ils se tiennent mal. Ce n’est pas dans leur cahier des charges de dire « Merci » ou « Bonjour » ou de sourire mais il est noté qu’il faut faire de la pub pour le nouveau disque qui va sortir ? Alors nous n’aurons pas droit à autre chose…

En revanche on remarque immédiatement que, même s’il est mauvais, le mini-solo du guitariste lui fait esquisser un quart de sourire. Il semble enfin prendre un peu de plaisir à ce qu’il fait. Et ses accords ont des accents bien plus hard rock, ce qui colle d’ailleurs avec son look d’adepte de Metallica (et l’on avait senti cette même adrénaline sous-jacente lors des premiers titres joués à Rock en Seine). Et si les MGMT ne jouaient tout bonnement pas la musique qu’ils aiment ? Et si les très forts relents britpop du nouvel opus leur cassaient les noix et qu’ils voudraient plutôt faire de l’electro-pop ou du hard-rock, revenir en somme à leurs premiers amours noise-rock ?

Loin de moi l’idée de vouloir les plaindre ou de leur trouver encore une fois des excuses, mais il semble de plus en plus plausible que ces pauvres loulous réalisent qu’ils se sont fait avoir : ils ont signé pour 4 albums avec Sony, ils sont sous la coupe d’un Dave Fridmann influent qui exige éventuellement une orientation psyché-pop ou expérimental-rock à la Flaming Lips ou Mercury Rev, ils sont pieds et poings liés et s’exécutent sagement. Du coup ils sont tristes comme les pierres, ils s’endorment sur leurs instruments (authentique, le batteur devrait apporter son oreiller). On a pourtant envie d’y croire, on cherche l’euphorie de Time to Pretend, on se prend à dodeliner de la tête sur Song For Dan Treacy mais ça ne décolle pas, on se détend enfin un peu sur Brian Eno, plus vivant que la version studio, mais c’est la fin du concert. Et on a presque envie de pleurer en entendant ces jeunes terminer leur show en se lançant des fleurs tout seuls (Congratulations, qui est aussi le morceau final de leur second opus, applaudissements inclus), cela sonne comme une ode funéraire.

Un spectacle minuté d’une heure pile – pas trente seconde de plus – où l’on assiste à la lente agonie de cinq pantins. Qu’on laisse se reposer ces pauvres brooklyniens, qu’on leur donne des vacances et de la liberté dans leur musique ou sinon l’un d’eux risque de nous rester dans/sur les bras (à vous de voir comment considérer le problème). La pochette de leur nouvel album illustre bien tout cela d’ailleurs : un petit renard, ersatz de Sonic, panique seul sur une planche de surf car il manque de se faire bouffer par une grosse vague-monstre-chat pleine de dents. Cela s’appelle un « retour de vague » et c’est synonyme de « retour de hype », c’est violent et brutal, ça fait mal et on s’en relève rarement. R.I.P. MGMT.

ANGUS & JULIA STONE – Down the way

In des disques... on mars 23, 2010 at 8:30

Duo australien / Pop – Folk / Discograph

D’Angus et Julia Stone je ne savais rien (alors quand je lis que leur premier opus avait conquis toutes les radios je me dis que quelque chose a dû m’échapper). Je n’aimais pas leurs patronymes qui sonnent un peu faux à mon goût (mais bon ils n’ont pas choisi) ni la formule factice du frère-et-sœur-qui-s’entendent-tellement-bien-qu’ils-montent-un-groupe-ensemble (encore moins crédible que le reste, chacun sait qu’un frère et une sœur ça adore se taper dessus et ça ne peut pas supporter de rester trop longtemps l’une avec l’un). Et en prime le Angus m’avait tout l’air d’être un gros bourrin malpoli pas même capable de mettre le prénom de sa sœur en premier (honneur aux dames, connaissent pas au pays des ex-bagnards britanniques ?). Donc j’étais pleine d’aprioris (fondés) à l’égard des p’tits australiens. Et comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, voilà un petit mea culpa.

Angus & Julia Stone vous envoûtent en moins de temps qu’il m’en faut pour rédiger cette phrase et vous pour la lire. Pas une mais deux voix atypique prennent vos oreilles en otage et vous forcent gentiment à écouter leur opus en entier. Et vous ne demandez pas votre reste parce qu’au fond c’est plutôt plaisant comme contrainte.  Du coup, vous vous laissez faire par ces deux petits manipulateurs.

Parce qu’il n’y a rien de fantastique dans le travail de Julia & Angus Stone, quelques accords de guitare sèche, quelques paroles à la limite de la banalité affligeante (I’m somewhere You’re somewhere / I’m nowhere You’re nowhere… sérieusement les enfants). I don’t believe in you, ils le disent eux-mêmes, … Mais pourtant, inlassablement, vous réinsérez régulièrement le disque dans la platine. Et à chaque fois le trio imparable Big Jet Plane, And the Boys et I’m not Yours ont raison de vous. Votre petit cœur élevé à la Bripop ne peut s’empêcher de s’émouvoir.

C’est terriblement rageant ce genre de groupe qui vous vous font aimer leur disque alors que vous ne trouvez pas de raisons objectives vous permettant de comprendre pourquoi. Peut-être est-ce ce qu’on appelle « coup de cœur » ? Ou pire, « talent » ?

Sortie le 6 avril

LA MAISON TELLIER – L’art de la fugue

In des disques... on mars 22, 2010 at 8:30

Groupe français / Folk – Rock – Country / Wagram

Troisième opus déjà pour la famille Tellier, des gars bourrés de talent pour qui il a fallut inventer une appellation : celle de cowboys normands. Back to basics – ouais en anglais pour une fois ça sonne mieux – et tour du propriétaire.

L’art de la fugue, titre polysémique, rappelle immédiatement l’une des qualités du groupe : leur capacité de savoir magnifier la langue française dans des morceaux « à l’américaine ». Donc l’art de la fugue c’est à la fois une référence musicale classieuse aux auteurs classiques et un clin d’œil aux voyous du Far-West qui leur sont chers (leur petit héros-martyr perso s’appelant Cactus Kid). Et ce jeu de mot voyez-vous, n’est possible qu’en français, donc on dit merci et chapeau bas, ce titre ne sort pas de nulle part et a un sens, ce qui devrait être de rigueur pour tout album d’ailleurs (non, je ne m’engagerai pas sur cette pente glissante aujourd’hui). Plus que jamais, la fratrie Tellier manie le double langage avec délicatesse, entre humour et dérision (Aime ton prochain / mais aime-le de loin ou Ils ont renoncé à le pendre / une vie est de nouveau à vendre), à mi-chemin entre tristesse et joie, autant en français qu’en anglais.

Seconde constante du groupe : leur perpétuelle évolution du groupe. Parce qu’une famille ça fait des enfants, ça enterre des morts aussi, alors il est normal que d’un couple des débuts (Helmut et Raoul Tellier en 2006) on en arrive à un noyau de cinq personnes. Avec des électrons libres récurrents comme The Elektrocution (Please Do, Josh the Preacher) ou Lippie (Il n’est point de sot métier Part 2) qui font office de cousin en visite régulière. Et chacun apporte sa pierre à l’édifice : une voix, une trompette, une batterie, quelques accords de guitares… Rien n’est inutile dans un clan, rien n’est essentiel dans une bande.

Troisième invariable du projet, La Maison Tellier suit une route longue et rectiligne (cf. No name dont un épisode est présent sur chaque opus). On ne s’amuse pas à essayer tous les styles, on fait de la musique folk-country et du rock, eh bien on s’y tient. On est réputé pour des reprises géniales (la plus connue étant celle de Killing in the Name, mais celle de Toxic restera ma préférée), eh bien on persévère et l’on démontre que les reprises ça peut être classe et réussi quand c’est travaillé avec amour et rigueur.

Le petit défaut de ces constantes est que le projet de La Maison Tellier a tendance à virer à la maison close. Pas celle du premier opus, fraîche et délicate, mais plutôt dans le sens où il ne sort pas grand-chose de très nouveau de ce troisième album. Cohérent mais pas révolutionnaire. Bien mais pas exceptionnel. Comme un beaujolais, L’art de la fugue ne fait que passer, sans laisser trop d’impression.

On ressent la même légère déception qu’à l’écoute de Second Souffle. Mais on ne se fait pas de bile. Car La Maison Tellier est avant-tout un excellent groupe de scène, capable de vous retourner l’âme, le corps et tout ce qui peut aller avec. Nul doute que cette nouvelle tournée sera encore plus chouette qu’auparavant. Je me plais à croire qu’il me suffit d’attendre et voir…

Sortie le 22 mars

Un live report de La Maison Tellier (2008)

Une interview d’Helmut Tellier (2007)

MEGAFAUN @ Flèche d’Or

In des concerts... on mars 18, 2010 at 9:18

Groupe américain / Folk – Post-rock / 17/03/2010

La Flèche d’Or parviendra-t’elle  un jour à remplir sa salle en semaine ? Arrivée à la fin du set de Joy – très doux, très calme, très reposant, peut-être trop d’ailleurs – je ne compte qu’une centaine de personnes dans la salle pour Megafaun. Un concert du mercredi soir : ni trop calme, ni trop tempête.

Impossible de louper les trois gus de Megafaun tant leur gabarit en impose. Venus de Caroline du Nord, un pays où visiblement on fait naître des êtres géants, ils arborent des barbes touffues comme une forêt sub-équatorienne et sont habillés en ersatz de pyjama-jogging et jeans informes comme seuls les américains osent le faire. Certes on n’est pas là pour un défilé de mode mais pour écouter de la musique, mais quand même un effort de présentation n’a jamais fait de mal à personne, le look négligé commence à me chauffer…

Un banjo, une guitare, une batterie allégée et quelques machines à bidouiller. Si les morceaux évoquent un folk-country joyeuse et entraînante dans un premier temps, ils évoluent vite vers des mélodies plus expérimentales. Le guitariste n’en finit pas de toucher à des tas de gadgets permettant la distorsion de sons, quelques samples de clés qui cliquètent ou d’eau qui s’écoule parachèvent l’ensemble. C’est plutôt joli mais pas moyen d’être transportée pour autant. Les américains enchainent des blagues sur leur incompréhension du français de manière assez belle (mais très américaine, il ne peuvent pas s’empêcher de meubler avec des blagues c’est curieux cette tendance…).  Lorsque les sonorités évoluent vers un univers plus post-rock, quelque émotions s’en dégagent, mais notons qu’il était difficile de vraiment se concentrer lorsqu’un piètre photographe gesticulait en permanence sur le devant de la scène…

La fatigue aidant, je quitte la Flèche d’Or sans écouter le dernier groupe, après tout on est mercredi. Megafaun n’a pas livré un show à tomber par terre mais l’ensemble était cohérent et travaillé. On ne peut que déplorer que cette salle, pourtant assez joliment refaite (les moulures baroques et les rideaux épais en moins transforment l’espace de façon un peu trop froide, un peu trop lounge, mais on respire beaucoup mieux) ne parvienne pas à attirer les foules malgré une programmation plutôt audacieuse et intéressante.

JOHANN LE GUILLERM – Secret (version 2010)

In du cirque... on mars 17, 2010 at 8:45

Artiste français / Cirque contemporain / La Villette du 6 mars au 11 avril 2010

Attention, âmes insensibles s’abstenir. Vous avez toujours rêvé de dompter une bassine de fer blanc ? D’enfourcher un cheval d’arçon hérisson ? De construire une cabane sans clouer de planches ? Alors Johann Le Guillerm est l’homme qu’il vous faut. Il est au cirque ce que Facteur Cheval est à la poésie : atypique, fascinant, indispensable. Etes-vous prêt à le laisser vous livrer ses Secret(s) ?

D’aucuns le diront marginal. Qu’importe, lorsqu’on a traversé une piste en équilibre sur des goulots de bouteille avec des sabots aux pieds, on laisse jaser… Johann poursuit sa quête de l’Attraction depuis bientôt dix ans. Un même spectacle capable d’autant de renouvellement, c’est rarissime. Et lorsqu’en prime, un seul acteur en assure la re-créativité c’est tout bonnement impossible. Impossible n’est pas Le Guillerm !

Dans son monde, votre tuyauterie de salle de bain vous raconte comment Johann lui a redressé la colonne, votre ventilateur ne rêve plus qu’un Johann lui fasse recréer des tornades, même les fusées en papier ne veulent plus d’autre interlocuteur que Johann. Car Johann dompte et apaise les choses. L’homme est grave, mi-fou mi-sérieux, ni fou ni sérieux. Ses longues nattes, prolongement de son cerveau, sont en discussion perpétuelle avec ses doigts, qui calculent plus vite que leurs ombres. Ses yeux sont sans cesse à l’affut d’une interaction qui tenterait de leur échapper. Chaque parcelle d’ADN de ce corps est entièrement dédiée à sa cause. On se prend à imaginer Iggy Pop capable des mêmes facéties : l’homme, son corps comme son spectacle sont en perpétuelle mutation, constamment à l’écoute de l’environnement. S’il est seul sur scène, s’il élabore en solo ses recherches, Johann Le Guillerm comprend mieux que personne les autres et livre tout à son public.

La poétique est sa politique. Quelques pointes sur chaussures-armures de chevaliers à bout pointus (également disponibles en version souple par une réinterprétation des babouches en cuir), un ballet de machines ailées, une méditation bouddhiste transcendant la métaphore du temps qui passe, un mobile en bois allégorie numéro de trapèze …

Est-il alors « resté perché » ? Non, l’homme ne reste pas en équilibre sur sa fascinante structure de 13 lattes de bois, il redescend nous chercher. Et l’on quitte le chapiteau presque à contre cœur, l’esprit léger et en posant un autre regard sur les objets qui nous entourent.

A voir aussi, l’exposition Monstration sous la Grande Halle de la Villette, dont je vous dirai un mot très bientôt.

BOOGERS – As clean as possible

In des disques... on mars 15, 2010 at 8:30

Chanteur français / Pop-rock hétéroclite / At(h)ome – Wagram

En ce jour de votation nationale (mobilisation allant de mal en Pi, haha) et deuil populaire (RIP Jean Ferrat), Basil(hic) mon poisson amoureux de tout sauf de l’eau a succombé à une dernière sortie de bocal. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Journée difficile à rattraper donc. A moins d’avoir Boogers qui traîne là sur la platine et n’attend qu’une chose, un peu d’attention. Méritée.

A la pochette, on frémit. Un barbu torse-poil imberbe laisse dépasser un caleçon bleu roi « Sport » d’un futal informe et trop court. Encore de la musique de néo-hippie ? Point du tout ! Boogers est un mec qui fait tout, tout seul. Et en prime il le fait bien. Telle une entreprise vertueuse, la pochette de Boogers affiche en toute transparence tout le matériel utilisé pour produire cet album ovni : une platine vinyle, un ampli, une table de mixage, une guitare, quelques baguettes, deux paires de baskets, un micro et quelques bidules de plus. L’album est réellement as cleen as possible, débarrassé de toutes ces fioritures fashionable, Boogers fait de la musique, pas du gloubiboulga sonore.

Premier constat agréable : l’homme semble prendre beaucoup de plaisir dans son travail. Et désolée de devoir le souligner, ce n’est pas si courant ces derniers temps à Paris où, crise oblige, il est de rigueur d’afficher une moue dédaigneuse tout en s’évertuant à paraître sérieux (Gibus’ generation, suivez mon regard…). Le tout rocke à tout va, swingue comme il faut et procure une irrépressible envie de se déhancher. On retrouve quinze ans de culture musicale rock (The Clash, The Ramones, The Streets…) mélangée à des accents beaucoup plus nerveux parfois inattendus rappelant les Eagles of Death Metal, Weezer ou les Queens of the Stone Age.

Le plus étonnant là-dedans c’est que Boogers est tout seul. Il fait tout ça tout seul, sans l’aide de personne (physique car des amis imaginaires je ne doute pas qu’il y ait du monde au portillon). De son petit monde onirique-violent s’échappent des chimères attentionnées et des mélodies pleines de bonne volonté. On compatit pour les parents du bonhomme qui ont dû assister à un sacré paquet de pétages de plomb de leur fiston, habité de mille amis souvent contradictoires : « j’veux des mélodies faussement hard-rock (I’m sorry) – Nan, du rock classique à trois accords (Put your head) – Hors de question ce sera à la Grandaddy ou rien (I lost my lungs) – T’es ouf on a dit Britpop ! (Anywhere) – M’en fiche moi j’veux des cuivres qui flonflonnent sur des textes de Martin Luther King (The Devil) etc etc… »

Et plus on écoute Boogers, plus on se dit qu’il pourrait être super copain avec nos caennais favoris, les déjantés gaBLé. Et on se dit que Jean Ferrat doit swinguer dans son linceul, que les candidats aux régionales pourront se consoler quoiqu’il arrive à notre République, que Basil(hic) peut buller tranquille au paradis des jeunes combattants…

Et puis honnêtement, un gars qui a un titre intitulé Perfect week dont le refrain est « I’m on the radio now », on ne qu’avoir envie de lui faire plaisir : dès demain sur les bonnes ondes parisiennes (j’ai nommé la belle Radio Campus Paris) !

Sortie : 15 mars 2010

A voir aussi la session de Boogers sur SOUL KITCHEN

ASWEFALL – Fun is dead

In des disques... on mars 12, 2010 at 8:00

Duo français / électro – cold pop / Isolering (Modulor)

Avec un titre aussi engageant, il fallait au moins que le label de ce duo français soit suédois pour que j’arrive à me convaincre d’insérer le disque dans la platine…  Un peu de courage n’a jamais fait de mal, la preuve.

Clément Vaché et Léo Hellden n’en sont pas à leur coup d’essai. Avant Fun is dead, ils avaient tissé un premier disque aux fortes influences New OrderThe Clash. Ils ont pris leur temps, Bleed étant sorti en 2005.  Et on préfèrera la prudence à la précipitation dans leur domaine : ne pas tomber dans les travers de Air sans pour autant livrer un album trop électro minimaliste rétro, ce n’est pas toujours évident. Aswefall flirte parfois avec le raté (la boite à rythme introduisant Isolation ou les morceaux sonnant légèrement creux comme Shadows of love ou Ex), jamais avec le mauvais goût.

Ce duo est français, signé chez des suédois et chante en anglais en ayant des références américaines… Musique internationale ? World music ? Musique passe-partout prête à envahir les clubs de partout ? Pas exactement…  Car leur univers est moins minimaliste que sobre, plus retro que tendance come back. Aswefall a la capacité de plaire à bon nombre d’amateurs de sad-electro, vers quatre du mat’, avec ses mélodies 80’s et ses parties de basse – rythmique vous plongeant dans Joy Division et New Order (notamment Wich side of me qui clôt cet opus).

Mais Aswefall risque de déplaire à bon nombre d’aficionados de l’electro sombre pour la même raison. Dès la pochette Fun is dead est une sorte de mise en garde comme « fumer tue » ou « boire avec modération ». Car Aswefall réveille un sentiment de genre bien français : le Spleen. Le Spleen, une mélancholia si puissante qu’elle vous pousse dans vos retranchements les plus intimes. Un sentiment de désespérance et d’incompréhension de soi-même si violent (Memphis) que certains consommateurs de stup’ du dancefloor ou de jeunes cerveaux encore trop malléables imbibés d’alcool risquent de ne pas le supporter. Quand le Spleen vous bouffe les tripes, il faut un moral d’acier et/ou les idées bien claires pour pouvoir en apprécier les mélodies. Hommage à Baudelaire, E-A Poe (Prison) ou Verlaine (Nevermore). Fun is Dead doit pouvoir se lire et s’apprécier dans l’autre sens pour l’appréhender dans toute sa subtilité : (be) Fun is dead as (be) dead is Fun. A partir de là, le monde vous appartient, la délivrance s’exprime et vous rester coi pour ne pas perdre une miette de ce flirt létal.

Quelle bonne idée j’ai eu ce jour là, un opus bien fignolé qui donne envie de sortir d’un club à cinq heure du matin, lorsque la ville est sur le point de s’ébrouer, dans les nuits un peu fraiches du printemps en robe légère légère, un fin lacet de sueur tiède serpentant du creux des épaules jusqu’aux reins, l’euphorie du dancefloor cinq minutes derrière soi : « Nous étions seul à seule et marchions en rêvant / Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. »

BALLAKE SISSOKO & VINCENT SEGAL – Chamber Music

In des disques... on mars 10, 2010 at 8:30

Duo franco-malien / Kora-Cello / sortie octobre 2009

Hiver trop long, cheveux ternes, corps fatigué… Le besoin de soleil et de repos se fait ressentir plus que jamais. Ballaké Sissoko et Vincent Ségal paraissent avoir anticipé à merveille cette lassitude tant physique que psychologique. Lorsque le besoin de sérénité et de soleil se fait ressentir alors qu’il fait moins deux dehors (en mars !), il vous reste cette splendide Chamber Music.

De la musique sub-saharienne j’en ai été bercée toute mon adolescence. Avec la britpop et les sonorités tziganes, ce fut la triangulation optimale pour que je me mette à adorer la psyché-pop et l’électro au sortir de l’adolescence. A parents bobos-cool, enfants borderline-nerveux… A priori donc, aucune raison de vous parler de Ballaké Sissoko. Et Vincent Ségal de Bumcello, c’est un disque « bien » que je n’écoute pas plus d’une fois par an. Et pourtant. L’épure et la nonchalance chic de ce disque font qu’il tourne en boucle dans mes oreilles depuis qu’il m’est tombé dans les mains.

Arpèges (Houdesti) ou boucles (Histoire de Molly), morceaux dynamiques (Wo yé n’gnougobine) ou très doux (Chamber Music), avec parties de chants (Regret) ou instruments seuls (Oscarine), à dominante ventée (Future) ou métallique (MaMa FC), aux tonalités graves (Mako Mady) ou plus enjouées (Halinkata Djoubé), l’opus vous emmène en voyage loin du métro, du vent froid et du stress ambiant pour des étendues plus ensoleillées, où le souffle chaud d’un zéphyr vous détend la nuque.

L’équilibre parfait entre musique traditionnelle malienne (à la kora) et influences plus occidentales au violoncelle, ni « world » ni « ersatz d’exotisme ». C’est rare une pureté de travail pareille, travail d’orfèvres experts en la matière. Un disque sans frontière et non sans patrie. Chamber Music s’adresse à la carte la plus rare, celle de l’intellect sensible.

Garçon sensible

In Ce qui m'émeut on mars 8, 2010 at 8:30

Etant donné que je n’ai pas fait honneur à Kriss en publiant une chronique le dimanche (cf. Pantha du Prince dont vous me direz des nouvelles), je rattrape mon jour de repos ce lundi en vous parlant de la chronique d’un autre.

Where Is My Song ?

est un blog génial (je ne l’ai jamais lu en entier),

tenu par un type fantastique (je ne l’ai jamais vu)

et dont les sujets sont suffisamment drôles

et/ou fouillés pour être digne d’intérêt.

Notamment ce blog comporte une rubrique Useless Playlist du week-end, qui paraît le dimanche jusement. Et pour Kriss, je compte bien me rattraper avec ce  “Monsieur Olivier”.

Monsieur Olivier fait honneur au précepte essentiel du C’est dimanche, c’est légal avec une playlist si inutile qu’elle en devient indispensable. Vous apprendrez ainsi, grâce à lui, quel titre passer pour mieux vous engueuler avec vos hôtes lors d’un dîner en ville, comment faire le premier pas en musique et éventuellement s’apitoyer sur son sort avec élégance dans la foulée, ou, mieux encore, un morceau pour faire chier vos voisins.

Et cette Useless Playlist est rédigée par d’autres blogueurs. Monsieur Olivier m’ayant demandé d’y participer vous retrouverez d’ailleurs ma modeste (mais bavarde) contribution qui, tiens, comme c’est amusant, parle également d’autres blogeurs…

Ca se mord la queue cette histoire et c’est tant mieux.

Mais alors Monsieur Olivier serait un jean-foutre et un trop payé qui se contente d’exploiter le temps et les idées de ses congénères pour son propre bénéfice me direz-vous.

Que nenni.

Parce que Monsieur Olivier ajoute une partie sur son invité, à la fin, oui, cela suppose que vous ayiez tout lu avant. Et les croquis qu’il dresse sont ni plus ni moins l’équivalent papier des Portraits Sensibles que Kriss proposait sur les ondes de France Inter.

Rien que ça.

Vlan ! Le Monsieur Olivier, il ne vous a jamais connu IRL (in real life, je traduis pour les non-initiés) mais alors il vous brosse la personnalité comme personne. Et ça émeut. Et ça mérite tous les crumbles et verrines du monde.

D’aucun diront que je fais mon autopromo en écrivant tout cela,

laissons-les parler, Monsieur Olivier n’a pas besoin de ces Bobos,

il a bien trop mal au dos.

Il ne vous reste plus qu’une chose à faire : cliquer !

CASA NOSTRA #2 @ REX Club : Pantha du Prince

In des concerts... on mars 7, 2010 at 3:42

Artiste allemand / Electro / 06/03/2010

Pantha du Prince @ Rex Club - ©JSZanchi

Après un warm-up bien comme il faut par Olibusta – comprendre ici qu’il a rempli son rôle ingrat d’animateur avant le spectacle, proposant des boucles longues et hypnotiques, plongeant l’assistance dans une semie-léthargie euphorique – le très concentré Pantha du Prince s’est livré à une bataille électronique entre lui et lui-même. Surpassement live de l’homme et des machines.

Le troisième opus (Black Noise) le laissait largement apparaître, Pantha règne en maitre dans le mélange Detroit-Shoegaze. Vêtu d’une grande capuche (style Maître Jedi) et de deux (!) sweatshirts, l’homme n’a le regard fixé que sur ses machines. Il ne relèvera la tête que pour narguer le public lors de changements de rythmes radicaux, défiant quiconque de venir lui faire un reproche tant le résultat était splendide.

Pantha est un Prince Aquatique. Loin de prendre l’eau, son set vous plonge au cœur d’une cascade, d’un rideau de pluie, d’un lac souterrain. On est bien là, tranquille sirotant un cocktail. Et soudain c’est l’orage, les machines grondent, les pieds techno se font plus prégnant, Pantha dégaine vite, très vite. Il retourne le rythme et les oreilles de l’assemblée en un éclair. Le cerveau n’a rien compris mais le corps s’active lui. Les pieds se synchronisent, les mains s’érigent, les vêtements tombent (ceux de l’artiste y compris, enfin :) !), le dancefloor se bonde… Une heure et demi durant, on ne peut que recevoir, Pantha donne tout, il donne beaucoup. Les sonorités métalliques tentent une percée, les accents BloodyValentinesques sourdent… Cage thoraxique comprimée je ne peux plus avaler, mais mes pieds continuent de danser (les vibrations s’approprient aussi les chaussures). Ca fait mal ? Aux oreilles certainement pas. Jaillissement final, la moitié de l’assistance a décroché, un déluge électronique s’abat sur le Rex et Agoria récupère en main de maître les manettes en poursuivant la vague nineties (Live report d’Agoria chez l’ami Good Karma). Comme on aimerait que toutes les nuits parisiennes ressemblent à cela !

Vu & Entendu – WoW Party @ Flèche d’Or

In Ce qui m'énerve, des concerts... on mars 6, 2010 at 12:14

Première soirée WoW, premier come-back depuis la réouverture de la Flèche d’Or, première occasion de voir Delorean sur scène.

Je ne chroniquerai pas cette soire, tant je n’ai rien à dire. Pas au sens “c’était parfait, rien à ajouter”, plutôt version “bel ensemble vide, ils feront mieux la prochaine fois ?”.

Vu et entendu ce soir là (en vrac) :

- Constaté : les travaux de restructuration de la FLèche d’Or. On passe du baroque chaud et rock n’ roll au lounge-clubbing froid et répulsif. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… (il paraît que d’autres travaux suivront bientôt pour améliorer les choses).

Tousse tousse.

- Vu : le public, qui brillait par son absence. La Flèche d’Or à 100 personnes c’est hard. La Flèche d’Or à 100 personnes devant une scène qui n’offre rien c’est pire.

Tousse tousse tousse.

- Entendu : Karl Blau sur scène, pire que Karl Blau dans la salle. Se servait-il de sa guitare pour la première fois ?

Tousse tousse.

- Entendu :

“On est tombé sur la soirée des freaks, ah merde.”

“Tu vois mes Ray-Ban j’les mets que le soir”

“Bon on va dehors, mais si, ça fera moins de mal à tes bronches d’être dehors que mal à tes oreilles de rester là.”

Tousse tousse tousse.

Vu : les toilettes, seul espace qui avait véritablement besoin d’être réhabilité, toujours dégeu. Un mec arrive, le pantalon sur les genoux. Pouah.

Tousse tousse.

Vu : un ados en vacances se faisant de l’argent de poche en volant des gobelets consignés au bar. Pseudo-Indochine vient nous enquiquiner “Tu vois, encore deux et j’aurai reboursé mon entrée”.

Tousse tousse.

“J’vais prendre un perrier siouplaît” (pas entendu, c’est moi ça).

“Bon alors j’te suis, un coca merci !” (une GIRLS’ addict)

Entendu : Dominant Legs qui cut son set au bout 15 minutes et… ne revient pas, ils n’avaient plus de titres ? Musique insipide parfaite en fond sonore des boutiques Agnès b.

“Ouf ça devenait long cette musique chiante !’ (bourré mais lucide le junkie)

Tousse tousse.

Constaté : l’absence de canapé / siège / corniche pour pouvoir se reposer de l’endurance qu’il faut pour ne pas fuir cette soirée

Entendu : Delorean, pop enjouée, coiffures des années 90, même les fringues étaient informes… ils avaient tout pour me plaire en gros. Mais la sauce ne prend pas. Le lieu trop vide ? L’attente trop longue ? Le pervers pépère qui se retournait, un filet de bave au coin droit des lèvres ?

Tousse tousse tousse de trop, nos clics, nos clacs, un bon courage au Dj (de Nelson) qui va devoir assurer la suite…

Rien compris à cette soirée, j’dois pas être assez hype pour saisir le niveau… qu’est-ce qu’on est bien dans un lit parfois !

Ironie publicitaire

In Ce qui m'émeut, Ce qui m'énerve on mars 5, 2010 at 7:51

Je n’ai aucune affinité avec le travail musical de Damien Saez. Mais alors aucune. Sous-produit Noir Désir, lui-même sous-produit Léo Ferré, je n’ai jamais pris la peine de chroniquer les disques de D. Saez pour une raison évidente : je ne saurais lui faire aucun compliment.

En revanche, quand j’ai entendu cet homme, sincèrement blessé, ce matin sur France Inter (invité de Pascale de Clark dans Comme on nous parle), j’ai cherché à en savoir plus. Sa campagne publicitaire destinée à promouvoir ses dates de concerts dans le métro parisien vient de lui être refusée. Car le visuel représente une femme nue dans un caddie. Ce même visuel qui n’est jamais que la pochette de son disque.

Il y a un mois, Londres refusait à Massive Attack de pouvoir promouvoir Héligoland dans le Tube au motif que leur visuel s’apparentait trop à un tag et nuisait à l’esthétique des couloirs underground. Maintenant à Paris on interdit un visuel au motif qu’il « présente un caractère dégradant pour l’image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue et, qui plus, dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise. » Ces arguments sont parfaitement irrecevables et je soutiens cet auteur, indépendamment du fait que je n’aime pas sa musique.

Penchons nous sur ce cliché d’abord. Prise par Mondino, la femme dans ce chariot est certes nue, mais on ne voit pas la moindre partie intime. Maquillée style Brigitte Bardot époque Le Mépris, la femme n’affiche nullement une expression de marchandise, les talons encore aux pieds, elle semble plutôt comme se reposer après n’avoir pas trouvé d’autre endroit où s’asseoir.

Ensuite, on ne peut pas louper le titre de l’album, J’accuse, bien en évidence. Et le message résonne justement d’autant plus comme un éventuel rejet de Damien Saez d’assister à ce genre de situations. Il accuse la femme dans un chariot, sa fatigue, ses talons aiguille éventuellement (car oui c’est parfois proche de la torture de devoir porter ce genre de soulier toute la journée Messieurs et certaines femmes ont l’obligation d’en porter). La sentence de refus d’affichage semble ne pas avoir pris en considération le poids des mots.

Enfin oui, on est à la fois désolé pour cet artiste qui se fait refuser cette photo et agacé d’une telle sentence. Cela ne pose pas de problèmes de laisser des annonceurs faire l’apologie des anorexiques en short en jean laissant apparaître une culotte de string bling-bling. Cela ne dérange personne de voir pendant deux semaines une campagne d’affichage incitant à aller passer ses vacances en République Dominicaine (en promo) alors qu’un séisme vient de ravager Haïti et de faire des milliers de morts. Pas de soucis non plus d’afficher en long en large et en travers que l’armée est un métier qui permet de « devenir soi-même », porter une arme et pouvoir s’en servie est donc moins dégradant qu’une femme dans un caddie ?

Nous parlons d’affichage qui ont lieu en souterrain, la violence des images dégradant la femme est encore plus forte en surface. Quid des prostituées de seize ans qui font le trottoir alors qu’il fait moins de zéro degré, qu’en est-il des messages exposant des humains atteints de lèpre, que penser des sdf par dizaine qui jonchent les rues ? S’il y a opposition pour une éventuelle à dignité humaine, alors elle est très largement inférieure à tout ce à quoi nous sommes exposés chaque jour. Et la maxime d’Emile Zola sied à ravir à la situation.

Cette photo me choque moins que 90% des campagnes d’affichage autorisées. Alors non, la demande de recours ne me paraît  pas disproportionnée (La véritable question se pose d’ailleurs en d’autres termes : pourquoi la publicité 4 par 3 n’a-t’elle toujours pas disparu ? ). D’autant plus si l’on considère que la seconde campagne d’affichage n’a pas été acceptée non plus (ils n’assument donc même pas de reconnaitre la vérité, à savoir qu’ils ont interdit une première campagne ?). Cette photo est belle, je suis une femme et je l’affirme sans peine.

ACID WASHED – Acid Washed

In des disques... on mars 3, 2010 at 8:30

Duo français / Electro / Record Makers

« Un album fracassant par an », telle pourrait être la devise du label parisien Record Makers. Depuis dix ans (!), Record Makers jalonne le nouveau millénaire de disques détonants : Klub des loosers, Kavinsky, Turzi, Sébastien Tellier… chaque disque qui sort frappe fort. Acid Washed, dernier projet signé est loin d’être un « petit ».

Acid Washed fonctionne comme une petite industrie, chacun ayant un rôle bien défini comme lors d’un travail à la chaîne. Une electro française Detroito-Berlinoise (General Motors, Detroit, America ; Change) qui s’enrichit de collaborations multiples pour devenir petit à petit un objet envoûtant et addictif aussi jouissif dans son salon qu’au milieu d’une piste de danse.

Derrière Acid Washed se cachent deux garçons aux machines, Richard d’Alpert (non rien à voir avec l’homonyme de la série Lost, ne faites pas de gaffes comme nos chers politiques avec Ali Soumaré…) et Andrew Claristige, qui aiment les filles et leur offrent volontiers des featuring de leurs titres. Barbara Panther et Lippie apportent leur touche psychédélique sur le très entraînant Snake pour la première, plus douce version pop sur Apply ou planant sur Snow Melt pour la seconde.

L’opus fait également la part belle aux collaborations masculines. Christophe Chassol (qui a signé les arrangements de Politics de Sébastien Tellier ou les des accompagnements « art contemporain » pour Sophie Calle) renforce les textures late seventies de Acid Washed et Royal Soda à l’aide de synthés vintage. Dakar (Get Physical) revisite quand à lui le funky The Rain.

Entre incisif (Concorde in the Sunrise) et kitsh (Bikini Atoll), la mondialisation d’Acid Washed aura permis une amélioration ultra-efficace de l’organisation du travail électronique : mixité des influences, des voix, des sexes… et des occasions d’écouter cette perle rétro-futuriste.

Sortie le 29 mars 2010

Politique – Adam Thirlwell

In Ce que je lis on mars 1, 2010 at 8:48

Auteur anglais / Essai romancé / Sociologie sexuelle / Editions de l’Olivier

Comment et pourquoi expérimente-t’on une relation amoureuse/sexuelle à trois ? Adam Thirlwell répond avec humour, sobriété et technicité à la question… ou tente d’y répondre. Un livre essai foutraque sur l’insaisissable complexité de la nature humaine et des expériences qu’elle nous pousse à tenter. Révision complète des modèles mathématiques ensemble…

Il était une fois Nana et Moshe, un couple hétérosexuel dont les aventures sexuelles n’avaient rien de rocambolesque. Il était une fois une meilleure amie de Nana, Anjali, homosexuelle accomplie qui rêvait de Nana. Et puis un jour, Nana propose à Anjali d’avoir la clé de l’appartement et de partager leur lit. Voilà une manière comme une autre de commencer une relation à trois. Même si jusque là ça n’en est pas une (mais bien deux histoires de binômes). L’auteur /  narrateur à la fois omniscient et faisant des incursions dans le récit, tente d’analyser la situation, de nous expliquer les tenants et aboutissants de chaque choix qui se présentent aux trois protagonistes de l’histoire, nous donnant à la fois de la matière pour tirer quelques conclusions et rien pour se forger son avis sur la question.

D’un couple hétérosexuel, on passe à deux couples (l’un hétéro l’autre homo) puis à une relation à trois. L’amour à trois n’est ni chose aisée, ni chose naturelle. Elle résulte ici d’une envie de de chacun de faire plaisir à l’autre : Nana qui est une médiocre amante offre l’avenante Anjali à Moshe, Moshe laisse Anjali s’occuper de sa copine car il croit que c’est qui fait plaisir à Nana, Anjali pense que coucher avec Moshe fera plaisir à Nana. Au bout du compte personne ne se trouve complètement épanoui. Qu’est-ce qu’une relation amoureuse et ce trio est il marqué par l’Amour ? Les trois membres agissent par amour pour l’autre mais le résultat final de cette éqution est pourtant négatif… amour + amour + amour = désamour ?

Seconde question épineuse : comment dormir correctement à trois dans un lit ? 2 femmes et un homme, le consensus veut que l’homme dorme au milieu. Lorsqu’on modifie ce choix, des tensions naissent… Et d’ailleurs dort-on vraiment à trois dans un lit ? Non on se ferme les paupières et l’on est assez mal à l’aise, on ne se repose pas. 2 femmes + 1 homme = 3 lits ?

Troisième point important : chacun est consentant pour des séances à trois, cela inclut-il que les parties à deux sont aussi consenties ? Une relation à trois est-elle toujours constituée de trois protagonistes ou bien cela inclut-il trois relations à deux (Ajali et Nana, Nana et Moshe, Moshe et Anjali) ? 1 = 3 tensions ?

Moralité (car oui il y en a une) : A vouloir trop faire plaisir à chacun, on perd tout intérêt et épanouissement. A se montrer égoïste on peut être parfaitement heureux. L’égoïsme est parfois moral aussi. 1 + 1 + 1 = 1 (cqfd).

Ironie du sort, si l’on considère l’équation de l’extérieur (sans connaître les états d’âmes de nos sujets d’étude), on pense avoir là trois bêtes de sexes expertes et parfaitement épanouies qui forcent l’admiration. 3 = amour + 1 lit + respect. En sexe comme en politique, tout dépend du point de vue étudié.

Ni érotique voire porno-écoeurant comme Zones Humides (Charlotte Roche) ni essai sociologique argumenté, Adam Thirlwell signe avec Politique une projection possible d’un autre schéma du couple, de la vie de couple, du respect de l’autre dans le couple, dont on ressort avec autant d’interrogations qu’au départ sur le sujet en ayant passé un excellent moment entre les deux.

LE LOUP @ Café de la Danse

In des concerts... on février 24, 2010 at 3:07

Groupes américains / Psyché-folk – Rock / 23/02/2010

Salle quasi-pleine en ce soir pluvieux de semaine, le public étant probablement plutôt venu pour acclamer Le Loup, groupe de néo-hippies de Washington s’inscrivant dans la droite lignée d’Animal Collective ou Fleet Foxes.

Je passerai sur Scary Mansion où une chanteuse aphone ressemblant à une émeu cherchant ses œufs et une choriste potiche pareille à une girafe mastiquant des feuilles pendant des heures ont réussi à provoquer chez moi des relents bénarbariques (J’ai faim, j’ai froid, en plus il bruine, note : 2/10).

Le Loup ne s’est heureusement pas trop fait attendre et a assuré un très beau spectacle, même si le Café de la Danse n’était pas la salle la plus adaptée pour leur univers. Pas de doutes, ils sont bien néo-hippies : jean déchirés et informes, pantalon poché aux genoux et bonnet rouge, grosses barbes et cheveux longs… Le chanteur rappelle un peu le geek d’Hot Chip – comprendre  ici look improbable, lunettes à grosses montures et de petite taille mais gesticulant dans tous les sens. Et c’est parti pour une heure de spectacle évoluant entre ballade folk soignée et transe afro-beat blanche. Si l’on frémit dans un premier temps en entendant Le Loup égrener les titres de son dernier album (Family) dans l’ordre (pourquoi donc les artistes n’ont-ils toujours pas compris que ce n’est jamais bien reçu par le public ?), très vite s’intercaler des morceaux des opus précédents beaucoup plus pop, qui contrebalancent l’ambiance Roi Lion.

Le final est sublime, grâce à la demande du groupe qui a demandé à tout le monde de se lever ou au moins de se rapprocher de la scène (voire d’y monter pour deux jeunes hommes chanceux bien faits de leurs personnes, dont l’un pourrait être le batteur de Nelson), le public doucement entre en transe sur les rythmes tribaux de Family, titre phare qui laisse rapidement place à Celebration et à l’improvisation. Si la salle du Café de la Danse est une belle salle a plusieurs égards, elle ne reste cependant pas très adaptée pour les atmosphères dansantes de groupes comme Le Loup. Faire se lever et rapprocher le public était la meilleure manière pour le groupe d’obtenir un semblant d’ambiance et de se sentir moins isolés sur scène.

On avait découvert Le Loup sur scène lors de la Route du Rock hiver 2008, dans une collaboration beaucoup plus douce avec Vic Chesnutt et Yeasayer (vous imaginez la soirée génialissime que cela a été…), leur univers a évolué et leur habilité s’est affinée. Très beau concert.

ELDIA – Yayaya

In des disques... on février 23, 2010 at 8:30

Groupe parisien / Rock – Pop / Emergence Music

Deux EP d’eLdia ont tourné dans nos platines avant de recevoir ce premier album au nom un peu fashion-branchouille répulsif (mais en accord avec leur nom de scène…). Yayaya, tic de langage hispanique, est aussi excitant que de picoler une pina-colada à l’ombre d’un palmier et évoque des sonorités tout aussi… rafraîchissantes.

On avait eu un aperçu intéressant de ce qui nous attendait avec la sortie de l’EP Favourite Murderer en juin dernier, de la pop léchée assez énergique, suffisamment travaillée pour avoir envie de croire que ce groupe pourrait avoir les faveurs d’outre-Manche. Et l’album n’est pas à la hauteur des suppositions qu’on avait émises lors de l’avant-goût. Alternant entre britpop impeccable et rock aux accents Joy divisionesque, il faut attendre le troisième titre (celui de l’EP, Favourite Murderer) et ne pas se formaliser du copier-coller sur les Strokes de I Wish I Could Be So Free pour commencer à trouver qu’eLdia aura droit à plusieurs écoutes de notre part. Deux titres sortent cependant largement du lot. KO est aussi entrainant que les meilleurs morceaux de pop sucrée dont, telles des abeilles en manque de nectar, on se délecte. Et les sombres variations de Kenneth Anger Satanic Blues ne sont pas dénuées de charme.

On peut déplorer qu’un groupe prometteur, que l’on suivait et soutenait, se ramasse de cette façon. On ne peut se retirer du crâne que les membres d’eLdia sont des personnalités froides, la pochette de cet opus continue de le laisser penser. Hautains, méprisant, distants, ils ne semblent pas enclins à devenir vos meilleurs potes (je n’ai pas mis leur pochette d’album que je ne sais pas définitive ou non). Déception. Plus “Nonono” que “Yayaya”, on leur préfèrera de loin les Gush.

GASPARD ROYANT – You can have me (if you want to)

In des disques... on février 22, 2010 at 8:30

Artiste français / Pop – Folk / 2009

Gaspard Royant n’était qu’un nom associé à celui de Marie-Flore en première page de Deezer pour moi, alors que je cherchais des concertos de F. Chopin. D’ordinaire, Deezer me propose des titres du niveau Star Academy alors j’ai eu beaucoup de réticences à appuyer sur play. Grâce à une collaboration avec Marie-Flore, j’ai trouvé une nouvelle tête à surveiller.

Cinq titres pour se faire une idée d’un artiste, c’est un peu court, surtout s’il s’agit de morceaux courts alternant entre  pop-rock (Things I want to remember) et ballades douces (Grow, The Big Sleep). Alors certes, si l’orchestration est parfois un peu pataude (les grands coups de cymbales sur Things I want to remember ou le poum-poum de Last song of a pistolero), on ne peut pas rester indifférent au timbre de voix de ce beau jeune homme, un peu velouté. Et s’il prend sa guitare, alors vous n’avez plus qu’une envie, qu’il soit là chaque soir pour vous border et vous bercer. Ajoutez à cela un duo avec Mari-Flore (Yours) et vous faites de beaux rêves, sensuels et délicatement parfumés (un champ de roses, un petit jardin anglais, la mousse des sous-bois le matin…)..

Les textes en anglais sont simples mais touchants (notamment Grow), les mélodies sont entraînantes tout en étant un peu mélancoliques, ce qui se prête très bien au temps maussade régulier. Pour avoir vu à deux reprises Gaspard Royant sur scène, je suis convaincue qu’il faut attendre un opus intéressant de lui. Alors attendons… :)

A lire aussi :

Gush & Gaspard Royany @ Scopitone

Marie Flore Release Party @Sunset

FM 5 @ Point FMR

In des concerts... on février 21, 2010 at 3:30

Radio Campus Paris / Pop-rock, Hip Hop / 12/02/2010

Voilà cinq belles années que Radio Campus Paris possède une demie-fréquence (93.9 fm de 17h30 à 5h30) pour promouvoir des artistes qui n’ont pas toujours l’occasion d’être soutenus par les radios commerciales (Top Tape, Novorock, Tout foutre on Air), pour parler d’initiatives du monde étudiant ou associatif (A l’Asso, La Matinale de 19h)  ou encore pour parler d’amour des musiques (Iconoclash, Bam Salute, Mets plus fort, Voltes Phases, Random, Poney Club 54, Jazz and Co ou Proxima Estacion). Et comme à chaque fois qu’elle organise une soirée pour fêter son existence, Radio Campus Paris sait proposer une programmation à son image : pointue, décalée et de qualité. Ce soir là, ce sont General Bye Bye, :Pilöt et Le Klub des 7 qui s’y sont collés côté concert (telle une Cendrillon, je n’ai pas pu rester pour le clubbing donc je n’en parlerai pas cette fois).

General Bye Bye est un quatuor pop-rock qui en a dans la cage thoracique. Leur premier EP sorti en 2009 (Alphabetical) est à l’image de leur univers : on fait le tour du globe des influences musicales en quelques minutes. Les mélodies d’Europe de l’Est se mélangent aux riffs acides d’un rock endiablé. Plus loin la ballade pop guitare-voix se fait envahir de sonorités électroniques. La voix de leur chanteuse sublime l’ensemble, en combinaisons d’ouvriers, ils viennent vous faire une opération à cœur ouvert : cinématographique et addictive, leur musique ne laisse pas de marbre et en ouverture de soirée on ne pouvait pas mieux espérer.

Si Le Klub des 7 était le groupe attendu de la soirée, :Pilöt en fut incontestablement sa plus belle surprise. Une frêle femme tient tête à deux micros, accompagnée de musiciens tout aussi concentrés qu’elle sur leurs instruments. De cette frèle carcasse sort une explosion d’émotions, de rires, de cris, de douleurs et de plaisirs. Prenez une morphologie de crevette à la plastique impeccable de Top-Model (au hasard Kate Moss…) et greffez-lui des cordes vocales de PJ Harvey et Nic Cave ; vous obtenez une artiste bluffante de talent. En quelques minutes, elle est mutine, charmante, odieuse, dédaigneuse, ivre morte ou enragée. Et sa voix suit le même schéma, mutante saurienne.  La petite tornade n’épargne personne (à commencer par Good Karma),on entre avec délectation en transe avec la sirène et j’en perdrais la voix lors de l’interview en sortie de scène, restée perdue dans les plaines d’Apache et circonvolutions d’Arpo. :Pilöt fut la découverte Printemps de Bourges pour l’Ile-de-France (2009) et l’on ne peut que s’en réjouir : pas de petits rockers pour représenter la région capitale mais une formation à la forte personnalité, à l’univers qui lui est propre.

Enfin, que dire de la prestation du Klub des 7 sinon « Joie Joie Joie » ? Réunis presque au complet (sans le trop snob Fuzati, le trop ivre Gérard Baste et le défunt Freddy K), James Delleck, Le Jouage, Detect et Cyanure ont assuré le spectacle avec quelques invités en bonus, dont les délicieux Gourmets de Lyon. Interprétant essentiellement des titres de leur nouvel opus (La Classe de Musique, 2009), on a a eu également droit à plusieurs nouveau titres. Le plus jouissif fut probablement Gosse handicapé (titre inventé) où James Delleck s’est livré à un inventaire à la Prévert des excuses qu’on peut trouver à un gamin un peu looser parce qu’il n’a « pas d’papa, pas d’papa, voilà ». Très en forme, le groupe finit par inviter le public à se déhancher sur scène avec eux, pour notre plus grand plaisir (ne pas cf. les photos compromettantes).

Et voilà, terminé, minuit passé il est temps pour mes vieux os de se rentrer… Radio Campus Paris aura encore une fois démontré non seulement son utilité dans le paysage médiatique parisien (via la promotion de trois excellents groupes), mais aussi que culture n’est pas toujours synonyme de cloisonnement social (en réussissant le trop rare pari de réunir différentes catégories socioprofessionnelles et en osant mélanger différents genres musicaux). Joyeux anniversaire belle RCP !

URBAN RABBITS – 21e PROMOTION DU CNAC @ La Villette

In du cirque... on février 21, 2010 at 9:04

Cirque / Spectacle de fin d’études / 21e promotion du CNAC / Mise en scène Arpad Schilling / 14/02/2010 .

Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa dernière n’est pas toujours un succès : fatigue accumulée des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21e promotion du Centre National des Arts du Cirque, la qualité et l’énergie semblaient avoir donné plus que jamais rendez-vous à l’esthétisme pour un spectacle touchant de sincérité et légèreté. Hasard du calendrier, parler de la complexité des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tâche encore plus ardue. Un défi relevé avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version réelle.

Aujourd’hui, et particulièrement à Paris, la biodiversité des grandes métropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale féconde, se font rares et précieux. Car si les lapins ont une réputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilité de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les espèces à grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent à assurer la perpétuation de leur genre. Interprétation littérale et fantaisiste d’un spectacle de cirque censé s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poétique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions à la fois : régressif et raffiné, esthétique et simpliste, humoristique et grave.

Les artistes sautent, leurs numéros tressautent. Car non la vie n’est pas linéaire et bien ordonnée, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beauté et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud où les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une série de « raté », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupés et ces incompréhensions qu’on garde pour soi. Les personnages tâtonnent et, comme dans la littérature contemporaine, la réalité fait intrusion dans la fiction : une figure super moche, un pied qui ruine les côtes du partenaire, un désaccord sur la suite des répliques à donner, « tout est écrit, même ton crachat au milieu de la piste »… La poésie et la beauté résident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir à attendre que ses prétendants viennent l’attraper se verra finir… seule car après tout elle l’a bien cherché, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir accès à l’Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme à des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interprétées en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’écorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes.

Force supplémentaire de ce spectacle, la tangible réintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le théâtre et participent de ce fait à la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’Arpad Schilling, cinéaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a prétention à réconcilier théâtre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer à des auteurs de mettre en scène d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’année dernière proposé à J-C Gallotta, ce qui avait donné une dominante dansée) . Là on a enfin de véritables échanges, les athlètes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La créativité de ce spectacle ne s’arrête pas là. On découvre d’insolites agrès qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniée par Benoit Fauchier, sorte de serpent de métal dangereux qu’il faut apprendre à dompter pour mieux réinterpréter les numéros de roue allemande et barre fixe. On redécouvre des disciplines à travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite supérieure (numéro sous le fil et non dessus) ou la voltige équestre sur vélo à pignon fixe.

Vous l’aurez compris, malgré quelques maladresses (comme le fait d’avoir des écrans vidéos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploité car il y avait beaucoup plus à faire avec ces écrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici à la fatigue accumulée d’un mois de représentations sans relâches), Urban Rabbits reste une création résolument vivante, aboutie et épurée.

Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des léporidés auprès de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon ménage.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog !

N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette année, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route :

- Reims : 2 – 4 mars

- Malte : 9 – 11 avril

- Italie / Rome, Modène, Ferrara : 24 avril – 29 mai

- Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin

- Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet

- Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 août

P.S 1 : Cette chronique est dédiée à Benoit Fauchier… en souvenir et à l’avenir !

Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal = Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay ?

In des disques... on février 12, 2010 at 11:32

Benjamin Biolay – La Superbe / Artiste français / Parisianismo-cyniquo-chanteur /Naïve


Jeanne Cherhal – Charade / Artiste française / Petasso-braillarde / Barclay.

En recevant le disque de Jeanne Cherhal – je souligne d’ailleurs que je n’avais rien demandé, cette chose rose m’a été envoyée sans mon consentement – je pensais trouver des titres intéressants à me mettre dans le creux de l’oreille. Car, depuis le splendide opus de Benjamin Biolay (La Superbe), Jeanne Cherhal était un peu remontée dans mon estime… J’avais tort, complètement.

Benjamin Biolay ce sont 22 titres tous plus brillants les uns que les autres, des orchestrations allant de la ballade sombre (Ton Héritage) au hip hop (La Superbe) en passant par le jazz (La Toxicomanie) ou la pop (Lyon Presqu’île), des textes flirtant avec la mort, la dépression et l’impudence avec une désinvolture déconcertante. Des morceaux taillés dans les meilleurs rocs, un humour sardonique et une capacité à nous faire rire de toutes les situations les plus pourries qui jalonnent la vie de tout parisien classe-moyenne-sup-intello-bobo qui est avant tout, tout seul. La vie de famille, les enfants, les amis sont autant de papiers de soie autour d’un cadeau : splendides, indispensables mais terriblement inutiles et décoratifs. Même au milieu de vingt personnes, on reste isolé (L’espoir fait vivre, vivre l’espoir fait vivre).

Alors certes, ceux qui croient en des gros mots comme l’Amour pourront s’offusquer de ce génialissime duo avec Jeanne Cherhal sur Brandt Raphsodie qui résume, de façon à peine caricaturale, l’histoire d’un couple parisien du début à la fin à travers les Post-It laissés dans l’appartement: d’abord délicats et inventifs, les textes se font de plus en plus pragmatiques et banals, jusqu’à devenir informatifs et transpirant le dégoût et le mépris cordial. Surmenés par leur environnement, les couples citadins se font et se défont très souvent de cette manière, inutile de chercher à le nier. C’est en réalité une excellente analyse sociologique, si elle vous dérange, posez vous des questions. Brandt Raphsodie est la pièce maîtresse de l’opus de B. Biolay, tous les autres titres sont des moments de vie pouvant se situer entre le début et la fin de cette histoire. Ce n’est pas parce que les histoires d’amour finissent mal en général qu’on ne peut pas en profiter entre temps (J’avale le vent, j’avale la vie, j’avale les gens, j’avale la nuit, je bois le jour…). Benjamin aime (Night Shop, Tu es mon Amour), Benjamin vit (Buenos Aires), Benjamin se pose des questions (Miss Catastrophe, Jaloux de tout), Benjamin est insouciant pour le meilleur (Prenons le large) et pour le pire (Tout ça me tourmente).

Nous nous disions donc, pour revenir à nos moutons, que Jeanne Cherhal ayant accepté un duo avec B. Biolay pour un titre tout sauf cul-cul, on pouvait attendre une fantaisie similaire sur son propre disque (Charade). Mais chez Cherhal – Chez Cherhal : lisez cela à voix haute en boucle, cela devient rapidement drôle – point de création subtile, seulement des titres d’un ennui et d’une platitude frisant l’outrage. On avait pourtant bien le même thème décliné, c’était bien parti pour les discours où la fille n’est pas trop stupide et ne se laisse pas avoir par des romances sans suite. Certaines cassures de rythmes dans les titres (Mon corps est une cage), des parties douces de piano (Hommes perdus ou Reviens moi) nous faisaient miroiter quelques passages intéressants, mais non, rien n’y fait, les textes niveau ras-de-pâquerette plombent l’ensemble. Son humour n’est pas noir mais éculé à la Delerm, son phrasé fatigue par ses répétitions incessantes de syllabes inélégantes (Qui qui qui qui qui me vengera ou l’inaudible Lorsque tu m’as). Seule Plus rien ne me fera mal est d’un niveau supérieur, où trois accords de piano et une boîte d’allumette magnifient un texte ciselé sur la douleur humaine (abstraction faite du titre du morceau bien entendu qui est laid et même si elle ne peut s’empêcher de flinguer la fin du titre en répétant cinq fois la même phrase…).

Enfin, J’ai pas peur, le titre cosigné avec Benjamin Biolay, le retour de flamme de Brandt Raphsodie qui nous intéresse par-dessus tout, ne décolle pas beaucoup plus haut (J’ai pas peur dans le noir mais ne rentre pas trop tard, si tu me quittes j’me quitte avec). Par-dessus tout, Benjamin ne chante pas, la laissant s’époumoner seule. Lui qui rythmait leurs échanges de petits papiers pour laisser respirer le titre, lui qui par son timbre grave permettait à nos oreilles de se délecter de toutes les variations d’octave, lui est absent alors qu’il s’agit d’une déclaration d’amour un peu marrante, il y avait largement matière à instaurer un dialogue décalé.

De là deux suppositions. Soit Benjamin Biolay est un en*** qui utilise quelques voix féminines pour leurs seules qualités vocales et assure le service minimum lorsqu’il s’agit de leur rendre la pareille, un personnage proche de celui dépeint dans le dernier titre de l’opus (15 septembre, réponse amère et brutale au 15 août feat. Valérie Donzelli). Mais l’exemple précédent de ses travaux avec Chiara Mastroiani aurait tendance à démontrer l’inverse. On optera donc pour la seconde proposition qui voudrait que B. Biolay a simplement du talent pour composer et écrire des morceaux qui magnifient ceux qui les interprètent, mais n’est pas capable d’intervenir dans le travail de ses collègues pour leur dire qu’ils filent un mauvais coton. Talentueux mais timide, doué mais lâche, il est à l’image de « sa gueule » : plutôt attirant et semblant bienveillant, mais aux si cheveux gras qu’on se tient à distance.

Définitivement non, un titre de Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal ne joue pas dans la même catégorie qu’un morceau de Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay. Dommage.

Sur le même sujet, ne pas manquer la chronique de La Superbe en bonnes et dues formes par Good Karma

CLARA MOTO – Polyamour

In des disques... on février 5, 2010 at 8:30

Dj autrichienne / Electro – Minimale / Infiné

Non content d’être un artiste renommé et de qualité, Agoria est également un excellent dénicheur de talents. N’ayant pas l’oreille dans sa poche, il a ainsi révélé les garçons de Rone et Aufgang en 2009 et récidive avec Clara Moto en 2010, une autrichienne qui signe un premier album d’électro sensible.

En 2008, j’assiste mi-médusée mi-perplexe au set de Clara Moto aux Transmusicales. Il n’y a personne et pour cause, ces imbéciles l’ont programmée à 21h. De la minimale de si bonne heure, personne ne se bouscule au portillon, mais du haut de ses 22 ans, Clara joue dans ce gigantesque hangar vide sans se démonter et aligne les titres house de Silently, première collaboration avec Mimu. Combien d’artiste electro femme connait-on ? Vos mains suffiront pour faire le total, dans cet univers nocturne, gagner ses galons lorsqu’on est une femme n’est pas aisé. Clara Prettenhofer a eu recours à un sentiment noble et sans bassesses : l’amour.

De l’amour Clara en a revendre. De la musique d’abord, Clara déroule calmement des influences tantôt pop (Alma ou le splendide Deer and Fox, l’une des masterpieces de cet opus), tantôt punk (The Opposite Is Also Wrong), parfois très masculines (Glove Affair, Take a Second). Du travail bien fait également, son electro est sensible, attentive au moindre détail, les nappes sont étudiées et sonnent souvent comme un appel à prendre le temps d’aimer. De la vie aussi, l’electro est une matière souple et vivante, à condition qu’on sache lui donner suffisamment d’importance pour qu’elle vous raconte des tranches d’existence. A trois reprises, Clara Prettenhofer partage ses titres avec Mimu pour des collaborations extrêmement léchées et dynamiques, notamment le beau paradoxe de Silently qui ne cesse d’inviter au dialogue.

Mimu qui signe par ailleurs la pochette à l’image de l’artiste – féminine par ses formes rondes, rigoureuse de par sa déclinaison de gris et pointilleuse à la Kandinsky – est la touche de classe indispensable au parachèvement de la très belle première œuvre musicale d’une jeune autrichienne parvenue à se faire une place dans un monde masculin et impitoyable. Clara Moto clame sa passion des influences musicales variées (Joy of my heart), affirme son euphorie de faire partie du monde de la nuit (Goodnight Twilight) et cligne de l’œil pour rappeler que « ce n’est que le début, elle est là pour longtemps » (Song of Exhaustion and Ivory).

L’amour, l’amitié et la beauté sont des thèmes si galvaudés qu’il fallait bien l’audace d’une jeune-femme-seule-dans-un-milieu-hostile pour parvenir à les réhabiliter : une Clara Moto à estimer, un Polyamour pour synthétiser.

Son album dans les bacs un an jour pour jour après celui de Rone : sortie le 1er mars 2010

Autre chronique chez le revenant GoodKarma (comprenez par là que si même lui sort de son silence pour parler de Clara Moto, c’est qu’il vous faut  vraiment ce disque…)

GUSH – Everybody’s god

In des disques... on février 4, 2010 at 4:11

Groupe français / Rock – Pop / Cinq 7

Le premier album de Gush est une complète révision de mes a-prioris. Mais lorsqu’un groupe français rocke comme il faut, on se doit de le souligner. Un premier opus plein de fraîcheur et d’humour qui s’écoute en boucle.

Il y a quelques années, les quatre énergumènes de Gush m’avaient massacré les oreilles à grands coups de rock un peu pataud. Mais ils étaient déjà plein d’énergie et j’aurai dû mieux me méfier…

Ce groupe porte parfaitement son nom, sa musique jaillit littéralement. Il vous suffit d’insérer l’opus dans votre platine et boum ! Vous vous retrouvez comme devant les plus beaux geysers d’Islande, mais version rock. La pochette du disque souligne leur aspect brut de décoffrage, pas de fioritures ennuyeuses – No more chitchat, we’re back on the track, ils semblent n’avoir gardé que le meilleur de chacune de leurs influences.

Les quatre membres du groupe font alterner leurs influences musicales entre britpop, rock endiablé et soul entraînante ; mais changent aussi régulièrement d’instruments. Tous chantent, tous jouent, tous s’amusent, tous ont leur moment de gloire personnelle. Je souligne d’ailleurs encore une fois (cf. chronique du concert au Scopitone) les talents du batteur qui a une voix à faire fondre les glaciers islandais.

Parmi les treize titres, seul un est plus calme (In the Sun), ce qui vous laisse augurer de l’écoute que vous allez passer : sportive. Impossible de rester statique lorsque Gush entonne You Really Got Style ou qu’ils vous font (re)vivre les seventies avec Let’s Burn Again. Les titres sont bourrés d’humour plus ou moins évident. Ainsi P.nis, au titre pourtant explicite, prend des allures de gospel, musique Sainte avant de se changer en rock-soul en hommage à leur organe…sacré, sans jamais tomber dans le graveleux : I’m never gonna give you up. C’est très cohérent avec le titre de ce premier opus finalement : à la fois personne et tout le monde est Dieu… ou Vit… et vice-versa.

Une fois de plus, Gush m’a permis de vérifier que mon dicton favori est toujours d’actualité : seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Leur univers musical, bien que bordé de nombreuses influences très présentes, se dégage peu à peu. Gush a de l’avenir dans la tête et le corps, leurs mélodies dansantes ne laissent personne de marbre et c’est déjà une grande victoire dans une capitale morose et austère comme Paris.

Sortie le 15 février 2010

FIRST AID KIT – The Big Black And The Blue

In des disques... on février 1, 2010 at 10:38

Groupe suédois / Folk – Country / Wichita

Klara et Johanna Söderberg suscitent l’admiration : elles sont bien trop jeunes pour avoir autant de maîtrise. Et en prime, elles cachent très bien leur jeu. Du plaisir de ne pas recevoir de communiqué de presse, pour faire des découvertes inattendues au détour de morceau entrainant et addictif…

Entre chants traditionnels des campagnes anglaises et mélodies des grandes plaines américaines, leur folk est très classique, tantôt mélancolique (Winter Is All Over You), tantôt plus joyeuse (Sailor Song, Heavy Storm). Avec des orchestrations très épurées, reposant essentiellement sur la guitare sèche agrémentée de quelques parties de piano ou rythmiques. Les voix des deux sœurs sont déjà matures, avec ce velouté dans le fond de la gorge qui ne laisse en rien supposer qu’elles sont si peu âgées (16 ans). Leur accent est impeccable et il faut les entendre compter en suédois au début de Sailor Song ou A Window Opens pour comprendre qu’elles viennent d’un pays où l’on ne passe pas ses journées à cheval ou dans des champs de jonquilles sauvages. Que ces beaux filets de voix s’expriment l’un après l’autre (comme sur la Waltz for Richard) ou en chœur (dès les premières secondes de In the Morning), elles sont douées pour faire fondre toute les glaces qu’elles rencontrent. Le froid elles connaissent, c’est synonyme de « neuf mois de l’année », alors elles font ce pour quoi elles sont douées : elles vous réchauffent.

Pas tout à fait adultes, on se délecte de les voir encore rêver et prendre autant de plaisir romantique à espérer revoir un amoureux (Gost Town, Will Of the River) ou à exprimer leur chagrin à un cher disparu (Winter Is All Over You). Mais elles sont loin d’être juste des petites chanteuses nunuches pour autant, faisant preuve de violence et détermination quand il faut se faire entendre (I Met Up With A King). Très vite, nos oreilles redemandent à entendre ces chants plein de confiance dans beauté de la vie : And it’s one love, and it’s life and it’s beautifull (Hard Believer). Elles rappellent parfois leurs homologues anglais masculins de Noah and the Whale. Et, si vous êtes parent, lorsque cette petite fille vous demande de ne pas la laisser tomber et de la soutenir dans le monde cruel qu’il va lui falloir affronter, Don’t leave this world to me (Winter Is All Over You), votre cœur ne résistera pas.

Un disque conventionnel, mais de la country qui a une âme et des jeunes filles qui ont encore tout à construire. Nul doute que les deux sœurs de First Aid Kit portent un nom qui leur va comme un gant : leur album est à écouter en guise de bouée de sauvetage lorsqu’on se désespère de pouvoir écouter un bon disque de folk novateur.

HOT CHIP Black Session @ Maison de la Radio

In des concerts... on janvier 28, 2010 at 11:00

Groupe anglais / Electro-pop / 26/01/2010

Grand privilège que d’assister à ce concert très convoité, test auprès du public français du quatrième album des anglais avant le Grand Mess du Bataclan le 8 mars prochain. Musiciens angoissés et public guindé au départ, l’atmosphère s’est rapidement détendue pour devenir dansante et bon enfant.

Ils étaient six ce soir là sur scène et les renforts n’étaient pas de trop pour sublimer le travail d’un groupe qui a fêté ses dix ans. One Life Stand était donc à l’honneur, entrecoupé de quelques titres phares de Ready for the Floor pour mieux faire avaler le nouveau virage pris par le groupe : un revival pop-nineties où l’electrodance prend pas mal de place.

Il faut l’avouer, tout le monde était bien content d’avoir enterré l’Eurodance cradingue avec le changement de millénaire et Calvin Harris s’était pris une volée de bois vert méritée pour son ignoble second opus (Ready for the weekend) l’année dernière. Le risque était donc plutôt conséquent pour Hot Chip qui avait enfin su s’imposer autant aux masses qu’aux amateurs d’electro plus exigeants. Bref, connaissant plutôt bien le nouvel album, j’ai eu le loisir d’étudier mes congénères dans la salle et pu vérifier que chaque démarrage de titre à base de basses et samples variétoches-russkoff risquent facilement de faire saigner les oreilles. C’est l’aisance et la bonne humeur de ces musiciens qui finit toujours par l’emporter.

Emission en direct, les anglais ont 55 minutes chrono pour faire leur démonstration. Pantalon de velours jaune et chaussures de clown orange, Alexis rivalise de style avec le batteur qui arbore de splendide espadrilles orange. Tout le monde se souvient encore de leur dernière prestation à La Cigale où ces types avaient des K-Ways fluos alors que la température de la salle flirtait avec les 40 degrés, ce soir ils ont presque l’air de dandys à côté ! Ils se débarrassent rapidement des banalités promotionnelles d’usage (leur album sort la semaine prochaine) et se lancent. Gros sample booty-shake désarçonnant quinze secondes, mais notre petit binoclard rafle la mise dès qu’il se met à chanter. Les titres phares electro-pop (We have Love, Hand Me down your love, One life Stand) sont bien accueillis dès l’introduction abrupte passé. I Feel Better a un peu de mal à convaincre du fait de ses rythmiques très 90’s et ses clap-hands synthétiques, les voix vocodées sont atténuées et tout va mieux. Les six musiciens se regardent et semblent hésiter un instant avant de proposer un de leurs morceaux plus mélancolique. Tout le monde se calme, il fallait bien un enchaînement sur un ancien tube pour réussir à garder toute l’attention des oreilles qui leur font face. Tous les titres de l’opus précédents ont été retravaillés dans la veine du nouveau disque et cela sonne très bien. Le groupe s’autorise des extended versions de ses titres, chacun des trois leaders jonglant entre les instruments et les micros. Le guitariste et le nerd sont ceux qui ont le plus de latitude et qui paraissent s’amuser comme des petits fous. Ils enchaînent les titres sans respiration et l’ensemble, qui regroupe des titres du troisième et du quatrième disque, se lie parfaitement. Leur ligne musicale tient la route.

22h58 pile, le groupe quitte la scène, très pros, assez soulagé d’avoir passé ce premier examen. Nul doute que de nombreux ajustements vont avoir lieu d’ici la date du Bataclan mais Hot Chip a démontré la cohérence de son travail, loin d’être Cheap…

HOT CHIP – One life Stand

In des disques... on janvier 27, 2010 at 8:00

Groupe anglais / Electro – pop / EMI

Quatrième album pour le quintet electro-geek. Quatrième virage, quatrième réussite, certes moins évidente pour le péquin moyen mais terriblement efficace.

Un seul groupe sait aujourd’hui réunir et réconcilier les exigeants porteurs de lunettes à grosses montures d’avec les fans d’électro Ed Banger accessible dès les premières notes : Hot Chip. Si vous allez jeter un œil sur la toile des blogs français, ils vous assèneront, sans arguments aucun, que ce nouveau disque est mauvais, que seuls les single valent la peine qu’on s’y attarde. Un peu de justification n’a jamais fait de mal à personne, bien au contraire, et c’est ce que je compte faire ici, contrairement à ces rustres à court d’arguments pour expliquer leur point de vue, nous rappelant ainsi des journaleux ayant tourné très vieux cons.

Hot Chip est un groupe solide, voilà dix ans qu’ils tournent et produisent, en plus du travail de groupe, des albums solo particulièrement soignés (notamment celui de Joe Goddard sorti fin 2009). Et ils ont le mérite par-dessus tout, de ne pas produire des albums copies conformes les uns des autres.

Oui, One Life Stand est un disque aussi ambitieux que les autres, simplement il est plus difficile d’accès. Si l’on ne se concentre pas, il est aisé de se laisser à penser qu’il ne s’agit que d’une électro-bling bling, un peu eurodance putassière de bas-étage. Dès les premiers accords de Thieves in the Night, on comprend qu’on ne va pas abandonner le disque de sitôt. Son electro-pop est entraînante, quasi jouissive et se termine de la même manière avec Take it In.

L’album est très pop, qu’elle soit joyeuse (Hand Me Down your love, Alley Cats) ou plus tristounette (Slush), reposant sur des choeurs, des orchestrations un peu kitsh et un tas de petits sons auxquels il faut savoir prêter attention. Premier piège dès le troisième titre, I Feel Better peut paraître baclé à la première écoute, mais si l’on se concentre il regorge de pépites dance distillées dans une electro bien structurée et magnifie les voix d’Alexis et Joe, créant un contraste entre l’apparente simplicité du morceau et le raffinement de la production. Même topo pour One life stand, un des morceaux les moins intéressants de l’opus à l’accroche un peu abrupte et qui se décline ensuite dans la droite lignée des titres de Ready for the Floor.

Rien qu’avec Brothers, titre mélancolique et terriblement émouvant, cet album passe le contrôle qualité haut la main. Que ce soit les lignes de synthé ternaire et de batterie binaire, les chœurs ou les paroles elles-mêmes, on n’a pas signé témoignage plus synthétique et humble de ce que peut être l’amour fraternel, lien extrêmement puissant qui ne se manifeste la plupart du temps que lors des coups les plus durs. Ce titre résume tout ce qu’on n’exprime pas mais qu’on devrait dire plus souvent à ses frères (et sœurs). Ce morceau va de paire avec le plus énergique We have love qui rappelle que peut importe les aléas de la vie, il reste l’amour coûte que coûte. Un message universel trop souvent spolié et dénaturé par des traductions musicales pop dégoulinantes. Ecueil soigneusement évité ici.

On ne peut que déplorer que certains ne se sentent plus *** à l’écoute d’albums aussi classiques et sans valeurs ajoutées de groupes comme les Fuck Buttons, The Horrors, Passion Pit ou le dernier Yeah Yeah Yeahs et se permettent de critiquer aussi vertement et sans aucun effort de justification le nouvel opus d’Hot Chip, un groupe qui, ne serait-ce que par sa longévité et sa capacité de renouvellement et prise de risque, ne peut pas entrer dans la même catégorie que des « groupes hype du moment ». Mettez vos aprioris de côté, à commencer par ne pas regarder la pochette, vissez-vous un casque au crâne et écoutez ce bijou, vous verrez, vous appuierez sur repeat sans même vous en rendre compte !

Note : 8/10 (petite pénalité pour la pochette…)

Sortie le 1er février 2010

Autre chronique sur Sound of Violence

Owen Pallett @ La Maroquinerie

In des concerts... on janvier 26, 2010 at 1:30

Artiste canadien / folk-pop symphonique / 24/01/2010

Owen Pallett était plus connu derrière l’appellation Final Fantasy. Mais voilà, l’appellation étant devenue protégée, on a contraint Owen Pallett à quitter son patronyme de scène. Fort heureusement, son talent n’a en rien été altéré et son humour n’a pas gâché la soirée.

Je n’avais pas pu écouter un album d’Owen Pallett depuis trois ans, tant certains titres me rappelaient des souvenirs pénibles, démons que je n’étais pas prête à affronter. Le concert de la Maroquinerie devait donc servir à tourner définitivement la page, à ne reprendre que du plaisir à l’écoute des volutes pop d’un cavalier seul qui était ce soir là accompagné de temps à autre d’un ami à la guitare et aux bruitages.

Ce qui frappe, c’est la dextérité déployée exponentielle au plaisir qu’il semble prendre à jouer et chanter. Armé d’une série de pédales, il sample différentes boucles au violon tantôt pincé, tantôt frappé à l’archet, tantôt joué plus classiquement. Un clavier est également présent en renfort, et bien entendu il y a cette voix. Esthétiquement, l’homme est plutôt négligé, en fringues style coton bio équitable qui rappellent fortement les pyjamas de nos jeunes années. On semble faire irruption dans sa chambre où il se donne le droit de rêver sans retenue, racontant les histoires chimériques de He poos clouds.

Owen Pallett raconte son dernier passage en France, deux ans auparavant. Il a l’air embarrassé mais poursuit son histoire : deux ans auparavant, La Blogothèque l’avait invité à jouer un morceau au violon et voix. Le chanteur avait alors réalisé qu’il a toujours recours à l’enregistrement de boucles pour ses morceaux et qu’il était bien incapable de jouer sans joujoux technologiques, tel un hippie. Alors de retour chez lui, il avait travaillé quelques morceaux de cette manière. Et histoire de ne pas s’être enquiquiné pour rien, il nous en livre un ce soir-là. Le dernier mouvement est à nouveau avec toutes les boucles qu’il faut pour sublimer ses douces mélodies planantes. Le résultat est vraiment grandiose. Et voilà comment Owen Pallett vient d’exorciser un mauvais souvenir où il s’était senti minable.

Rappel. L’artiste revient avec une bouteille de vin blanc et l’on comprend que le « verre d’eau pendant le concert» était peut-être plutôt ferrugineux. Owen envoie balader son archet en plein titre et le récupère avec ce petit air contrit et gêné sur son visage d’ado mais néanmoins une classe et un charme inégalable. Un peu plus tard, il se plante dans une boucle, pas grave, il reprend méthodiquement.

Fin du spectacle, les lumières se rallument, le flot moutonneux de la salle pleine se dirige docilement vers la sortie lorsqu’Owen revient pour un second rappel. Un titre assez court mais efficace et plein de poésie, plein de fautes mais rattrapées encore une fois tout en douceur.

Et voilà comment, en moins de deux heures, un homme vient d’exorciser mes dernières blessures d’amour propre qui trainaient depuis trois ans, catharsis dans les rêgles. Assister à un si beau spectacle un dimanche soir permet d’envisager le lundi et tout lendemain difficile différemment, les spectacles d’Owen Pallett devraient être remboursés par la Sécu.

Crédit photo : Le HibOO

Une autre version de cet article est disponible sur Le HibOO

MARIE FLORE Release Party @ Sunset

In des concerts... on janvier 26, 2010 at 10:00

Artiste française / Pop – Folk / 25/01/2010

Après avoir souligné le talent de cette frêle jeune femme maintes et maintes fois, après lui avoir rendu grâce pour avoir sauvé le niveau de la Release Party de Séverin, après l’avoir hissé au vingtième rang du Top du Blogueurs, la rendant ainsi seule artiste solo française trouvant grâce à nos oreilles parmi 600 disques ; voilà que la belle Marie Flore nous fait enfin le plaisir de nous inviter à SA release party. Une soirée qui commence tôt, pour le plus grand bonheur de mon humanus corpus explosé de fatigue mais qui n’aurait manqué cela pour rien.

Marie Flore a changé. En mieux. De l’image d’une fille émaciée au corps maladif, il ne reste que la voix, toujours sur le fil, semblant pouvoir se casser en un instant. Marie Flore a pris du poids, et l’assurance qui va avec, elle semble bien mieux dans sa peau et l’on peut compter de nombreux sourires sur un  visage qui se cache encore derrière sa frange. La série de concert en première partie d’Emilie Simon semble lui avoir fait du bien, le poulain apprend vite. Elle rayonne dans une robe à paillettes, toujours un peu timide, mais n’ayant rien perdu de son humour piquant. Marie Flore n’est plus seule non plus, un batteur et une choriste (France) l’accompagnent de temps à autre. Les morceaux ont ainsi plus de relief. Notamment une nouvelle création Wake Up, écrite deux heures avant le spectacle racontera Marie Flore pour la petite histoire, est beaucoup plus dynamique, rock empiétant à un répertoire à la Tom Waits. Auparavant, une voix et une fragilité de Cat Power sautait aux oreilles dès les premiers accords, à présent on sent une personnalité plus affirmée émerger doucement. On a envie de lui conseiller d’aller discuter avec Phoebe Killdeer car leurs univers sont proches, une mélancolie entraînante sous-tendue d’une rage pétillante.

Marie Flore alterne entre des titres seule aux accents rock et des collaborations plus folk avec ses amis Joseph Leon et Gaspard Royant. Yours avec G. Royant est particulièrement émouvante, sorte de revanche sur le concert du ScopitoneMarie Flore n’avait pas pu venir jouer car malade. Spécialité de l’artiste, le spectacle s’achève sur une reprise folk des Pussy Cat Dolls, un I hate this part polysémique car ni elle ni nous n’avons envie que cela se termine.

Bien entouré, un artiste va loin et progresse comme il se doit. Marie Flore peut récolter paisiblement les fruits de son labeur et nous pouvons repartir avec le sourire, heureux d’avoir repéré une jeune pousse et d’avoir joué le tuteur lointain. Nul doute qu’il faudra en reparler très prochainement !

L’album de Marie Flore est toujours disponible, n’hésitez pas !

Marie Flore sera en concert à La Flèche d’Or le 10 mars 2010.

BOYS NOIZE – Power

In des disques... on janvier 25, 2010 at 8:45

Dj allemand / Electro / BoysNoize Records

Le premier album d’Alex Ridha Oi Oi Oi (2007) avait du mordant, le second opus a sacrément du chien. Du bruit de garçons assurément, mais qui séduit les filles ; pour les jeunes et les plus vieux.

C’est souvent le cas en électro, le second opus est plus rapide, plus agressif que le premier. Oi Oi Oi était très structuré et aux sonorités électriques, euphorisant pour plusieurs heures de dancefloor. Power fait l’effet du bouton on d’un ampli actionné alors que la platine tournait déjà, les baffles à plein régime. On est propulsé au cœur de la fête et on suit sans moufter le cyborg qui nous invite à la fête (Kontact me). Et c’est parti pour un trip galactique qui vous retourne le cerveau dans tous les sens (le tourbillon Starter, le ronronnement Transmission, l’ascenseur Sweet Light…).

Il y a deux ans, on retrouvait des clins d’œil à d’autres groupes électro montants (comme le sourire croisé JusticeSimianBoys Noize sur Oh ! ou Shine shine). Cette fois, on perçoit un salut aux collègues de Simian Mobile Disco (Jeffer) et un encouragement clair pour la belle Clara Moto (Drummer).

Nerve aurait pu faire partie intégrante de la BO District 9 où l’on a l’impression de retrouver les dialogues liquides des extraterrestres narcoleptiques. Alors que Gax et Nott seraient plutôt adaptés au Mars Attack de T. Burton. Et pas question d’être à cours de jus en cours de route, Trooper nous propulse illico en pleine guerre : Left right left right left, chargez les canons, scruter le terrain ennemi et tirez sur tout ce qui bouge. On s’exécute sans même se demander pourquoi. Et on s’amuse beaucoup au final. L’artiste prend une dernière fois soin de nous avec son dernier titre planant aux sonorités liquides (Heart Attack), permettant d’éviter la crise cardiaque avant de reprendre une activité classique (comme aller faire cuire des pâtes et scruter le programme électro des nuits parisiennes). Paradoxalement, l’album est plus nerveux tout en restant plus accessible.

Un beau disque, qui passe avec succès le virage raide du second opus. Boys Noize a su trouver sa place dans le panorama des artistes electro à la fois accessibles et un peu raffiné. A retrouver d’urgence dans les clubs, car sa musique se vit.

SOIREE SAUVAGE RECORDS @ Scopitone

In des concerts... on janvier 23, 2010 at 1:15

Setliste The Limes @ Scopitone

On l’aurait rêvé, ça n’aurait pas forcément été possible… The Limes, Please ! Don’t Blame Mexico et Maison Neuve dans une même soirée, c’est rare et c’est précieux, comme lorsqu’on vous offre un bijou.

Ouverture de l’écrin avec probablement le groupe le plus touchant de la bande. Parce qu’il est notre « super groupe » à la française. Les citrons verts se produisent sans leurs copains américains et ils en sont tout émus. Pauline aka Mina Tindle a encore pris en assurance au chant, on apprend entre deux chuchotis qu’elle travaille à son album solo, ça risque de promettre. L’ami David aka Toy Fight n’a rien perdu de son accent anglais à la française. Et je mets enfin un visage sur Orouni,à la guitare. Jean Thévenin aka The Rodeo / Toy Fight / et tout un tas de groupes chouette s’empare des baguettes en arrière-plan à la batterie, Hullo ajoute son saxophone au joyeux ensemble et c’est part pour la ballade franco-américaine version allégée. Ils nous font même le plaisir de nous offrir des titres inédits. Excellente entrée en matière, on crève d’envie d’un Mojito pour faire durer le plaisir.

Please ! Don’t Blame Mexico est le velours du label : soyeux mais d’un rouge venin qui cache bien des surprises. Maxime Chamoux aka Toy Fight (oh tiens, vous avez déjà lu ce nom de groupe ;) ?) a toujours autant de difficultés avec ses transpositions (à force de nous prévenir à chaque concert, on commence à trouver cela sympa qu’il reprenne un morceau de zéro, finalement, ça fait durer le plaisir). Ses trois collègues font cracher le chaud et le froid à leurs instruments : de la douce mélodie pop, on passe rapidement aux accents rock, le tout entrecoupé de passages plus sud-américains. Un titre « en solo au piano en honneur à Mozart » fait aussi partie des facéties de Please ! Don’t Blame Mexico, qui se boit comme du petit lait.

Enfin, l’audace et goût du risque indispensable à toute personne qui ose offrir un ornement est incarné par Maison Neuve qui met tout son cynisme et sa maladresse désinvolte au service de la musique. Cousin lointain de La Maison Tellier, ils aiment à triturer les mélodies folk et western spaghetti et provoquer nos oreilles de chants pas toujours justes. Mais lorsqu’ils affirment que leur musique vient du cœur, c’est on ne peut plus juste et, mieux, cela va droit dedans. Touché au cœur par ce rock efficace agrémenté de parties de saxoqui vous transportent loin.

Un anneau doté de trois pierres ce soir là… Le joyau de la soirée, c’est Sauvage Records, ce label indépendant, tout petit mais doté d’une forte personnalité en la tête pensante de Stéphane Buron, orfèvre qu’on ne remerciera jamais assez de prendre le relais pour croire qu’une scène parisienne folk-rock a du talent.

DUM DUM @ Les 3 Baudets

In des concerts... on janvier 22, 2010 at 2:31

Artiste français / Chanson française – Slam – Hip Hop / 20/01/2010

Changement de programme, concert au lieu d’une soirée calme. Dum Dum, jamais entendu ce nom. Les 3 Baudets, une salle que je ne fréquente jamais. Parfois il est bon savoir bousculer ses habitudes car cela réserve des bonnes surprises.

Dum Dum est un gars un peu maigrichon, un peu chauve, qui rappelle un peu Nosfell dans sa manière de se tenir au micro. Renseignements pris, ce n’est autre que Félix Jousserand, créateur du Spoke Orchestra (bravo mon inculture !). Il n’est pas tout seul, une sorte de clone de lui-même en plus grand se tient dans l’ombre d’un Mac et d’une basse (Vincent Artaud) ; un guitariste qu’on trouve de premier abord tombé là par hasard, au look Manœuvre-Eudeline en moins camé et plus doux (Gilles Coronado) ; et un batteur à chapeau qui semble d’excellente composition (Régis Ceccarelli) viennent parfaire le tableau.

Dum Dum attaque sec et, ne sachant pas ce qui m’attendait, c’est d’autant plus brutal : « L’amour c’est le tiercé gagnant oublié dans une poche de pantalon après un programme triple essorage ». Ca commence bien, je sens que je vais m’amuser. La prestation prend de l’assurance après quelques blablas maladroits mais touchants de par leur spontanéité. Le premier morceau plutôt slam-rock laisse la place tantôt à des titres plus doux à texte bien lêchés évoquant des Florent Marchet ou Arnaud Fleurant Didier, tantôt à des accès hip-hop cynique faisant largement écho au Klub des 7 ou TTC. C’est cohérent, intéressant, convainquant.

Soudain se produit un petit miracle : Dum Dum interprète Boris Vian en reprenant Snob. C’est suffisamment risqué pour m’intéresser. Aucun faux pas, la mode est à Gainsbourg ? Dum Dum a choisit plus noble, plus difficile, et bien plus en adéquation avec son univers. Cerise sur le gâteau, la reprise est sobre, rythmée d’accents punk qui sabrent les textes tels des rasoirs.

Incisif et honnête, voilà deux adjectifs à retenir pour caractériser un groupe français de qualité dans lequel, encore une fois, on peut croire.

GUSH & GASPARD ROYANT @ Scopitone

In des concerts... on janvier 16, 2010 at 5:53

Groupes français / Folk – Rock / 12/01/2010

Arrivée volontairement un peu en retard car je ne pensais pas être intéressée par la première partie de Gaspard Royant, j’ai quitté la Scopitone en ayant eu quelques surprises : d’abord Gaspard Royant n’avait pas encore joué, en prime je m’en serai voulu d’avoir raté cette prestation de mon nouveau petit chouchou, enfin Gush a livré un spectacle de très grande qualité.

J’avais croisé le patronyme de Gaspard Royant par hasard sur Deezer, mon attention ayant été retenue parce qu’il présentait un duo avec Marie-Flore. Je ne pensais pas aimé autant sa carrière solo également. D’abord le jeune est plutôt mignon, habillé sagement et armé de sa guitare et quelques boucles rebelles. Puis il y a cette voix, ni prétentieuse, ni trop trvaillée, mais parfaitement juste, avec ce qu’il faut de coffre et doté d’une énergie charmante. Un acolyte l’accompagne au piano, très à l’écoute et ultra-souriant ce qui est réellement agréable dans un lieu comme le Scopitone, que l’on a connu « Paris Paris » coincé, hautain et junkie. Gaspard Royant ne jouera que quelques titres, des ballades folk toutes de qualité. On ne peut que regretter l’absence de Marie Flore, malheureusement malade ce soir-là. M’étant procuré l’EP vous pourrez lire prochainement plus de choses à son sujet.

Entracte. Salle comble pour un concert privé. Les quatre Gus de GUSH se font un peu désirer. Mais l’attente en valait la peine. Mise en scène soignée malgré l’étroitesse de la scène, un jean rouge à boots, un jean turquoise à bretelle et deux barbus presque hirsutes font leur entrée. Ils sont de bonne humeuret pleins d’énergie et cela devient très vite communicatif. La salle ultra-réceptive oscille doucement du corps, dodeline parfoisde la tête, chante par intervalle. Comparés aux versions sur disque, les titres des GUSH sont bien meilleurs en live (et pourtant l’album est bon, cf. chronique de Everybody’s God à venir). Oscillant entre pop sixties (Killing My Mind), hommage aux Beatles (Let’s Burn Again) ou balades folk, leur talent saute aux oreilles comme une évidence. Il faut en particulier souligner le travail du batteur, qui joue debout, sautille et chante d’une voix claire à faire vaciller toutes les idées sur les sopranos mâles… Petite dédicace à Mano Solo qui était dispensable pour In the Sun.  Sur Vondelpark, le public se déchaîne, GUSH en rajoute donc une couche et le batteur manque de tout casser. Leur spectacle est très bien travaillé, les quatre gaillards ont pris beaucoup d’assurance depuis trois ans (vu dans ce même lieu trois ans auparavant, leur musique n’a plus rien de comparable…). Le final a Capella est sublime (Jealousy), le public et le groupe font chorale, c’est bon enfant, ça fait du bien.

Deux groupes en G (ça change des groupes en « the ») à suivre donc, car fichtrement bons. Partie pour une soirée plutôt banale, je suis rentrée chez moi comblée… seules les imbéciles ne changent pas d’avis !

Chronique initialement rédigée pour Le HibOO

Crédits photos : Le HibOO

Charlotte GAINSBOURG – IRM

In des disques... on janvier 15, 2010 at 1:49

Artiste française / Pop – Folk / Because

Ne me demandez pas de faire l’éloge de Charlotte Gainsbourg. Elle m’énervait dans ses rôles d’actrice maladive et je la méprisais d’avoir cédé à la facilité de l’actrice arty qui sort un disque… Air featuring Charlotte plutôt que l’inverse, le premier album de la fille de l’homme à tête de choux semblait répondre à un appel d’offre pour « Musique d’accompagnement de compagnie aérienne ». Et puis Charlotte G. a eu des ennuis de santé en bonnes et dues formes et curieusement, elle s’est mise à avoir enfin du caractère, des formes, du cran, à jouer dans des films où elle donnait de sa personne (en particulier le délirant AntiChrist)… Elle a commencé à être la fille de son père au bon sens du terme. Une fois n’est pas coutume, je remets à l’honneur une expression que j’utilise finalement souvent : « Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis ». Le second disque de Charlotte Gainsbourg est une belle collaboration avec Beck, réussie, soignée et dotée d’une classe de la trempe de ces deux artistes.

IRM est un album inégal mais si touchant qu’on a envie de lui passer ses faiblesses. Parmi ce qui me déplaît notamment le titre, IRM. On sait que Charlotte Gainsbourg a eu des soucis de santé, pas la peine d’insister lourdement dessus en l’érigeant en titre d’album. Également des rimes en français dignes des pires « auteurs compositeurs français » (vague V. Delerm, Bénabar etc) qui feraient retourner le Serge dans sa tombe. On le voit bien lui dire « Mais ma fille, c’est d’la merde ce Chat du Café des Arts ! Fous-moi ça tout de suite à la poubelle ! »

Oui mais voilà, tout le reste est bourré de qualités. Des orchestrations à la guitare sèche aux passages (Heaven Can Wait) au vocodeur (Greenwich Mean Time), cet album sonne juste. Des mélodies pop toujours aériennes mais qui donnent envie de les réécouter (Vanities), des voix chaudes (Time Of The Assassins) dont on ne veut pas se séparer et des petites prises de risques où l’on sent que cette femme s’amuse, enfin, comme ce Trick Pony aux airs de The Kills ou Dandelion qui revisite Elvis

Pour avoir flirté avec la mort ces deux dernières années, pour avoir failli perdre l’être de ma famille que j’aime le plus, avoir assisté impuissante à la disparition d’un autre membre de cette famille, avoir haï l’hopital, ses lits et ses couloirs morbides ; je peux enfin affirmer que Charlotte Gainsbourg signe avec IRM un disque poignant, qui sonne juste et a du chien.

BLISS – Drew Barrymore

In des films... on janvier 13, 2010 at 11:42

Réalisatrice américaine / Premier film / Teen-movie réussi

Drew Barrymore revient de loin. Sa bio ne le cache pas : exposée médiatiquement dès 11 mois, droguée à 11 ans, on ne s’attendait pas forcément à un retour en force de cette qualité. Avec comme personnage principal Ellen Page, jeune actrice douée et hilarante dans Juno, et des personnages secondaires tout aussi talentueuses (Juliette Lewis, Marcia Gay Harden…), Drew Barrymore partait tout droit pour le teenage-movie classique, sans qualités remarquables. La force de ce film ne tient donc pas dans son scénario mais dans des détails.

D’abord, avoir réalisé un casting sans faute est une chose, mais faire exprimer le meilleur de chacune des actrices sans que cela paraisse factice ou que cela soit vulgaire en est une autre. Rappelons que Drew Barrymore se concentre sur un sport méconnu et presque interdit : des filles pratiquant le Roller Derby. Imaginez quinze nanas bien roulées en mini-short, collants moulants et frimousses aguicheuses qui se bastonnent sur des patins à roulettes, c’est terriblement sexy mais on flirte avec le risque de faire un film ultra-vulgaire, du trash-cradingue sans intérêt. C’est donc bien la direction des acteurs qui est ici parfaitement maîtrisée, on n’est pas tant que ça dans le cliché, les filles sont facétieuses et délurées mais certainement pas des biatch.

Ensuite, lorsqu’on réalise un film sur les ados, la tentation est aisée de céder à une adaptation temporelle insuffisante. En général, le réalisateur situe l’action dans l’époque actuelle (il descend dans la rue, laisse tourner sa caméra et c’est plié). Autre grande tendance pas souvent réussie, faire un teen-movie situé dans la jeunesse du réalisateur. On a donc eu droit à une floppée de film « mon adolescence des 70’s » puis une vague « jeunesse des 80’s » et « décadence des 12-18 ans des 90’s ». Drew Barrymore n’a pas cédé à ces deux facilités. Elle a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cerveau pas si abimé car il analyse plutôt bien. Il ne s’agit ni de la jeunesse actuelle, ni de la jeunesse de la réalisatrice. Nous sommes au début des années 2000, le monde n’est pas tout rose mais pas encore ultra-policé pour autant. Les jeunes sont en partie désabusés (ils sont mineurs et travaillent pour financer leurs loisirs), pas complètement insouciants (une scène du film est consacrée au fait de boire ou non avant de prendre le volant).

Cette jeune Bliss est une ado type, partagée entre à la fois un violent désir d’émancipation et une envie de rester la fille de ses parents, de remplir leurs attentes et désirs. Alors que j’allais sur mes 16 ans, ma mère m’a proposé en larmes de m’émanciper tout en refusant catégoriquement que je parte en Internat à Londres. Elle n’a pas eu besoin d’en ajouter plus pour que je comprenne qu’il me restait deux belles années de tranquillité avant ma majorité et qu’elle savait simplement que sa fille partirait toujours trop tôt pour elle. Par respect pour elle et sans jamais le regretter je suis restée mineure deux ans de plus chez mes parents. Le film amène cette même morale en douceur : il y a un temps pour tout, l’indépendance viendra, nul besoin de vouloir en profiter trop vite et gâcher tout le plaisir de l’insouciance qu’il nous reste. L’heure de remporter le Roller Derby n’est pas encore venu pour Bliss, son tour viendra.

Enfin, la cerise sur le gâteau vient bien entendu de la bande-son retenue ici. Subtil équilibre de rock des 2000’s (The Strokes en tête bien évidemment malgré un clin d’œil un peu grossier et anachronique à Little Joy) et de musiques de poupées gonflables à prendre au second degré. Le dernier bon point à décerner est le même que celui de Very Bad Trip : son générique de fin. Toutes les scènes trop lourdingues du film ont été coupées et compilées simplement à la fin. Démonstration qu’il n’y a aucune volonté de faire dans le consensuel et le pathos dans ce film.

On ressort de la salle gonflé d’énergie, prêt à affronter n’importe quelle tempête de neige. Drew Barrymore s’est fait bouffé son enfance, matraquée qu’elle était par les médias. Elle s’offre clairement une seconde jeunesse en jouant la casse-cou dans son film. Et si vous l’observez bien, vous verrez son sourire d’enfant de E.T. retrousser régulièrement ses lèvres. Si ce film n’était qu’un navet parmi d’autres, je l’aurai déjà oublié, il me reste dans le crâne c’est bon signe.

En français, 2010 rime avec Bliss, je dédie cette chronique à Emilie, qui se reconnaitra et doit profiter de cette nouvelle décennie qui s’annonce pour la vivre comme elle le mérite : pleine de joies et bonnes surprises.

KAREN O and the kids – Where the wild things are

In Ce qui m'émeut, des disques... on janvier 11, 2010 at 10:36

Bande originale du film de S. Jonze / Pop – Folk

Where the Wild Things are, traduit en français par Max et les Maximonstres, a une résonnance particulière dans ma famille. Livre de chevet, base de nombreux déguisements, idée de mon premier roman à 5 ans (Les Monstres, en 5 actes, évidemment largement inachevé), ce livre m’a été raconté, mimé, théâtralisé, dansé… par l’intégralité des membres des personnes m’ayant bordé une fois. Maxime était aussi un de mes meilleurs amis lorsque j’étais enfant, et il ressemblait tellement au petit garçon de l’histoire que j’étais persuadée qu’on avait écrit le livre en se référant à lui.

Max est un petit garçon plein d’imagination qui s’ennuie et souffre d’un déficit d’attention de sa famille. Ca l’énerve alors il boude et fait et/ou dit des choses qu’il regrette. Il se retrouve donc régulièrement consigné dans sa chambre. Igloo c’est cet enfant qui imagine son monde, il joue seul à être le roi du monde. Mais vite, un petit roi tout seul ça s’ennuie, il va donc embêter sa grande sœur et sa bande de potes (Capsize). Mais le fait d’aller l’enquiquiner n’est rien d’autre qu’un geste d’amour, c’est qu’elle compte pour lui (All is Love), même s’il fait des bêtises qu’il regrette ensuite (Worried shoes).

Puni pour ses bêtises, Max ne comprend pas toujours pourquoi et voudrait que toute sa famille disparaisse pour pouvoir diriger un monde comme il l’entend. Il n’est pas un monstre comme peuvent lui dire ses proches lorsqu’ils sont fâchés après lui, pire, il est le Roi des Monstres. Et pas des tout petits monstres, non des Maximonstres, très grand et qui font très peur. Rumpus et Rumpus reprise constituent à cet égard les deux titres correspondants parfaitement aux illustrations du livre original. Max rêgne, Max est insouciant (Clliffs, Heads Up), Max s’amuse (Animals), Max oublie (Hidaway, Building All is Love).

Mais Max n’est qu’un enfant, et il a beau se dire qu’il est bien là, tout seul au milieu de son monde, ceux qui l’énervent sont aussi ceux qu’il aime et qui lui manque (Lost Fur). Max apprend à faire des choix, sa famille ou son monde. Il rentre à la maison (Sailing Home) pour découvrir que sa mère ne lui en veut pas du tout et que son repas tout chaud l’attend encore (Food Is Still Hot).

En général lorsqu’on a adoré un livre, on n’aime rarement son adaptation cinématographique. Le film de S. Jonze a plusieurs qualités et quelques défauts, que je n’exposerai pas ici. Car parmi les très grandes qualités de cette adaptation il y a cette bande originale à tomber par terre. Moi qui avait classé les Yeah Yeah Yeahs dans la catégories des groupes qui ne produisient plus rien d’interessant (l’album It’s Blitz ! de 2009 était une véritable catastrophe ultra décevante), je reconnais sans mal que Karen O n’a rien perdu de son talent. Mieux, elle en a des cachés. Car qui aurait cru que derrière la femme délurée se cachait une amoureuse du livre le plus poétique et émouvant du monde ? Qui aurait affirmé il y a un an encore que Karen O est capable de composer des mélodies douces sans accros, de remplacer les guitares électriques par un banjo et la voix aguicheuse et piquante par un organe sucré comme le miel et candide. Si le Petit Prince  avait vu ce film il aurait dit en parlant de la musique « C’est exactement comme ça que je l’imaginais ».

VAMPIRE WEEKEND – Contra

In des disques... on janvier 11, 2010 at 9:41

Groupe américain / Pop – afrobeat blanc / XL Recording

Après un premier album aux influences fortement afrobeat et un projet parallèle tout aussi teinté de culture africaine (cf. The Very Best), Vampire Weekend remet ça avec Contra, un opus qui s’essaye à l’electro-afro.

Le premier disque de Vampire Weekend avait ravi les critiques car il était amusant, touchant et novateur. On revivait régulièrement notre rêve du Roi Lion, se trémoussant au milieu de la savane avec des animaux sauvages. Contra part donc avec un fort a-priori positif (malgré des prestations scéniques presque insultantes de médiocrité). Et surtout il est à la hauteur des attentes qu’on avait placé en lui.

Contra est un disque aux rythmes afro-caribéens beaucoup plus rapides, truffé de surprises electro-pop qui agissent comme de véritables stimulateurs de bonne humeur. Si Run ou White Sky s’inscrivent dans la droite lignée du premier album, le reste est plutôt novateur : Giving up the Guns et ses accords rock enjolivés de chant pop-sucrée vous collent une irrépressible envie d’entamer un solo de danse au milieu d’une gare bondée ; Holiday, comme son nom l’indique, vous replonge dans vos meilleurs souvenirs de vacances au soleil alors que vous affrontez une tempête de neige ; Cousins s’essaye même aux groupes de rock à la New Order. Des morceaux plus doux, voire mélancoliques sont aussi présents (I think you are a Contra, Taxi Cab), ce qui ne retire rien au charme de l’ensemble, agissant comme des respirations dans cet afflux de trémoussements dans tous les sens.

Nul doute que Contra va fournir beaucoup de matière aux DJs sur les dancefloordes mois à venir. Cet opus reste bourré d’influences afrobeat mais est beaucoup plus travaillé ce qui le rend nettement plus intéressant (car ça devenait un peu pénible la case obligatoire « afro »). Le véritable défi sera de se renouveler complètement pour un troisième disque, l’avenir nous le dira !

N.B : Attention Vampire Weekend peut provoquer des effets indésirables, comme chez PlaylistSociety

LE LOUP – Family

In des disques... on janvier 8, 2010 at 1:50

Groupe américain / Pop-folk / Talitres Record

Après un premier opus déjà très réussi, Le Loup nous livre depuis Washington ses nouvelles marottes typiquement américaines dans le milieu de la pop ces derniers temps : le revival de l’afrobeat. Un disque accompli qui assure sans peine le virage dangereux du second opus.

Oui je continue de le penser, l’Amérique a vibré un an au son de la campagne politique d’un homme noir, qui plus est a été élu à l’issue d’une longue bataille médiatique et culturelle. Et depuis, les groupes de pop indé de la East-coast n’ont de cesse de nous proposer des sonorités africaines (Yeasayer, Vampire Weekend, The Very Best…). Certes il y a aussi le Mondial de foot en Afrique du Sud qui arrive à grands pas, mais je pense que l’élection d’un président noir a encore plus joué. Bref, Le Loup est également de la partie avec ce Family. Un peu Benetton en quelque sorte, la famille d’aujourd’hui est multi-culturelle et métissée, à l’image des rythmes de cet opus. Tantôt ballade pop anglaise (Morning Song), tantôt rythme dynamique pétri de racines africaines (Beach Town ). Les notes de tête voix – banjo – guitare sont complétées des accords de cœur clavier – percussions pour produire un ensemble terriblement entraînant. Family, titre éponyme de l’album est sans doute la meilleure synthèse de ce disque : sonorités chaudes et  aquatiques agrémentées de chants incantatoires de l’hémisphère Nord au départ, elle évolue doucement vers des rythmes caribéens avec un chant folk-pop particulièrement dynamique, très vite rejoint par un chœur qui rappellent les verts pays irlandais. On retrouve beaucoup de Fleet Foxes chez Le Loup et c’est tant mieux.

Un très bel opus dont il aurait été dommage de passer à côté. Les groupes de rock truffent leurs partitions de krautrock, ceux de pop s’adonnent à l’afrobeat, pourquoi pas, voyons si le troisième opus du Loup saura, non plus suivre, mais guider la meute.

PRIVATE DOMAIN @ Cité de la Musique

In des concerts... on janvier 7, 2010 at 5:38

Projet orchestral français / Electro-pop symphonique/ 06/01/2010

J’ai pour habitude de choisir avec soin le premier concert de chaque nouvelle année. Suite à la suggestion d’une lectrice de ca blog (cf. Aufgang), j’ai donc décidé d’aller jeter une oreille du côté de Private Domain. Une déception tempérée de bienveillance.

Marc Collin aime monter des projets revisitant des genres musicaux ou des époques (cf. Nouvelle Vague, projet seventies qui a repris du service pour un troisième opus et Hollywood mon Amour dédié aux musiques de films cultes des années 80). Il s’est donc associé à Iko dans un projet voulant agrémenter les grands classiques de la musique orchestrale (Rameau, Schubert, Bach, Verdi, Fauré…) de boucles electro et de musique amplifiée. Un chœur accompagne un petit ensemble classique (violons-violoncelles-contrebasse-flutes-hautbois…), des électroniciens et claviers. Marc Collin (à la guitare) et deux chanteuses solistes viennent compléter l’ensemble. Iko s’est bien entourée, on découvre la folkeuse de Moriarty, Rosemary Standley, sous un jour de chanteuse soprano en latin, italien anglais et français. Soulignons-le : cette femme a sauvé le spectacle. Louise (de Paul et Louise) s’essaye quand à elle aux ballades pop et aux chorales d’une voix claire.

De bonnes idées en somme, des arrangements plutôt bien fichus (par Para One et Emilie Simon notamment), une scénographie minimaliste mais qui a le mérite d’exister, des musiciens talentueux… A priori rien à redire. Et pourtant l’ensemble ne prend pas. La setliste fait le choix aberrant de clore le spectacle par un Requiem. Les trois premiers titres étaient intéressants, la ballade pop de Rameau était gentille, mais la dernière demi-heure devient un supplice. On a régulièrement l’impression d’assister à un show de variétoche calibré pour France Télévision, tranches 3e âge et beauf-attitude…

Bref, une belle déception étant donné tout le potentiel qui était déployé. Je préfère remettre ça sur le compte du stress et le rodage en cours du spectacle.

Je terminerai cette chronique spécialement pour Calliope,  à laquelle je dédie ce billet : Private Domain et Aufgang sont définitivement deux projets n’ayant rien à voir l’un avec l’autre.

1) Le premier est un collectif d’une vingtaine de personnes alors que le second est un trio.

2) P.D.* fait étalage d’instruments différents suivant les titres alors qu’Aufgang ne se concentre que sur le piano dont chaque partie est exploitée.

3) P.D.* inclut énormément de chant alors qu’Aufgang n’a aucune voix sauf un sample (Good Generation).

4) Les samples et mix en direct sont dans un cas très pointu et sérieux, dans l’autre presque rétro-ringards à prendre au second degré.

* Pardon pour ces initiales peu élégantes mais je n’ai pas choisi le titre de ce projet… :)

La Cité des Jarres – Arnaldur Indridason

In Ce que je lis on janvier 5, 2010 at 11:41

Auteur islandais / Roman policier / Traduction de Bourit

Ayant beaucoup aimé La Femme en vert, j’ai décidé de me plonger à nouveau dans les aventures de l’enquêteur Erlendur, ses problèmes d’identités et ses déboires en matière de relations humaines. Un roman qui n’a pas volé ses nombreuses récompenses littéraires tant l’intrigue et le ton du roman sont plaisants.

La Cité des Jarres a été écrite (et traduite) avant La femme en vert, on remonte donc en arrière mais cela ne pose pas le moindre problème, l’auteur rédigeant correctement ses romans, il prend à chaque fois soin de resituer les choses si nécessaire. Erlendur est toujours accompagné de ses deux fidèles inspecteurs Sigurdur Oli et Elinborg. Et ils vont mettre le nez dans une sordide histoire de « meurtre à l’islandaise », à savoir un crime baclé, sans raison évidente et dans un lieu crado.Le cynisme de l’auteur et de son personnage principal sont encore plus cinglants que dans l’opus suivant. Comme à chque fois, l’auteur prend soin d’insérer son récit dans l’histoire récente d’un pays qui fascine. Il est ici question du grand mythe qui voudrait que tous les Islandais aient vendu leur génôme à la science dans les années 90. Les islandais, de par l’insularité de leur Etat, ont un génôme considéré comme « pur », à savoir qu’on peut facilement établir des filiations et observer les mutations génétiques éventuelles, mais aussi définir les arborescences de maladies génétiques. Et être porteur ou non d’une anomalie dans l’ADN peut alors devenir source de révélation de sordides secrets de famille… Erlendur pénètre donc dans un univers glauque de rêglements de comptes à base de souffrance psychologique, avec la délicatesse qui le caractérise,celle d’un ours mal lêché.

Comme à chaque fois, le romancier retrace l’explosion urbaine de Reykjavik avec force de détails et l’on se figure bien l’ensemble (une fois qu’on y a mis les pied en vrai).Contrairement aux ouvrages d’Arto Paasilina, la narration ne semble pas issue d’un autre temps. L’auteur insiste notamment sur le fait que l’Islandais est une langue qui sera morte dans quelques siècles car la frange de la population la plus jeune ne s’exprime plus qu’en anglais ou presque. Erlendur est ainsi régulièrement en décalage avec Sigurdur Oli et Eva Lin, sa fille, qui truffent leurs discours d’expressions anglaises, parfaitement retranscrites par le traducteur.

Un bouquin plein d’humour, une intrigue pleine de rebondissements, à lire emmitouflé sous la couette, avant ou après La femme en vert.

What’s up pour 2010 ?

In des disques... on janvier 3, 2010 at 9:25

D.R.

Après avoir fait le bilan de l’année et le bilan de la décennie, il est temps de regarder ce que nous réserve l’année à venir.

Les disques qui font un peu saliver :

Menomena : Ramona Falls n’est qu’un side project, Ramona Falls n’est qu’un side project, Ramona Falls n’est qu’un side project…

Final FantasyHeartland : leur seul défaut a toujours été d’avoir un nom de jeux vidéos… et de sortir trop peu de disques. D’accord ça fait deux défauts :)

The Strokes : cette fois il parait que c’est pour de vrai, les side projects sont si mauvais qu’il nous faut ce retour…

Hot ChipOne life Stand : quand les binoclards prennent le contrôle du dancefloor…

Les disques attendus :

Midlake - The courage of others : ils ont fait quelques faux pas mais cet album risque de faire pleurer dans les chaumières.

EldiaYayaya (sortie 22 février 2010) : des français qui font de la pop rock correctement, ça existe et je me suis échinée durant 2009 à vous le démontrer. ALors après avoir reçu l’EP qui swingue, je peux déjà affirmer que leur disque sera dans pas mal de platines… Chronique imminente !

My Girlfriend is Better than Yours : après l’EP et le concert, il faut boucler la boucle de ce projet mignon tout plein !

Of MontrealFalse Priest : comme d’habitude, ça promet !

Born RuffiansSay ItBand of HorsesNight RainbowsFleet Foxes ; Four TetThere is love in you ; The National ; Vampire WeekendContra ; YeasayerOdd Blood ; Syd MattersMina Tindle ; Gush

Les disques dont on se fiche un peu :

Cat Power : arrête de pleurer Pénélope, on a trouvé d’autres filles avec ta voix (cf. Marie Flore)

Arcade Fire : leur dernier disque était mauvais, le nouveau peu-il être pire ?

Interpol : Stop ! les come-backs ne sont jamais bons ! (enfin j’écouterai quand même, juste pour rire, hahaha)

MgmtCongratulations : Revus à Rock en Seine, les pauvres jeunes sont bons pour retourner travailler… ils auraient dû suivre l’exemple des Yeasayer !

2000 – 2009, manuel des années 2000 à l’usage des vieux et des plus jeunes

In Ce qui m'amuse, des disques... on janvier 1, 2010 at 3:30

2000 – 2009, manuel des années 2000 à l’usage des vieux et des plus jeunes

Allez c’est parti, nous allons décompter ensemble de 9 à 0 en honneur à la première décennie d’un nouveau millénaire.  Les plus jeunes pourront y trouver quelques éléments de culture qui leur aurait échappé parce qu’ils ont le nez dedans et ne peuvent pas se souvenir de ce qu’était la vie sans mp3. Les plus vieux pourront se remettre à la page question vocabulaire et arrêté de penser que c’était forcément « mieux avant ».

9 concerts… ou presque (c’était parfois trop difficile de trancher alors j’en ai indiqué 2)

2000 : Herman Düne + At the Drive In + De la Soul + Simian @ Transmusicales – Rennes

2001 : Starsailor @ La Maroquinerie & Tool @ Zenith

2002 : Interpol @ Route du Rock

2003 : David Bowie + The Dandy Warhols @ Bercy

2004 : Air + Sébastien Tellier @ Zenith

2005 : Lou Reed @ Grand Rex & The Strokes @ Trabendo

2006 : TV on the Radio @ Rock en Seine & Battles @ Sous la Plage

2007 : Acoustic Ladyland @ Nouveau Casino & Art Brut @ Maison de la Radio

2008 : La Maison Tellier + Syd Matters & Poni Hoax @ EMB – Sannois

2009 : Toy Fight @ Café de la Danse & Turzi + Koudlam @ Elysée Montmartre

8 disques sitôt écoutés, sitôt adoptés

The Strokes – Is this It – 2001

Apparat Organ Quartet – s/t – 2002

Joakim – Fantômes – 2003

Franz Ferdinand – s/t – 2004

Camille – Le fil – 2005

Sébastien Tellier – Sessions – 2006

Caribou – Andorra – 2007

Syd Matters – Gost Days – 2008

Aufgang – s/t – 2009

7 pochettes de disques gravées dans ma mémoire

Thomas Fersen – Pièce montée des grands jours – 2003

Philippe Katerine – Robots après tout – 2005

Of Montreal – Hissing Fauna, are you the destroyer ? – 2007

Chicros – Sour Sick Soul – 2007

Noah and the Whale – Peacefull the world lays me down – 2008

Turzi – B – 2009 (vinyle)

et…

Mauve – Kitchen love – 2008 :)

6 horreurs dont on se serait passé

Les Star Ac’ et tout ce qui va avec (les shows, les sous-artistes…)

U2 (sa vie son œuvre…)

La pochette d’Animal Collective – Strawberry Jam – 2005 (Il existe malheureusement des centaines de disques dévalorisés à cause de leur pochette, Animal Collective gagne le pompon…)

La pochette de Metronomy – Night’s out – 2008

Superbus en première partie : il fut une époque où aller à un concert quel qu’il soit (Stéréophonics, Weezer…) ne pouvait pas se faire infliger l’ignoble Superbus en première partie, on se réjouie de ne plus les voir !

Pete Doherty, sa drogue, sa pauvre life et ses Babyshambles : circulez, y’a rien à voir…

5 enrichissements de notre vocabulaire :

  • Téléchargement : terminé le cd et la queue chez le disquaire. A l’aube de la décennie 2010, la Fnac Bastille, unique enseigne dédiée à la musique, vient de mettre la clé sous la porte. La musique se fait numérique. On a tous commencé avec nos « cd gravés », rapidement remplacés par la clé USB, on a tous fréquenté Emule ou Soulseek et on s’est tous équipé de la FreeBox (tout comme l’Oréal parce qu’on le vaut bien, on a free, on a tout compris).
  • Mac : La bataille Mac/pc existait avant les années 2000, mais avec l’utilisation massive d’Internet, devoir updater des mises à jour anti-virus, anti-bug, anti-plantage anti-anti tape sur les nerfs de tout geek qui se respecte. Et donc, logique, on switche. Internet Explorer se fait raccompagner à la frontière pour Firefox et la suprématie iPod, iPhone finit de bouter les derniers reliquats de Macroshit hors de notre univers. Décennie 2010 celle de l’Empire contre-attaque pour Pc (cf. les mini-pc) ?
  • Myspace : avant lorsqu’on parlait de découvertes musicales, on donnait une démo ou on faisait écouter un disque à ses amis. Les années 2000 ont offert un nouveau tic de langage « T’as un Myspace ? / T’as son Myspace ? / Je vais checké son Myspace » En réalité cet outil a toujours été un peu pourri, ramait sévère entre chaque changement de page, sautait entre les titres… Mais le Myspace pour un groupe des années 2000, c’est un peu comme la Rolex en politique, si t’en a pas t’as raté ta vie. Le même raisonnement est valable pour la vidéo et l’apparition de Youtube et Dailymotion comme mot de vocabulaire à part entière. Et pour Wikipédia comme alternative au Petit Robert.
  • Facebook : l’invention du réseau social virtuel qui fonctionne… Chaque jour, chacun s’est créé une nouvelle dépendance en allant discuter, regarder des photos/vidéos, et raconter la moindre miette de ses activités, le tout virtuel bien entendu. Twitter est passé à la vitesse supérieure en ne permettant de s’expriment qu’en 140 caractères. Ainsi, chacun sait tout ce que chacun fait. George Orwell n’avait pas imaginé un Big Brother si puissant…
  • Blog : en terme de lecture, donc de loisirs, avant on avait les abonnements aux magazines, les fanzine voire les webzine. Après 2000, le Blog fait un boum. Chacun veut raconter les choses comme bon lui semble, marre des lignes éditoriales auxquelles il faut se plier, des deadlines à respecter, chacun veut faire comme il veut quand il veut. C’est ainsi que les Blogueurs ont pris une place considérable dans notre panel de lectures. C’est un mouvement tellement nouveau qu’on ne sait toujours pas comment orthographier les choses : bloggeur, blogueur, blogger… ? Au départ les journalistes ont vu ça d’un mauvais œil, les « sans carte » contre les « avec carte » de presse. Puis très vite ils se sont mis à avoir leur propre blog au sein de la rédac ! Tout comme il y a des mauvais magazines, il existe des mauvais blogs, mais la réciproque est aussi vraie :)

4 mots-clés à retenir en matière de tendances musicales (et tous les groupes cités méritent une attention particulière et constituent de ce fait mon Top 2000 – 2009) :

  • Retour : si l’on peut à jamais faire le deuil du R’n’B qui ne produit plus rien d’intéressant depuis les 70’s, le rock a fait son come-back flamboyant parmi les jeunes. On tient souvent pour responsables The White Stripes,  The Libertines et The Strokes qui ont eu le bon goût de (re)faire de la musique de leurs parents en ajoutant une touche contemporaine. Plus nerveux, plus rapides, aux paroles moins molles et plus réalistes et aux mélodies recentrées sur le minimalisme et l’efficacité, on a assisté à plusieurs déferlantes de « groupes en The » : The White Stripes (1999*), The Strokes (2001*), The Libertines (2002*), The Kills (2002*), The Rakes (2005*), The Spinto Band (2005*) ou plus récemment The Dead Weather (2009*). Lesquels se sont vu opposer l’autre tendance des « noms de derrière les fagots »: Phoenix (2000*), Yeah Yeah Yeahs (2002*), Franz Ferdinand (2004*), Clap Your Hand Say Yeah (2005*) ou Artic Monkeys (2006*). L’Electro est l’autre grand courant à bénéficier d’un joli succès. Alors qu’on pensait que les Djs allaient mal vieillir et devenir les ploucs en survêtements bling-bling, non seulement (à quelques mauvais exemples près dont on ne prendra pas la peine de parler ici) les quarantenaires ont encore de la ressource (Etienne de Crécy, Zdar, Alex Gopher…) mais en prime les relèves ont bel et bien assuré. On va d’ailleurs très vite distinguer deux types d’électro : la musique à (j)ouïr et l’électro intello. A la première catégorie les mélodies sitôt écoutées –sitôt dansées – sitôt oubliées à la Ed Banger** (SebastiAn, Justice, Yuksek, Uffie…) s’identifient les plus jeunes en manque de culture musicale et adeptes de la surconsommation en tout genre. Génération mal-être aussi qui achète sans compter et se vide la tête chaque semaine sur des rythmes binaires. A la seconde branche électro on retrouve des mélodies aux pieds beaucoup plus travaillés, de la musique moins accessible de prime abord : Arnaud Rebotini, Yvan SmaggheEllen Allien… De l’électro qu’on peut écouter en se concentrant dans son salon, pas forcément sur un dancefloor.
  • Mélange : La vraie caractéristique des années 2000 est cette beaucoup plus grande mixité des sonorités. La mondialisation et l’accélération vertigineuse des transmissions des données via l’informatique auront véritablement permis l’émergence de mélanges assez inédits. St Germain (2001) et Gotan Project (2002) ouvrent la voie en popularisant l’électro-jazz et l’électro-tango. L’électro-rock suivra rapidement avec des formations comme Cansei de Ser Sexy (2004*), Klaxons (2006*), Boys Noise (2007*), Midnight Juggernauts (2007*) ou Foals (2008*). Métissage qui s’accompagne aussi de mélanges intercontinentaux. Certains groupes de pop ont d’ailleurs créé une tendance consistant à usurper son identité : I’m From Barcelona (2006*) sont suédois, Architecture In Helsinki (2004*) sont australiens ou encore Of Montreal (1997*) sont américains On a vu un renouveau de la soul et de la funk, du jazz tant bien que mal. La dernière tendance (Obamania oblige ?) est à l’afrobeat d’Hémisphère Nord. Ainsi Ezra Koenig semble se spécialiser dans le domaine avec Vampire Weekend (2008*) et The Very Best (2009*). Nombre de groupes de Brooklyn suivent la même tendance (Mgmt, Yeasayer…).
  • Extrême : Dans la prolongation de la veine des Mélanges, certains ont poussé les expériences à leur paroxysme. Distorsions de sons, bidouillages de machines récentes et dinosaures, triturages d’instruments… tous les genres musicaux se font revisiter par des collectifs bien déjantés. La pop borderline d’Of Montreal, les mélodies entêtantes de GUiLLeMoTs (2006*), les textes acides du Klub des 7 (2006*), les expériences appartementales des sœurs Cocorosie (2004*), la dentelles de batterie de Battles (2007*) ou plus récemment le massacre de guitares à la perceuse par GaBlé (2008*) et la désinvolture des supporters de foot sous-tendu de musique classique de Koudlam (2009*) ont apporté une touche de fantaisie dans le paysage musical actuel qui crie à l’uniformisation des goûts et des labels. Ces artistes ont trouvé une parade très intéressante au piratage et ont su évoluer avec leur temps : certes leurs albums sont bons mais c’est surtout sur scène qu’il faut observer ces drôles de trublions. Et ça un concert, c’est une expérience unique, beaucoup plus difficile à pirater :) !
  • Avènement de la musique Nerd : Et oui, le gros boutonneux à lunettes n’est plus répulsif et reclus de la société. C’est devenu un sex-symbol de certains courants musicaux. Dans un premier temps, il y a eu le retour en force du Post-rock, certes pas sur toutes les ondes de radios (qui elles aussi subissent un formatage poussé), mais dans les cercles musicaux, continuer de cracher sur le post-rock aujourd’hui est presque un pêché capital. Si Tortoise (1994*) ou Godspeed You ! Black Emperor (1994*) étaient l’apanage de happy few, le post-rock des années 2000 est bien plus In, le dernier en date étant le splendide travail de Cougar (2007*). Autre courant qui connaît un beau revival nerd, le krautrock. Zombie Zombie (2007*) est l’exemple français le plus délicieux de cette nouvelle tendance où l’on prend plaisir à voir deux passionnés de musique produire des sonorités assez incroyables de machines bizarres. Etienne Jaumet (album solo 2009*) est à la fois l’ami et l’icône. Sur ces traces et tout aussi talentueux, on place beaucoup d’espoirs en Turzi (2006*) qui manie les machines aussi bien que les guitares. Enfin, les années 2000 sonnent la Grand-Messe pour les musiques scandinaves. Une déferlante de pop glacée et musiques planantes.
  1. Suédois (tendance pop) : The Hives (1997*), The International Noise Conspiracy (2000*), Peter Bjorn and John (2002*), Melpo Mene (2004*), Peter Von Poehl (2006*), Lykke Li (2008*), Fever Ray (2009*)…
  2. Islandais (tendance orchestrale) : Gus Gus (1995*), Sigur Ros (1997*),  Bang Gang (1999*),  Mùm (2002), Apparat Organ Quartet (2005*), FM Belfast (2009*)…
  3. Norvégiens (tendance belles finitions) : Röyksopp (2001*), King of Convenience (2001*), The Whitest Boy Alive (2006*)…
  4. Danois (tendance nerveuse) : The Raveonettes (2002*), Efterklang (2004*) Vincent Van Go Go

Voilà, je m’arrête là pour ce tour d’horizon des bouleversements musicaux des années 2000 et j’espère que vous ferez quelques découvertes :)

* : j’ai choisi de prendre en compte l’année du premier album et non de la formation du groupe.

** : J’ai écrit à la Ed Banger, ils ne font pas forcément partie du label mais s’y assimilent (d’accord Pierre Emmanuel :) ?)

3 morts… On sait tous qu’il y a eu plus de décès que ça parmi les musiciens au cours de cette décennie mais j’en ai retenu trois par-dessus tout.

Au début des années 2000, nombre d’anciens rockers passent de l’autre côté et laissent ainsi s’exprimer une nouvelle vague d’artistes (décrite au numéro 4) : Joey (2001) et Dee Dee Ramones (2002, Ramones), Georges Harrison (2001, The Beatles), Joe Strummer (2002, The Clash), John Entwistle (2002, The Who) ou Nina Simone (2003) marquent la fin de la jeunesse de nos parents et nous laissent un peu respirer et voler de nos propres ailes. Le monde de la rétrospective pour les aînés, la scène pour les cadets.

D’une manière générale les morts violentes sont fréquentes dans le milieu du rock, c’est lié à leur mode de vie et ils l’ont bien cherché, pas besoin de s’apitoyer dessus plus que ça. Les trois décès qui m’ont marqué sont plus récents et d’une autre nature, me touchant de ce fait pour des raisons différentes :

  • Esbjörn Svensson s’en est allé en juin 2008, trop jeune et accidentellement (plongée sous-marine). Il lui restait beaucoup à apporter au jazz et ce milieu peine à trouver des successeurs qui sachent s’imposer.
  • Alain Bashung en a terminé du monde des vivants en mars 2009 et si son œuvre n’était pas totalement achevée (et reconnue à juste titre), le choc pour moi est venu du fait qu’il avait exactement l’âge de mon père… Ayant grandi avec mon papa sous les yeux et Bashung dans les oreilles, c’est un bout de mon équilibre naturel qui fichait le camp.
  • Vic Chesnutt enfin a choisi d’en finir à quelques jours d’une nouvelle décennie. Violence d’un choix qui rappelle la pendaison lointaine d’un très jeune Ian Curtis ; refus de continuer d’accepter de vivre dans certaines conditions (non pas matérielles mais psychologiques). Il n’y pas d’acte plus radical que sa propre mise à mort.

2 séparations de groupes mythiques qu’on ne regrettera pas… (ahahah bon débarras)

2000 : RIP Spice Girls & 2009 : NOasis

1 gros coup de vieux pour moi. Alors là vous riez, vous vous dites « ahah, ben comment donc, elle n’a même pas 25 ans et elle parle de coup de vieux. » Eh bien oui, car la décennie 2000- 2010 marque pour moi le passage à l’âge adulte. Je n’étais pas majeure en 2000. Je vivais dans une douce ville de province grise (où le granite qui recouvre le sol et parfois les bâtiments, une ville assortie au ciel pluvieux, j’ai nommé Rennes), j’habitais un appartement et une maison ultra-confortables (mon appartement parisien doit tenir dans ma chambre d’enfant) et j’étais à mille lieues de certaines préoccupations. Quand on est mineur, on peut assumer sans problème d’écouter Aqua, Britney Spears ou les Freestylers. Adulte il faut savoir argumenter pour pouvoir le clamer.  Il y a encore quelques années, dormir 3h par nuit ne me posait pas de problèmes alors que je restais tranquillement à la maison, maintenant que j’aimerais enchaîner les concerts toutes les nuits, je mets 3 jours à me remettre d’un écart au-delà de minuit ! Et par-dessus tout, argument ultime, en 2000 je n’avais pas de lunettes !

0 regret, il ne faut pas jouer les vieux cons, le standing de vie n’a jamais été si confortable même si l’on sait que, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, le niveau de vie des générations futures sera inférieur au nôtre. Alors profitons de la vie et consommons de manière raisonnée, n’oublions pas d’aller voter, ne négligeons pas de sortir le nez dehors (aller voir ce qui nous entoure, les cités, les sdf, les rayons de soleil qui parviennent encore jusqu’à nous…) et puis arrêtons de nous plaindre, ce sera pire plus tard J !

Je vous souhaite que 2010 vous apporte autant de bonnes surprises et de joies que possible.

Avec ton mon amour et toute mon affection virtuels que je peux transmettre via les touches d’un clavier, votre dévouée V.