La Cité des Jarres – Arnaldur Indridason

Auteur islandais / Roman policier / Traduction de Bourit

Ayant beaucoup aimé La Femme en vert, j’ai décidé de me plonger à nouveau dans les aventures de l’enquêteur Erlendur, ses problèmes d’identités et ses déboires en matière de relations humaines. Un roman qui n’a pas volé ses nombreuses récompenses littéraires tant l’intrigue et le ton du roman sont plaisants.

La Cité des Jarres a été écrite (et traduite) avant La femme en vert, on remonte donc en arrière mais cela ne pose pas le moindre problème, l’auteur rédigeant correctement ses romans, il prend à chaque fois soin de resituer les choses si nécessaire. Erlendur est toujours accompagné de ses deux fidèles inspecteurs Sigurdur Oli et Elinborg. Et ils vont mettre le nez dans une sordide histoire de « meurtre à l’islandaise », à savoir un crime baclé, sans raison évidente et dans un lieu crado.Le cynisme de l’auteur et de son personnage principal sont encore plus cinglants que dans l’opus suivant. Comme à chque fois, l’auteur prend soin d’insérer son récit dans l’histoire récente d’un pays qui fascine. Il est ici question du grand mythe qui voudrait que tous les Islandais aient vendu leur génôme à la science dans les années 90. Les islandais, de par l’insularité de leur Etat, ont un génôme considéré comme « pur », à savoir qu’on peut facilement établir des filiations et observer les mutations génétiques éventuelles, mais aussi définir les arborescences de maladies génétiques. Et être porteur ou non d’une anomalie dans l’ADN peut alors devenir source de révélation de sordides secrets de famille… Erlendur pénètre donc dans un univers glauque de rêglements de comptes à base de souffrance psychologique, avec la délicatesse qui le caractérise,celle d’un ours mal lêché.

Comme à chaque fois, le romancier retrace l’explosion urbaine de Reykjavik avec force de détails et l’on se figure bien l’ensemble (une fois qu’on y a mis les pied en vrai).Contrairement aux ouvrages d’Arto Paasilina, la narration ne semble pas issue d’un autre temps. L’auteur insiste notamment sur le fait que l’Islandais est une langue qui sera morte dans quelques siècles car la frange de la population la plus jeune ne s’exprime plus qu’en anglais ou presque. Erlendur est ainsi régulièrement en décalage avec Sigurdur Oli et Eva Lin, sa fille, qui truffent leurs discours d’expressions anglaises, parfaitement retranscrites par le traducteur.

Un bouquin plein d’humour, une intrigue pleine de rebondissements, à lire emmitouflé sous la couette, avant ou après La femme en vert.

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