Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour février 2010

LE LOUP @ Café de la Danse

In Chroniques Concerts on février 24, 2010 at 3:07

Groupes américains / Psyché-folk – Rock / 23/02/2010

Salle quasi-pleine en ce soir pluvieux de semaine, le public étant probablement plutôt venu pour acclamer Le Loup, groupe de néo-hippies de Washington s’inscrivant dans la droite lignée d’Animal Collective ou Fleet Foxes.

Je passerai sur Scary Mansion où une chanteuse aphone ressemblant à une émeu cherchant ses œufs et une choriste potiche pareille à une girafe mastiquant des feuilles pendant des heures ont réussi à provoquer chez moi des relents bénarbariques (J’ai faim, j’ai froid, en plus il bruine, note : 2/10).

Le Loup ne s’est heureusement pas trop fait attendre et a assuré un très beau spectacle, même si le Café de la Danse n’était pas la salle la plus adaptée pour leur univers. Pas de doutes, ils sont bien néo-hippies : jean déchirés et informes, pantalon poché aux genoux et bonnet rouge, grosses barbes et cheveux longs… Le chanteur rappelle un peu le geek d’Hot Chip – comprendre  ici look improbable, lunettes à grosses montures et de petite taille mais gesticulant dans tous les sens. Et c’est parti pour une heure de spectacle évoluant entre ballade folk soignée et transe afro-beat blanche. Si l’on frémit dans un premier temps en entendant Le Loup égrener les titres de son dernier album (Family) dans l’ordre (pourquoi donc les artistes n’ont-ils toujours pas compris que ce n’est jamais bien reçu par le public ?), très vite s’intercaler des morceaux des opus précédents beaucoup plus pop, qui contrebalancent l’ambiance Roi Lion.

Le final est sublime, grâce à la demande du groupe qui a demandé à tout le monde de se lever ou au moins de se rapprocher de la scène (voire d’y monter pour deux jeunes hommes chanceux bien faits de leurs personnes, dont l’un pourrait être le batteur de Nelson), le public doucement entre en transe sur les rythmes tribaux de Family, titre phare qui laisse rapidement place à Celebration et à l’improvisation. Si la salle du Café de la Danse est une belle salle a plusieurs égards, elle ne reste cependant pas très adaptée pour les atmosphères dansantes de groupes comme Le Loup. Faire se lever et rapprocher le public était la meilleure manière pour le groupe d’obtenir un semblant d’ambiance et de se sentir moins isolés sur scène.

On avait découvert Le Loup sur scène lors de la Route du Rock hiver 2008, dans une collaboration beaucoup plus douce avec Vic Chesnutt et Yeasayer (vous imaginez la soirée génialissime que cela a été…), leur univers a évolué et leur habilité s’est affinée. Très beau concert.

ELDIA – Yayaya

In Chroniques Musique on février 23, 2010 at 8:30

Groupe parisien / Rock – Pop / Emergence Music

Deux EP d’eLdia ont tourné dans nos platines avant de recevoir ce premier album au nom un peu fashion-branchouille répulsif (mais en accord avec leur nom de scène…). Yayaya, tic de langage hispanique, est aussi excitant que de picoler une pina-colada à l’ombre d’un palmier et évoque des sonorités tout aussi… rafraîchissantes.

On avait eu un aperçu intéressant de ce qui nous attendait avec la sortie de l’EP Favourite Murderer en juin dernier, de la pop léchée assez énergique, suffisamment travaillée pour avoir envie de croire que ce groupe pourrait avoir les faveurs d’outre-Manche. Et l’album n’est pas à la hauteur des suppositions qu’on avait émises lors de l’avant-goût. Alternant entre britpop impeccable et rock aux accents Joy divisionesque, il faut attendre le troisième titre (celui de l’EP, Favourite Murderer) et ne pas se formaliser du copier-coller sur les Strokes de I Wish I Could Be So Free pour commencer à trouver qu’eLdia aura droit à plusieurs écoutes de notre part. Deux titres sortent cependant largement du lot. KO est aussi entrainant que les meilleurs morceaux de pop sucrée dont, telles des abeilles en manque de nectar, on se délecte. Et les sombres variations de Kenneth Anger Satanic Blues ne sont pas dénuées de charme.

On peut déplorer qu’un groupe prometteur, que l’on suivait et soutenait, se ramasse de cette façon. On ne peut se retirer du crâne que les membres d’eLdia sont des personnalités froides, la pochette de cet opus continue de le laisser penser. Hautains, méprisant, distants, ils ne semblent pas enclins à devenir vos meilleurs potes (je n’ai pas mis leur pochette d’album que je ne sais pas définitive ou non). Déception. Plus “Nonono” que “Yayaya”, on leur préfèrera de loin les Gush.

GASPARD ROYANT – You can have me (if you want to)

In Chroniques Musique on février 22, 2010 at 8:30

Artiste français / Pop – Folk / 2009

Gaspard Royant n’était qu’un nom associé à celui de Marie-Flore en première page de Deezer pour moi, alors que je cherchais des concertos de F. Chopin. D’ordinaire, Deezer me propose des titres du niveau Star Academy alors j’ai eu beaucoup de réticences à appuyer sur play. Grâce à une collaboration avec Marie-Flore, j’ai trouvé une nouvelle tête à surveiller.

Cinq titres pour se faire une idée d’un artiste, c’est un peu court, surtout s’il s’agit de morceaux courts alternant entre  pop-rock (Things I want to remember) et ballades douces (Grow, The Big Sleep). Alors certes, si l’orchestration est parfois un peu pataude (les grands coups de cymbales sur Things I want to remember ou le poum-poum de Last song of a pistolero), on ne peut pas rester indifférent au timbre de voix de ce beau jeune homme, un peu velouté. Et s’il prend sa guitare, alors vous n’avez plus qu’une envie, qu’il soit là chaque soir pour vous border et vous bercer. Ajoutez à cela un duo avec Mari-Flore (Yours) et vous faites de beaux rêves, sensuels et délicatement parfumés (un champ de roses, un petit jardin anglais, la mousse des sous-bois le matin…)..

Les textes en anglais sont simples mais touchants (notamment Grow), les mélodies sont entraînantes tout en étant un peu mélancoliques, ce qui se prête très bien au temps maussade régulier. Pour avoir vu à deux reprises Gaspard Royant sur scène, je suis convaincue qu’il faut attendre un opus intéressant de lui. Alors attendons… :)

A lire aussi :

Gush & Gaspard Royany @ Scopitone

Marie Flore Release Party @Sunset

FM 5 @ Point FMR

In Chroniques Concerts on février 21, 2010 at 3:30

Radio Campus Paris / Pop-rock, Hip Hop / 12/02/2010

Voilà cinq belles années que Radio Campus Paris possède une demie-fréquence (93.9 fm de 17h30 à 5h30) pour promouvoir des artistes qui n’ont pas toujours l’occasion d’être soutenus par les radios commerciales (Top Tape, Novorock, Tout foutre on Air), pour parler d’initiatives du monde étudiant ou associatif (A l’Asso, La Matinale de 19h)  ou encore pour parler d’amour des musiques (Iconoclash, Bam Salute, Mets plus fort, Voltes Phases, Random, Poney Club 54, Jazz and Co ou Proxima Estacion). Et comme à chaque fois qu’elle organise une soirée pour fêter son existence, Radio Campus Paris sait proposer une programmation à son image : pointue, décalée et de qualité. Ce soir là, ce sont General Bye Bye, :Pilöt et Le Klub des 7 qui s’y sont collés côté concert (telle une Cendrillon, je n’ai pas pu rester pour le clubbing donc je n’en parlerai pas cette fois).

General Bye Bye est un quatuor pop-rock qui en a dans la cage thoracique. Leur premier EP sorti en 2009 (Alphabetical) est à l’image de leur univers : on fait le tour du globe des influences musicales en quelques minutes. Les mélodies d’Europe de l’Est se mélangent aux riffs acides d’un rock endiablé. Plus loin la ballade pop guitare-voix se fait envahir de sonorités électroniques. La voix de leur chanteuse sublime l’ensemble, en combinaisons d’ouvriers, ils viennent vous faire une opération à cœur ouvert : cinématographique et addictive, leur musique ne laisse pas de marbre et en ouverture de soirée on ne pouvait pas mieux espérer.

Si Le Klub des 7 était le groupe attendu de la soirée, :Pilöt en fut incontestablement sa plus belle surprise. Une frêle femme tient tête à deux micros, accompagnée de musiciens tout aussi concentrés qu’elle sur leurs instruments. De cette frèle carcasse sort une explosion d’émotions, de rires, de cris, de douleurs et de plaisirs. Prenez une morphologie de crevette à la plastique impeccable de Top-Model (au hasard Kate Moss…) et greffez-lui des cordes vocales de PJ Harvey et Nic Cave ; vous obtenez une artiste bluffante de talent. En quelques minutes, elle est mutine, charmante, odieuse, dédaigneuse, ivre morte ou enragée. Et sa voix suit le même schéma, mutante saurienne.  La petite tornade n’épargne personne (à commencer par Good Karma),on entre avec délectation en transe avec la sirène et j’en perdrais la voix lors de l’interview en sortie de scène, restée perdue dans les plaines d’Apache et circonvolutions d’Arpo. :Pilöt fut la découverte Printemps de Bourges pour l’Ile-de-France (2009) et l’on ne peut que s’en réjouir : pas de petits rockers pour représenter la région capitale mais une formation à la forte personnalité, à l’univers qui lui est propre.

Enfin, que dire de la prestation du Klub des 7 sinon « Joie Joie Joie » ? Réunis presque au complet (sans le trop snob Fuzati, le trop ivre Gérard Baste et le défunt Freddy K), James Delleck, Le Jouage, Detect et Cyanure ont assuré le spectacle avec quelques invités en bonus, dont les délicieux Gourmets de Lyon. Interprétant essentiellement des titres de leur nouvel opus (La Classe de Musique, 2009), on a a eu également droit à plusieurs nouveau titres. Le plus jouissif fut probablement Gosse handicapé (titre inventé) où James Delleck s’est livré à un inventaire à la Prévert des excuses qu’on peut trouver à un gamin un peu looser parce qu’il n’a « pas d’papa, pas d’papa, voilà ». Très en forme, le groupe finit par inviter le public à se déhancher sur scène avec eux, pour notre plus grand plaisir (ne pas cf. les photos compromettantes).

Et voilà, terminé, minuit passé il est temps pour mes vieux os de se rentrer… Radio Campus Paris aura encore une fois démontré non seulement son utilité dans le paysage médiatique parisien (via la promotion de trois excellents groupes), mais aussi que culture n’est pas toujours synonyme de cloisonnement social (en réussissant le trop rare pari de réunir différentes catégories socioprofessionnelles et en osant mélanger différents genres musicaux). Joyeux anniversaire belle RCP !

URBAN RABBITS – 21e PROMOTION DU CNAC @ La Villette

In Chroniques Théâtre & Cirque on février 21, 2010 at 9:04

Cirque / Spectacle de fin d’études / 21e promotion du CNAC / Mise en scène Arpad Schilling / 14/02/2010 .

Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa dernière n’est pas toujours un succès : fatigue accumulée des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21e promotion du Centre National des Arts du Cirque, la qualité et l’énergie semblaient avoir donné plus que jamais rendez-vous à l’esthétisme pour un spectacle touchant de sincérité et légèreté. Hasard du calendrier, parler de la complexité des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tâche encore plus ardue. Un défi relevé avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version réelle.

Aujourd’hui, et particulièrement à Paris, la biodiversité des grandes métropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale féconde, se font rares et précieux. Car si les lapins ont une réputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilité de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les espèces à grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent à assurer la perpétuation de leur genre. Interprétation littérale et fantaisiste d’un spectacle de cirque censé s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poétique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions à la fois : régressif et raffiné, esthétique et simpliste, humoristique et grave.

Les artistes sautent, leurs numéros tressautent. Car non la vie n’est pas linéaire et bien ordonnée, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beauté et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud où les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une série de « raté », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupés et ces incompréhensions qu’on garde pour soi. Les personnages tâtonnent et, comme dans la littérature contemporaine, la réalité fait intrusion dans la fiction : une figure super moche, un pied qui ruine les côtes du partenaire, un désaccord sur la suite des répliques à donner, « tout est écrit, même ton crachat au milieu de la piste »… La poésie et la beauté résident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir à attendre que ses prétendants viennent l’attraper se verra finir… seule car après tout elle l’a bien cherché, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir accès à l’Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme à des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interprétées en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’écorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes.

Force supplémentaire de ce spectacle, la tangible réintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le théâtre et participent de ce fait à la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’Arpad Schilling, cinéaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a prétention à réconcilier théâtre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer à des auteurs de mettre en scène d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’année dernière proposé à J-C Gallotta, ce qui avait donné une dominante dansée) . Là on a enfin de véritables échanges, les athlètes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La créativité de ce spectacle ne s’arrête pas là. On découvre d’insolites agrès qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniée par Benoit Fauchier, sorte de serpent de métal dangereux qu’il faut apprendre à dompter pour mieux réinterpréter les numéros de roue allemande et barre fixe. On redécouvre des disciplines à travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite supérieure (numéro sous le fil et non dessus) ou la voltige équestre sur vélo à pignon fixe.

Vous l’aurez compris, malgré quelques maladresses (comme le fait d’avoir des écrans vidéos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploité car il y avait beaucoup plus à faire avec ces écrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici à la fatigue accumulée d’un mois de représentations sans relâches), Urban Rabbits reste une création résolument vivante, aboutie et épurée.

Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des léporidés auprès de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon ménage.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog !

N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette année, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route :

- Reims : 2 – 4 mars

- Malte : 9 – 11 avril

- Italie / Rome, Modène, Ferrara : 24 avril – 29 mai

- Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin

- Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet

- Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 août

P.S 1 : Cette chronique est dédiée à Benoit Fauchier… en souvenir et à l’avenir !

Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal = Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay ?

In Chroniques Musique on février 12, 2010 at 11:32

Benjamin Biolay – La Superbe / Artiste français / Parisianismo-cyniquo-chanteur /Naïve


Jeanne Cherhal – Charade / Artiste française / Petasso-braillarde / Barclay.

En recevant le disque de Jeanne Cherhal – je souligne d’ailleurs que je n’avais rien demandé, cette chose rose m’a été envoyée sans mon consentement – je pensais trouver des titres intéressants à me mettre dans le creux de l’oreille. Car, depuis le splendide opus de Benjamin Biolay (La Superbe), Jeanne Cherhal était un peu remontée dans mon estime… J’avais tort, complètement.

Benjamin Biolay ce sont 22 titres tous plus brillants les uns que les autres, des orchestrations allant de la ballade sombre (Ton Héritage) au hip hop (La Superbe) en passant par le jazz (La Toxicomanie) ou la pop (Lyon Presqu’île), des textes flirtant avec la mort, la dépression et l’impudence avec une désinvolture déconcertante. Des morceaux taillés dans les meilleurs rocs, un humour sardonique et une capacité à nous faire rire de toutes les situations les plus pourries qui jalonnent la vie de tout parisien classe-moyenne-sup-intello-bobo qui est avant tout, tout seul. La vie de famille, les enfants, les amis sont autant de papiers de soie autour d’un cadeau : splendides, indispensables mais terriblement inutiles et décoratifs. Même au milieu de vingt personnes, on reste isolé (L’espoir fait vivre, vivre l’espoir fait vivre).

Alors certes, ceux qui croient en des gros mots comme l’Amour pourront s’offusquer de ce génialissime duo avec Jeanne Cherhal sur Brandt Raphsodie qui résume, de façon à peine caricaturale, l’histoire d’un couple parisien du début à la fin à travers les Post-It laissés dans l’appartement: d’abord délicats et inventifs, les textes se font de plus en plus pragmatiques et banals, jusqu’à devenir informatifs et transpirant le dégoût et le mépris cordial. Surmenés par leur environnement, les couples citadins se font et se défont très souvent de cette manière, inutile de chercher à le nier. C’est en réalité une excellente analyse sociologique, si elle vous dérange, posez vous des questions. Brandt Raphsodie est la pièce maîtresse de l’opus de B. Biolay, tous les autres titres sont des moments de vie pouvant se situer entre le début et la fin de cette histoire. Ce n’est pas parce que les histoires d’amour finissent mal en général qu’on ne peut pas en profiter entre temps (J’avale le vent, j’avale la vie, j’avale les gens, j’avale la nuit, je bois le jour…). Benjamin aime (Night Shop, Tu es mon Amour), Benjamin vit (Buenos Aires), Benjamin se pose des questions (Miss Catastrophe, Jaloux de tout), Benjamin est insouciant pour le meilleur (Prenons le large) et pour le pire (Tout ça me tourmente).

Nous nous disions donc, pour revenir à nos moutons, que Jeanne Cherhal ayant accepté un duo avec B. Biolay pour un titre tout sauf cul-cul, on pouvait attendre une fantaisie similaire sur son propre disque (Charade). Mais chez Cherhal – Chez Cherhal : lisez cela à voix haute en boucle, cela devient rapidement drôle – point de création subtile, seulement des titres d’un ennui et d’une platitude frisant l’outrage. On avait pourtant bien le même thème décliné, c’était bien parti pour les discours où la fille n’est pas trop stupide et ne se laisse pas avoir par des romances sans suite. Certaines cassures de rythmes dans les titres (Mon corps est une cage), des parties douces de piano (Hommes perdus ou Reviens moi) nous faisaient miroiter quelques passages intéressants, mais non, rien n’y fait, les textes niveau ras-de-pâquerette plombent l’ensemble. Son humour n’est pas noir mais éculé à la Delerm, son phrasé fatigue par ses répétitions incessantes de syllabes inélégantes (Qui qui qui qui qui me vengera ou l’inaudible Lorsque tu m’as). Seule Plus rien ne me fera mal est d’un niveau supérieur, où trois accords de piano et une boîte d’allumette magnifient un texte ciselé sur la douleur humaine (abstraction faite du titre du morceau bien entendu qui est laid et même si elle ne peut s’empêcher de flinguer la fin du titre en répétant cinq fois la même phrase…).

Enfin, J’ai pas peur, le titre cosigné avec Benjamin Biolay, le retour de flamme de Brandt Raphsodie qui nous intéresse par-dessus tout, ne décolle pas beaucoup plus haut (J’ai pas peur dans le noir mais ne rentre pas trop tard, si tu me quittes j’me quitte avec). Par-dessus tout, Benjamin ne chante pas, la laissant s’époumoner seule. Lui qui rythmait leurs échanges de petits papiers pour laisser respirer le titre, lui qui par son timbre grave permettait à nos oreilles de se délecter de toutes les variations d’octave, lui est absent alors qu’il s’agit d’une déclaration d’amour un peu marrante, il y avait largement matière à instaurer un dialogue décalé.

De là deux suppositions. Soit Benjamin Biolay est un en*** qui utilise quelques voix féminines pour leurs seules qualités vocales et assure le service minimum lorsqu’il s’agit de leur rendre la pareille, un personnage proche de celui dépeint dans le dernier titre de l’opus (15 septembre, réponse amère et brutale au 15 août feat. Valérie Donzelli). Mais l’exemple précédent de ses travaux avec Chiara Mastroiani aurait tendance à démontrer l’inverse. On optera donc pour la seconde proposition qui voudrait que B. Biolay a simplement du talent pour composer et écrire des morceaux qui magnifient ceux qui les interprètent, mais n’est pas capable d’intervenir dans le travail de ses collègues pour leur dire qu’ils filent un mauvais coton. Talentueux mais timide, doué mais lâche, il est à l’image de « sa gueule » : plutôt attirant et semblant bienveillant, mais aux si cheveux gras qu’on se tient à distance.

Définitivement non, un titre de Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal ne joue pas dans la même catégorie qu’un morceau de Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay. Dommage.

Sur le même sujet, ne pas manquer la chronique de La Superbe en bonnes et dues formes par Good Karma

CLARA MOTO – Polyamour

In Chroniques Musique on février 5, 2010 at 8:30

Dj autrichienne / Electro – Minimale / Infiné

Non content d’être un artiste renommé et de qualité, Agoria est également un excellent dénicheur de talents. N’ayant pas l’oreille dans sa poche, il a ainsi révélé les garçons de Rone et Aufgang en 2009 et récidive avec Clara Moto en 2010, une autrichienne qui signe un premier album d’électro sensible.

En 2008, j’assiste mi-médusée mi-perplexe au set de Clara Moto aux Transmusicales. Il n’y a personne et pour cause, ces imbéciles l’ont programmée à 21h. De la minimale de si bonne heure, personne ne se bouscule au portillon, mais du haut de ses 22 ans, Clara joue dans ce gigantesque hangar vide sans se démonter et aligne les titres house de Silently, première collaboration avec Mimu. Combien d’artiste electro femme connait-on ? Vos mains suffiront pour faire le total, dans cet univers nocturne, gagner ses galons lorsqu’on est une femme n’est pas aisé. Clara Prettenhofer a eu recours à un sentiment noble et sans bassesses : l’amour.

De l’amour Clara en a revendre. De la musique d’abord, Clara déroule calmement des influences tantôt pop (Alma ou le splendide Deer and Fox, l’une des masterpieces de cet opus), tantôt punk (The Opposite Is Also Wrong), parfois très masculines (Glove Affair, Take a Second). Du travail bien fait également, son electro est sensible, attentive au moindre détail, les nappes sont étudiées et sonnent souvent comme un appel à prendre le temps d’aimer. De la vie aussi, l’electro est une matière souple et vivante, à condition qu’on sache lui donner suffisamment d’importance pour qu’elle vous raconte des tranches d’existence. A trois reprises, Clara Prettenhofer partage ses titres avec Mimu pour des collaborations extrêmement léchées et dynamiques, notamment le beau paradoxe de Silently qui ne cesse d’inviter au dialogue.

Mimu qui signe par ailleurs la pochette à l’image de l’artiste – féminine par ses formes rondes, rigoureuse de par sa déclinaison de gris et pointilleuse à la Kandinsky – est la touche de classe indispensable au parachèvement de la très belle première œuvre musicale d’une jeune autrichienne parvenue à se faire une place dans un monde masculin et impitoyable. Clara Moto clame sa passion des influences musicales variées (Joy of my heart), affirme son euphorie de faire partie du monde de la nuit (Goodnight Twilight) et cligne de l’œil pour rappeler que « ce n’est que le début, elle est là pour longtemps » (Song of Exhaustion and Ivory).

L’amour, l’amitié et la beauté sont des thèmes si galvaudés qu’il fallait bien l’audace d’une jeune-femme-seule-dans-un-milieu-hostile pour parvenir à les réhabiliter : une Clara Moto à estimer, un Polyamour pour synthétiser.

Son album dans les bacs un an jour pour jour après celui de Rone : sortie le 1er mars 2010

Autre chronique chez le revenant GoodKarma (comprenez par là que si même lui sort de son silence pour parler de Clara Moto, c’est qu’il vous faut  vraiment ce disque…)

GUSH – Everybody’s god

In Chroniques Musique on février 4, 2010 at 4:11

Groupe français / Rock – Pop / Cinq 7

Le premier album de Gush est une complète révision de mes a-prioris. Mais lorsqu’un groupe français rocke comme il faut, on se doit de le souligner. Un premier opus plein de fraîcheur et d’humour qui s’écoute en boucle.

Il y a quelques années, les quatre énergumènes de Gush m’avaient massacré les oreilles à grands coups de rock un peu pataud. Mais ils étaient déjà plein d’énergie et j’aurai dû mieux me méfier…

Ce groupe porte parfaitement son nom, sa musique jaillit littéralement. Il vous suffit d’insérer l’opus dans votre platine et boum ! Vous vous retrouvez comme devant les plus beaux geysers d’Islande, mais version rock. La pochette du disque souligne leur aspect brut de décoffrage, pas de fioritures ennuyeuses – No more chitchat, we’re back on the track, ils semblent n’avoir gardé que le meilleur de chacune de leurs influences.

Les quatre membres du groupe font alterner leurs influences musicales entre britpop, rock endiablé et soul entraînante ; mais changent aussi régulièrement d’instruments. Tous chantent, tous jouent, tous s’amusent, tous ont leur moment de gloire personnelle. Je souligne d’ailleurs encore une fois (cf. chronique du concert au Scopitone) les talents du batteur qui a une voix à faire fondre les glaciers islandais.

Parmi les treize titres, seul un est plus calme (In the Sun), ce qui vous laisse augurer de l’écoute que vous allez passer : sportive. Impossible de rester statique lorsque Gush entonne You Really Got Style ou qu’ils vous font (re)vivre les seventies avec Let’s Burn Again. Les titres sont bourrés d’humour plus ou moins évident. Ainsi P.nis, au titre pourtant explicite, prend des allures de gospel, musique Sainte avant de se changer en rock-soul en hommage à leur organe…sacré, sans jamais tomber dans le graveleux : I’m never gonna give you up. C’est très cohérent avec le titre de ce premier opus finalement : à la fois personne et tout le monde est Dieu… ou Vit… et vice-versa.

Une fois de plus, Gush m’a permis de vérifier que mon dicton favori est toujours d’actualité : seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Leur univers musical, bien que bordé de nombreuses influences très présentes, se dégage peu à peu. Gush a de l’avenir dans la tête et le corps, leurs mélodies dansantes ne laissent personne de marbre et c’est déjà une grande victoire dans une capitale morose et austère comme Paris.

Sortie le 15 février 2010

FIRST AID KIT – The Big Black And The Blue

In Chroniques Musique on février 1, 2010 at 10:38

Groupe suédois / Folk – Country / Wichita

Klara et Johanna Söderberg suscitent l’admiration : elles sont bien trop jeunes pour avoir autant de maîtrise. Et en prime, elles cachent très bien leur jeu. Du plaisir de ne pas recevoir de communiqué de presse, pour faire des découvertes inattendues au détour de morceau entrainant et addictif…

Entre chants traditionnels des campagnes anglaises et mélodies des grandes plaines américaines, leur folk est très classique, tantôt mélancolique (Winter Is All Over You), tantôt plus joyeuse (Sailor Song, Heavy Storm). Avec des orchestrations très épurées, reposant essentiellement sur la guitare sèche agrémentée de quelques parties de piano ou rythmiques. Les voix des deux sœurs sont déjà matures, avec ce velouté dans le fond de la gorge qui ne laisse en rien supposer qu’elles sont si peu âgées (16 ans). Leur accent est impeccable et il faut les entendre compter en suédois au début de Sailor Song ou A Window Opens pour comprendre qu’elles viennent d’un pays où l’on ne passe pas ses journées à cheval ou dans des champs de jonquilles sauvages. Que ces beaux filets de voix s’expriment l’un après l’autre (comme sur la Waltz for Richard) ou en chœur (dès les premières secondes de In the Morning), elles sont douées pour faire fondre toute les glaces qu’elles rencontrent. Le froid elles connaissent, c’est synonyme de « neuf mois de l’année », alors elles font ce pour quoi elles sont douées : elles vous réchauffent.

Pas tout à fait adultes, on se délecte de les voir encore rêver et prendre autant de plaisir romantique à espérer revoir un amoureux (Gost Town, Will Of the River) ou à exprimer leur chagrin à un cher disparu (Winter Is All Over You). Mais elles sont loin d’être juste des petites chanteuses nunuches pour autant, faisant preuve de violence et détermination quand il faut se faire entendre (I Met Up With A King). Très vite, nos oreilles redemandent à entendre ces chants plein de confiance dans beauté de la vie : And it’s one love, and it’s life and it’s beautifull (Hard Believer). Elles rappellent parfois leurs homologues anglais masculins de Noah and the Whale. Et, si vous êtes parent, lorsque cette petite fille vous demande de ne pas la laisser tomber et de la soutenir dans le monde cruel qu’il va lui falloir affronter, Don’t leave this world to me (Winter Is All Over You), votre cœur ne résistera pas.

Un disque conventionnel, mais de la country qui a une âme et des jeunes filles qui ont encore tout à construire. Nul doute que les deux sœurs de First Aid Kit portent un nom qui leur va comme un gant : leur album est à écouter en guise de bouée de sauvetage lorsqu’on se désespère de pouvoir écouter un bon disque de folk novateur.