Benjamin Biolay – La Superbe / Artiste français / Parisianismo-cyniquo-chanteur /Naïve
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Jeanne Cherhal – Charade / Artiste française / Petasso-braillarde / Barclay.
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En recevant le disque de Jeanne Cherhal – je souligne d’ailleurs que je n’avais rien demandé, cette chose rose m’a été envoyée sans mon consentement – je pensais trouver des titres intéressants à me mettre dans le creux de l’oreille. Car, depuis le splendide opus de Benjamin Biolay (La Superbe), Jeanne Cherhal était un peu remontée dans mon estime… J’avais tort, complètement.
Benjamin Biolay ce sont 22 titres tous plus brillants les uns que les autres, des orchestrations allant de la ballade sombre (Ton Héritage) au hip hop (La Superbe) en passant par le jazz (La Toxicomanie) ou la pop (Lyon Presqu’île), des textes flirtant avec la mort, la dépression et l’impudence avec une désinvolture déconcertante. Des morceaux taillés dans les meilleurs rocs, un humour sardonique et une capacité à nous faire rire de toutes les situations les plus pourries qui jalonnent la vie de tout parisien classe-moyenne-sup-intello-bobo qui est avant tout, tout seul. La vie de famille, les enfants, les amis sont autant de papiers de soie autour d’un cadeau : splendides, indispensables mais terriblement inutiles et décoratifs. Même au milieu de vingt personnes, on reste isolé (L’espoir fait vivre, vivre l’espoir fait vivre).
Alors certes, ceux qui croient en des gros mots comme l’Amour pourront s’offusquer de ce génialissime duo avec Jeanne Cherhal sur Brandt Raphsodie qui résume, de façon à peine caricaturale, l’histoire d’un couple parisien du début à la fin à travers les Post-It laissés dans l’appartement: d’abord délicats et inventifs, les textes se font de plus en plus pragmatiques et banals, jusqu’à devenir informatifs et transpirant le dégoût et le mépris cordial. Surmenés par leur environnement, les couples citadins se font et se défont très souvent de cette manière, inutile de chercher à le nier. C’est en réalité une excellente analyse sociologique, si elle vous dérange, posez vous des questions. Brandt Raphsodie est la pièce maîtresse de l’opus de B. Biolay, tous les autres titres sont des moments de vie pouvant se situer entre le début et la fin de cette histoire. Ce n’est pas parce que les histoires d’amour finissent mal en général qu’on ne peut pas en profiter entre temps (J’avale le vent, j’avale la vie, j’avale les gens, j’avale la nuit, je bois le jour…). Benjamin aime (Night Shop, Tu es mon Amour), Benjamin vit (Buenos Aires), Benjamin se pose des questions (Miss Catastrophe, Jaloux de tout), Benjamin est insouciant pour le meilleur (Prenons le large) et pour le pire (Tout ça me tourmente).
Nous nous disions donc, pour revenir à nos moutons, que Jeanne Cherhal ayant accepté un duo avec B. Biolay pour un titre tout sauf cul-cul, on pouvait attendre une fantaisie similaire sur son propre disque (Charade). Mais chez Cherhal – Chez Cherhal : lisez cela à voix haute en boucle, cela devient rapidement drôle – point de création subtile, seulement des titres d’un ennui et d’une platitude frisant l’outrage. On avait pourtant bien le même thème décliné, c’était bien parti pour les discours où la fille n’est pas trop stupide et ne se laisse pas avoir par des romances sans suite. Certaines cassures de rythmes dans les titres (Mon corps est une cage), des parties douces de piano (Hommes perdus ou Reviens moi) nous faisaient miroiter quelques passages intéressants, mais non, rien n’y fait, les textes niveau ras-de-pâquerette plombent l’ensemble. Son humour n’est pas noir mais éculé à la Delerm, son phrasé fatigue par ses répétitions incessantes de syllabes inélégantes (Qui qui qui qui qui me vengera ou l’inaudible Lorsque tu m’as). Seule Plus rien ne me fera mal est d’un niveau supérieur, où trois accords de piano et une boîte d’allumette magnifient un texte ciselé sur la douleur humaine (abstraction faite du titre du morceau bien entendu qui est laid et même si elle ne peut s’empêcher de flinguer la fin du titre en répétant cinq fois la même phrase…).
Enfin, J’ai pas peur, le titre cosigné avec Benjamin Biolay, le retour de flamme de Brandt Raphsodie qui nous intéresse par-dessus tout, ne décolle pas beaucoup plus haut (J’ai pas peur dans le noir mais ne rentre pas trop tard, si tu me quittes j’me quitte avec). Par-dessus tout, Benjamin ne chante pas, la laissant s’époumoner seule. Lui qui rythmait leurs échanges de petits papiers pour laisser respirer le titre, lui qui par son timbre grave permettait à nos oreilles de se délecter de toutes les variations d’octave, lui est absent alors qu’il s’agit d’une déclaration d’amour un peu marrante, il y avait largement matière à instaurer un dialogue décalé.
De là deux suppositions. Soit Benjamin Biolay est un en*** qui utilise quelques voix féminines pour leurs seules qualités vocales et assure le service minimum lorsqu’il s’agit de leur rendre la pareille, un personnage proche de celui dépeint dans le dernier titre de l’opus (15 septembre, réponse amère et brutale au 15 août feat. Valérie Donzelli). Mais l’exemple précédent de ses travaux avec Chiara Mastroiani aurait tendance à démontrer l’inverse. On optera donc pour la seconde proposition qui voudrait que B. Biolay a simplement du talent pour composer et écrire des morceaux qui magnifient ceux qui les interprètent, mais n’est pas capable d’intervenir dans le travail de ses collègues pour leur dire qu’ils filent un mauvais coton. Talentueux mais timide, doué mais lâche, il est à l’image de « sa gueule » : plutôt attirant et semblant bienveillant, mais aux si cheveux gras qu’on se tient à distance.
Définitivement non, un titre de Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal ne joue pas dans la même catégorie qu’un morceau de Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay. Dommage.
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