Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archives pour mars 2010

LES SHADES @ Nouveau Casino

In Anti-hype, Chroniques Concerts on mars 31, 2010 at 11:46

Groupe parisien / Rock / 30/03/2010

© FjLudo

Juin 2006, chaleur humide, je me jure de ne plus jamais accorder le moindre intérêt aux baby-rockers qui fleurissent les salles parisiennes. Tous ces noms de groupes pseudo-intellos dont les seuls noms me hérissent l’épine dorsale ne trouveront jamais grâce à mes yeux. Quatre ans plus tard, les Plasticines me donnent toujours autant de boutons, Second Sex déshonore la musique, Les Naast sont presque enterrés (oh joie !) et le nouveau disque des Parisians traine sur mon bureau sans que je sois encore capable de l’insérer dans la platine. Et si au milieu de tous ces ados-pantins connaissant mieux les marques de blousons de cuir en vogue que les capitales européennes, il y avait réellement un groupe tenant la route ?

A l’écoute il y a six mois du nouvel album des Shades, je me demande si je ne passe pas à côté de quelque chose. On ne m’aurait pas précisé que c’était les Shades, j’aurais d’ailleurs été plus indulgente. Et lorsque Technikart y va également de son reportage double page, le doute m’assaille. Bertrand Burgalat n’est pas un mauvais gars (on a les mêmes lunettes, il ne peux pas être foncièrement mauvais) et surtout je lui accorde plus de confiance qu’à cette loque de Manœuvre. Alors lorsqu’on m’invite au concert précédant la sortie de 5/5, ce disque entendu il y a six mois, je mets de côté ma fierté indie-exigeante et je m’y rends avec mon (gros) lot d’appréhensions mais aussi tout ce que j’ai pu rassembler de bonne humeur. “Dans la famille Baby-rockers, je demande les Shades, Bonne pioche !”

Premier constat univoque : les Shades ont fait de sacré progrès. Adieu les phrasés dégoulinants, exit les gosses ressemblant plus à un magazine qu’à des musiciens, terminée aussi l’époque « égo démesuré » avec mouvements de guitare surjoués (même s’il reste encore quelques progrès à faire de ce côté, les mauvaises habitudes ayant tendance à revenir au galop). Donc si le public a moins de 20 ans (ou plus de 45, entre les deux point de Salut) et pogote en poussant des hurlements pré-pubères, le groupe lui a su vieillir dans le bon sens du terme. Tel un bon alcool, les Shades ont été maturé entre des mains attentionnées et exigeantes (contrairement à leur flopée de collègues). Ce n’est pas encore parfait, mais ils sont jeunes et ont le temps de progresser.

Seconde bonne impression, les Shades ont un certain talent pour faire résonner comme il faut le français. Si les textes ne sont pas encore transcendants, ils sont simples et humbles : la famille, les angoisses de l’adolescence, les expériences douloureuses de la vie. Il est difficile de faire sonner le français et si l’on transposait le tout en anglais, je peux vous assurer que vous seriez aussi emballés que moi par ces mélodies rock classiques mais bien maîtrisées, qui sont vivantes comme il faut, la crispation du début se dissipant peu à peu pour laisser s’exprimer une batterie, trois guitare et des claviers electro-pop comme ils l’entendent. Et, force supplémentaire, lorsque le groupe entonne un seul titre en anglais, c’est le moins convaincant du lot. Qu’ils ne s’engagent pas dans cette voie/voix là, ce n’est pas la leur. Ce test permet de se concentrer uniquement sur les mélodies aux accords impeccables et démontre leur habileté musicale.

Enfin, et c’est un plaisir de pouvoir l’écrire ici, les cinq jeunes semblent prendre sur scène un tel plaisir de jouer, simplement jouer, que le sourire gagne nos visages assez facilement. Jubilation de voir que la persévérance a du bon lorsqu’elle est entourée comme il faut de professionnels de la musique attentionnés (car oui, ces gens là sont bel et bien indispensables au développement maximal du potentiel d’artistes, contrairement à ce que les temps modernes ont tendance à vouloir nous faire croire). Joie de se dire que les préjugés se démontent parfois : savoir reconnaitre ses torts fait aussi beaucoup de bien parfois.

La musique des Shades ne me retourne pas l’âme, non pas parce qu’elle est mauvaise mais bien parce que je préfère d’autres choses ; exactement comme Radiohead n’est pas un mauvais groupe mais ne trouve pas grâce à mes yeux. C’est indépendant de leur volonté et de la mienne. Je ne peux leur souhaiter qu’une belle continuation dans la lumière et réécouterais à l’occasion quelques titres avec plaisir sincère.

5/5 – Les Shades – Sony : sortie le 5 avril

AUFGANG @ La Machine du Moulin Rouge

In Chroniques Concerts on mars 26, 2010 at 3:49

Groupe français / Electro-piano / 25/03/2010

Ayant passé une première partie délicieuse en compagnie de Mathieu Amalric (enfin c’était surtout en compagnie de Mathieu de Spoka parce que Amalric j’ai pas osé lui parler après être restée à côté de lui 25 minutes), venu assister comme moi au spectacle de Fortune (Nouveau Casino), encore un peu trop “jeune groupe qui se lance et qu’a pas encore l’habitude du public parisien parce qu’à Morlaix les bretons c’est vite bourrés donc toujours sympas” (copyright Claire)  mais en progrès, j’ai failli rentrer chez moi sans aller voir Aufgang… Quelle énorme bévue j’allais commettre…

Après deux chroniques de leur disque, une interview et un live report de leur dernière prestation au Café de la Danse je trouve encore le moyen de vous parler du groupe le plus intéressant depuis un an ? He oui, car le trio piano- batterie me surprend et subjugue encore. Bien loin du chic récital du Café de la Danse, Aufgang devait convaincre sur le dancefloor à un horaire bien plus tardif. L’équation « puissance d’Aufgang + sound system de la Machine » laissait présager du pire, mais le pari fut remporté haut la main, encore une fois.

Configuration laissant Aymeric Westrich et sa batterie plus en arrière de la scène, Francesco Tristano et Rami Kalifé ont des mines enjouées et des fringues plus simples. Oubliées les chemises de popeline de coton, place aux tee-shirts permettant de se démener comme il se doit pour démontrer qui sont les maîtres à bord.

Spectacle encore mieux rôdé qu’il y a quelques mois, les pianos ne mouftent pas, dociles bien comme il faut. Ce soir le public peut se déhancher à loisir et ce sont les samples et la batterie qui sont à l’honneur.

Si certains pouvaient reprocher au groupes quelques boucles trop nineties désuètes sur leur disque (et leurs premières prestations), tous les samples ont été retravaillés avec des textures moins oldies mais tout autant dangereuses, flirtant en permanence avec la variétoche internationale. Jubilatoire de voir ces excellents équilibristes ne jamais tomber du côté obscur de l’electro-techno mariée à des instruments plus classiques.

Si ce soir la batterie a repris un rôle plus conventionnel de rythmique d’accompagnement par des boucles quasi-automatiques, les pianos continuent d’être des substituts détournés de leur fonction d’instruments rois.

En particulier, comme promis d’ailleurs lors de leur interview, le trio livre un nouveau titre hypnotique où la fonction de chaque son n’a pour but que de vous faire perdre vos repères. Déstructuration maximale pour mélodie optimale, on ne sait plus où donner de l’oreille, génial…

Décidément, les petits prodiges d’Infiné sont en mesure de tenir tête à pas mal de préjugés et entretiennent les paradoxes : groupe élitiste et accessible, morceaux élaborés et simples, public exigeant et easy-listening… On rêve d’une collaboration féminine « pour voir » (au hasard, Clara Moto).

L’autre live-report chez Good Karma

MGMT @ Trabendo…

In Chroniques Concerts on mars 24, 2010 at 11:59

…ou Comment un groupe a définitivement perdu tout intérêt et crédibilité

Groupe Brooklynien / Pop – Rock / 23/03/2010

Jamais deux sans trois pourrais-je dire. Ne parvenant pas à m’expliquer comment un groupe pouvait produire un beau premier album et proposer dans le même temps des prestations scéniques déplorables, j’avais décidé de donner une troisième et dernière chance aux jeunes de MGMT. Un concert désincarné qui les discrédite à jamais, heureusement rattrapé par leur excellent choix de première partie, Zombie Zombie.

Souvent j’aime plus les premières parties que les têtes d’affiches et ce soir là, plus que jamais. Lunettes à grosses montures et tee-shirt à l’effigie de l’excellentissime Turzi, le duo Zombie Zombie a parfaitement rempli son contrat de « première partie ». Ils étaient là pour faire monter la sauce, pour plonger l’assistance dans un bien-être et un état d’esprit le plus indulgent possible à l’égard de MGMT. Les nappes krautrock d’Etienne Jaumet et Cosmic Neman avaient des accents electro minimal de Detroit ce soir là – l’album solo d’Etienne Jaumet en collaboration avec Carl Craig étant passé par là. Trois titres hypnotiques comme il faut, ajouré de moult motifs rythmiques foutraques, allant du collier de moules au cri de Tarzan. Plus que jamais le duo semble sûr de lui et attentif au public qui le lui a bien rendu. Doucement une léthargie euphorique s’empare des corps et la demande de rappel n’était pas factice. Me voilà donc dans les conditions optimales pour avoir envie d’aimer ce qui va suivre.

Après un changement de plateau un peu long (quadruple vérification des micros, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont pas été checkés), les cinq américains prennent place, embrayant directement sur un titre de l’album à paraître (Congratulations dont il ne faut pas attendre de chronique de l’opus sur ce site, d’ailleurs mon collègue s’en est parfaitement chargé sur Playlist Society). Accoutrés aussi bien que pour une soirée canapé – jeu vidéos entre potes subventionnée par Uniqlo, c’est à peine si les longs cheveux du guitariste ne se prennent pas dans les cordes. Accueil un peu froid du public qui n’était pas composé d’ados groupies débraillées mais plutôt de trentenaires parisiens un peu renfrognés en uniforme de travail : jean-basket-blouson de cuir (avec une variante trench, que d’originalité et de fantaisie, vraiment !). Seraient-ils mal réveillés d’un décalage horaire ? Le batteur baille à souhait. Le chanteur a-t’il encore une voix ? Ses étranges changements brusques d’octaves laissent penser que, soit il mue encore / à nouveau, soit il se force à chanter dans un ton qui lui a été imposé, soit il veut se saborder. Il en va de même pour le clavier, certains accords revival nineties en plein morceau sixties, ça n’a pas l’air très normal…

Quinze minutes plus tard et toujours pas un sourire, ils ont déjà aligné cinq titres au compteur et se lancent dans une réinterprétation d’Electric Feels des plus consternantes. Je m’explique.

Le gros problème de MGMT c’est leur retenue, leur parfait remplissage du contrat. On leur a dit de jouer la setliste en se conformant aux arrangements du disque ? Eh bien le groupe jouera ce qu’on leur a dit de faire. Ce genre de maladresse je l’ai excusé la première fois, le mettant sur le compte de leur jeunesse et inexpérience de la scène, pensant sincèrement qu’ils prendraient de l’assurance. Et lorsque le guitariste se lance dans un mini-solo d’improvisation de trente secondes, on comprend finalement pourquoi ils sont tant mis sous cloche. S’ils ne sont pas parfaitement contrôlés, les jeunes de MGMT font n’importe quoi : ils chantent mal, ils jouent mal, ils se tiennent mal. Ce n’est pas dans leur cahier des charges de dire « Merci » ou « Bonjour » ou de sourire mais il est noté qu’il faut faire de la pub pour le nouveau disque qui va sortir ? Alors nous n’aurons pas droit à autre chose…

En revanche on remarque immédiatement que, même s’il est mauvais, le mini-solo du guitariste lui fait esquisser un quart de sourire. Il semble enfin prendre un peu de plaisir à ce qu’il fait. Et ses accords ont des accents bien plus hard rock, ce qui colle d’ailleurs avec son look d’adepte de Metallica (et l’on avait senti cette même adrénaline sous-jacente lors des premiers titres joués à Rock en Seine). Et si les MGMT ne jouaient tout bonnement pas la musique qu’ils aiment ? Et si les très forts relents britpop du nouvel opus leur cassaient les noix et qu’ils voudraient plutôt faire de l’electro-pop ou du hard-rock, revenir en somme à leurs premiers amours noise-rock ?

Loin de moi l’idée de vouloir les plaindre ou de leur trouver encore une fois des excuses, mais il semble de plus en plus plausible que ces pauvres loulous réalisent qu’ils se sont fait avoir : ils ont signé pour 4 albums avec Sony, ils sont sous la coupe d’un Dave Fridmann influent qui exige éventuellement une orientation psyché-pop ou expérimental-rock à la Flaming Lips ou Mercury Rev, ils sont pieds et poings liés et s’exécutent sagement. Du coup ils sont tristes comme les pierres, ils s’endorment sur leurs instruments (authentique, le batteur devrait apporter son oreiller). On a pourtant envie d’y croire, on cherche l’euphorie de Time to Pretend, on se prend à dodeliner de la tête sur Song For Dan Treacy mais ça ne décolle pas, on se détend enfin un peu sur Brian Eno, plus vivant que la version studio, mais c’est la fin du concert. Et on a presque envie de pleurer en entendant ces jeunes terminer leur show en se lançant des fleurs tout seuls (Congratulations, qui est aussi le morceau final de leur second opus, applaudissements inclus), cela sonne comme une ode funéraire.

Un spectacle minuté d’une heure pile – pas trente seconde de plus – où l’on assiste à la lente agonie de cinq pantins. Qu’on laisse se reposer ces pauvres brooklyniens, qu’on leur donne des vacances et de la liberté dans leur musique ou sinon l’un d’eux risque de nous rester dans/sur les bras (à vous de voir comment considérer le problème). La pochette de leur nouvel album illustre bien tout cela d’ailleurs : un petit renard, ersatz de Sonic, panique seul sur une planche de surf car il manque de se faire bouffer par une grosse vague-monstre-chat pleine de dents. Cela s’appelle un « retour de vague » et c’est synonyme de « retour de hype », c’est violent et brutal, ça fait mal et on s’en relève rarement. R.I.P. MGMT.

ANGUS & JULIA STONE – Down the way

In Chroniques Musique on mars 23, 2010 at 8:30

Duo australien / Pop – Folk / Discograph

D’Angus et Julia Stone je ne savais rien (alors quand je lis que leur premier opus avait conquis toutes les radios je me dis que quelque chose a dû m’échapper). Je n’aimais pas leurs patronymes qui sonnent un peu faux à mon goût (mais bon ils n’ont pas choisi) ni la formule factice du frère-et-sœur-qui-s’entendent-tellement-bien-qu’ils-montent-un-groupe-ensemble (encore moins crédible que le reste, chacun sait qu’un frère et une sœur ça adore se taper dessus et ça ne peut pas supporter de rester trop longtemps l’une avec l’un). Et en prime le Angus m’avait tout l’air d’être un gros bourrin malpoli pas même capable de mettre le prénom de sa sœur en premier (honneur aux dames, connaissent pas au pays des ex-bagnards britanniques ?). Donc j’étais pleine d’aprioris (fondés) à l’égard des p’tits australiens. Et comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, voilà un petit mea culpa.

Angus & Julia Stone vous envoûtent en moins de temps qu’il m’en faut pour rédiger cette phrase et vous pour la lire. Pas une mais deux voix atypique prennent vos oreilles en otage et vous forcent gentiment à écouter leur opus en entier. Et vous ne demandez pas votre reste parce qu’au fond c’est plutôt plaisant comme contrainte.  Du coup, vous vous laissez faire par ces deux petits manipulateurs.

Parce qu’il n’y a rien de fantastique dans le travail de Julia & Angus Stone, quelques accords de guitare sèche, quelques paroles à la limite de la banalité affligeante (I’m somewhere You’re somewhere / I’m nowhere You’re nowhere… sérieusement les enfants). I don’t believe in you, ils le disent eux-mêmes, … Mais pourtant, inlassablement, vous réinsérez régulièrement le disque dans la platine. Et à chaque fois le trio imparable Big Jet Plane, And the Boys et I’m not Yours ont raison de vous. Votre petit cœur élevé à la Bripop ne peut s’empêcher de s’émouvoir.

C’est terriblement rageant ce genre de groupe qui vous vous font aimer leur disque alors que vous ne trouvez pas de raisons objectives vous permettant de comprendre pourquoi. Peut-être est-ce ce qu’on appelle « coup de cœur » ? Ou pire, « talent » ?

Sortie le 6 avril

LA MAISON TELLIER – L’art de la fugue

In Chroniques Musique on mars 22, 2010 at 8:30

Groupe français / Folk – Rock – Country / Wagram

Troisième opus déjà pour la famille Tellier, des gars bourrés de talent pour qui il a fallut inventer une appellation : celle de cowboys normands. Back to basics – ouais en anglais pour une fois ça sonne mieux – et tour du propriétaire.

L’art de la fugue, titre polysémique, rappelle immédiatement l’une des qualités du groupe : leur capacité de savoir magnifier la langue française dans des morceaux « à l’américaine ». Donc l’art de la fugue c’est à la fois une référence musicale classieuse aux auteurs classiques et un clin d’œil aux voyous du Far-West qui leur sont chers (leur petit héros-martyr perso s’appelant Cactus Kid). Et ce jeu de mot voyez-vous, n’est possible qu’en français, donc on dit merci et chapeau bas, ce titre ne sort pas de nulle part et a un sens, ce qui devrait être de rigueur pour tout album d’ailleurs (non, je ne m’engagerai pas sur cette pente glissante aujourd’hui). Plus que jamais, la fratrie Tellier manie le double langage avec délicatesse, entre humour et dérision (Aime ton prochain / mais aime-le de loin ou Ils ont renoncé à le pendre / une vie est de nouveau à vendre), à mi-chemin entre tristesse et joie, autant en français qu’en anglais.

Seconde constante du groupe : leur perpétuelle évolution du groupe. Parce qu’une famille ça fait des enfants, ça enterre des morts aussi, alors il est normal que d’un couple des débuts (Helmut et Raoul Tellier en 2006) on en arrive à un noyau de cinq personnes. Avec des électrons libres récurrents comme The Elektrocution (Please Do, Josh the Preacher) ou Lippie (Il n’est point de sot métier Part 2) qui font office de cousin en visite régulière. Et chacun apporte sa pierre à l’édifice : une voix, une trompette, une batterie, quelques accords de guitares… Rien n’est inutile dans un clan, rien n’est essentiel dans une bande.

Troisième invariable du projet, La Maison Tellier suit une route longue et rectiligne (cf. No name dont un épisode est présent sur chaque opus). On ne s’amuse pas à essayer tous les styles, on fait de la musique folk-country et du rock, eh bien on s’y tient. On est réputé pour des reprises géniales (la plus connue étant celle de Killing in the Name, mais celle de Toxic restera ma préférée), eh bien on persévère et l’on démontre que les reprises ça peut être classe et réussi quand c’est travaillé avec amour et rigueur.

Le petit défaut de ces constantes est que le projet de La Maison Tellier a tendance à virer à la maison close. Pas celle du premier opus, fraîche et délicate, mais plutôt dans le sens où il ne sort pas grand-chose de très nouveau de ce troisième album. Cohérent mais pas révolutionnaire. Bien mais pas exceptionnel. Comme un beaujolais, L’art de la fugue ne fait que passer, sans laisser trop d’impression.

On ressent la même légère déception qu’à l’écoute de Second Souffle. Mais on ne se fait pas de bile. Car La Maison Tellier est avant-tout un excellent groupe de scène, capable de vous retourner l’âme, le corps et tout ce qui peut aller avec. Nul doute que cette nouvelle tournée sera encore plus chouette qu’auparavant. Je me plais à croire qu’il me suffit d’attendre et voir…

Sortie le 22 mars

Un live report de La Maison Tellier (2008)

Une interview d’Helmut Tellier (2007)

MEGAFAUN @ Flèche d’Or

In Chroniques Concerts on mars 18, 2010 at 9:18

Groupe américain / Folk – Post-rock / 17/03/2010

La Flèche d’Or parviendra-t’elle  un jour à remplir sa salle en semaine ? Arrivée à la fin du set de Joy – très doux, très calme, très reposant, peut-être trop d’ailleurs – je ne compte qu’une centaine de personnes dans la salle pour Megafaun. Un concert du mercredi soir : ni trop calme, ni trop tempête.

Impossible de louper les trois gus de Megafaun tant leur gabarit en impose. Venus de Caroline du Nord, un pays où visiblement on fait naître des êtres géants, ils arborent des barbes touffues comme une forêt sub-équatorienne et sont habillés en ersatz de pyjama-jogging et jeans informes comme seuls les américains osent le faire. Certes on n’est pas là pour un défilé de mode mais pour écouter de la musique, mais quand même un effort de présentation n’a jamais fait de mal à personne, le look négligé commence à me chauffer…

Un banjo, une guitare, une batterie allégée et quelques machines à bidouiller. Si les morceaux évoquent un folk-country joyeuse et entraînante dans un premier temps, ils évoluent vite vers des mélodies plus expérimentales. Le guitariste n’en finit pas de toucher à des tas de gadgets permettant la distorsion de sons, quelques samples de clés qui cliquètent ou d’eau qui s’écoule parachèvent l’ensemble. C’est plutôt joli mais pas moyen d’être transportée pour autant. Les américains enchainent des blagues sur leur incompréhension du français de manière assez belle (mais très américaine, il ne peuvent pas s’empêcher de meubler avec des blagues c’est curieux cette tendance…).  Lorsque les sonorités évoluent vers un univers plus post-rock, quelque émotions s’en dégagent, mais notons qu’il était difficile de vraiment se concentrer lorsqu’un piètre photographe gesticulait en permanence sur le devant de la scène…

La fatigue aidant, je quitte la Flèche d’Or sans écouter le dernier groupe, après tout on est mercredi. Megafaun n’a pas livré un show à tomber par terre mais l’ensemble était cohérent et travaillé. On ne peut que déplorer que cette salle, pourtant assez joliment refaite (les moulures baroques et les rideaux épais en moins transforment l’espace de façon un peu trop froide, un peu trop lounge, mais on respire beaucoup mieux) ne parvienne pas à attirer les foules malgré une programmation plutôt audacieuse et intéressante.

JOHANN LE GUILLERM – Secret (version 2010)

In Chroniques Théâtre & Cirque on mars 17, 2010 at 8:45

Artiste français / Cirque contemporain / La Villette du 6 mars au 11 avril 2010

Attention, âmes insensibles s’abstenir. Vous avez toujours rêvé de dompter une bassine de fer blanc ? D’enfourcher un cheval d’arçon hérisson ? De construire une cabane sans clouer de planches ? Alors Johann Le Guillerm est l’homme qu’il vous faut. Il est au cirque ce que Facteur Cheval est à la poésie : atypique, fascinant, indispensable. Etes-vous prêt à le laisser vous livrer ses Secret(s) ?

D’aucuns le diront marginal. Qu’importe, lorsqu’on a traversé une piste en équilibre sur des goulots de bouteille avec des sabots aux pieds, on laisse jaser… Johann poursuit sa quête de l’Attraction depuis bientôt dix ans. Un même spectacle capable d’autant de renouvellement, c’est rarissime. Et lorsqu’en prime, un seul acteur en assure la re-créativité c’est tout bonnement impossible. Impossible n’est pas Le Guillerm !

Dans son monde, votre tuyauterie de salle de bain vous raconte comment Johann lui a redressé la colonne, votre ventilateur ne rêve plus qu’un Johann lui fasse recréer des tornades, même les fusées en papier ne veulent plus d’autre interlocuteur que Johann. Car Johann dompte et apaise les choses. L’homme est grave, mi-fou mi-sérieux, ni fou ni sérieux. Ses longues nattes, prolongement de son cerveau, sont en discussion perpétuelle avec ses doigts, qui calculent plus vite que leurs ombres. Ses yeux sont sans cesse à l’affut d’une interaction qui tenterait de leur échapper. Chaque parcelle d’ADN de ce corps est entièrement dédiée à sa cause. On se prend à imaginer Iggy Pop capable des mêmes facéties : l’homme, son corps comme son spectacle sont en perpétuelle mutation, constamment à l’écoute de l’environnement. S’il est seul sur scène, s’il élabore en solo ses recherches, Johann Le Guillerm comprend mieux que personne les autres et livre tout à son public.

La poétique est sa politique. Quelques pointes sur chaussures-armures de chevaliers à bout pointus (également disponibles en version souple par une réinterprétation des babouches en cuir), un ballet de machines ailées, une méditation bouddhiste transcendant la métaphore du temps qui passe, un mobile en bois allégorie numéro de trapèze …

Est-il alors « resté perché » ? Non, l’homme ne reste pas en équilibre sur sa fascinante structure de 13 lattes de bois, il redescend nous chercher. Et l’on quitte le chapiteau presque à contre cœur, l’esprit léger et en posant un autre regard sur les objets qui nous entourent.

A voir aussi, l’exposition Monstration sous la Grande Halle de la Villette, dont je vous dirai un mot très bientôt.

BOOGERS – As clean as possible

In Chroniques Musique on mars 15, 2010 at 8:30

Chanteur français / Pop-rock hétéroclite / At(h)ome – Wagram

En ce jour de votation nationale (mobilisation allant de mal en Pi, haha) et deuil populaire (RIP Jean Ferrat), Basil(hic) mon poisson amoureux de tout sauf de l’eau a succombé à une dernière sortie de bocal. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Journée difficile à rattraper donc. A moins d’avoir Boogers qui traîne là sur la platine et n’attend qu’une chose, un peu d’attention. Méritée.

A la pochette, on frémit. Un barbu torse-poil imberbe laisse dépasser un caleçon bleu roi « Sport » d’un futal informe et trop court. Encore de la musique de néo-hippie ? Point du tout ! Boogers est un mec qui fait tout, tout seul. Et en prime il le fait bien. Telle une entreprise vertueuse, la pochette de Boogers affiche en toute transparence tout le matériel utilisé pour produire cet album ovni : une platine vinyle, un ampli, une table de mixage, une guitare, quelques baguettes, deux paires de baskets, un micro et quelques bidules de plus. L’album est réellement as cleen as possible, débarrassé de toutes ces fioritures fashionable, Boogers fait de la musique, pas du gloubiboulga sonore.

Premier constat agréable : l’homme semble prendre beaucoup de plaisir dans son travail. Et désolée de devoir le souligner, ce n’est pas si courant ces derniers temps à Paris où, crise oblige, il est de rigueur d’afficher une moue dédaigneuse tout en s’évertuant à paraître sérieux (Gibus’ generation, suivez mon regard…). Le tout rocke à tout va, swingue comme il faut et procure une irrépressible envie de se déhancher. On retrouve quinze ans de culture musicale rock (The Clash, The Ramones, The Streets…) mélangée à des accents beaucoup plus nerveux parfois inattendus rappelant les Eagles of Death Metal, Weezer ou les Queens of the Stone Age.

Le plus étonnant là-dedans c’est que Boogers est tout seul. Il fait tout ça tout seul, sans l’aide de personne (physique car des amis imaginaires je ne doute pas qu’il y ait du monde au portillon). De son petit monde onirique-violent s’échappent des chimères attentionnées et des mélodies pleines de bonne volonté. On compatit pour les parents du bonhomme qui ont dû assister à un sacré paquet de pétages de plomb de leur fiston, habité de mille amis souvent contradictoires : « j’veux des mélodies faussement hard-rock (I’m sorry) – Nan, du rock classique à trois accords (Put your head) – Hors de question ce sera à la Grandaddy ou rien (I lost my lungs) – T’es ouf on a dit Britpop ! (Anywhere) – M’en fiche moi j’veux des cuivres qui flonflonnent sur des textes de Martin Luther King (The Devil) etc etc… »

Et plus on écoute Boogers, plus on se dit qu’il pourrait être super copain avec nos caennais favoris, les déjantés gaBLé. Et on se dit que Jean Ferrat doit swinguer dans son linceul, que les candidats aux régionales pourront se consoler quoiqu’il arrive à notre République, que Basil(hic) peut buller tranquille au paradis des jeunes combattants…

Et puis honnêtement, un gars qui a un titre intitulé Perfect week dont le refrain est « I’m on the radio now », on ne qu’avoir envie de lui faire plaisir : dès demain sur les bonnes ondes parisiennes (j’ai nommé la belle Radio Campus Paris) !

Sortie : 15 mars 2010

A voir aussi la session de Boogers sur SOUL KITCHEN

Aswefall – Fun is dead

In Chroniques Musique on mars 12, 2010 at 8:00

Duo français / électro – cold pop / Isolering (Modulor)

Avec un titre aussi engageant, il fallait au moins que le label de ce duo français soit suédois pour que j’arrive à me convaincre d’insérer le disque dans la platine…  Un peu de courage n’a jamais fait de mal, la preuve.

Clément Vaché et Léo Hellden n’en sont pas à leur coup d’essai. Avant Fun is dead, ils avaient tissé un premier disque aux fortes influences New OrderThe Clash. Ils ont pris leur temps, Bleed étant sorti en 2005.  Et on préfèrera la prudence à la précipitation dans leur domaine : ne pas tomber dans les travers de Air sans pour autant livrer un album trop électro minimaliste rétro, ce n’est pas toujours évident. Aswefall flirte parfois avec le raté (la boite à rythme introduisant Isolation ou les morceaux sonnant légèrement creux comme Shadows of love ou Ex), jamais avec le mauvais goût.

Ce duo est français, signé chez des suédois et chante en anglais en ayant des références américaines… Musique internationale ? World music ? Musique passe-partout prête à envahir les clubs de partout ? Pas exactement…  Car leur univers est moins minimaliste que sobre, plus retro que tendance come back. Aswefall a la capacité de plaire à bon nombre d’amateurs de sad-electro, vers quatre du mat’, avec ses mélodies 80’s et ses parties de basse – rythmique vous plongeant dans Joy Division et New Order (notamment Wich side of me qui clôt cet opus).

Mais Aswefall risque de déplaire à bon nombre d’aficionados de l’electro sombre pour la même raison. Dès la pochette Fun is dead est une sorte de mise en garde comme « fumer tue » ou « boire avec modération ». Car Aswefall réveille un sentiment de genre bien français : le Spleen. Le Spleen, une mélancholia si puissante qu’elle vous pousse dans vos retranchements les plus intimes. Un sentiment de désespérance et d’incompréhension de soi-même si violent (Memphis) que certains consommateurs de stup’ du dancefloor ou de jeunes cerveaux encore trop malléables imbibés d’alcool risquent de ne pas le supporter. Quand le Spleen vous bouffe les tripes, il faut un moral d’acier et/ou les idées bien claires pour pouvoir en apprécier les mélodies. Hommage à Baudelaire, E-A Poe (Prison) ou Verlaine (Nevermore). Fun is Dead doit pouvoir se lire et s’apprécier dans l’autre sens pour l’appréhender dans toute sa subtilité : (be) Fun is dead as (be) dead is Fun. A partir de là, le monde vous appartient, la délivrance s’exprime et vous rester coi pour ne pas perdre une miette de ce flirt létal.

Quelle bonne idée j’ai eu ce jour là, un opus bien fignolé qui donne envie de sortir d’un club à cinq heure du matin, lorsque la ville est sur le point de s’ébrouer, dans les nuits un peu fraiches du printemps en robe légère légère, un fin lacet de sueur tiède serpentant du creux des épaules jusqu’aux reins, l’euphorie du dancefloor cinq minutes derrière soi : « Nous étions seul à seule et marchions en rêvant / Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. »

BALLAKE SISSOKO & VINCENT SEGAL – Chamber Music

In Chroniques Musique on mars 10, 2010 at 8:30

Duo franco-malien / Kora-Cello / sortie octobre 2009

Hiver trop long, cheveux ternes, corps fatigué… Le besoin de soleil et de repos se fait ressentir plus que jamais. Ballaké Sissoko et Vincent Ségal paraissent avoir anticipé à merveille cette lassitude tant physique que psychologique. Lorsque le besoin de sérénité et de soleil se fait ressentir alors qu’il fait moins deux dehors (en mars !), il vous reste cette splendide Chamber Music.

De la musique sub-saharienne j’en ai été bercée toute mon adolescence. Avec la britpop et les sonorités tziganes, ce fut la triangulation optimale pour que je me mette à adorer la psyché-pop et l’électro au sortir de l’adolescence. A parents bobos-cool, enfants borderline-nerveux… A priori donc, aucune raison de vous parler de Ballaké Sissoko. Et Vincent Ségal de Bumcello, c’est un disque « bien » que je n’écoute pas plus d’une fois par an. Et pourtant. L’épure et la nonchalance chic de ce disque font qu’il tourne en boucle dans mes oreilles depuis qu’il m’est tombé dans les mains.

Arpèges (Houdesti) ou boucles (Histoire de Molly), morceaux dynamiques (Wo yé n’gnougobine) ou très doux (Chamber Music), avec parties de chants (Regret) ou instruments seuls (Oscarine), à dominante ventée (Future) ou métallique (MaMa FC), aux tonalités graves (Mako Mady) ou plus enjouées (Halinkata Djoubé), l’opus vous emmène en voyage loin du métro, du vent froid et du stress ambiant pour des étendues plus ensoleillées, où le souffle chaud d’un zéphyr vous détend la nuque.

L’équilibre parfait entre musique traditionnelle malienne (à la kora) et influences plus occidentales au violoncelle, ni « world » ni « ersatz d’exotisme ». C’est rare une pureté de travail pareille, travail d’orfèvres experts en la matière. Un disque sans frontière et non sans patrie. Chamber Music s’adresse à la carte la plus rare, celle de l’intellect sensible.

Ce qui m’émeut… épisode 4

In Blog Roll on mars 8, 2010 at 8:30

Etant donné que je n’ai pas fait honneur à Kriss en publiant une chronique le dimanche (cf. Pantha du Prince dont vous me direz des nouvelles), je rattrape mon jour de repos ce lundi en vous parlant de la chronique d’un autre.

Where Is My Song ?

est un blog génial (je ne l’ai jamais lu en entier),

tenu par un type fantastique (je ne l’ai jamais vu)

et dont les sujets sont suffisamment drôles

et/ou fouillés pour être digne d’intérêt.

Notamment ce blog comporte une rubrique Useless Playlist du week-end, qui paraît le dimanche jusement. Et pour Kriss, je compte bien me rattraper avec ce  “Monsieur Olivier”.

Monsieur Olivier fait honneur au précepte essentiel du C’est dimanche, c’est légal avec une playlist si inutile qu’elle en devient indispensable. Vous apprendrez ainsi, grâce à lui, quel titre passer pour mieux vous engueuler avec vos hôtes lors d’un dîner en ville, comment faire le premier pas en musique et éventuellement s’apitoyer sur son sort avec élégance dans la foulée, ou, mieux encore, un morceau pour faire chier vos voisins.

Et cette Useless Playlist est rédigée par d’autres blogueurs. Monsieur Olivier m’ayant demandé d’y participer vous retrouverez d’ailleurs ma modeste (mais bavarde) contribution qui, tiens, comme c’est amusant, parle également d’autres blogeurs…

Ca se mord la queue cette histoire et c’est tant mieux.

Mais alors Monsieur Olivier serait un jean-foutre et un trop payé qui se contente d’exploiter le temps et les idées de ses congénères pour son propre bénéfice me direz-vous.

Que nenni.

Parce que Monsieur Olivier ajoute une partie sur son invité, à la fin, oui, cela suppose que vous ayiez tout lu avant. Et les croquis qu’il dresse sont ni plus ni moins l’équivalent papier des Portraits Sensibles que Kriss proposait sur les ondes de France Inter.

Rien que ça.

Vlan ! Le Monsieur Olivier, il ne vous a jamais connu IRL (in real life, je traduis pour les non-initiés) mais alors il vous brosse la personnalité comme personne. Et ça émeut. Et ça mérite tous les crumbles et verrines du monde.

D’aucun diront que je fais mon autopromo en écrivant tout cela,

laissons-les parler, Monsieur Olivier n’a pas besoin de ces Bobos,

il a bien trop mal au dos.

Il ne vous reste plus qu’une chose à faire : cliquer !

Pantha du Prince @ Rex Club

In Chroniques Musique on mars 7, 2010 at 3:42

Artiste allemand / Electro / 06/03/2010

Pantha du Prince @ Rex Club - ©JSZanchi

Après un warm-up bien comme il faut par Olibusta – comprendre ici qu’il a rempli son rôle ingrat d’animateur avant le spectacle, proposant des boucles longues et hypnotiques, plongeant l’assistance dans une semie-léthargie euphorique – le très concentré Pantha du Prince s’est livré à une bataille électronique entre lui et lui-même. Surpassement live de l’homme et des machines.

Le troisième opus (Black Noise) le laissait largement apparaître, Pantha règne en maitre dans le mélange Detroit-Shoegaze. Vêtu d’une grande capuche (style Maître Jedi) et de deux (!) sweatshirts, l’homme n’a le regard fixé que sur ses machines. Il ne relèvera la tête que pour narguer le public lors de changements de rythmes radicaux, défiant quiconque de venir lui faire un reproche tant le résultat était splendide.

Pantha est un Prince Aquatique. Loin de prendre l’eau, son set vous plonge au cœur d’une cascade, d’un rideau de pluie, d’un lac souterrain. On est bien là, tranquille sirotant un cocktail. Et soudain c’est l’orage, les machines grondent, les pieds techno se font plus prégnant, Pantha dégaine vite, très vite. Il retourne le rythme et les oreilles de l’assemblée en un éclair. Le cerveau n’a rien compris mais le corps s’active lui. Les pieds se synchronisent, les mains s’érigent, les vêtements tombent (ceux de l’artiste y compris, enfin :) !), le dancefloor se bonde… Une heure et demi durant, on ne peut que recevoir, Pantha donne tout, il donne beaucoup. Les sonorités métalliques tentent une percée, les accents BloodyValentinesques sourdent… Cage thoraxique comprimée je ne peux plus avaler, mais mes pieds continuent de danser (les vibrations s’approprient aussi les chaussures). Ca fait mal ? Aux oreilles certainement pas. Jaillissement final, la moitié de l’assistance a décroché, un déluge électronique s’abat sur le Rex et Agoria récupère en main de maître les manettes en poursuivant la vague nineties (Live report d’Agoria chez l’ami Good Karma). Comme on aimerait que toutes les nuits parisiennes ressemblent à cela !

Vu & Entendu – WoW Party @ Flèche d’Or

In Anti-hype, Blog Roll on mars 6, 2010 at 12:14

Première soirée WoW, premier come-back depuis la réouverture de la Flèche d’Or, première occasion de voir Delorean sur scène.

Je ne chroniquerai pas cette soire, tant je n’ai rien à dire. Pas au sens “c’était parfait, rien à ajouter”, plutôt version “bel ensemble vide, ils feront mieux la prochaine fois ?”.

Vu et entendu ce soir là (en vrac) :

- Constaté : les travaux de restructuration de la FLèche d’Or. On passe du baroque chaud et rock n’ roll au lounge-clubbing froid et répulsif. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… (il paraît que d’autres travaux suivront bientôt pour améliorer les choses).

Tousse tousse.

- Vu : le public, qui brillait par son absence. La Flèche d’Or à 100 personnes c’est hard. La Flèche d’Or à 100 personnes devant une scène qui n’offre rien c’est pire.

Tousse tousse tousse.

- Entendu : Karl Blau sur scène, pire que Karl Blau dans la salle. Se servait-il de sa guitare pour la première fois ?

Tousse tousse.

- Entendu :

“On est tombé sur la soirée des freaks, ah merde.”

“Tu vois mes Ray-Ban j’les mets que le soir”

“Bon on va dehors, mais si, ça fera moins de mal à tes bronches d’être dehors que mal à tes oreilles de rester là.”

Tousse tousse tousse.

Vu : les toilettes, seul espace qui avait véritablement besoin d’être réhabilité, toujours dégeu. Un mec arrive, le pantalon sur les genoux. Pouah.

Tousse tousse.

Vu : un ados en vacances se faisant de l’argent de poche en volant des gobelets consignés au bar. Pseudo-Indochine vient nous enquiquiner “Tu vois, encore deux et j’aurai reboursé mon entrée”.

Tousse tousse.

“J’vais prendre un perrier siouplaît” (pas entendu, c’est moi ça).

“Bon alors j’te suis, un coca merci !” (une GIRLS’ addict)

Entendu : Dominant Legs qui cut son set au bout 15 minutes et… ne revient pas, ils n’avaient plus de titres ? Musique insipide parfaite en fond sonore des boutiques Agnès b.

“Ouf ça devenait long cette musique chiante !’ (bourré mais lucide le junkie)

Tousse tousse.

Constaté : l’absence de canapé / siège / corniche pour pouvoir se reposer de l’endurance qu’il faut pour ne pas fuir cette soirée

Entendu : Delorean, pop enjouée, coiffures des années 90, même les fringues étaient informes… ils avaient tout pour me plaire en gros. Mais la sauce ne prend pas. Le lieu trop vide ? L’attente trop longue ? Le pervers pépère qui se retournait, un filet de bave au coin droit des lèvres ?

Tousse tousse tousse de trop, nos clics, nos clacs, un bon courage au Dj (de Nelson) qui va devoir assurer la suite…

Rien compris à cette soirée, j’dois pas être assez hype pour saisir le niveau… qu’est-ce qu’on est bien dans un lit parfois !

Ce qui m’émeut… épisode 3

In Blog Roll on mars 5, 2010 at 7:51

Je n’ai aucune affinité avec le travail musical de Damien Saez. Mais alors aucune. Sous-produit Noir Désir, lui-même sous-produit Léo Ferré, je n’ai jamais pris la peine de chroniquer les disques de D. Saez pour une raison évidente : je ne saurais lui faire aucun compliment.

En revanche, quand j’ai entendu cet homme, sincèrement blessé, ce matin sur France Inter (invité de Pascale de Clark dans Comme on nous parle), j’ai cherché à en savoir plus. Sa campagne publicitaire destinée à promouvoir ses dates de concerts dans le métro parisien vient de lui être refusée. Car le visuel représente une femme nue dans un caddie. Ce même visuel qui n’est jamais que la pochette de son disque.

Il y a un mois, Londres refusait à Massive Attack de pouvoir promouvoir Héligoland dans le Tube au motif que leur visuel s’apparentait trop à un tag et nuisait à l’esthétique des couloirs underground. Maintenant à Paris on interdit un visuel au motif qu’il « présente un caractère dégradant pour l’image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue et, qui plus, dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise. » Ces arguments sont parfaitement irrecevables et je soutiens cet auteur, indépendamment du fait que je n’aime pas sa musique.

Penchons nous sur ce cliché d’abord. Prise par Mondino, la femme dans ce chariot est certes nue, mais on ne voit pas la moindre partie intime. Maquillée style Brigitte Bardot époque Le Mépris, la femme n’affiche nullement une expression de marchandise, les talons encore aux pieds, elle semble plutôt comme se reposer après n’avoir pas trouvé d’autre endroit où s’asseoir.

Ensuite, on ne peut pas louper le titre de l’album, J’accuse, bien en évidence. Et le message résonne justement d’autant plus comme un éventuel rejet de Damien Saez d’assister à ce genre de situations. Il accuse la femme dans un chariot, sa fatigue, ses talons aiguille éventuellement (car oui c’est parfois proche de la torture de devoir porter ce genre de soulier toute la journée Messieurs et certaines femmes ont l’obligation d’en porter). La sentence de refus d’affichage semble ne pas avoir pris en considération le poids des mots.

Enfin oui, on est à la fois désolé pour cet artiste qui se fait refuser cette photo et agacé d’une telle sentence. Cela ne pose pas de problèmes de laisser des annonceurs faire l’apologie des anorexiques en short en jean laissant apparaître une culotte de string bling-bling. Cela ne dérange personne de voir pendant deux semaines une campagne d’affichage incitant à aller passer ses vacances en République Dominicaine (en promo) alors qu’un séisme vient de ravager Haïti et de faire des milliers de morts. Pas de soucis non plus d’afficher en long en large et en travers que l’armée est un métier qui permet de « devenir soi-même », porter une arme et pouvoir s’en servie est donc moins dégradant qu’une femme dans un caddie ?

Nous parlons d’affichage qui ont lieu en souterrain, la violence des images dégradant la femme est encore plus forte en surface. Quid des prostituées de seize ans qui font le trottoir alors qu’il fait moins de zéro degré, qu’en est-il des messages exposant des humains atteints de lèpre, que penser des sdf par dizaine qui jonchent les rues ? S’il y a opposition pour une éventuelle à dignité humaine, alors elle est très largement inférieure à tout ce à quoi nous sommes exposés chaque jour. Et la maxime d’Emile Zola sied à ravir à la situation.

Cette photo me choque moins que 90% des campagnes d’affichage autorisées. Alors non, la demande de recours ne me paraît  pas disproportionnée (La véritable question se pose d’ailleurs en d’autres termes : pourquoi la publicité 4 par 3 n’a-t’elle toujours pas disparu ? ). D’autant plus si l’on considère que la seconde campagne d’affichage n’a pas été acceptée non plus (ils n’assument donc même pas de reconnaitre la vérité, à savoir qu’ils ont interdit une première campagne ?). Cette photo est belle, je suis une femme et je l’affirme sans peine.

ACID WASHED – Acid Washed

In Chroniques Musique on mars 3, 2010 at 8:30

Duo français / Electro / Record Makers

« Un album fracassant par an », telle pourrait être la devise du label parisien Record Makers. Depuis dix ans (!), Record Makers jalonne le nouveau millénaire de disques détonants : Klub des loosers, Kavinsky, Turzi, Sébastien Tellier… chaque disque qui sort frappe fort. Acid Washed, dernier projet signé est loin d’être un « petit ».

Acid Washed fonctionne comme une petite industrie, chacun ayant un rôle bien défini comme lors d’un travail à la chaîne. Une electro française Detroito-Berlinoise (General Motors, Detroit, America ; Change) qui s’enrichit de collaborations multiples pour devenir petit à petit un objet envoûtant et addictif aussi jouissif dans son salon qu’au milieu d’une piste de danse.

Derrière Acid Washed se cachent deux garçons aux machines, Richard d’Alpert (non rien à voir avec l’homonyme de la série Lost, ne faites pas de gaffes comme nos chers politiques avec Ali Soumaré…) et Andrew Claristige, qui aiment les filles et leur offrent volontiers des featuring de leurs titres. Barbara Panther et Lippie apportent leur touche psychédélique sur le très entraînant Snake pour la première, plus douce version pop sur Apply ou planant sur Snow Melt pour la seconde.

L’opus fait également la part belle aux collaborations masculines. Christophe Chassol (qui a signé les arrangements de Politics de Sébastien Tellier ou les des accompagnements « art contemporain » pour Sophie Calle) renforce les textures late seventies de Acid Washed et Royal Soda à l’aide de synthés vintage. Dakar (Get Physical) revisite quand à lui le funky The Rain.

Entre incisif (Concorde in the Sunrise) et kitsh (Bikini Atoll), la mondialisation d’Acid Washed aura permis une amélioration ultra-efficace de l’organisation du travail électronique : mixité des influences, des voix, des sexes… et des occasions d’écouter cette perle rétro-futuriste.

Sortie le 29 mars 2010

Politique – Adam Thirlwell

In Chroniques Littérature on mars 1, 2010 at 8:48

Auteur anglais / Essai romancé / Sociologie sexuelle / Editions de l’Olivier

Comment et pourquoi expérimente-t’on une relation amoureuse/sexuelle à trois ? Adam Thirlwell répond avec humour, sobriété et technicité à la question… ou tente d’y répondre. Un livre essai foutraque sur l’insaisissable complexité de la nature humaine et des expériences qu’elle nous pousse à tenter. Révision complète des modèles mathématiques ensemble…

Il était une fois Nana et Moshe, un couple hétérosexuel dont les aventures sexuelles n’avaient rien de rocambolesque. Il était une fois une meilleure amie de Nana, Anjali, homosexuelle accomplie qui rêvait de Nana. Et puis un jour, Nana propose à Anjali d’avoir la clé de l’appartement et de partager leur lit. Voilà une manière comme une autre de commencer une relation à trois. Même si jusque là ça n’en est pas une (mais bien deux histoires de binômes). L’auteur /  narrateur à la fois omniscient et faisant des incursions dans le récit, tente d’analyser la situation, de nous expliquer les tenants et aboutissants de chaque choix qui se présentent aux trois protagonistes de l’histoire, nous donnant à la fois de la matière pour tirer quelques conclusions et rien pour se forger son avis sur la question.

D’un couple hétérosexuel, on passe à deux couples (l’un hétéro l’autre homo) puis à une relation à trois. L’amour à trois n’est ni chose aisée, ni chose naturelle. Elle résulte ici d’une envie de de chacun de faire plaisir à l’autre : Nana qui est une médiocre amante offre l’avenante Anjali à Moshe, Moshe laisse Anjali s’occuper de sa copine car il croit que c’est qui fait plaisir à Nana, Anjali pense que coucher avec Moshe fera plaisir à Nana. Au bout du compte personne ne se trouve complètement épanoui. Qu’est-ce qu’une relation amoureuse et ce trio est il marqué par l’Amour ? Les trois membres agissent par amour pour l’autre mais le résultat final de cette éqution est pourtant négatif… amour + amour + amour = désamour ?

Seconde question épineuse : comment dormir correctement à trois dans un lit ? 2 femmes et un homme, le consensus veut que l’homme dorme au milieu. Lorsqu’on modifie ce choix, des tensions naissent… Et d’ailleurs dort-on vraiment à trois dans un lit ? Non on se ferme les paupières et l’on est assez mal à l’aise, on ne se repose pas. 2 femmes + 1 homme = 3 lits ?

Troisième point important : chacun est consentant pour des séances à trois, cela inclut-il que les parties à deux sont aussi consenties ? Une relation à trois est-elle toujours constituée de trois protagonistes ou bien cela inclut-il trois relations à deux (Ajali et Nana, Nana et Moshe, Moshe et Anjali) ? 1 = 3 tensions ?

Moralité (car oui il y en a une) : A vouloir trop faire plaisir à chacun, on perd tout intérêt et épanouissement. A se montrer égoïste on peut être parfaitement heureux. L’égoïsme est parfois moral aussi. 1 + 1 + 1 = 1 (cqfd).

Ironie du sort, si l’on considère l’équation de l’extérieur (sans connaître les états d’âmes de nos sujets d’étude), on pense avoir là trois bêtes de sexes expertes et parfaitement épanouies qui forcent l’admiration. 3 = amour + 1 lit + respect. En sexe comme en politique, tout dépend du point de vue étudié.

Ni érotique voire porno-écoeurant comme Zones Humides (Charlotte Roche) ni essai sociologique argumenté, Adam Thirlwell signe avec Politique une projection possible d’un autre schéma du couple, de la vie de couple, du respect de l’autre dans le couple, dont on ressort avec autant d’interrogations qu’au départ sur le sujet en ayant passé un excellent moment entre les deux.