
Ironie publicitaire
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:affichage, atteinte aux libertés fondamentales, campagne publicitaire, Damien Saez, refus
Catégorie: Ce qui m'émeut, Ce qui m'énerve
Je n’ai aucune affinité avec le travail musical de Damien Saez. Mais alors aucune. Sous-produit Noir Désir, lui-même sous-produit Léo Ferré, je n’ai jamais pris la peine de chroniquer les disques de D. Saez pour une raison évidente : je ne saurais lui faire aucun compliment.
En revanche, quand j’ai entendu cet homme, sincèrement blessé, ce matin sur France Inter (invité de Pascale de Clark dans Comme on nous parle), j’ai cherché à en savoir plus. Sa campagne publicitaire destinée à promouvoir ses dates de concerts dans le métro parisien vient de lui être refusée. Car le visuel représente une femme nue dans un caddie. Ce même visuel qui n’est jamais que la pochette de son disque.
Il y a un mois, Londres refusait à Massive Attack de pouvoir promouvoir Héligoland dans le Tube au motif que leur visuel s’apparentait trop à un tag et nuisait à l’esthétique des couloirs underground. Maintenant à Paris on interdit un visuel au motif qu’il « présente un caractère dégradant pour l’image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue et, qui plus, dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise. » Ces arguments sont parfaitement irrecevables et je soutiens cet auteur, indépendamment du fait que je n’aime pas sa musique.
Penchons nous sur ce cliché d’abord. Prise par Mondino, la femme dans ce chariot est certes nue, mais on ne voit pas la moindre partie intime. Maquillée style Brigitte Bardot époque Le Mépris, la femme n’affiche nullement une expression de marchandise, les talons encore aux pieds, elle semble plutôt comme se reposer après n’avoir pas trouvé d’autre endroit où s’asseoir.
Ensuite, on ne peut pas louper le titre de l’album, J’accuse, bien en évidence. Et le message résonne justement d’autant plus comme un éventuel rejet de Damien Saez d’assister à ce genre de situations. Il accuse la femme dans un chariot, sa fatigue, ses talons aiguille éventuellement (car oui c’est parfois proche de la torture de devoir porter ce genre de soulier toute la journée Messieurs et certaines femmes ont l’obligation d’en porter). La sentence de refus d’affichage semble ne pas avoir pris en considération le poids des mots.
Enfin oui, on est à la fois désolé pour cet artiste qui se fait refuser cette photo et agacé d’une telle sentence. Cela ne pose pas de problèmes de laisser des annonceurs faire l’apologie des anorexiques en short en jean laissant apparaître une culotte de string bling-bling. Cela ne dérange personne de voir pendant deux semaines une campagne d’affichage incitant à aller passer ses vacances en République Dominicaine (en promo) alors qu’un séisme vient de ravager Haïti et de faire des milliers de morts. Pas de soucis non plus d’afficher en long en large et en travers que l’armée est un métier qui permet de « devenir soi-même », porter une arme et pouvoir s’en servie est donc moins dégradant qu’une femme dans un caddie ?
Nous parlons d’affichage qui ont lieu en souterrain, la violence des images dégradant la femme est encore plus forte en surface. Quid des prostituées de seize ans qui font le trottoir alors qu’il fait moins de zéro degré, qu’en est-il des messages exposant des humains atteints de lèpre, que penser des sdf par dizaine qui jonchent les rues ? S’il y a opposition pour une éventuelle à dignité humaine, alors elle est très largement inférieure à tout ce à quoi nous sommes exposés chaque jour. Et la maxime d’Emile Zola sied à ravir à la situation.
Cette photo me choque moins que 90% des campagnes d’affichage autorisées. Alors non, la demande de recours ne me paraît pas disproportionnée (La véritable question se pose d’ailleurs en d’autres termes : pourquoi la publicité 4 par 3 n’a-t’elle toujours pas disparu ? ). D’autant plus si l’on considère que la seconde campagne d’affichage n’a pas été acceptée non plus (ils n’assument donc même pas de reconnaitre la vérité, à savoir qu’ils ont interdit une première campagne ?). Cette photo est belle, je suis une femme et je l’affirme sans peine.



Je découvre toute l’histoire avec ton article et je suis attéré… C’est dingue en plus, ce refus est totalement contre-productif de leur part… ils auraient laissé faire, je suis sûr que personne n’aurait réagi…
Ça donnerait presque envie d’écouter l’album tiens.
Bon, “presque”, seulement…
une saine indignation, partagée!..
Il est certains que la demande de recours est légitime.
Mais si je devais parler de l’article lui même, je dirais que les contre exemple que tu trouves plus choquant ne le sont pas.
Je suis désolé pour les haïtiens, mais si ils n’ont pas de touriste, il ne s’en remettront pas, ça c’est sur, donc de là à accabler les publicités pour ces Voyage…
De même, faut bien avoir une émotivité trop forte et un sens du jugement altéré pour dire qu’une pub pour être soldat c’est choquant. Cessez de penser avec votre cœur(je parle aux femmes), parce que ça n’amène pas des raisonnements très logiques !