LES SHADES @ Nouveau Casino

Groupe parisien / Rock / 30/03/2010

© FjLudo

Juin 2006, chaleur humide, je me jure de ne plus jamais accorder le moindre intérêt aux baby-rockers qui fleurissent les salles parisiennes. Tous ces noms de groupes pseudo-intellos dont les seuls noms me hérissent l’épine dorsale ne trouveront jamais grâce à mes yeux. Quatre ans plus tard, les Plasticines me donnent toujours autant de boutons, Second Sex déshonore la musique, Les Naast sont presque enterrés (oh joie !) et le nouveau disque des Parisians traine sur mon bureau sans que je sois encore capable de l’insérer dans la platine. Et si au milieu de tous ces ados-pantins connaissant mieux les marques de blousons de cuir en vogue que les capitales européennes, il y avait réellement un groupe tenant la route ?

A l’écoute il y a six mois du nouvel album des Shades, je me demande si je ne passe pas à côté de quelque chose. On ne m’aurait pas précisé que c’était les Shades, j’aurais d’ailleurs été plus indulgente. Et lorsque Technikart y va également de son reportage double page, le doute m’assaille. Bertrand Burgalat n’est pas un mauvais gars (on a les mêmes lunettes, il ne peux pas être foncièrement mauvais) et surtout je lui accorde plus de confiance qu’à cette loque de Manœuvre. Alors lorsqu’on m’invite au concert précédant la sortie de 5/5, ce disque entendu il y a six mois, je mets de côté ma fierté indie-exigeante et je m’y rends avec mon (gros) lot d’appréhensions mais aussi tout ce que j’ai pu rassembler de bonne humeur. “Dans la famille Baby-rockers, je demande les Shades, Bonne pioche !”

Premier constat univoque : les Shades ont fait de sacré progrès. Adieu les phrasés dégoulinants, exit les gosses ressemblant plus à un magazine qu’à des musiciens, terminée aussi l’époque « égo démesuré » avec mouvements de guitare surjoués (même s’il reste encore quelques progrès à faire de ce côté, les mauvaises habitudes ayant tendance à revenir au galop). Donc si le public a moins de 20 ans (ou plus de 45, entre les deux point de Salut) et pogote en poussant des hurlements pré-pubères, le groupe lui a su vieillir dans le bon sens du terme. Tel un bon alcool, les Shades ont été maturé entre des mains attentionnées et exigeantes (contrairement à leur flopée de collègues). Ce n’est pas encore parfait, mais ils sont jeunes et ont le temps de progresser.

Seconde bonne impression, les Shades ont un certain talent pour faire résonner comme il faut le français. Si les textes ne sont pas encore transcendants, ils sont simples et humbles : la famille, les angoisses de l’adolescence, les expériences douloureuses de la vie. Il est difficile de faire sonner le français et si l’on transposait le tout en anglais, je peux vous assurer que vous seriez aussi emballés que moi par ces mélodies rock classiques mais bien maîtrisées, qui sont vivantes comme il faut, la crispation du début se dissipant peu à peu pour laisser s’exprimer une batterie, trois guitare et des claviers electro-pop comme ils l’entendent. Et, force supplémentaire, lorsque le groupe entonne un seul titre en anglais, c’est le moins convaincant du lot. Qu’ils ne s’engagent pas dans cette voie/voix là, ce n’est pas la leur. Ce test permet de se concentrer uniquement sur les mélodies aux accords impeccables et démontre leur habileté musicale.

Enfin, et c’est un plaisir de pouvoir l’écrire ici, les cinq jeunes semblent prendre sur scène un tel plaisir de jouer, simplement jouer, que le sourire gagne nos visages assez facilement. Jubilation de voir que la persévérance a du bon lorsqu’elle est entourée comme il faut de professionnels de la musique attentionnés (car oui, ces gens là sont bel et bien indispensables au développement maximal du potentiel d’artistes, contrairement à ce que les temps modernes ont tendance à vouloir nous faire croire). Joie de se dire que les préjugés se démontent parfois : savoir reconnaitre ses torts fait aussi beaucoup de bien parfois.

La musique des Shades ne me retourne pas l’âme, non pas parce qu’elle est mauvaise mais bien parce que je préfère d’autres choses ; exactement comme Radiohead n’est pas un mauvais groupe mais ne trouve pas grâce à mes yeux. C’est indépendant de leur volonté et de la mienne. Je ne peux leur souhaiter qu’une belle continuation dans la lumière et réécouterais à l’occasion quelques titres avec plaisir sincère.

5/5 – Les Shades – Sony : sortie le 5 avril

5 comments on “LES SHADES @ Nouveau Casino”

  1. Ils avaient pas d’accent ? :)

  2. Si parisien :)
    Non plus sérieusement je tire ma révérence, ce groupe est devenu bon !

  3. Cette chronique est très stimulante, non parce qu’elle est positive mais parce que vous vous demandez si la musique vous touche, ce qui n’est pas tout à fait le cas d’ailleurs. Vous affichez vos a-priori et vos agacements, c’est à la fois subjectif et bien observé (il y a effectivement un petit creux générationnel entre 23 et 45 ans, génération trip hop/nouvelle chanson française = génération sacrifiée).

  4. Article vraiment chouette sur ce groupe que je trouve tout simplement énorme! j’étais au concert du nouveau casino est c’était juste génial! longue vie aux shades!

  5. Excellent article : j’ai vraiment aimé le ton que tu lui donnes.Je me suis même suprise à sourire de nombreuses fois en hochant la tête devant mon écran que l’air du “Mais il a tout à fait raison”…Merci pour le bon moment sur ton site ;-)


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