
Ma vie sans Internet #3 : Superproductivité
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Internet, panne, productivité
Catégorie: Ma vie sans Internet
Deux semaines, c’est le temps qu’il m’a fallu pour faire le deuil du média le plus essentiel et efficace de notre époque comme auxiliaire de travail.
Pages jaunes de 12 kg, fax, téléphone, revue de presse au kiosque, Internet est devenu un vieux souvenir au bureau. Je me surprends à répondre au téléphone « je vous envoie ça par la poste dès demain » ou « vous pouvez nous envoyez un fax, ça sera plus rapide ».
Et je bosse. Comme jamais. Comme une acharnée. Comme si l’avenir de la France en dépendait.
– Remarque je ne peux pas faire pire que l’Equipe de France de football, c’est encourageant –
Terminé les minutes d’égarement où, lassée de votre tâche, vous vous perdez dans des lectures, certes passionnantes, mais futiles lorsqu’il s’agit de boucler un rapport de 200 pages sur L’impact des intrants sur la qualité des eaux souterraines de Seine-et-Marne, Essonne et Val de Marne.
– Croyez-moi sur parole c’est pas beau à voir et pour les eaux superficielles et l’eau en bouteille c’est pire… –
Les vacances dans un mois ? Pas chez nous en tout cas, personne ne prendra de vacances avant d’avoir bouclé ses dossiers brûlants.
– En France, on n’a pas de soleil mais on a des dossiers brûlants, c’est moins cancérigène –
Je pourrais ne plus jamais avoir Internet au bureau, il ne me manquerait presque plus.
Bon c’est vrai que je l’ai touts les matins et tous les soirs en fait.
Mais que pour des loisirs.
– Pas question de travailler chez moi, on me refuse le télétravail alors… –
Pour moi. Pour me faire plaisir. C’est chouette aussi Internet quand c’est seulement pour s’amuser. Ca cloisonne bien la vie privée. Ca empêche à la surexploitation des cadres ambiante de vous bouffer vos plates-bandes vitales.
J’ai redécouvert ce que « pause » voulait dire. Avant mes pauses c’était checker ma boite mail ou faire la fofolle avec mes copains de la blogosphère. Maintenant, pour mes pauses, je décroche de l’écran 5 minutes. Pour de vrai. Par exemple je regarde par la fenêtre et je m’aperçois que le restaurant d’en face a fermé. Qu’ils ont ouvert un club de gym à la place, depuis 2 mois déjà. Et mes yeux, ils me disent merci. Fini les migraines liées à 8h scotchée non-stop à l’écran. Je dors beaucoup mieux d’ailleurs. Des vraies nuits. Avant les nuits comme les gens normaux ça me faisait peur, maintenant quand je dors onze heure je trouve ça cool… Je deviens vieille vous croyez ?
Et, vous n’allez pas en croire vos yeux, voilà à quoi ressemble ma troisième journée type de travail sans Internet :
9h : Le café est prêt, mais pas dans votre tasse imprimé Liberty. Parce que vous n’en avez pas besoin pour tenir vos paupières ouvertes.
9h10 : La secrétaire vous apporte deux fax. C’est chouette les fax car on peut voir l’écriture des gens. Parfoi c’est beau comme un tableau.
9h15 : Allez hop, In Design est prêt pour mon assaut du jour. Saleté de PC de m*** ! Vu que vous n’avez pas Internet, l’antivirus fait des reminders toutes les 10 minutes… Vous enclenchez l’option “ta tronche le PC sinon j’te bazarde par la fenêtre” et ça va le calmer pour aujourd’hui.
9h20 : Et hop ! Une page de plus ! Next !
9h30 : Réunion de service. On a avancé l’heure car tout le monde est là plus tôt maintenant.
9h55 : Exposé de 12 minutes chrono sur l’état des cultures de Seine-en- Marne. Avant il leur fallait 20 minutes pour cracher trois phrases.
10h50 : Une heure pour boucler une réunion qui prenait une demie-journée, c’est cool.
12h10 : Vous allez manger avec vos collègues à la cantine du CG et quand vous croisez les autres services qui ont Internet, ils sont admiratifs de vous. Avant vous étiez la dernière roue du carosse, maintenant vous avez une sorte d’aura « Ceux qui rendent leurs dossiers en temps et en heure et nous font passer pour des loosers ».
14h00 : Vous avez déjà abattu quinze nouvelles pages.
14h30 : Vous sursautez car on vient de vous taper sur épaule et vous, concentré, vous n’aviez pas vu venir le coup. Encore du travail en urgence… pas grave, vous restez d’un calme si olympien que votre boss vous soupçonne immédiatement de prendre des drogues.
15h15 : Twitter c’est vraiment un média qui bouffe un temps monstrueux, vous vivez assez bien sans finalement. Texto de JS avec plein de mots qui font plaisir pour me dire qu’il vous soutient dans cet effort. Beaucoup plus chouette qu’un tweet. Vous êtes toute joie joie joie de retourner bosser.
17h10 : Allez encore 2 pages et vous pourrez envoyer ce dossier en relecture pour validation.
18h : Bon dans une heure vous prendrez le train pour rentrer, on ne va pas faire nocturne plus de 2 fois par semaine, vous avez une vie privée à respecter et honorer.
18h40 : Vous quittez le bureau, fier de vous, vous avez mieux travaillé en une journée que ces trois derniers mois. C’est super car vous allez partir en vacances avec l’esprit tranquille, sans cette boule au ventre le jour de la rentrée à l’idée de la montagne de travail qui vous attendra.
Les épisodes précédents :



mais c’est définitif le trip bureau sans internet ? C’est une blague ? Non, j’dis pas que ça fasse marrer deux semaines, pour l’exotisme, toussa… oui…
Mais que ça soit un mode de vie, c’est juste inenvisageable aujourd’hui !!
J’appelle les prudhommes