JEUNES A LA RETRAITE #4 : Amour sans OGM

By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

juil 15 2010

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Catégorie: Jeune à la retraite

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On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.

Ce week-end, on m’offrait une visite de Niort sur un plateau d’argent ainsi que l’occasion de me ridiculiser en public auprès de grandes personnes en or. J’ai donc testé pour vous : animer une conférence avant l’âge.

Téciverdi, première édition d’un festival dédiée à l’environnement en plein cœur de la ville de la mutuelle. Honnêtement je ne pensais que ce serait d’un si haut-niveau. Et j’ai la lourde tâche d’animer la première table-ronde où sont invités à débattre des gens très grands. On va causer Déforestation, pollution, coûts forestiers, impact sociétal, lourd programme. Nous sommes cinq autour de cette table, tous des hommes sauf moi, tous (beaucoup) plus âgés que moi. Bernard Cressens, retraité du WWF qui illumine le débat.

Diablement souriant, délicieusement drôle, fantastiquement dynamique, Bernard n’a pas sa langue dans sa poche pour autant pour dénoncer les pratiques de gestion forestières dans le monde. Je me sentais déjà petite et rien du tout avant, mais pendant, c’est pire. On passe deux heures de quasi-supplice à débattre à 5 sur une estrade en plein soleil, devant un public qui fond comme neige (normal il fait 40 degrés), on descend et Bernard me taquinera pendant les deux prochaines heures sur mon inexpérience tout en soulignant mon courage : « Tu es jeune, tu es la seule femme, tu es blonde, tu as robe et tu ne t’habilles pas comme une hippie décroissante tout en ayant un caractère bien trempé… on manque de gens comme toi. » flatteur et trop gentil le Monsieur, j’en ai les larmes aux yeux. Je suis déjà sous le charme. J’ai l’impression d’atteindre la félicité. Allez, hop c’est ma tournée, eau gazeuse et jus d’orange pour tout le monde !

On dîne ensemble – à la cantine – c’est simplement divin – pas la bouffe, le moment hein… – on discute du lapin chinois et du saumon aux hormones dans nos assiettes, des fruits bourrés de pesticides qu’on nous offre au dessert et puis on file au cinéma, voir le film de Patrick Rouxel. Lui était le plus jeune (après moi) au débat et est si sensible qu’on a peur qu’il craque à tout moment. Avec Bernard, on s’installe au deuxième rang de la projection, rigolant comme des gamins d’être arrivés en retard. Le film est sublime, sans discours moralisateur, simplement des images sans commentaire pendant les trente premières minutes puis un message très simple, très construit, très intelligent. Fin de la projection, Patrick est émouvant aux larmes, la voix tremblante, n’osant pas se mettre en valeur (visionnez son film et diffusez-le partout : www.greenthefilm.com). Bernard à mes côtés, me glisse que c’est vraiment un chic type ce Patrick, qu’il mérite d’être reconnu pour son travail de simple citoyen (Patrick Rouxel consacre six mois par an à filmer les forêts primitives du monde pour alerter les consommateurs sur de problématiques à la fois simples et effarantes liées à la déforestation. Il n’a pas de budget alloué à cela. Seulement sa volonté, ses convictions, son courage aussi. Il ne s’agit pas du discours classique, voyez son travail je ne veux pas vous influencer).

Et alors se produit ce dont nous jeunes, rêvons tous. Francis Hallé, homme le plus respectable du festival (je ne vais pas faire son apologie, vous devriez déjà le connaitre et si ce n’est pas le cas, tapotez sur Google, vous en sortirez grandis) se lève de son siège. Il était donc à la projection. Et il fait le plus beau compliment de la terre à Patrick Rouxel. Il vient de l’adouber en public, de reconnaitre la valeur de son travail. Silence dans la salle, émotion digne d’un discours d’adieux de Monsieur Bashung. Gorge nouée, yeux gonflés, personne ne craque mais on sent la tension. Bernard est sur la brèche comme moi. Francis Hallé irradie la pièce sans nucléaire. Sa parole est d’évangile, homme de peu de mots et de multitude d’idées. Et paf ! je viens de tomber amoureuse une deuxième fois aujourd’hui. Seules ses mains pigmentées trahissent un âge avancé. Le jour où cet homme va partir, je pleurerai je le sais.

Je reprends mon Bernard sous le bras et je l’embarque voir Oxmo Puccino. Bernard n’aime pas les musiques amplifiées. Mais Bernard écoute. Il ne restera pas longtemps car il part le lendemain très tôt, mais lorsqu’il me sert dans ses bras en plaisantant une dernière fois j’ai le cœur lourd. Patrick aussi se rentre. Rah non ne me laissez pas les copains !

Pour la première fois en douze heures je croise des jeunes. Et je panique soudain à l’idée que toutes les discussions importantes que nous venons d’avoir ne touchent pas les nouvelles générations. Pourquoi est-ce que mes congénères s’en foutent autant ? J’ai l’impression d’avoir vingt ans de plus qu’eux. Aujourd’hui, le lendemain, je ne veux plus partir, je veux être à la retraite pour continuer d’escalader les arbres et jouer avec les 1600 pandas en papier mâché (1600 pandas, c’est ce qu’il reste dans le monde…). J’ai comme la gueule de bois de ne pas avoir mes amis près de moi. Bernard, Francis… Des prénoms si rétros, des êtres si géniaux.

Allez hop, une tisane et au lit.

Dans la même collection :

Jeune à la retraite #3 : Ernestine et la soirée magique

Jeune à la retraite #2 : Thermes ta gueule !

Jeune à la retraite #1 : Délices nocturnes

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