
JEUNE A LA RETRAITE #5 : Train train quotidien
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:première classe, technologie, train, vieux
Catégorie: Jeune à la retraite
On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeune.
Dans le train, je voyage rarement en première classe. Pas question de sous, plutôt d’éthique personnelle. La première classe du TGV c’est, au mieux, plein de célébrités intellos-bobos (je n’oublierai pas de sitôt mon tête à tête de 4h avec Atiq Rahimi), au pire bourré de gosses braillards coupe au bol bermudas-chaussettes. Et entre les deux, y’a souvent beaucoup de vieux.
Mais ce jour là, en face de moi se trouvait la plus délicieuse des retraitées.
Brushing impeccable de ses cheveux d’un « gris plaisir des yeux », petite blouse vieux rose en dentelle de Calais (façon Isabelle Marrant), Le Monde, Madame Figaro et bouteille de Vittel, la petite dame qui me fait face paraît au top de la forme mais son décolleté trahit 80 ans bien tassés. Cette femme resplendit. Un petit sourire au coin de la lèvre supérieure et des yeux bleu façon lagon islandais, elle semble très heureuse de m’avoir pour vis-à-vis. Tant mieux, moi aussi.
Je me plonge avec délectation dans mon bouquin du moment (The Rest Is Noise) quand elle m’effleure deux fois le pied.
Elle me draguerait ?
Je jette un œil sous la table histoire de vérifier si je n’empiète pas sur son bout de moquette, admirant au passage la splendide paire de talons plats vernis (Vieux Rose aussi) de la dame. Mais non, je n’outrepasse pas mes droits, c’est elle qui vient chercher mes jambes. Je choisis de ne pas répondre à cette provocation.
Comme le soleil cogne, la luminosité est trop forte pour moi et je chausse mes lunettes de soleil. A ma grande surprise elle aussi ! Cette femme semble avoir du caractère, pas question de se soucier du qu’en-dira-t’on, elle arbore une splendide monture Chanel discrète (oui ça semble antithétique, un peu comme si je venais d’écrire que Guess et D&G sont très passe-partout). La monture met terriblement en valeur ses pommettes et ses accroches-cœurs rebelles qui n’ont pas eu leur dose de brosse lissante.
Le quart d’heure suivant nous brandissons au même instant des écouteurs blanc. Moi pour mon Ipod Shuffle et elle… son IPhone 4. Connectée la p’tite dame. Je jette un coup d’œil à sa playlist, que du bon : Chopin (bon, normal), The Strokes (moins classique), ACDC (haha) et même Justice (ça doit être son petit-fils qui lui a refourgué…). L’instant d’après elle éclate de rire en lisant Madame Figaro. Coup d’œil oblique, via le reflet dans la vitre, il s’agit d’un article sur l’histoire Bettancourt.
Et soudain, surgit de nulle part, un homme vient lui tapoter la tête avec un Paris Match. Ciel, son mari ! Et il ne voyage pas avec elle, il est dans un autre wagon. Courageusement, je lance un « Vous voulez ma place Monsieur ? » espérant très fort qu’il va refuser, pour une fois que je me marre. Vœu exaucé, le front dégarni à mâchoire carrée me réponds immédiatement avec un large sourire que Non, il n’en est pas question, il préfère avoir la paix pour voyager. Sur ce il tourne les talons.
C’est dingue, j’ai l’impression d’être avec un amant, de faire un truc top-secret. Mon cœur bat à fond les ballons. Et cette femme là, elle me sourit de nouveau, l’air de penser la même chose. J’ai envie de lui proposer quelque chose mais je ne sais pas quoi, je suis comme perdue à un premier rdv.
Un scrabble ? Non notre relation vaut mieux que ça.
Un tarot ? Elle risque de vouloir me tirer les cartes plutôt que jouer.
Elle sort un mot croisé du Figaro. Il faut que je saisisse ma chance. Elle bloque sur un neuf lettres, facile c’est « ambigüité ». De ma bouche pas un mot ne sort, gorge sèche, tremblements, je suis toute émotion, l’impression de me liquéfier, de n’être rien comparée à cette Dame.
Je ne lui ai pas adressé la parole de nos trois heures de rencontre.
Je m’en mords presque les doigts de ne pas avoir demandé son numéro de portable, je rêve encore que je lui envoie des sms et que je déjeune à l’arrière de restos branchés spécial 4e âge, avec des rampes à déambulateurs, des chauffeurs pour vous ramener dans votre appartement à moulures, un intérieur qui sent le cake à la vanille et les biscuits au gingembre…
La retraite ça a tellement l’air génial parfois.
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Oh qu’il est bien celui-là!!!
Catnatt merci
!