CLEVELAND CONTRE WALL STREET – Jean-Stéphane Bron

By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

août 20 2010

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Catégorie: des films...

1 Commentaire

Réalisateur suisse / Docu-fiction politique / 18/08/2010

Il était une fois une ville moyenne d’Amérique. Une de ces cités où chacun, quel que soit son pouvoir économique, est incité à vivre son rêve américain. Avoir sa maison, ses deux voitures, tous les derniers objets électroniques à la mode… Être propriétaire de son toit. Oui mais voilà, vivre à crédit a un prix. Toujours payé par les classes les plus pauvres (puisque ce sont elles qui contractent des prêts). En 2008, la ville de Cleveland, touchée de plein fouet par la crise économique liée à la dégringolade des marchés boursiers de Wall Street, décide de poursuivre en justice 21 banques jugées responsables de la faillite de la ville. L’avocat John Cohen en est le chevalier. Les recours et stratagèmes des avocats des banques se multiplient et le procès tant attendu est repoussé un peu plus chaque jour. C’est alors que Jean-Stéphane Bron, citoyen du pays au système banquier le plus obscur du monde, décide de filmer un procès dans les conditions réelles. Pas de répétitions, pas d’autre jeu d’acteur que ceux des effets de manches des avocats lors de leur plaidoirie et un verdict qui n’est pas un happy end mais celui rendu par le juge et les jurés.

Pas de manichéisme dans ce film, chacun a ses bons côtés et ses mauvais aspects. Huit témoins sont appelés à témoigner et livrent parfois des compléments d’information ou d’opinion en dehors du barreau. La question soumise à la cour est aussi simple que complexe : Wall Street est elle responsable de la situation dans laquelle est plongée Cleveland ? Ces gens jugent leur vie, leur ville, leur pays, leur système judiciaire aussi… Le verdict est rendu par ces mêmes habitants de Cleveland, après moultes délibérations, démonstration qu’il n’y a pas un bien et un mal mais des maux et une honnêteté relative.

Pédagogique (les concepts de subprime ou titrisation n’auront plus de secret pour vous) et instructif (chacun de nous peut être à la place de ces jurés sur lesquels reposent tant d’espoirs et de déceptions à la fois), cette fiction avec que du vrai dedans, manque cependant de cohérence. Non pas dans la structure du film lui-même mais dans la démarche d’impartialité et de total retrait de l’auteur. Ce film était initialement prévu pour être un véritable témoignage historique dans la mesure où le réalisateur devait filmer le procès. En filmant un faux procès dans les conditions du réel, l’auteur pouvait en profiter pour développer les explications parallèles. Certains témoins sont clairement peu instruits et se sont laissés embobiner par des courtiers venus frapper à leur porte. Jean-Stéphane Bron avait ici l’occasion de montrer des extraits des nombreuses publicités dont sont matraquées ces populations, que ce soit à la télévision ou dans leur boite aux lettres. Il choisit de ne filmer que le procès mais glisse pourtant quelques scènes qui ont lieu en parallèle. La démonstration, sans avoir besoin d’être engagée fortement comme peuvent l’être les films catastrophes démagos d’Al Gore ou Michael Moore, aurait mérité d’être parfois un peu plus approfondie.

Malgré cela, ce film mériterait, à l’instar de Violences des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003), d’être projeté à tout élève étudiant de près ou de loin en économie. Car si les témoignages des victimes de ce système sont émouvantes, elles restent somme toute classiques. Alors que les ultra-capitalistes (repentis ou non) témoignant à la barre sont véritablement des sujets d’études. Un film à voir et méditer. La morale la plus cynique de l’histoire étant que ce film sort au milieu de l’été (donc lorsqu’il n’y a personne pour le voir) et que ses financements proviennent en partie de banques suisses qui ont au moins autant de sang sur les mains.

Retrouvez la chronique de mon ami Rob Gordon qui a toujours raison sauf quand je ne suis jamais d’accord ;)

One comment on “CLEVELAND CONTRE WALL STREET – Jean-Stéphane Bron”

  1. J’hésitais à aller le voir, parce que la bande-annonce semblait trop larmoyante… mais finalement, j’y ferai un saut.


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