
ARANDEL + RONE @ Batofar
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Arandel, concert, Infiné, Joseph Merrick, Le Batofar, Mimu, Rone, Touré Kunda
Catégorie: des concerts...
Infiné / Electro de pointe / 15/09/2010
Quelle conspiration les bookers avaient-ils manigancé pour programmer au moins deux excellentes soirées la même nuit en pleine semaine ? Le choix fut délicat mais on ne le regrettera pas.
Dans un Batofar s’étant fait beau pour la rentrée (visitez leurs toilettes high-tech, ça vaut le détour), Arandel présentait une interprétation live de son disque pointu. N’ayant jamais montré son visage, la curiosité et l’appétit auditif nous poussait à voir à quoi pouvait ressembler le personnage. Quand à Rone, toujours entendu en première partie jusqu’ici, il aurait été dommage de rater son programme trois temps Relaxion/Remise à niveau de l’estime de soi/Jouissance de la vie.
Pour sa première date parisienne – seuls les Happy Few du Normandoux avaient eu l’occasion d’apprécier son talent live jusqu’ici – Arandel s’est entouré d’invités de haut niveau. Son disque très travaillé comprenant plusieurs collaborations intéressantes, on lui aurait tenu rigueur de ne pas proposer un autre équilibre sur scène. Arandel a commencé d’occuper seul l’espace mais le salut final s’est fait à sept. Les yeux largement maquillés de noir, ce grand hibou est un touche-à-tout agissant en véritable chef d’orchestre… sauf qu’il dirige des salves d’improvisations toutes plus bluffantes que les autres. Lorsque Arandel entame #5 on entre en transe quasi-immédiatement. Les basses font vibrer le plancher, les têtes dodelinent. Un a un les invités prennent possession de la scène et des instruments. Si Vanessa Wagner a finalement annulé sa venue, tous sont là. Véritablement c’est avec #9 que chaque talent s’exprime. On succombe au charme envoûtant de Mimu (acolyte de Clara Moto) qui semble habitée lorsqu’elle s’empare du Tereminvox. Joseph Merrick n’a rien d’un monstre et anoblit chaque boucle de son trombone. Les frères Touré Kunda se greffent sans effort au projet. Plusieurs siècles de musiques et de cultures vous sautent aux oreilles subitement, cacophonie harmonique addictive.
Le temps passe trop vite, le public a du mal à réaliser que c’est déjà terminé. Ce concert tenait plus de l’expérience que de la simple prestation, faisant des compositions de splendides bases d’improvisation (part de risque : lorsqu’un invité est un peu moins bon que les autres, les impros peuvent devenir pénibles).
Lorsque Rone prend les manettes, on craint que le public ne fuie. Nous sommes un mercredi, il est plus de minuit et y’a travail demain. Est-ce grâce aux nouveaux panneaux de LED hypnotiques qui tapissent le Batofar ou parce que le changement de plateau nous a à peine laissé le temps d’aller chercher un verre, l’assistance ne s’est pas carapatée. Honnêtement, si vous aviez pu voir le sourire qui illuminait le visage de l’artiste, vous seriez resté. Rone a les lunettes d’un étudiant de math-sup, le visage rayonnant d’un gosse le lendemain de Noël et… une dextérité incroyable pour bidouiller des tas de trucs sur son écran et ses consoles. En moins d’une minute, votre cerveau zappe les impératifs du lendemain, votre corps ne vous demande pas votre avis et accompagne le doux roulis de la péniche. En pilotage automatique, seules vos oreilles s’excitent. Les boucles sont très progressives, douces et rondes, elles vous enveloppent comme une couverture de survie. Soudain un saxophone surgit, prolongeant cette berceuse pour neurones irrités par le stress parisien. Rone et son acolyte inventent au fur et à mesure, pas dans le mauvais sens du terme : cela ne se ressent pas, cela s’apprécie. Jazz et electro font si bon ménage…
Evidemment, il n’allait pas en rester là. Après tant de douceur, le public a pleinement pu apprécier les salves rock qui suivaient. Guitares électriques et clarinette, les corps requinqués s’en donnent à cœur joie, on se sent vivant et utile. Soudain le coup de grâce, Rone dégaine Bora Vocal et ses paroles de gourou d’Alain Damasio. « Ton univers sera vaste… » Les voix du public scandent à l’unisson, telles un hymne sectaire. Ode à la vie, ode à l’envie, les nuits de Paris devraient toutes ressembler à cela. Pouvoir apprécier des sets comme ceux-là est suffisant pour vivre.
Rentrer à 3h30 un mercredi n’est pas un souci lorsqu’on se remplit la tête d’autant d’endomorphines, même si j’en ai oublié mes clés et manqué de terminer sur le palier


