Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

PAUPIETTE #2 : la ruine

In Ce qui m'énerve on septembre 10, 2010 at 8:30

Vous rêviez d’être l’héritier Bettencourt ? Bonne nouvelle, j’ai trouvé pour vous… Femme seule, retraitée, valide, dynamique… mais pas que. Bienvenue chez Paupiette.

Paupiette a beaucoup de soucis en ce moment. Elle est ruinée. Elle n’a plus d’argent. La faute aux impôts. L’ISF et les gouvernements de gauche ont fait beaucoup de dégâts, pas étonnant que le fric parte à l’étranger.

Paupiette avait senti le coup venir, depuis 1981 de toutes manières la France court à sa perte. Le jour où Mitterrand a remporté les élections, Paupiette a acheté un coffre-fort et planqué tous ses bijoux dans son appartement. Puis elle a retiré beaucoup de liquide et a sorti sa bassine pour faire des confitures. Elle a appelé son amie en Suisse, l’a informée qu’elle viendrait passer une quinzaine de jours chez elle le mois prochain. Et Paupiette a passé la douane avec des centaines de milliers de francs en les mettant au fond des bocaux de confitures. Toujours ça de préservé. Les banques Suisses, au moins, sont sûres.

Puis Paupiette a eu deux contrôles fiscaux. Le premier l’a forcée à rapporter les sous en France. Le second lui a rappelé que le versement de l’ISF n’est pas optionnel. Et la voilà obligée de payer des sommes qu’elle ne possède pas ! Oh bien sûr il y aurait bien un moyen de s’arranger avec son contrôleur fiscal. En lui donnant quelques noms de ses amis qui fraudent par exemple. Paupiette y pense régulièrement, chaque chose en son temps, de toutes manières c’est rétro-actif cette chose là.

Paupiette est une victime de la société. Tout est trop cher. Alors elle se retrouve obligée de faire ses courses dans des hard-discounts. On y fait de bonnes affaires. Paupiette connait par cœur les grilles tarifaires du Lidl et d’Aldi, pas encore celle du Ed L’épicier mais elle apprend vite… Elle brave ses pires craintes pour fréquenter ces magasins là, allant jusqu’à prendre la ligne 13 du métro, une ligne où il n’y a pas un seul français !

Paupiette déteste gaspiller alors elle a une flore intestinale aussi résistante que celles des populations de PED. Des amibes hors-norme qui lui permettent de digérer tous les trucs périmés, moisis ou rances. Elle n’a toujours pas saisi pourquoi sa petite-fille lui rend toujours visite armée d’une bouteille de javel et de gants en plastique ultra-résistants.

Paupiette aime aussi la capitale pour la mode. On peut tout avoir pour moins de 10 euros chez Tati ou Sympa, ou mieux, les chinois de Belleville. C’est un peu fatiguant que de devoir supporter autant de « chinetoques aux yeux un peu comme ça » mais ils ont des vêtements vraiment pas chers. Parfois Paupiette sort sa machine à coudre et se confectionne des nippes la faisant ressembler à un sapin de Noël des Émirats Arabes : doré, argenté, soie synthétique et collants résilles roses, Paupiette a raté une vocation, c’est certain.

Paupiette ne voit pas l’intérêt d’aller chez le coiffeur, c’est une dépense inutile. Alors depuis quarante ans, Paupiette se coupe seule les cheveux et fait ses couleurs à la louche. Ça donne quelque chose de bariolé, du blond au gris foncé, en passant par le roux carotte. Sa frange est aussi droite qu’une route de montagne et ses pointes sont diablement fourchues.

L’autre soir, sa petite-fille et son jules sont venus dîner à la maison. Pour fêter deux anniversaires et une bonne nouvelle. Sa petite-fille a proposé d’apporter le champagne mais Paupiette a dit qu’elle préférait s’en occuper. Paupiette n’a pas acheté de champagne. Elle dit toujours « Mieux vaut un bon crémant qu’un mauvais champagne ». Sa petite-fille lui a rétorqué qu’elle n’avait pas proposé d’acheter un mauvais champagne mais un bon Ruinart. Petite impertinente !

Si Paupiette fait tout cela c’est, dit-elle, pour ses héritiers. Des héritiers qui auraient simplement souhaité une grand-mère dans toute la noblesse du terme. Aller au marché, entendre des histoires du passé, découvrir le Paris des années jazz, la révolution de 68, l’arrivée du premier lave-linge, les voyages au bout du monde en bateau. Une mamie qui ferait des confitures, qui porterait un tablier à fleurs, qui vous appellerait pour aller au cinéma ou à l’opéra. Une personne âgée qui voudrait transmettre autre-chose que des comptes en banque auxquels on ne peut même pas toucher en cas de besoin.

Ahem.

Paupiette est ma grand-mère. Je n’ai jamais réussi à l’appeler autrement. Désormais lorsque vous vous dites que « quand même l’argent fait un peu le bonheur », regardez deux fois les personnes âgées du supermarché…

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