GREEN – Patrick Rouxel / Film documentaire muet / 2009
Victimes collatérales de la déforestation, les orangs-outangs d’Indonésie pleurent dans Green, documentaire agile de Patrick Rouxel.
2010 année de la biodiversité… Le message est matraqué partout, à longueur de journée et les communes ne cessent de multiplier les fêtes des jardins et autres forums des bio (-diversité, -dynamique, -logique…). Mais, si chaque français est incité à prendre conscience que les papillons et les abeilles de nos jardins se font plus rares alors qu’ils sont essentiels, le thème de la destruction des forêts primaires et de la diversité floristique et faunistique est volontiers passé sous silence. Six mois sur douze, le documentariste Patrick Rouxel arpente en solitaire les forêts vierges. Green, sorti en décembre 2009 et toujours projeté en festivals, est son quatrième film.
Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle et avec, leur richesse écologique. Les hectares disparaissent pour laisser place à des exploitations de palmeraies qui serviront à alimenter le monde en huile (25% de la consommation mondiale d’huile*), cosmétiques ou encore les agro-carburants.
Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle. Les hectares laissent place à des palmeraies alimentant 25% de la consommation mondiale d’huile, mais aussi l’industrie cosmétique ou les agro-carburants. Parmi les nombreuses victimes, les grands singes, dont l’orang-outan, qui partage avec l’homme 97% de son génome. Son espace vital se réduit comme peau de chagrin, alors le singe affamé sort de la forêt pour manger les jeunes pousses de palmiers. Dans le meilleur des cas, il est recueilli à temps par les associations environnementales. Mais, très souvent, il est vendu ou tué au gré d’un trafic international inadmissible : attaché à des fils de fer, confiné dans des cages trop petites. Pour chaque spécimen capturé, on estime que dix ont perdu la vie.
« Bornéo, un pré mal tondu »
Green, qui donne son titre au documentaire, est une femelle sauvage sauvée in extremis. Sous perfusion, elle git sur la paillasse d’un refuge indonésien et n’a d’autre choix que de rassembler les derniers souvenirs d’habitat naturel qu’il lui reste. Son regard hagard rappelle celui du réalisateur. Patrick Rouxel a grandi en Malaisie. Il a constaté les méfaits de la surexploitation forestière : « Bornéo, c’est déprimant : quand tu la survoles, on dirait un pré mal tondu, y a plus que des touffes d’arbres. ». Green est son témoignage, un acte citoyen. « Le jour où l’homme perd ses forêts tropicales, ses éléphants, ses orangs-outangs, c’est le début de la fin. » Pas de dénonciations ou d’accusations simplistes, les problématiques liées à la disparition des forêts primaires sont complexes, impliquant des logiques économiques allant bien au-delà de la politique des pays où elles se trouvent. En guise de bande-son, pas de discours larmoyant, mais des chants d’animaux, de la musique classique (qui, dit-on, adoucir les mœurs…).
Après avoir raflé une quinzaine de prix, Green est sélectionné pour la finale du Festival Wildsreen (GB) en octobre 2010. « Ca me fait très plaisir de voir que j’arrive à faire pleurer dans le monde entier. » Un nouveau film , Alma, devrait sortir d’ici décembre, portant cette fois sur les enjeux de l’élevage bovin lié à la forêt amazonienne. Gageons que se multiplieront ces témoignages, criants de vérité et d’honnêteté, contrairement à un travers récurent des réalisateurs faisant de l’environnement un marché lacrymal à but lucratif.
D’ici là, Patrick Rouxel est au fin fond du Gabon, sans moyen de communication, en immersion complète. Avec des gorilles.
* : Si 90% de l’industrie agro-alimentaire a recours à l’huile de palme, il est encore possible de ne pas en consommer. A chacun d’agir pour sa santé mentale et physique.


