LES PETITS MOUCHOIRS – Guillaume Canet

Drame pathétique / Réalisateur français / 2010

Jamais deux sans trois… rarement pour le meilleur, souvent pour le pire. Voilà comment on pourrait sobrement résumer le troisième long métrage commis par celui qu’on prenait pour l’un des meilleurs espoirs de réalisateurs français de sa génération.

Avoir subit un traumatisme est une chose, l’infliger à tous et mal le retranscrire en est une autre. Pour Les Petits Mouchoirs, Guillaume Canet fait ni plus ni moins une thérapie, de celles qui doivent rester sur un divan, couvertes par le secret professionnel. Le réalisateur présent à la séance ayant expressément demandé à ce qu’on ne divulgue ni le début ni la fin du film, nous ne pourrons pas nous étendre sur la pauvreté du scénario, entre Camping 2 et les téléfilms de bons gros sentiments dignes de TF1. Les plans maladroits et fatiguants n’aident pas à camoufler les lacunes de textes qui manquent de rebond.

Autre écueil sur lequel il va sérieusement falloir réfléchir pour son auteur : le choix des acteurs. En particulier, convoquer

« Madame OuinOuin » aka « sa gonzesse qu’il ferait bien de quitter car elle le phagocyte de larmitude » aka « Marion Cotillard » est la pire idée qu’il pouvait avoir. Déjà ridicule au naturel, elle se complait dans un rôle de victime pathétique de la vie, enfant pourrie gâtée incapable de donner. Le reste des acteurs fait ce qu’il peut, tentant de donner vie à des discours plus affligeant de banalité et de trivialité homophobe les uns que les autres. Le seul à qui l’on pourrait éventuellement tout passer reste Joël Dupuch, parce qu’il n’est pas acteur mais ostréiculteur et s’en sort de ce fait plutôt bien. Miser sur sa bande de potes pour tenir le film ne suffit pas. Et d’ailleurs, de véritables amis auraient alerté G. Canet sur la pauvreté de son film plutôt que de le laisser aller se faire ridiculiser auprès de tous sauf des beaufs à gros sabots (qui certes sont nombreux et permettent de gagner un maximum de pognon, mais n’apportent aucune satisfaction en terme d’émulation intellectuelle).

La scène la plus éprouvante est probablement la dernière, elle sonne faux, s’étend en d’interminables longueurs puantes de bons sentiments mais retranscrits et donne envie de hurler au scandale (encore une fois nous ne pouvons pas vous dévoiler de quoi il s’agit, si vous voulez assister au naufrage, dépensez donc vos économies).

La morale pesante de cette histoire est du niveau des cours de récréation :  « Si tu pleures pas, ben t’es insensible et le jour où tu vivras cette situation, ben tu te souviendras de mon film et tu verras que j’ai raison ». C’est à vomir. Sobrement, j’ai vécu pire que sa situation de starlette nombriliste et en voyant son film, j’ai eu envie non pas de pleurer mais de cracher à la gueule du réalisateur tant c’est ulcérant de pathos larmoyant.

 

Il y a fort à parier que cette rature de 2h30 ravira les foules. Malheureusement, gageons que Les Petits Mouchoirs ne seront qu’une parenthèse dans sa carrière. Sinon il ne restera plus qu’à espérer que le prochain film de Gilles Lelouche ne tombera pas dans une telle médiocrité. Et G. Canet peut retourner en analyse en prime tant il est évident qu’il n’a rien réglé…

A lire aussi, la chronique tout aussi élogieuse de Rob Gordon

3 comments on “LES PETITS MOUCHOIRS – Guillaume Canet”

  1. Je ne suis pas certain qu’on puisse miser de grands espoirs sur une réalisation signée Gilles Lelouche: les films d’acteur ont souvent les mêmes défauts très bien mis en avant dans ce pamphlet.

    Car peut encore parler de chronique ou de critique quand justement le pathos si vertement dénoncé dans une oeuvre emplit chaque ligne, au risque de répétitions lassantes pour le lecteur. Le ton finit par embrasser et non plus frôler le snobisme parigot lorsqu’on fait l’éloge du ‘non acteur professionnel’, face au copinage avoué et assumé du réalisateur et de ses acteurs.
    Il faut sans doute savoir faire preuve de plus d’esprit critique pour ne pas tomber dans les pièges tendus par une oeuvre de divertissement qui nous font souvent jouer un jeu que l’on prétend vouloir et surtout pouvoir éviter. Ce qui n’est clairement pas le cas ici.

    Là où Canet aura réussi son pari, c’est qu’il ne laisse pas insensible, en bien ou en mal, et on finira toujours par parler de son film, d’une façon ou d’une autre, donc de lui faire de la pub.

    Bien joué :)

  2. Pas mal le “Madame Ouinouin”, j’adopte !

  3. J’adhère 100% sur ce que je lis.
    Merci de contrebalancer toute cette dictature du GC soit disant génial et en qui je ne vois qu’insipidité et médiocrité.


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