SERGE : nouvelle presse musicale ?
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Alain Chamfort, Alex Baupain, Arnaud Fleurent-Didier, Beth Dito, Camélia Jordana, Damien Saez, Didier Varrod, Dominique A, Jacques Higelin, Jeanne Cherhal, magazine, Patrice Bardot, Philippe Katerine, Raphael, Serge, Zazie
Catégorie: Ce que je lis
Dirigé par Didier Varrod et Patrice Bardot, on nous en rabattait les oreilles depuis un moment. Serge est enfin arrivé. Comme le messie, il doit incarner un renouveau de la presse musicale.
Y’a du boulot.
En somme ils ont une large marge de manœuvre pour faire mieux ou moins pire que le reste des magazines. Alors c’est parti, on tend un billet bleu-gris au kiosquier, on rentre à la maison et on décide de dévorer l’animal au petit matin.
A la vue de la couverture Noir-blanc-jaune mettant en avant Camélia Jordana on pâlit autant que le papier glacé : se seraient-ils payé notre tête ? Ne regardant pas la télévision, je ne connais le nom de Camélia Jordana que pour une mauvaise raison : elle m’irrite les yeux assez régulièrement en faisant la une de journaux racoleurs, affublée d’un macaron Nouvelle Star dont je n’ai cure. Un magazine vantant les sous-produits de la déchéance musicale française, ce n’est pas comme si on en manquait.
Second titre ? Zazie, c’est encore pire. Puis Beth Ditto, pourquoi pas ; Alain Chamfort, on craint le pire ; Jeanne Cherhal, on l’a déjà assaisonnée (cf. chronique) ; Alex Baupain, il va encore nous saouler avec ses navrantes chansons d’amour ; Damien Saez et Raphael, on respecte les hommes sans estimer leur musique…
Donc c’est très mal barré.
Et pourtant. Il suffit de lire le sommaire pour se dire que plein de bonnes choses nous attendent : Dominique A, Arnaud Fleurent-Didier Jacques Higelin, Brune ou Bertrand Belin sont là aussi. Même Joe Dassin dis donc.
Serge, c’est évidemment Gainsbourg, comme le souligne l’édito cosigné des deux rédac-chefs. C’est aussi toute l’esthétique qui va avec. Les pantalons cigarettes, les petites ballerines Repetto, l’eau qui sent bon le frais, la sueur et le mâle musqué. Entre littérature soutenue (esthétique rédactionnelle) et magazine à feuilleter au comptoir (mise en page et choix des publicités), aussi raffiné (Bertrand Belin) qu’accessible (Zazie), autant populaire (par la pluralité des artistes traités ici) qu’élitiste (par les quelques artistes qui appartiennent à des niches musicales restreintes).
A la lecture ce Serge se révèle être une véritable popeline. C’est doux, soigné, chic, intelligent, intéressant, concis… et remarquablement humble malgré tout. Les collaborateurs sont dans l’ensemble plutôt dotés de capacités rédactionnelles et photographiques à la hauteur de ce qu’on attendait. Les articles signés Morel ou Varrod sont particulièrement émouvants. Il y a maintenant quelques mois, France Inter sombrait lamentablement du fait d’une grille au rabais et de choix de licenciements navrants (cf. chronique). Avec ce revirement d’antenne, une partie de son âme s’en est allée. Les articles de Serge respirent ce côté perdu. Lorsqu’on lit Serge et qu’on aime le média radiophonique, on entend ces voix. Elles nous parlent, nous bercent, nous consolent, nous font rire. Plonger une heure dans Serge, c’est entendre une heure une radio disparue (qui reviendra peut-être au prochain remaniement d’antenne qui sait ?).
Et il y a surtout ce pari un peu fou qu’il faut remporter : Sers-je ? Ce bimensuel apporte t’il quoi que ce soit dans le panel de lectures musicales proposées aux kiosques ? Dès la première chronique, François Morel s’occupe de mener bataille pour y veiller. La presse musicale ne doit pas se résumer à un galimatias vernaculaire, pas plus qu’être un réquisitoire Hugolien. La chanson française dont il est question ici n’a jamais été faite pour être décortiquée et étudiée par la lorgnette mais bien pour évoquer des histoires dès les premiers accords. Et le traitement des artistes s’y plie parfaitement. Jeanne Cherhal est réduite à l’expression de son réfrigérateur, Arno est invité à parler de bouffe plutôt que de son dernier (très inégal) opus, Higelin entame un blind-test, Dominique A couche quelques souvenirs de tournée. Il y a un côté réhabilitation de jeux désuets. Et l’attitude et le vocabulaire qui vont avec. Polisson avec Chamfort au pieu, futile avec les objets fétiches de Tété, drôle avec l’horoscope musical de Madame Bréguet… Sans langue de bois ni logiques économiques de copinages ? Cela reste à démontrer sur plusieurs numéros mais on semble loin des accords publi-communiqués des Inrocks ou R&F.
Serge, prénom rétro un brin vieillot. A lire en société autant que dans le métro. Bienvenue et longue vie l’ami.
Répondre Annuler la réponse.
Gros dossiers…
-

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
Un Blog WordPress.com. Thème : Duotone par Automattic.

