
FRANCESCO TRISTANO – Idiosynkrasia
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Carl Craig, disque, electro, Francesco Tristano, Idiosynkrasia, Infiné, piano
Catégorie: des disques...
Artiste luxembourgeois / Electro – Piano / Infiné
Mise en garde 1 : cette chronique n’est absolument pas conventionnelle…
Mise en garde 2 : un dictionnaire vous sera éventuellement utile…
727 Fifth Avenue, 10022 New York City. C’est écrit en toutes lettres sur l’anneau argenté qui orne mon annulaire. L’adresse d’un joaillier, immortalisé par un film dont je n’ai jamais aimé la traduction française, Breakfast at Tiffany. Ce produit fini dans la vitrine, attendant qu’on lui fasse vivre une vie pleine de rebondissements, a été façonné par un orfèvre dont le nom est estampillé sur le certificat qui tapisse le fond de l’écrin bleu turquoise.
Mais l’orfèvrerie ne s’applique pas qu’aux bijoux. Elle peut être musicale. Et Francesco Tristano est assurément l’un des meilleurs artisans que l’on puisse trouver sur le marché. Définition.
Solitaire méticuleux et endurant
L’orfèvre conçoit et dessine un objet et passe ensuite à sa réalisation. Il travaille toujours en atelier, le plus souvent en position assise. Toutes les étapes de la fabrication exigent une grande minutie de gestes et une attention constante.*
Pianiste dit « classique » de formation, Francesco a usé pas mal de pantalons sur les tabourets laqués recouverts de velours. Ne regarde pas tes mains / Sans effets de manches ! / C’est écrit Allegro et non Moderato / Retravaille la seconde partie. Comment peut-on passer sa vie à interpréter des auteurs morts ? A moins de manquer d’imagination, on ne peut pas. Et rien qu’à voir cette belle gueule aux boucles indomptables, on saisit que F. Tristano ne va pas en rester à se contenter de magistraux récital de Bach ou Chopin. On est au XXIe siècle bon sang.
Réinterpréter au piano des électroniciens loin d’être morts. Premier affranchissement et non des moindres lorsque Francesco reprend Autechre au piano (Andover – Not for Piano). Le pas est franchi, plus de retour en arrière possible pour notre plus grande satisfaction de le voir passer d’une banale profession artistique à un difficile et délicat métier artisanal.
Efficacité et beauté lapidaires
Francesco est luxembourgeois – ou français puisqu’il réside souvent à Paris – ou espagnol comme il a élu domicile à Barcelone – ou américain puisqu’il a été formé en grande partie à New York… Qu’importe, il faut savoir voyager pour aller s’approvisionner des meilleurs matériaux. Notre artisan travaille les gemmes. Au fil des disques, ses yeux saphir déchiffrent inlassablement des combinaisons musicales de plus en plus complexes, ses ongles deviennent rubis à force de répétition, ses partitions ont peu à peu la limpidité émeraude des plus beaux océans.
A chaque étape de l’élaboration de l’objet l’orfèvre recuit la pièce au chalumeau pour assouplir le métal.*
Francesco Tristano martèle toujours plus les métaux électroniques et à force de les refouler, les ciseler, les graver, les limer, les polir et les aviver, le sertissage du piano devient intéressant et sa réfringence devient splendide.
Pour ce troisième album, Francesco a utilisé des pierres plus dures. Et pour révéler les mille feux de ces beautés cristallines, il a su faire appel au meilleur des diamantaires, Carl Craig, au savoir-faire électronique impeccable de Detroit.
La taille du diamant sera effectuée par un diamantaire, en raison de sa dureté qui nécessite des techniques et un matériel appropriés.*
Le résultat est cette Idiosyncrasie digne des meilleurs glypticiens : de longs morceaux mélangeant gravure (Eastern Market), sculpture par abrasion (Wilson, Hello-Inner space Dub), intaille (Single and Doppio), camée (Idiosynkrasia), ronde-bosse (Frangrance de Fraga), haut et le bas-relief (Lastdays, Mambo). Seul reproche, dans un souci de satisfaire tous les clients, les morceaux restent un peu trop lisses dans l’ensemble. Chacun est beau et original, mais tous restent des bijoux.
Idiosynkrasia, Francesco Tristano. C’est écrit en toutes lettres sur la pochette du disque qui me fait face sur mon bureau. Le nom d’un orfèvre musical, que je me suis procuré chez le joaillier Infiné. Ce produit fini dans son écrin de carton, attend seulement qu’on le glisse dans une platine pour illustrer une vie pleine de rebondissements. Celle que vous voudrez lui faire vivre. A vos disques…
Sortie le 15 novembre
* Toutes les définitions en italique sont issues de www.cidj.com


