
MONTREAL EPIQUE [1] L’avion des sosies
Les aventures d’une parisienne lasse que le froid délasse
Ça a commencé dès l’avion. Je ne sais pas pourquoi, je sentais que ça allait être rocambolesque dès le début. Pour cause de grève, ils avaient failli annuler le vol. Et finalement non. Alors hop, je boucle la valise en la laissant à moitié vide – ou à moitié pleine je ne sais plus.
Allez savoir comment, je me suis retrouvé dans une salle d’attente pleine de djellabas blanches qui embarquaient pour La Mecque.
C’est rare pour les gros avions, ils nous ont fait embarquer sur le Tarmac. Dernière montée dans le bus, première sortie et telle Jackie Kennedy, je gravis les escaliers et… me retrouve avec une place près des cuisines. B*** sept heures comme ça ! Et là soudain je réalise que je viens de prendre place à bord de l’avion des sosies.
- L’avion des sosies –
Je fourre mon manteau en boule dans un casier – toujours fourrer son manteau en boule dans un avion, ça dissuade vos voisins de vous coller des paquets à proximité et ainsi d’avoir tout le casier pour vous – et tombe en arrêt devant le voisin de l’autre rangée : un Philippe Noiret ! Imposante cage thoracique, petit œil malicieux, loden impeccable… Je dé-sen-boule mon manteau pour l’occasion.
Assise, j’observe les agents aux gilets fluo fort seyants restés sur la piste pour ranger les poussettes. Et là boum ! Une mère déboule avec ses jumeaux, cheveux longs brushés, nez disgracieux, dentition de cheval et accent québécois, mon dieu mais c’est Céline Dion (prononcer Saiii-line Diii-on) !
On a à peine décollé quand soudain, un rire irritant emplit la carlingue. Longue tignasse blondasse et fringues de beauf, le responsable de ces sonorités disgracieuses est à l’opposé du coin cuisine, un Patrick Sébastien dans l’âme. L’énergumène demande des cornichons et tutoie l’hotesse, tout en malaxant la cuisse à résilles pleine de cellulite qui l’accompagne.
Sept heure comme ça ? Ahem, j’vais prendre un Cognac pour oublier tiens.


