
BACHAR & RAMI KHALIFE play Gribiche – Jacques Feyder
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Bachar Mar Khalifé, concert, film, film français, Gribiche, Infiné, Jacques Feyder, Rami Khalifé
Catégorie: des concerts..., des films...
Film français, copie inédite / Artistes libanais / Drame social
Lorsque la cinémathèque choisit d’organiser des ciné-concerts, elle a le bon goût de convoquer des musiciens talentueux et novateurs. Ainsi les frères Khalifé, petits-fils de, fils de, cousins de. L’occasion de (re)découvrir, après les aventures électro en trio d’Aufgang et expérimentale en solo du premier album Oil Slick, une autre partie de l’étendue de leur palette musicale…
Gribiche, dans cette copie inédite de plus de deux heures restaurée pour l’occasion, est un drame bourgeois classique – à la française serait-on tenté d’affirmer – traitant de l’impossibilité de s’extraire de son rang et son carcan social. Ainsi un jeune garçon issu du milieu ouvrier, Gribiche, se voit proposer d’être adopté par une riche veuve et déchante rapidement tant son malaise est grand et sa vie modeste lui manque. Le film ne présente qu’un intérêt très modéré, rien sinon les images d’un Paris des années 1920 méconnaissable. On lui aurait préféré une adaptation de la nouvelle de Maupassant Aux Champs (ou La Parure à la rigueur) traitant du même sujet mais possédant une chute bien plus piquante. La longueur fleuve de l’opus était bien intenable en condition normale, seule la bande originale composée par les frères Khalifé nous fait oublier le temps.
Dans leur fosse d’au moins 1,5m de profondeur, Rami au piano et Bachar aux percussions et bruitages en tout genre ont l’air de deux fourmis industrieuses. Deux heures de concentration maximale pour illustrer un film où il se passe pas grand-chose mais comprenant de nombreuses séquences d’émulation populaire grouillant d’activité (Les Grands Magasins, La foire du Trône, Le feu d’Artifice et le Bal Populaire du 14 juillet, les brasseries…) qui tranchent violemment avec l’ennui et le vide des scènes d’opulence (Le Petit Salon de Madame, le Golf, le cours particulier d’arithmétique…). Et, lorsqu’on connait bien les récents travaux des Khalifé, leurs mélodies coulent de source. Rami interprète la trame romanesque, truffant les mouvements principaux de références aux thèmes classique comme des passages de la Marseillaise lors du Bal du 14 juillet. C’est léger et joliment travaillé, avec un petit goût suranné tout en étant décalé et drôle. Mais tout cela serait fade sans le renfort instrumental du petit frère. Maître es Percussions en tout genre, Bachar donne vie aux personnages faisant battre leurs cœurs de celluloïd ; rehaussant leurs visages tantôt étonnés, contrariés ou heureux ; laissant pulser les émois dans leurs veines de pellicules anciennes. Et en un clin d’œil, voilà 2h30 de votre soirée englouties. Les musiciens eux sont exténués, cette épopée en avait dans le corps.
Découvrir de vieux films moyennement passionnant à travers le prisme d’une musique contemporaine fascinante, voilà une belle manière de se garder du piratage.


