
IN VITRO 09 – Archaos par l’Ecole de cirque de Rio
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Archaos, cirque, In Vitro 09, La Villette, spectacle
Catégorie: du cirque...
Cirque contemporain / Parc de La Villette / jusqu’au 26 décembre
J’avais une dizaine d’années lorsque, médusée, j’assiste à la présentation de Game Over 2 avec ma sœur. Sur la scène (et non pas une piste) un homme à moustache et képi arbore un déroutant string en cuir et fouette l’une de ses trois « putes » pas assez docile. Quelques années plus tard, le même artiste interprète un savant fou dans In Vitro. Je suis en pleine adolescence et rêve chaque nuit d’avoir une crête de punk rose et verte sur la tête – eh oui chers parents je vous épargné ça finalement… Puis Archaos s’est essoufflé après avoir tenté un nouveau spectacle très décevant dont je ne me souviens même plus du nom où des ninjas s’affrontaient sur un plancher à 45° de dénivelé.
Ma première réaction à l’annonce de ce come-back n’était pas positive. Nos oreilles subissent suffisamment d’humiliantes reformations de groupes de musique pour qu’on nous ressorte un passé des Arts du Cirque. Comment Archaos, compagnie fondatrice de la mouvance trash du cirque contemporain, antithèse du Cirque Plume réputée pour ses artistes punks et son gout prononcé pour la provocation et le risque extrême (jongler avec des tronçonneuses allumées, se faire tirer par les cheveux…) pouvait-elle tomber dans ce travers commercial bas-de-gamme de remettre le couvert ? Il faut savoir passer à autre chose et, en général, les retours en arrière n’ont pas grand-chose de positif. He bien, seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis et force est de reconnaitre que la réinterprétation d’In Vitro par l’Ecole de Rio est à ne manquer sous aucun prétexte.
Première rupture avec les maitres, on réintègre ici le chapiteau et sa piste circulaire qui avaient été abandonné volontairement pour souligner la rupture avec les conventions. C’est le retour d’un spectacle au plus près du public, satisfaisant ce désir malsain en chacun de nous de côtoyer les « monstres ». Car In Vitro évoque les dérives de la génétique. Un chercheur obnubilé par la création d’êtres, joue les apprentis sorciers avec ses clones. Lui-même est d’un genre bionique, puisque ses pied sont cédé le pas à des rollers. Les numéros sont tous fonctions d’une structure octogonale centrale montée sur roues et pouvant de ce fait tourner sur elle-même. Corde lisse, drap, trapèze Washington ou mât chinois, tout se passe à plus ou moins haute altitude. Sans oublier un sublime numéro de fil mou où la créature la plus aboutie, une femme, apprend à marcher avec une fascination pour son géniteur.
Second affranchissement d’avec les ainés, on ne respecte plus l’interdiction d’avoir des animaux vivants, pacte pourtant établi pour une bonne raison, la télévision ayant remplacé ce service de « monstration ». On retrouve donc des poules et des moutons bien vivants, même si l’on ne leur fait pas exécuter de numéros à proprement parler. Les fondateurs d’Archaos auraient hurlé au scandale ou à la rigueur, sacrifié les animaux sur place. Les costumes sont tout autant pertinents, découvrant des acteurs au jeu extrêmement soigné. On réintègre même les paillettes du cirque traditionnel, sans la grossièreté. La provocation des années punk d’Archaos a laissé place à une poésie fascinante. Ni morbide ni vulgaire, mais muette
Mais la réussite de ce spectacle tient dans l’accompagnement musical de toute beauté. Bien souvent les Arts du Cirque ont souffert d’univers sonores au rabais. Bandes-sons de mauvaise facture ou mélodies live surexploitées et entendues partout jusqu’à l’écœurement. La parole a elle-aussi disparu, les cordes vocales sont très peu utilisées. In Vitro 09 puise sa force dans le travail des électroniciens présents. Les nappes électro aux sonorités « liquide amniotique » et les pieds techno samplées à l’aide d’un jeu de diodes et lasers apportent la touche d’excellence au spectacle. Trop souvent considérée comme une musique de drogués ou de jeunes écervelés, l’électro devrait plus souvent retrouver ses lettres de noblesse dans les arts.
In Vitro possède donc un clone. Un spectacle à la trame similaire malgré tout un peu différent. Un petit frère ou un descendant qui serait déjà plus sage, plus expérimenté de la vie. Belle mise en abîme du sujet… Un spectacle à voir et discuter, où les poules vont changeront des dindes de vos assiettes de fin d’année.


