
NEW YORK CAMOUFLAGE [1] Mc Inerney à rebours
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:auteur américain, Big City, Bright Lights, Jay McInerney, La belle vie, livre, New York, roman, Trente ans et des poussières
Catégorie: Ce que je lis, Ce que je regarde
| Aperture: | f/10 |
|---|---|
| Focal Length: | 18mm |
| ISO: | 200 |
| Shutter: | 1/250 sec |
| Camera: | Canon EOS 450D |
Les aventures d’une parisienne « who looks so local »
Peut-on être à l’image d’une ville ? Durant tout mon séjour à New York, on n’a cessé de me demander où se trouvait telle rue, quelle ligne de métro prendre pour aller à Brooklyn ou si ma robe venait de chez Anthropology. Et cette bobo américaine de ponctuer d’un « Really ? But you look so local ! » à l’annonce de ma nationalité française. Fait d’autant plus déroutant qu’à Paris, on me demande rarement son chemin et que je me suis rarement senti aussi bien dans une mégalopole que dans la grosse pomme. Aurais-je donc une double identité ?
Une chose est certaine, après avoir relu Ian McInerney dans l’ordre antéchronologique, cet homme pense comme moi. Et lorsqu’il raconte sa ville, j’ai l’impression d’y vivre depuis 10 ans (donc je pourrais non seulement avoir vécu toute ma vie à New York mais en prime être un homme…weird).
- Ian McInerney à rebours –
McInerney rédige des romans à caractères récurrents. Il est donc normalement logique de lire ses œuvres dans l’ordre. He bien j’ai tenté l’inverse et j’ai adoré.
En 2001, New York a vécu le traumatisme de se prendre en pleine tronche des carlingues métalliques venues se ficher dans ses phallus rectangulaires les plus hauts. Il a plu du verre et des corps d’employés de bureaux pendant des heures et une poussière digne d’un volcan islandais s’est immiscé dans chaque recoin de Manhattan.
Vingt ans auparavant, une pluie de golden boys avait fracassé les pavés des mêmes rues après la récession économique. Comme si New York est vouée à voir pleuvoir des trucs autres que liquides.
Corine et Russell qui étaient de jeunes trentenaires dans le premier opus (Trente ans et des poussières) sont devenus parents de jumeaux dont le patrimoine génétique a été gracieusement fourni par la petite sœur. Corine est devenue mère au foyer après avoir été tradeuse, Russell aime cuisiner et a repris une activité normale après s’être pris pour un entrepreneur capable de racheter une maison d’édition.
Entourage mondain, travers et inconsciences des différentes classes de populations, bassesses et mensonges du gratin… Tout y passe, narré avec humour cinglant et constats décapants. Sans rien révéler de ces fresques sociales, je ne peux que vous encourager à les lire.
Poussant ma démarche de lecture inversée, j’ai également dévoré Bright lights, Big City, le premier roman de l’auteur. New York à rebours ressemble à une vaste équation de légo. Ian McInerney dépeint une mégapole toujours en travaux où les quartiers à la mode changent régulièrement. Il choisit le prisme de la drogue et de l’obligation sociale d’enfanter dans une société toujours plus aseptisée et policée qui entretient dans le même temps une illusion de liberté et d’évolutions positives. Le rêve américain par le bout de la lorgnette… Son style littéraire s’est tellement affirmé qu’on pourrait croire à plusieurs auteurs, plutôt que de devenir vieux con, lui a décidé de simplement grandir en mesurant chaque concession qu’il serait prêt à faire. Magistral.
Il est donc évident que je ne suis pas New-Yorkaise mais qu’un auteur a été suffisamment doué pour lui donner si bien vie que j’ai la sensation de connaitre cette ville depuis toujours. Les évènements des dernières années imposeraient que Mc Inerney se lance dans un troisième opus des aventures de Corine et Russell en pleine crise économique de 2008 et changement politique marquant avec l’arrivée d’un noir au pouvoir. Alors encore une fois je reconnaitrai cette ville comme si j’y avais toujours vécu. J’aimerais avoir le talent de lui brosser le portrait de Paris en retour. Jay, si tu me lis… (ben quoi on a le droit de rêver non ?)



Si tu veux connaitre l’histoire de Corine et Russell jusqu’au bout des doigts, tu as deux nouvelles dispo dans les deux recueils où il y a leur rencontre dont il parle déjà dans 30ans de et des poussières et l’autre qui parle d’eux juste avant La Belle vie. McInerney c’est un auteur magistral, de le meilleur de sa génération pour moi, rien à voir avec le coté clinquant de Bret Easton Ellis. Il n’y a pas de mauvais McInerney…le dernier Savage se passe loin de New York et pourtant ça fonctionne, on part à corps perdu dans cette histoire autour de la musique pendant plusieurs décennies. Moi, tout craché vient de sortir en poche. En attendant la suite.
« Quatorze ans à New York, c’est comme vingt-sept ans dans le reste du monde. »
Cordialement
Dicky le Canard