FRANCESCO TRISTANO + ARANDEL @ Café de la danse

By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

jan 05 2011

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Catégorie: des concerts...

2 Commentaires

Musique contemporaine / Electro / 15/01/2011

Un live dépend toujours de nombreux facteurs parasites qui n’ont rien à voir avec la qualité d’un artiste. Le temps qu’il fait, la fatigue des musiciens ou du public, les problèmes techniques sont des aléas avec lesquels il faut négocier à chaque prestation. Un live-report est donc par nature subjectif…

2011 devant incarner le renouveau, j’avais choisi avec soin le premier concert auquel  je souhaitais assister. Avec Infiné je ne prenais pas de risques, Arandel ayant sorti l’un des albums les plus travaillés de 2010  (cf. chronique) et Francesco Tristano ayant autant de dextérité avec un piano qu’un cuisinier japonais avec des couteaux à poissons. J’étais de bonne humeur, le Café de la Danse me rappelait d’excellents souvenirs (cf. chronique Aufgang au Café de la Danse), le temps parisien était clément, j’étais entourée d’un tas de gens intéressants… Je devais forcément passer un excellent moment. Du moins je le croyais…

Arandel a signé avec In d l’un des disques les plus surprenantde 2010.Le concert précédent au Batofar (cf. chronique) avait, au-delà de l’excitation liée à la découverte de la version scénique d’un album épuré et fascinant de créativité, un côté « grand cirque et joyeux bordel » festif pas toujours fantastique mais bon enfant et très entraînant. Ce soir, les invités d’Arandel étaient moins nombreux mais prestigieux, ce qui donnait une texture plus chic (plus parisienne aussi) à l’ensemble. Hormis de quelques soucis techniques sur lesquels on ne se formalisera pas, Pokett (Theremin, guitare) et Vanessa Wagner (piano) avaient tous les instruments et le talent en main pour transformer ce concert en pièce-montée de perfectionniste. La salle étant en multidiffusion, les plus exigeants devaient être comblés. Force est de constater que même en possédant les meilleurs ingrédients, la sauce ne prend pas toujours. Lorsque s’instaure enfin la féérie musicale dont est capable l’artiste aux yeux de panda,  plus des deux-tiers du temps imparti s’est déjà écoulé. On assiste mi-médusé, mi-incrédule à une juxtaposition d’excellentes partitions qui ne trouvent pas à s’accorder. Une atmosphère free-jazz se dégage, rattrapée par des influences kraut, lesquelles ne trouvent pas d’harmonie avec le piano… Gageons que ce n’était qu’une anicroche dans un parcours sans faute, démonstration qu’Arandel reste humain donc faillible, un perfectionniste encore perfectible a quelque chose de rassurant.

 

Après un changement de plateau rapide, Francesco Tristano est attendu au virage. Son album, trésor de technicité et de raffinement, n’en est pas moins entaché par l’influence parfois lourdingue de Carl Craig, producteur certes en vogue mais peinant à se renouveler et donnant de plus en plus à penser à un label qu’on accole au produit pour mieux le vendre. Mais Francesco a su démontrer par le passé ses multiples qualités en matière de technicité et créativité et innovation, personne ne doute qu’il puisse à nouveau garder un esprit critique. Savoir s’entourer tout en sachant se préserver des travers faciles.

Bien peigné et costume noir rehaussé d’un foulard vert trop bien ajusté, l’apparence lisse et apprêtée aurait dû contraster avec ce qui sort de ses machines et instrument. Malheureusement,  on assiste impuissant à la démonstration d’un interprète classique ne parvenant absolument pas à s’extraire du moule de son dernier opus. De micro-moments de poésie rappelant Satie sont trustés par des pieds agressifs et insipides. L’agilité des mains est entachée de bidouillages incessants. Tous les travers, qu’indulgent et malgré tout admiratif, on avait jugé bon de ne pas souligner (cf. chronique du disque) sont présents, mais la part d’improvisation et de spontanéité manque cruellement dans ce concert trop bien huilé. Francesco Tristano a continué de mélanger électro et répertoire classique dans le sens où il interprète de manière classique une musique actuelle amplifiée qui ne devrait pas avoir de partition trop détaillée mais de grandes lignes directrices à réinventer à chaque concert. On s’attendait à l’inverse de sa part. Il possède toutes les clés en main, libre à lui de les utiliser et de ne pas s’endormir sur ses lauriers…

Il ne s’agit que de mon avis, qui n’a aucune valeur pour personne (à peine moi).

Francesco a paniqué, manqué de temps pour se préparer, était simplement exténué ? Il ne s’agissait heureusement que d’une soirée, nullement d’un avis arrêté sur ces deux musiciens qui, quoiqu’il arrive, restent mille fois plus agréables à entendre que n’importe quelle superproduction à gros sabots dont on nous avilie chaque jour les oreilles. Une déception mesurée qui n’a pas empêché de passer une excellente nuit comme on en souhaiterait bien plus à Paris.

Une autre chronique (romancée) par GoodKarma

2 comments on “FRANCESCO TRISTANO + ARANDEL @ Café de la danse”

  1. En réponse à l’article rédigé de façon gracieuse et avec style sur un évènement que l’on annonçait prometteur par Laure sur “NotForTourists-Paris”, voici mon ressenti.

    Les compliments sur son article? Il ne sont pas loin de s’arrêter là car je n’ai pas ressenti çà, étant totalement de l’avis de Violette.

    Est-ce dû au fait que le public parisien a parfois du mal à s’immerger totalement dans la musique en occultant toutes les éloges et les critiques positives qui auréolent la tête des artistes?..

    La prestation d’Arandel enveloppée par une atmosphère pourtant idéale en matière de lumière et d’obscurité ne fut qu’une chimère. Des loupés techniques rapides et difficilement pardonnables à ce niveau ont malheureusement vite éteint le feu attisé.
    Le concept expérimental ne manque pas d’audace et possède un véritable potentiel mais j’ai eu l’impression d’assister une symphonie inachevée. Car le visuel ne doit pas suffire pour masquer le rendu sonore. Car le résultat, la matière, se doit d’être et de rester la musique peu importe la technique employée pour y parvenir.
    J’ai davantage eu l’impression d’assister une succession de jeux d’enfants sans ordre ni congruence. Il y a bel et bien eu quelques secondes magiques proposées avec un public qui a su, de manière unanime, se lever et vibrer à l’unisson. Mais ce fut pour moi insuffisant: l’apport du rendu « live » étant trop faible par rapport la partie enregistrée en studio.

    Quand à Tristano, je suis resté sur ma faim également. Ayant eu l’occasion de l’écouter récemment dans un contexte idoine, sa virtuosité n’est plus à remettre en cause. Cependant, je l’ai trouvé exténué de fatigue: dans ce cas, l’état physique influe sur une espèce de quitte ou double. Soit l’artiste est la frontière de la rupture corporelle et joue avec celle-ci pour donner une dimension supplémentaire son œuvre; soit il dépasse ce seuil critique et le rendu sonore y perd en qualité. J’ai l’impression d’avoir assisté au deuxième cas de figure. Certes, j’ai vibré par moments (Nach Wasser Noch Erde) mais je n’ai pas senti le public aussi réceptif. Lui faut-il des photos irrespectueuses du lieu et de l’ambiance pour qu’il s’approprie égoïstement ce moment musical? Lui faut-il de la bière pour qu’il jette des gobelets vides du balcon sur le bas peuple? Lui faut-il uniquement un kick pour qu’il s’enflamme alors que la densité sonore proposée par Tristano peut être son paroxysme sans cet élément dispensable? Est-il trop fermé sur le monde électronique des clubs pour entrer immédiatement en adéquation avec une musique différente? Tout est possible…

    Pardon si je choque avec une exigence peut-être trop grande mais il m’est impossible d’être un auditeur béat. J’ai trop de respect pour la création artistique pour me contenter d’un « c’était énorme » alors que le potentiel est clairement gargantuesque et mérite d’être réécouté un jour encore plus favorable.

  2. Illya,
    merci du fond de mon âme de confirmer mes impressions d’une manière si joliment développée et argumentée comme il se doit (note pour moi-même : penser à utiliser plus souvent “congruence” et “idoine” dans mes chroniques… :) ).
    La promotion pour ce concert, sur ce site tout particulièrement, a été telle que j’ai ressenti un profond malaise et désarroi à publier une critique impitoyable sur ce concert auquel j’ai assisté ce samedi soir.
    Me voilà rassurée de trouver des échos qui vont dans mon sens,
    mais non moins désolée pour Francesco qui, je le souhaite plus que tout, sera à nouveau en grande forme pour sa prochaine prestation.


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