
NEW YORK CAMOUFLAGE [2] Lunch at Tiffany’s
Les aventures d’une parisienne « who looks so local »
J’ai toujours adoré New York pour un film, Breakfast at Tiffany‘s. Avec Le Mépris, je les regardais en boucle – bon d’accord, plus jeune j’ai aussi regardé Petit Pied et la vallée des Merveilles et Les Visiteurs en boucle… Je ne suis pas si gauche caviar que ce que vous croyez
Ce que j’aime dans ce personnage d’Audrey Hepburn, c’est cette insouciance au milieu de la ville qui fourmille, sa candeur si spontanée qu’on lui offrirait la lune pour revoir encore une fois ses yeux pétiller et ses pommettes se rehausser d’un sourire.
Donc dans ce film, ils vont chez Tiffany’s pour l’ouverture, parce qu’elle a un jour bleu. Et il se trouve que ces derniers mois, mes jours bleus avaient carrément tourné au noir ébène. Mais, comme dans la chanson de B. Biolay, si « tout ça me tourmente [et que] la douleur m’éventre […] Je ris dès que je peux ».
C’est comme ça que j’ai eu l’idée de me faire une journée où je me faisais mon cinéma.
Lunch at Tiffany’s
Un remake de mauvaise facture parce qu’on ne vit qu’une fois
Dans le film, on a donc une jeune et jolie actrice brune svelte en robe noire. Je fais avec ce que j’ai sous la main : moi, blonde et pas actrice ni mince… J’enfile une robe rouge coquelicot, m’octroie les services d’un (bon) paparazzi et c’est parti.
La gare : quelle qu’elle soit, une gare reste un espace de transit. Chacun est en mouvement, cheminant selon un itinéraire qui lui est propre. Donc je me plante au milieu et je me momifie. Je deviens un obstacle supplémentaire dans la trajectoire la plus rapide de chacun. Et irrémédiablement je suscite l’interrogation des badauds. Prise à mon propre jeu, je me ravise en quelques secondes et file me planquer dans un café.
Effet d’un vêtement coloré dans une rue à dominantes grise : Pas besoin d’être jolie ni grande pour attirer tous les regards sur soi. Non, un vêtement coloré suffit à vous attirer les regards et les appareils photo. Au milieu de cette avenue grise, la robe rouge fait forcément tâche. Bien évidemment, les regards se détournent quinze seconde après, une fois qu’ils ont compris que je ne suis personne.
Le marché bio : combien de chances avais-je de tomber par hasard sur un marché bio de producteurs en plein Manhattan ? Quasi aucune, j’y vois un coup de ma boss, même pendant mes vacances et en plein remake de ce qui n’est pas ma vie elle ne peut s’empêcher de me rappeler mon boulot ! Les étals de courges butternut et potirons ont l’air si minuscules au milieu des tours que j’en oublierai presque que ce marché est aussi grand que celui de mon quartier parisien.
La limousine : splendeur et décadence de l’Empire Américain, il coûte moins cher de prendre une limousine qu’un taxi pour aller à l’aéroport… On peut être radin et se la péter. Et après on s’étonne que le concept de « people » soit né. Parce que descendre d’une limousine attire immanquablement les regards. Conjugué à la robe rouge, ça devient presque crédible.
Le téléphone public : en France, les cabines sont tellement laides et tellement rares qu’il ne viendrait à l’idée de personne de les utiliser sauf pour signaler un meurtre que l’on vient de perpétrer (au hasard contre sa boss qui vient d’essayer de me rappeler mon boulot en plaçant ce marché bio sur mon chemin) hinhinhin…
Tiffany : Nous y voilà ! Plantage de A à Z côté remake : je n’ai pas osé sortir de hamburger dégoulinant, je n’ai pas osé faire de photo de chaque bijou que j’ai essayé, je n’ai pas osé jouer la comédie en entamant un twist au milieu de l’allée centrale. Mais je suis restée 3h00 à explorer chacun des six étages. A regarder les allées et venues des passants et le difficile travail de l’agent au carrefour à travers les baies vitrées. A discuter avec une vieille dame argentine qui m’a parlé du chic à la française et m’a conseillé de passer mon permis de conduire même si je ne prendrai que des taxis toute ma vie. A croiser encore et encore les liftiers très chics et charmants qui changent d’ascenseur toutes les 15 minutes, délicieux turn-over suranné rappelant une époque que moi, moins de trente ans je ne peux pas connaître…
Après une journée pareille, une révision des salles dédiées à Louis Comfort Tiffany (fils de Charles Lewis) au METS s’imposait, ses fresques Art Déco n’ayant rien à envier à Mucha.
Ce soir là et les suivants, les jours bleus se sont envolés, laissant place à des nuits étoilées sans ombrage. Essayez vous verrez
Crédit photos : Michaurel (avec beaucoup de Merci inside)
Épisode précédent : New York camouflage [1] : Mc Inerney à rebours








