
PARLE A MA MAIN… [5] : THE DO (B.W.O.J.) ou l’assaut final
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Cinq 7, démission, disque, duo, fin, groupe français, monde du travail, relations humaines, The Do
Catégorie: des disques..., Parle à ma main
C’était une belle matinée.
Le mois du dieu de la guerre dans ses beaux jours. Avant les giboulées. La mer d’huile avant que la houle ne vienne la rider. La bataille allait être rude, après trois de congé maladie je m’apprêtais à retourner travailler et annoncer dans le même temps à mes employeurs qu’ils allaient devoir se passer de moi à jamais. Le ventre noué depuis deux jours je ne me raccrochais qu’à ça, « au moins il fera beau ». J’avais mon combat, j’avais eu trois mois pour recharger mes batterie et avoir l’énergie de le mener, il me manquait un destrier. Il s’est imposé comme une évidence : The Do. Both Ways Open Jaws allait constituer la bande originale de mon cinéma…
Le réveil, trois mois que je n’avais pas eu affaire à une ouverture des paupières au forceps, une violation de mes rêves matinaux qui sont souvent les plus rigolos. Mon angoisse s’est propagée dans tout mon corps toute la nuit à en juger par la raideur douloureuse de ma nuque.
I’m gonna throw up (…) He was brave and rescued me (…) filled my lungs with oxygen (…) put me back onto my feet told me how to walk and speak (Gonna be sick)
Le soleil radieux et ma gifted-kiné achèvent de me remettre sur les rails pour aller régler son compte à cette entreprise. Et accompagnée des rythmiques de Bohemian Dances, je me martèle (histoire que ça rentre bien) :
I don’t want nobody to tell me what I did wrong or right (…) Look at the sunshine look at the sunrise you’re not in a hurry it isn’t the time (…) as long as we are dancing we can’t be mistaken. I don’t want nobody to take me for what I’m not (…) I know the answer I’m no longer far.
J’ai toujours adoré les transports ferroviaires… jusqu’au jour où il m’a fallu côtoyer les quais de la gare chaque matin. Comme chaque jour, le véhicule voisin part pour la Suisse trois minutes après celui pour la préfecture la moins bandante d’Ile-de-France. En voulant attraper la barre centrale, nne violente douleur dans la main me signale soudain que mon pouce n’a pas dit son dernier mot. Je crève d’envie de me tromper de quai, d’appeler la secrétaire avec un « Désolée c’est sans arrêt jusqu’à Genève » mais la respiration d’Olivia en ouverture de Dust it off me rappelle à l’ordre, les nappes de synthés et la voix cristalline achèvent de me calmer.
Arrivée au bureau, mes collègues affichent des sourires fuyants. Ils SAVENT. La légère crispation du coin supérieur de leurs lèvres trahit cette fausse compassion. Je sens l’éclat de rire monter, qu’ils sont ridicules à faire semblant. Ils ont toujours fait semblant pour tout, leurs vies sont des copier-coller des brochures Kaufman&Broad, leurs fringues sont aussi assorties que celles d’un gamin de deux ans qui se serait habillé tout seul – Vous savez, avec les chaussures aux mauvais pieds, avec deux chaussettes différentes, un pantalon en velours côtelé et un pull bleu avec un canard… ou pire, ce sweat Power Rangers offert par un « ami » de la famille. Je poivre mes plats au moulin, eux utilisent le truc tout moulu. Je n’ai pas de télé, alors qu’ils ne jurent que par les programmes de M6. J’aime aller voir un film d’auteur dans des petites salles quand ils ne fréquentent que les multiplex et superproductions. Je n’y peux rien, je n’arriverai jamais à imiter leur médiocrité. Bientôt tout mon corps n’a qu’une envie, leur crier d’arrêter l’hypocrisie. What’s wrong with you ? Why won’t let me go ? Why won’t let me know now ? Just let me go ! (Too insistant)
L’entretien se passe rapidement et bien plus facilement que prévu, nous sommes d’accord sur beaucoup de choses. Au déjeuner, les endorphines envahissent mon corps à l’idée jouissive que je suis ravie d’être virée, ravie de pointer bientôt au Pôle Emploi, ravie de ne plus jamais revoir tous ces gens. En rangeant mes étagères, grisée par les très énergiques mélodies de B.W.O.J. et Slippery Slope, j’aimerai tout envoyer valser. Faire des piles de dossiers pour les exploser d’un coup de pied, balancer les factures et les appels d’offre par les fenêtres. En ouvrant les tiroirs et en décrochant mes aimants, des fragments de vie me sautent à la figure. Ici un ticket de train suédois, là une Lettre de secours à ne lire qu’en cas d’Urgence d’une précieuse personne, sans compter cette pile de disques pour laquelle il va falloir trouver de la place dans mon appartement surchargé.
En rentrant, exténuée, chez moi, dans ma ville, mon quartier, mon appartement, ma chambre, mon lit je croise les deux amis qui ont accompagné ma journée, placardés sur des les murs comme pour me féliciter. Jusqu’au dernier jour de bons et loyaux services dans cette entreprise j’aurai aimé profondément mon métier et ses missions, j’aurai été fière de m’occuper de problématiques complexes et délicates. Doucement, ma main a relâché sa pression. Pour une bonne raison : j’ai un refuge sonore dans lequel me lover pour supporter les dernières pénibilités (le temps de boucler quelques dossiers).
Was it a dream ? Please pinch me now (…) It was not a dream.
De la mode des duos masculin-féminin ces dernières années, on avait un attachement particulier pour The Do, qui notamment avaient essuyé les plâtres d’une débutante incompétente infichue d’appuyer sur Rec quand il le fallait pour une interview… (cf. interview de The Do à l’EMB-Sannois). Et lorsqu’on sait se faire attendre pour offrir un si bel opus, on n’a rien a se reprocher… à moins peut-être ces choix vestimentaires et de couleur de cheveux
!
THE DO – Both Ways Open Jaws / Duo français / Cinq7 / Sortie le 1er mars 2011
Mais comment on en est arrivé là ? Les épisodes précédents :
Parle à ma main… [1] : Maniaque
Parle à ma main… [2] : Le cake de l’amputée



