Violette [Henri] encore…

By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

mar 10 2011

Tags:, , , , ,

Catégorie: Ce qui m'émeut

1 Commentaire

Article paru initialement pour Voldemag le 24 septembre 2010

Les rencontres sur Internet ne sont pas toujours superficielles… la preuve avec ce témoignage tapoté à 4 mains, sur 2 claviers, à 700 kilomètres de distance.

Je n’avais jamais fait ça.

Moi non plus hein, t’inquiète.

En trois tweet et un mail, Henri avait mon adresse, mes codes d’entrée et ma bénédiction pour venir chez moi. Speed-tweet-dating ? Oui, sans la moindre arrière-pensée. Mon inconnu en qui j’ai confiance. Envie de profiter de l’instant tout simplement.

J’arrivais à Paris pour le week-end. Une jolie invitation, en bonne et due forme. Je la lis depuis un petit bout de temps sur les conseils de Catnatt, j’aime beaucoup ce qu’elle dit. Elle m’intrigue, j’aime son style, sa musique, son univers, alors je dis oui. J’ai envie de la rencontrer.

J’ai invité Henri à l’un de mes brunchs. Ces derniers sont presque une institution. J’en prépare chaque semaine depuis deux ans. Ceux qui y sont invités sont mes plus proches et précieux amis. Quatre ou cinq à chaque fois, pas plus, triés sur le volet plusieurs semaines à l’avance. Et Henri, je lui ai proposé la veille.

Boum, comme ça.

Je savais plus trop où me mettre, surpris et touché de cette proposition. Et puis pourquoi pas. Je sais maintenant que la vie se fait comme ça, au gré des rencontres. Plus les contextes sont originaux ou farfelus, plus on s’en souvient et meilleur démarrent les histoires. Alors hop, fonce.

Lui, histoire de me confirmer que je ne m’étais pas plantée dans mon choix à utilisé un mot magique. « Ça me ferait GRAVE plaisir ». Je n’avais jamais employé ce terme en public sur le net, il ne pouvait pas savoir. Comme si on était connecté tous les deux. Un second Soulmate ?

(Effectivement, j’avais vraiment très très envie de la rencontrer, Violette). Alors GRAVE que je viens, ouai. (En vrai, je ne parle pas comme ça, c’est une feinte).

La nuit précédent sa venue j’ai eu des grosses narcolepsies. Je paniquais à l’idée qu’il n’aime pas ma cuisine, de ne pas être à la hauteur, il ne fallait pas que je gâche tout.

J’ai déjà un énorme respect pour les gens qui reçoivent et qui cuisinent. Parce que dans un premier temps, j’adore le faire et je connais ce stress. Dans un second temps, le faire pour un ou des inconnus, c’est comme au Scrabble, pression compte triple. Alors bon.

Deux heures avant son arrivée, j’ai tout changé. Back to basics. Les secrets de famille m’ont aidé. La tarte au citron de ma grand-mère, recette héritée du jour de son mariage. Le cake de ma mère, rehaussé d’un mélange d’épices dont j’ai le secret. Et puis des trucs à moi copiés en partie sur mon père, mon frère et ma sœur : des omelettes rigolotes roulées avec des tas de trucs dedans, une quiche blettes-épinards-parmesan (dans laquelle je me suis rendue compte trop tard que j’avais oublié les pignons de pin d’ailleurs…). Et puis si jamais il ne trouvait pas son bonheur dans tout ça, j’avais mon arme secrète : les smoothies maison.

Il est arrivé le premier, j’ai entendu sa voix douce et calme dans l’interphone et j’ai immédiatement su que ça se passerait bien. Il ne stressait pas lui. Moi, caméléon, j’ai fait pareil. No worries.

Je me suis collé la honte en quinze seconde dès que j’ai ouvert la porte : j’avais oublié d’enlever mon tablier en Liberty. La desperate housewive husbandless qui invite un p’tit jeune pour égayer sa vie.

La loose.

Si Catnatt avait été là, elle aurait crié au scandale. D’ailleurs il me l’a bien fait sentir : il a fichu le camp illico sur mon balcon, fumer une cigarette.

Violette m’a ouvert la porte. Et qu’est-ce que je vois ? Un petit bout de femme blonde, avec un magnifique tablier en liberty pas du tout kitsch (le liberty n’est jamais kitsch, point), une paire de lunettes noires et un sourire grand comme ça. Ça va le faire. Je le sens tout de suite. Et puis ça sent bon, mais bon. Violette s’est levée tôt ce matin pour faire tout ça, et ça se sent. Les herbes, le citron, le thé embaument l’appartement. J’aime ça. Ça sent la famille.

Mais après tout s’est beaucoup mieux passé. Pas rancunier, on a papoté comme si on avait fait notre collège ensemble. J’implorais secrètement tous les êtres surnaturels de mon Panthéon personnel (Becki Grande Bouche, Mary Poppins, Batman, Hugh Grant et Audrey Hepburn, Jane Austen, Stendhal et Choderlos de Laclos… ah et aussi Francesco Tristano et Billie Holiday en renforts, on ne sait jamais) pour qu’il ne voit pas le bazar intégral qui régnait dans ma chambre. Mais à part ça…

La première chose que je vois avant de m’assoir, c’est un album de Bashung mis en évidence sur l’étagère. Ultime confirmation, ça va bien se passer. Les gens qui aiment Bashung au point de l’exposer dans leur salon sont nécessairement des gens bien. C’est une loi.

Je souris beaucoup, je ris moins. Surtout ces derniers temps, je suis en phase clown triste. Mais avec Henri, on a ri comme des bossus. Il y avait dans ses yeux un peu fatigués ce je ne sais quoi qui me fascine. J’étais timide, je voulais lui poser des dizaines de questions mais je me suis contentée de l’écouter, de l’observer, de l’apprivoiser pour mieux l’aimer, mais aussi de lui raconter, lui montrer, l’encourager.

Enfin, tout ça c’était AVANT qu’il ne goute ce que j’avais cuisiné.

Car, en plus de ne pas avoir apprécié le dernier album de Menomena, Henri a lâché une bombe : il déteste le gingembre. J’ai gardé mon sang-froid. Mon petit papillon ne pouvait pas s’envoler comme ça. Nan pas ça. Henri, merde je t’aime et tu me taillades déjà la veine ? J’ai passé mentalement en revue l’intégralité des choses cuisinées et me suis félicitée d’avoir opté pour la version “brunch exempt de détonation gustative”.

Le gingembre, en théorie, je ne peux pas. C’est comme lécher une brique de savon de Marseille, ça reste sur la langue pendant des plombes. Brrrr.

Mais, persuadée qu’il y avait baleine obèse sous gravillon, je tente un coup de poker : « Est-ce que je vous fait un smoothie ? » Tout le monde dit oui, forcément, ils ne sont pas fous ils savent ce qui est bon. Henri avait l’air partant aussi. Je tenais ma revanche.

Ouai, ouai, ouai. (Toujours partant quand il s’agit de manger, vous commencez à me connaître…)

Cerises, framboises, fraises, cassis, groseilles, pomme boskoop, kiwi, jus de grenade, pointe d’ananas, menthe fraîche, un peu de lait et d’eau frappée, cannelle, cardamome… et du gingembre. S’il n’aimait pas ça, on ne pourrait pas s’entendre. C’est un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Elle m’a eu la bougresse.

Heure de vérité : en clin d’œil les verres se sont vidés et les visages se sont éclairés de sourires. Afin de chasser un dernier doute, je vérifie que le Henri n’a pas terminé son verre par simple politesse, mais il ne semble pas se forcer. J’ai hésité à lui dévoiler ma blague.

C’était vraiment bon. Suffisamment de gingembre pour le sentir, pas assez pour que ce soit dérangeant. Mais bon, ça ne m’a pas étonné. Parce que ce que tu ne sais pas, c’est que Violette cuisine merveilleusement bien. Elle met tout son coeur dans ce qu’elle fait (c’est peut-être un cliché pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup), parce qu’elle aime les gens, elle aime faire plaisir et elle fait ça bien. C’est un plaisir et un honneur de pouvoir se retrouver à sa table.

Henri est jeune mais ne les fait pas. Il a l’age de mon petit frère, mais il en parait plus que moi. Ce n’est pas une critique, loin de là. Je me retrouve face à quelqu’un de plus mature, plus posé et réfléchi que moi. Seul son visage très poupon trahit que son renouvellement cellulaire est supra-opérationnel. Un jeune vieux. Comme moi mais en différent. Et dans le bon sens du terme, celui dont j’ai beaucoup à apprendre. And I feel oh I feel I’m showing my age…


Je crois que nous sommes deux jeunes vieux. Elle ne le dira pas mais Violette sait beaucoup de choses. Sans pour autant étaler quoique ce soit, elle sait montrer, raconter, expliquer. Elle est franche, éclate de rire comme les enfants, et sait dire quand elle n’aime pas.

J’ai adoré notre trajet en métro aussi. Cette marche à pied et cette ligne que j’emprunte chaque matin pour aller au boulot, l’utiliser soudain sans contrainte, avec ceux que j’aime, en riant de tout et de rien. J’ai emmagasiné précieusement le souvenir pour ma rentrée. Le matin maintenant, je saurai à quoi penser.

Après il y a eu les concerts de Fnac Indétendances. Je devais être gentille, ne pas dégainer mon vitriol préféré. Avec Henri, on pensait tout pareil. Je me resservais de ce nectar précieux à grande rasade. Il m’a tenu le clavier pour que je tapote directement quelques bafouilles pleines d’ironie bien cachée et que je puisse me consacrer à lui. J’ai noté pour plus tard : il fait un excellent support. Quand je remeublerai je penserai à l’intégrer à mon intérieur.

Je fais très très bien le bureau de plein-air. C’est une de mes grandes qualités. Je ne sais pas comment elle fait pour ne pas céder à la tentation d’écrire vraiment ce qu’elle pense. Parce qu’il y a matière a. On passe un vrai bon moment, quand même.

Et puis il a dû partir car il rejoignait d’autres amis. C’était bien normal, il m’avait déjà consacré beaucoup trop de temps. Neuf heures. Je n’aime pas les adieux, j’aurai voulu le serrer fort dans mes bras, je n’ai pas osé.

Je ne suis nul en aurevoirs. Mais bon, en même temps, je sais qu’on va recommencer dans pas longtemps, donc bon. Je rejoins mes amis, la tête pleine de musique et de nouveaux souvenirs.

Ne pas le retenir, le laisser voler comme il l’entend. Il reviendra mon papillon, je le sais.

Ouep, promis.

Violette et Henri - septembre 2010

One comment on “Violette [Henri] encore…”

  1. mais tu parles de quiiiiiii?


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 784 followers