Dr SUFJAN & Mr STEVENS @ Cirkus – Stockholm

Artiste américain / Folk élitiste – Pop fluo / 03/05/20011

Pour mon premier live-report suédois et en ce surlendemain de capture de Ben Laden, j’avais misé sur un américain. Sufjan Stevens offrait un spectacle schizophrène entre pop fluo vocodée et douces mélodies folk exigeantes.

En Suède, avant l’heure ce n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure… Le billet indiquant 19h30, mieux valait avoir réglé sa montre sur celle du Cirkus. En effet, à 19h24 selon moi (et encore j’avance de 5 minutes normalement…), les musiciens prenaient place sur scène, le noir tombait et les premiers accords retentissaient, me laissant à peine le temps d’observer l’endroit, splendide cirque en bois du XIXe siècle ajoutant indéniablement une part de magie au spectacle.

Un rideau-écran brouille la scène, nous projetant au milieu de dizaines d’étoiles comme lors des belles nuits estivales, derrière les rythmiques grondent, les cuivres s’organisent, les voix s’élèvent, on aperçoit des ombres pleines de plumes et soudain le rideau se lève, dévoilant un Sufjan Stevens ailé entonnant un Seven Swans électrique. La machine décolle et l’on pourrait presqu’ immédiatement s’envoler, dans les startings-blocks pour planer. Sauf que.

Petite parenthèse (à la décharge de l’artiste) concernant le public suédois, plus frigide que les trois degrés humides régnant à l’extérieur, faisant passer le public parisien pour un club de midinettes surexcitées. Son titre terminé, Sufjan n’hésite d’ailleurs pas une seconde a inviter les gens à danser puisque les morceaux ont été créés pour, ne remettant bien sûr pas une seconde en cause l’idée qu’on puisse danser de l’intérieur avec son cœur. Véritable moulin à parole, il se perd également en explications, powerpoint à l’appui (!) sur le Vj-ing d’une incroyable qualité, aussi primitif que visionnaire, que l’on doit à un artiste aussi schizophrène que lui, Royal Robinson (qui signe aussi la pochette de The Age of Adz).

Entouré de huit musiciens tous revêtus de costumes noirs à bandes fluo brillant de mille couleurs et deux danseuses-choristes aux chorégraphies Universal Pop Music, Sufjan Stevens offre la vision déconcertante d’un artiste ne sachant plus dans quel registre évoluer. Il alterne les interprétations folk avec les morceaux aussi vocodés que le Paranoid de Kanye West. Les écrans derrière lui vont jusqu’à balancer des séries de photos copier-coller de campagnes publicitaires pour American Apparel (mettant en scène les deux choristes dansant en débardeurs à mailles très fines ou XXL) ou Nike (vu la taille de police d’écriture et le logo sur son tee-shirt, on est certain d’avoir bien lu…). Il semble d’ailleurs en être partiellement conscient, demandant pardon de faire sa Katy Perry. Je vous épargne la vidéo, imaginez le E.T. featuring Kanye West de Katy Perry dont les paroles seraient issues d’Illinoise… Vous y êtes ? Ca donne un peu la nausée hein ?). Profitant qu’il réaccorde un instant une guitare, on remarque que la salle est à l’image de son spectacle, entre décadente folie des grandeurs qui en jette et cocon douillet intimiste. La salle très grande (capacité de 3000 personnes à vue d’œil) est calfeutrée sur les parties latérales, comme s’il avait eu les yeux plus grand que le ventre. Il avait besoin d’une grande scène pour toutes ses installations mais demande soudain à ce qu’on avance le micro pour être plus près du public, se sentant seul derrière son cordon sanitaire de superstar.

Le sacro-saint respect des horaires étant ce qu’il est, on est prié de quitter la salle au bout de deux heures pile, l’artiste n’étant pas même autorisé à faire un rappel. L’équipe technique, pourtant coutumière des shows à l’américaine, n’aura pas eu le temps de déclencher le lâcher de ballons final…

Un spectacle de folk ne laissant aucune part à l’improvisation est à la fois novateur et dérangeant. Un concert tirant parfois un peu trop sur l’animation du podium fashion pour un artiste dont le génie vaut mieux que ça. Mais peut-être ne savait-il seulement pas comment gérer un public aussi nordique ? En tout cas, à 21h30, heure probable à laquelle il commencerait à peine son spectacle à Paris, les suédois eux rentraient déjà se coucher, laissant l’élégant Docteur Sufjan en proie aux démons junk music du Mister Stevens… Gageons qu’il ne prendra pas la pente savonneuse des gUiLlemoTs ou de Noah and the Whale (R.I.P. groupes talentueux) dont les nouveaux opus sont des catastrophes de banalités musicales.

Droits photo : Still my heart beats so slow

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