ALBERT WATSON @ Fotografiska – Stockholm

Photographe écossais irrévérencieux / du 15/03 au 12/06/2011

Tout le monde connait la photographie d’un Alfred Hitchcock tenant une oie  ou le visage de Mick Jaeger auquel se substitue un Jaguar… On sait moins souvent que derrière ces portraits se dissimule un drôle de Monsieur impertinent. Retour sur une exposition faisant la part belle au « reste » de sa carrière, celle la moins connue car beaucoup moins tendance : les absurdités du monde moderne.

Avant tout, il est amusant de noter que ce photographe est… borgne. Ça tombe bien, dans un objectif, on utilise toujours un seul œil et toujours le même… Ensuite, si cet homme est renommé pour ses photos de mode et ses campagnes publicitaires (l’affiche des Mémoires d’une Geisha c’est lui, Kill Bill aussi), il n’est pas pour autant un photographe de mode. Il ne photographie pas la mode mais ceux qui l’incarnent. Son objectif capture l’attache parfaite d’un poignet portant un bracelet précieux, le déhanché sublime sortant d’un drapé, la cambrure gracile d’une nuque sur laquelle une frimousse semble tenir en équilibre. Il y a également beaucoup d’humour et d’impertinence dans ces clichés. La réinterprétation de la place de la femme, à la cuisine, en escarpin sur la gazinière en est le plus bel exemple. Rares sont les photographes côtoyant l’univers de la mode qui sachent rendre aux modèles leur véritable place, non pas un simple porte-vêtement mais bien ce qui donne vie à une création. Un vêtement n’est rien sans l’alchimie avec la chaleur d’un corps pour l’habiter, un bijou n’a de valeur que s’il est entouré d’une histoire, une chaussure reçoit le meilleur soin en étant portée.

Cette partie émergée du travail d’Albert Watson cache un iceberg encore plus intéressant. Des photo-reportages sur les ambiguïtés humaines. Albert Watson a notamment passé du temps à photographier l’univers des dominatrices de Las Vegas. Rien de plus factice que les décors de Las Vegas, rien de plus fascinant et cru que des femmes que l’on paye pour jouir d’être malmené. Carton pâte contre cuir. Jeu contre Jeu. The Strip, la mise à nue sous toutes les coutures, dans tous les sens du terme.  Parmi elles, Breaunna. Regard de velours dans une main de fer. Rouge des enseignes, des lèvres, de la moquette épaisse, du sang. Noir d’ébène de la nuit, des ustensiles vinyles, des cheveux de jais. Léopard des draps et du tempérament. Longtemps les images restent en mémoire, même prises de dos on sent le poids des regards des femmes, aussi dur que fragile, aussi grave qu’enjoué. Photographiées et mises en scène comme des objets, le photographe est pourtant leur jouet.et vous devenez  témoin voyeuriste sans avoir rien demandé.

Une exposition à ne pas rater si vous passez dans le pays des rennes et des saucisses… Hej do !

© Photographies – Albert Watson

Cet article est initialement paru sur Voldemag

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