Ces dernières années, la grande faucheuse a fait des rafles sévères dans les rangs des musiciens piliers, d’Alain Bashung à Vic Chestnut, en passant par Jacno ou Gil Scott Heron… Deux opus de reprises viennent fleurir les platines, en hommage à deux amoureux de la vie épris d’un profond mal-être…
Alain Bashung, qui a tiré sa révérence il y a deux ans déjà, laisse sa place à une armada d’interprètes qui lui arrivent rarement plus haut que la cheville. Néanmoins Tels, la compilation hommage réalisée avec la génération de trentenaires (parfois un peu plus, parfois un peu moins) a le mérite de nous faire redécouvrir certains textes comme cette version de Je fume pour oublier que tu bois par Keren Ann qui reste la seule à s’affranchir complètement du maître dans une interprétation pop atmosphérique qui transforme le titre. D’autres morceaux, comme Ma Petite Entreprise par B. Biolay ou Aucun Express par l’inimitable voix de Bertrand Cantat, permettent de réaffirmer que certains endommagent leur talent à préférer faire des conneries et/ou bâcler leurs disques. Enfin il y a des surprises, comme le Gaby oh Gaby par BB Brunes, presque convaincant, le groupe ici correctement drivé en se contentant d’être interprète démontre qu’il peut vraiment être transcendé…
En redécouvrant Alcaline par Christophe (écrite en hommage à Aline… la boucle est bouclée) ou les Volutes de Stephan Eisher, on continue d’encaisser des coups de lattes, un baiser, des coups de lattes, un baiser, des coups de lattes, un baiser… Son ombre n’a pas fini de planer.
Injustement sous-estimé, Jacno, précieux à la chanson française pour son univers traversé par cette même mélancolie larvée sous couvert de mélodies légères, a droit à un hommage chic et soigné. Jacno Future présente une brochette de chanteurs qui ont croisé la route de l’ex-Stinky Toys, accompagné d’un livret beau comme une carte de St-Toi-Mon-ToiT, avec ses photos en noir et blanc et son portrait peint par Jean-Charles de Castelbajac. De son front s’écoule ce filet noir, fêlure d’un homme dont la famille qu’a pas savoir toutes les nuits, qu’a sourd à la carrière artistique de Denis Quilliard qu’a mourut trop tôt.
Home (B. Biolay et C. Mastroiani), J. Higelin, Christophe, Dominique A ou Miossec (& les Valentins) donnent de la voix et soignent les arrangements pour rendre sa place à l’alter-ego d’Elli Meideros. Chaque titre a été travaillé séparément de manière libre par les différents interprètes et pourtant c’est une chorale qui réaffirme à l’unisson son amour et son profond respect au plus intègre punk de sa génération.
Et au-milieu de cette joyeuse troupe, une jolie voix claire se fait entendre derrière les Amoureux Solitaires electro d’Etienne Daho. Hommage discret mais poignant et cathartique d’une jeune femme à la beauté synthèse de ses parents. Avec JC de Castelbajac pour cavalier/courroie de transmission, Calypso, porte en elle l’apaisement de la nouvelle génération qui saura néanmoins se faire respecter pour l’artiste PurSang qu’elle est (avec Alexandre Chatelard, également présent sur le disque dans une version retro à la Guy Marchand de T’oublier) .
A la vie à la mort ça ne s’effacera pas. Allez hop, appuyons donc de nouveau sur Play.
Tels – Alain Bashung par Noir Désir, Gaëtan Roussel, M, Benjamin Biolay, Keren Ann, Vanessa Paradis, Stephan Eicher, Dyonysos, Christophe, BB Brunes, Miossec, Raphaël – Barclay – 2011
Jacno Future – Stinky Toys, Jacno solo et Jacno et Elli par Dominique A, Home, Etienne Daho, Brigitte Fontaine, Katerine, Francis et ses peintres, Thomas Dutronc, Chateau Marmont, Jacques Higelin, Coming Soon, Miossec & les Valentins, Christophe, Alex Beaupain & Frédéric Lo, Alexandre Chatelard, Stéréo Total – Polydor – 2011





J’ai encore la voix de Christophe sur Alcaline, et les 7 notes récurrentes du refrain comme des coups sur l’arrière de la tête… ce morceau est magique.
Sinon, Jacno, j’y serai le 30 juin…
J’aime qu’on partage cet amour pour des chanteurs plus agés que nous mon jeune,
J’aime l’idée qu’on aille voir des moyens-vieux chanter un parti-bien-trop-tôt.