ON SE LA REFAIT ? #2 (alive) : Brigitte FONTAINE et Julien BAER

A l’arrivée des grandes vacances, on voit fleurir des compilations en tout genre pour les mettre directement dans la voiture.

Dans ON SE LA REFAIT ? #1 (Hommage), nous revenions sur deux compilations réalisées par des gens vivants pour deux artistes français ayant pris leur retraite terrestre trop tôt.

Mais cette fois, Brigitte Fontaine et Julien Baer sont loin d’être enterrés…

Lorsqu’on n’est pas encore mort, on peut se payer le plaisir d’une compilation rigolote. A l’instar de Brigitte Fontaine qui choisit de réinterpréter exclusivement en duo une dizaine de morceaux inédits ou qui ne la satisfaisaient pas. Le résultat est assez saisissant, la Dame Baroque s’étant entourée de personnalités considérées comme sulfureuses, déviantes ou borderlines par nos sociétés normatives. Ainsi Arno l’alcolo se retrouve à chanter Supermarket de nuitGrace Jones exprime sa schizophrénie sur des titres aussi légers (Dancefloor) qu’envoûtants mais fugaces (Caravane), Christophe l’ami du passé et du futur entonne Hollywood pendant que le marginalisé Bertrand Cantat nous coupe l’appétit dans Les Vergers. Mais par-dessus tout le beau Jacques Higelin laisse les yeux humides en s’engagent dans un Duel, cousin d’un Je t’aime Moi Non Plus, pendant plus de six minutes. A l’inverse, cela explique que les duos avec Alain Souchon, Matthieu Chedid et Emmanuelle Seigner sonnent un peu faux, ces personnages étant finalement beaucoup trop lisses pour que leurs aspérités parviennent à être sublimées.

Lorsqu’on l’a rencontré il y a quelques mois, Brigitte Fontaine buvait du champagne dans un gobelet en plastique, rangeait ses cigarettes dans une boite de pansements tête-de-mort, mais était arrivée à l’heure à la minute près et tenait un discours sur son album extrêmement lucide et intelligent. L’un n’empêche pas l’autre…

Brigitte Fontaine & guests (Grace Jones, Arno, Alain Souchon, Christophe, Matthieu Chédid, Bertrand Cantat, Jacques Higelin, Emmanuelle Seigner, Areski Belkacem), L’un n’empêche pas l’autre, Polydor, 2011

Et lorsqu’on a essayé de vous enterrer vivant, on peut proposer une compilation géniale avec des inédits histoire de prouver qu’on existe. Mystérieusement disparu des actualités musicales après quatre disques chez Polydor/Universal (Julien Baer, 1997 ; Cherchell, 1999 ; Notre Dame des Limites, 2005 ; Le LA, 2009), Julien Baer ne savait plus comment faire pour nous séduire pour nous plaire. Julien qui ? Bien sûr que si, vous le connaissez. A l’écoute de ces quinze ans de travail de grande qualité, tant par les textes que les orchestrations soignées et variées, on réalise que, non seulement ses titres sont des classiques (Marie pense à moi, Ne te retourne pas, Tu es une île, Roi de l’Underground, le LA…) mais qu’on voudrait entendre de nouveaux disques. Amertume que de se faire envahir de tubes inaudibles alors que des gens comme lui ne demandent qu’à prendre soin de nos tympans. Le respect qu’il inspire, globe-trotter musical aussi à l’aise avec les saveurs sud-américaines (Le monde s’écroule, Le LA…), les délices rétro-rock (Juillet 66, Marie pense à moi, Ecrit à la main, Roi de l’Underground…), les douceurs africaines (Tu es une îleBamako beat, Fleuve Niger…) ou les balades “étendues américaines” (Une femme seule, Cherchell, Delon…) sans jamais sacrifier la langue française sur l’autel d’une rime facile nous fait soudain souhaiter très fort que ce soit seulement le disque qui tourne en boucle, que l’histoire de sa carrière reprenne, que le cercle se brise.

Quinze titres, un par année de carrière et quatre inédits supplémentaires pour le chemin qu’il reste à faire avant qu’on nous le rende ? Un an, deux ans, trois ans c’est trop long, juste une seconde qui n’en finit pas, qu’est-ce qu’on peut faire ? Se mettre en travers ? Le téléphone qui sonne… et si c’était lui cette fois ?

Sortez ce Grand de ce monde de cette Drôle de situation : écoutez ce disque et parlez-en autour de vous.

Julien Baer, Drôle de situation 1997-2011, 2011.

Et cet été, vous pourrez en prime vous précipiter Galerie Chappe admirer l’un de ses autres talents, la photographie.

Ce que je vois, Julien Baer @ Galerie Chappe, juin-juillet 2011.

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