DESIRS D’AILLEURS #2 : Le bal du vent pire

By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

juil 07 2011

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Catégorie: Ce que je regarde

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Des souvenirs de voyages en attendant les vacances…

Elle en avait plein les yeux, plein le cœur, plein les jambes. Presqu’un mois qu’elle trimbalait sa valise de places en places, d’un bout à l’autre du pays… Après les montagnes solides et ses populations de petits hommes au visage foncé s’adonnant au culte des morts comme des damnés de Patzcuaro ; après les villes coloniales et leurs églises majestueuses ou la contemplation des champs d’agaves bleues à perte de vue et ses fabriques de Tequila ; après le détour Aztèque et la découverte hilarante que l’ascension de pyramides au soleil peut transformer des touristes scandinaves en spécimens plus rouges que des écrevisses ; après les côtes sauvages du Michoacán où, malgré les 40 degrés à l’ombre, il restait interdit de se baigner dans le Pacifique tant la puissance des rouleaux risquait de vous fracasser le crâne et où l’hôpital le plus proche était à quatre heures de voiture lorsqu’une piqure létale de scorpion avait raison de vous en deux fois moins de temps ; après trois semaines sans eau chaude, sans électricité courante, sans télécommunications ni nouvelles du vaste Monde…

En fuite perpétuelle ou en recherche éternelle, impossible de savoir, elle ne se cachait de personne et ne trouvait rien. Elle s’était même laissée entraîner dans un spectacle de lutte mexicaine, où les athlètes en collants à paillettes et masques de cuir ressemblaient au super-héros de son enfance. Et soudain la capitale, une chaleur moite et une pollution suffocante, des enseignes mondiales vendant les mêmes collections de shorts en coton de mauvais qualité qu’au coin de la rue Lepic.

Et la tempête.

Elle apprendrait plus tard que durant son périple, sur la côte caribéenne un cyclone avait dévasté des villages entier et causé la mort de centaines de personnes. Des vies ôtées au hasard, sans logique ni raison d’être. Dans le même temps, le pire mafieux du pays s’était échappé pour la trente-deuxième fois de sa geôle sans que personne ne cherche à le rattraper. Et à l’autre bout du globe, la moto de son oncle avait percuté de plein fouet un taxi engagé dans la rue en sens interdit.

Toutes les thermostats de douche les mieux réglés du monde n’auraient pas suffit à la réchauffer. Le déluge qui s’abattait dehors, résidu d’ouragan, était à l’image de son chagrin. Ses yeux rougis de larmes n’étaient plus capables de voir autrement qu’à travers un rideau aqueux. Les caniveaux ne cessaient de s’engorger d’eaux sales. Bientôt le niveau atteint une vingtaine de centimètres, stoppant la circulation dense et incessante de cette ville grise. Les transports se mirent en berne, les mexicains d’ordinaire si joyeux et optimistes commencèrent à paniquer. Son vol programmé le lendemain pourrait-il la ramener chez elle comme prévu ?

Elle passa toute la nuit à la rambarde de la fenêtre de sa chambre d’hôtel, laissant les orages la tremper et finir de lui lessiver le cerveau alors qu’elle esquissait mentalement les dernières images de ce pays que les intempéries avaient enfin rendu silencieux.

Pieds nus dans les rues pour ne pas glisser et portant sa valise comme un nourrisson emmailloté de plastique afin d’éviter qu’elle ne s’imbibe, elle finit par trouver un métro encore en service qui la rapprocha de l’aéroport. Plusieurs heures de retard plus tard, épuisée, elle s’endormit avant d’entendre l’hôtesse annoncer que l’avion resterait finalement cloué au sol tant que la violence des trombes persistait. Avec quinze heures de retard et sept de jet-lag, elle poussa finalement la porte d’entrée de son immeuble Montmartrois, récupéra son courrier accumulé et s’écroula dans le sofa au moment même où une fine pluie d’été indien obligeait à s’abriter les grappes de japonais en pèlerinage “Amélie Poulain”.

A jamais, le Mexique resterait son plus beau et son pire souvenir de vacances.

Vous avez des souvenirs à raconter ? Court ou long, complexes ou non, drôles ou cauchemardesques, n’hésitez pas à envoyer vos suggestions !

Dans la même collection :

DESIRS D’AILLEURS #1 : Fenêtres sur tours

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