JAMES DELLECK – L’impoli

By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

oct 02 2011

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Catégorie: des disques...

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Rappeur français / Rap chic-choc / Tôt ou Tard – Wagram/ 2011

Le Klub des 7 n’est plus mais il y a de belles carrières en solo pour l’instant en sourdine qui devrait faire parler d’elles. A commencer par le bluffant James Delleck…

Il est beau gosse, il a un cerveau irrigué, il prend son temps avant de sortir son disque, histoire que ce ne soit pas bâclé, il fait du rap qui a de la classe, pose sans survet’ sur la pochette… bref nombreux sont ceux qui voudraient le claquer. Il les laisse faire. Forcément le talent ça ne s’apprend pas, la jalousie comme la violence physique sont des armes de faibles.

James Delleck c’est le mec qui a déjà ouvert un dictionnaire, qui connaît la différence entre la vulgarité et l’impolitesse ; entre l’irrévérence et l’insulte ; entre le mépris et l’indifférence. Les mots n’ont pas besoin d’être gros pour faire mouche. Son album remet chacun à sa place en douceur.

Au chiard qui prend pour excuse d’être élevé par une mère seule pour être insupportable (« T’as une maman alors fais pas ton caprice par terre, d’ailleurs elle t’as offert une nouvelle paire de roller, avec laquelle tu dévales les pentes de la vie (…) à moitié orphelin c’est mieux que rien » in T’as pas d’papa) ou à l’ado qui trouve normal de faire des 400 coups qui manquent de classe (Petit Démon).

Au connard parisien, Beau parleur, qui déprécie la beauté des sentiments amoureux sous prétexte que l’offre est supérieure à la demande (« T’as transformé une partie de mon corps en poutre, c’est surement ce qu’on appelle le coup de foutre ») autant qu’à celle qui crache sur les hommes-c’est-tous-des-salauds dès qu’on la quitte (« Je t’aime pas t’as cru quoi c’était juste un coup comme ça / Je t’aime pas n’insiste pas ta vie de couple ce sera sans moi / Je t’aime pas t’es sympa mais même saoul je t’aime pas ») qui donnent les uns comme les autres juste l’envie de S’enterrer vivant.

Au français qui ne sait que se plaindre de tout, tout le temps à qui on aurait envie de crier en permanence Ta Gueule (« Viens pas chialer tu l’as élu alors ferme ta gueule / J’aimerais s’il te plait et j’suis pas le seul dans la mesure du possible que tu fermes ta gueule ») et De quoi tu te plains (« De quoi tu te plains ? Ca aurait pu être pire t’es pas roumain, t’es même pas rouquin… »)

En quelques strophes et quelques orchestrations sans fioritures, James Delleck traduit avec élégance sa lassitude d’une médiocrité ambiante de plus en plus pénible à devoir supporter. Une société qui confond tout (Totem et tabou), ne crois plus en rien (« T’as pas l’impression d’avoir laissé quelque chose sur le feu, 7 milliards de sapiens comptent moins que la Gibson 62 / Remarque t’as même pas su prendre soin des tiens, regarde ton fils il a des trous dans les mains / Espèce de Mika tu me mérites pas renvoie-moi sur terre, t’es vraiment Dieu ou un intérimaire ? ») et trouve n’importe quel dérapage normal (« Acide comme du liquide biliaire, quelle connerie de retourner poussière, le pire c’est que dans l’ombre d’hier des senteurs me semblent aujourd’hui si familières, peut-être que l’aryen n’est pas qu’en arrière et que le putain de temps n’a pas tout recouvert… Dans le jardin d’Hitler »)

Voilà donc une riposte intelligente et intelligible, les mots contre ces maux. Pour que la culture et l’honneur ne restent pas que Dans ma tête (« Je vaseline mes mots pour qu’on m’écoute cul-sec »), il tacle la béquille du Grand Corps Malade en slammant une sublime déclaration de désamour à Paris en une minute (Nombreux) et se mue en Lapin carnivore (« Tu as mal au cou ça te blesse, c’est à mon tour de tirer sur ta laisse… Vous n’êtes plus dignes d’être les dominants du réel depuis que j’ai retrouvé vos sourires dans mes selles, condamné sans appel dans une chute sans rappel »).

Voilà comment, après une rafale de déception, amicales, professionnelles, affectives, familiales, politiques et même… musicales, on reprend confiance. L’Impoli a un site où vous pourrez puiser des idées d’insultes lorsque vous vous sentez à court (comme « Anaconda végétarien » ou « Azertyophobe »). Toujours plus blindé derrière une carapace, pas question de laisser les tocards nous atteindre, nous valons tous mieux que ça.

Et enlevez donc ces saloperies de tee-shirts Le rap est mort, merci. A écouter d’urgence.

Sortie le 10 octobre

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