Dirigé par Didier Varrod et Patrice Bardot, on nous en rabattait les oreilles depuis un moment. Serge est enfin arrivé. Comme le messie, il doit incarner un renouveau de la presse musicale.
Y’a du boulot.
En somme ils ont une large marge de manœuvre pour faire mieux ou moins pire que le reste des magazines. Alors c’est parti, on tend un billet bleu-gris au kiosquier, on rentre à la maison et on décide de dévorer l’animal au petit matin.
A la vue de la couverture Noir-blanc-jaune mettant en avant Camélia Jordana on pâlit autant que le papier glacé : se seraient-ils payé notre tête ? Ne regardant pas la télévision, je ne connais le nom de Camélia Jordana que pour une mauvaise raison : elle m’irrite les yeux assez régulièrement en faisant la une de journaux racoleurs, affublée d’un macaron Nouvelle Star dont je n’ai cure. Un magazine vantant les sous-produits de la déchéance musicale française, ce n’est pas comme si on en manquait.
Second titre ? Zazie, c’est encore pire. Puis Beth Ditto, pourquoi pas ; Alain Chamfort, on craint le pire ; Jeanne Cherhal, on l’a déjà assaisonnée (cf. chronique) ; Alex Baupain, il va encore nous saouler avec ses navrantes chansons d’amour ; Damien Saez et Raphael, on respecte les hommes sans estimer leur musique…
Donc c’est très mal barré.
Et pourtant. Il suffit de lire le sommaire pour se dire que plein de bonnes choses nous attendent : Dominique A, Arnaud Fleurent-Didier Jacques Higelin, Brune ou Bertrand Belin sont là aussi. Même Joe Dassin dis donc.
Serge, c’est évidemment Gainsbourg, comme le souligne l’édito cosigné des deux rédac-chefs. C’est aussi toute l’esthétique qui va avec. Les pantalons cigarettes, les petites ballerines Repetto, l’eau qui sent bon le frais, la sueur et le mâle musqué. Entre littérature soutenue (esthétique rédactionnelle) et magazine à feuilleter au comptoir (mise en page et choix des publicités), aussi raffiné (Bertrand Belin) qu’accessible (Zazie), autant populaire (par la pluralité des artistes traités ici) qu’élitiste (par les quelques artistes qui appartiennent à des niches musicales restreintes).
A la lecture ce Serge se révèle être une véritable popeline. C’est doux, soigné, chic, intelligent, intéressant, concis… et remarquablement humble malgré tout. Les collaborateurs sont dans l’ensemble plutôt dotés de capacités rédactionnelles et photographiques à la hauteur de ce qu’on attendait. Les articles signés Morel ou Varrod sont particulièrement émouvants. Il y a maintenant quelques mois, France Inter sombrait lamentablement du fait d’une grille au rabais et de choix de licenciements navrants (cf. chronique). Avec ce revirement d’antenne, une partie de son âme s’en est allée. Les articles de Serge respirent ce côté perdu. Lorsqu’on lit Serge et qu’on aime le média radiophonique, on entend ces voix. Elles nous parlent, nous bercent, nous consolent, nous font rire. Plonger une heure dans Serge, c’est entendre une heure une radio disparue (qui reviendra peut-être au prochain remaniement d’antenne qui sait ?).
Et il y a surtout ce pari un peu fou qu’il faut remporter : Sers-je ? Ce bimensuel apporte t’il quoi que ce soit dans le panel de lectures musicales proposées aux kiosques ? Dès la première chronique, François Morel s’occupe de mener bataille pour y veiller. La presse musicale ne doit pas se résumer à un galimatias vernaculaire, pas plus qu’être un réquisitoire Hugolien. La chanson française dont il est question ici n’a jamais été faite pour être décortiquée et étudiée par la lorgnette mais bien pour évoquer des histoires dès les premiers accords. Et le traitement des artistes s’y plie parfaitement. Jeanne Cherhal est réduite à l’expression de son réfrigérateur, Arno est invité à parler de bouffe plutôt que de son dernier (très inégal) opus, Higelin entame un blind-test, Dominique A couche quelques souvenirs de tournée. Il y a un côté réhabilitation de jeux désuets. Et l’attitude et le vocabulaire qui vont avec. Polisson avec Chamfort au pieu, futile avec les objets fétiches de Tété, drôle avec l’horoscope musical de Madame Bréguet… Sans langue de bois ni logiques économiques de copinages ? Cela reste à démontrer sur plusieurs numéros mais on semble loin des accords publi-communiqués des Inrocks ou R&F.
Serge, prénom rétro un brin vieillot. A lire en société autant que dans le métro. Bienvenue et longue vie l’ami.


Quiconque me connaît bien sait que jamais je n’aurais délibérément acheté un livre de ce vieux schnoque de Philippe Manœuvre (pour des raisons que, par décence, je ne vais exposer ici). Donc la personne qui me faisait ce cadeau à Noël savait pertinemment qu’elle prenait un risque. C’est bien, j’aime les gens audacieux, alors du coup je l’ai lu le bouquin. Et bien, c’est comme dans la chanson « Non non rien a changé, tout a continué… ».
Je le reconnais sans détour, je n’aurais probablement pas autant aimé ce roman policier si je n’avais pas vu de mes yeux et côtoyé de mes cinq sens les paysages et autochtones islandais. Un roman policier de vraie vie sans être estampillé Histoire vraie.
Avec un titre aguicheur et une trame historique des plus alléchantes – 1415, la guerre de Cent ans fait rage, la Grande Peste et les famines également et tout les petits et grands seigneurs ne trouvent rien de mieux que de s’entre-assassiner – je fondais beaucoup d’espoirs dans ce court roman de Pierre Combescot qui osait enfin s’attaquer aux fondements du mythe de Barbe Bleue – non que la Petite Sirène ou Cendrillon me gonflent, mais reconnaissons que le personnage de Barbe Bleue est bien plus palpitant. Un opus heureusement court car très décevant.
En publiant Gomorra Roberto Saviano a accepté de mettre fin à sa vie. Pour avoir dénoncé en détail les pratiques de la mafia napolitaine, il a donné sa vie. Il n’est pas encore mort, mais déménage chaque semaine, ne sort jamais seul et est privé de toutes les petites surprises qui donnent à nos existence un soupçon de frisson et d’humanité nous distinguant ainsi des robots, esclaves ou animaux. Condamné à perpétuité à mener une vie austère et rigoureusement monotone pour avoir osé décrire le calvaire des populations italiennes sous le joug de la mafia… C’est tout cela qui ressort des deux courtes nouvelles, Le contraire de la mort et La Bague, à travers le prisme d’une jeune femme ayant perdu son fiancé en Afghanistan et le destin tragique de deux jeunes hommes morts pour avoir voulu résister à leur enrôlement dans la Camora.
Lorsqu’on pense aux romans de Jonathan Coe, on a en tête des romans fleuves, très bien écrits (Testament à l’anglaise, Bienvenue au Club,), des fictions replacées dans un contexte historique essentiel : Thatcher au pouvoir, déferlante du rock (Les nains de la mort), etc… et un humour grinçant doublé de personnages de nature loufoques (La maison du sommeil). Est-ce parce qu’il vieillit ou bien l’auteur a-t’il envie de s’essayer à un autre registre ? Toujours est-il que The rain before it falls est une courte chronique d’une femme lesbienne qui, par le biais d’un magnétophone, livre un témoignage de sa vie à une jeune femme aveugle qu’elle n’a vu que quelque fois dans sa vie. Jusque là, on se dit que les rebondissements vont fuser, que les histoires seront abracadabrantes et très drôles. Mais force est de constater (à la lecture) que le style et le ton ont changé : chronique du roman le plus tristement sombre de Jonathan Coe.
Jeudi 11 décembre 2008, je viens de renverser mon café sur les rails pour réussir à attraper le TGV, début d’une journée bien remplie. Il est à peine 8h30 et je tente de reprendre mon souffle. Lorsque je regagne ma place, l’homme en face de moi me dévisage, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Ses yeux noirs pétillent, il discute avec entrain avec ses deux collègues, son français est impeccable. Nous plaisantons depuis trente minutes lorsque je réalise que si ce visage m’est familier, c’est simplement parce qu’il fait toutes les couvertures des magazines littéraires de ces dernières semaines : j’ai pour interlocuteur pendant les quatre heures à venir Atiq Rahimi, le nouveau Prix Goncourt. Six mois plus tard, j’ai dévoré Syngue Sabour avec autant d’entrain et cette même impression de bien-être que lors de cette rencontre impromptue.
Nouvelle curiosité retrouvée grâce au déménagement, Le Livre des Listes date de 1977 (1980 pour l’adaptation) et s’avère aussi inutile qu’instructif. En effet, il s’agit d’une compilation de listes en tous genres, classées selon 20 catégories. Cela rappelle le bon vieux temps des classes prépas où l’on ingurgitait la « culture » à grand coup de bachotage et cela s’apparente parfois à un livre des records…
Les déménagements servent à retrouver quelques petits trésors. Il y a plusieurs années, j’avais dévoré d’affilée quatre romans de Nick Hornby (High Fidelity, About a boy, Carton Jaune) je les avais tous apprécié pour des raisons différentes. Mais rétrospectivement, seul How to be good me posait ce problème assez récurent lorsqu’on lit beaucoup : pourquoi donc j’ai aimé ce bouquin ? De quoi ça parle ? Alors lorsque j’ai retrouvé une traduction dans un des cartons, j’ai relu… et je n’ai pas changé d’avis. La Bonté : mode d’emploi compte parmi les belles parures de la collection de bijoux de Nick Hornby.
A l’heure où le Pape débite des conneries plus énormes que le trou de la couche d’ozone à propos des pratiques à adopter en matière de sexualité, paraît en France Zones Humides, la traduction du best-seller allemand
3 mars 2009 : je prend un an dans les dents et le jeune auteur Jean-Baptiste del Amo reçoit à l’unanimité le prix Goncourt du premier roman. Parler d’amour lorsqu’on choisit de s’appeller del Amo, c’est un peu pompeux. Sauf qu’en parler en évitant de tomber dans le style Harlequin, ça force le respect. Il ne s’agit nullement d’une autobiographie mais plutôt d’un hommage à une littérature si plaisante et trop souvent restée sous le manteau.
Oskari Huuskonen est un prêtre luthérien qui ne sait plus où il en est : sa foi n’est plus ce qu’elle était, sa paroisse et sa femme lui cassent les pieds… Jusqu’à ce qu’il reçoive un ourson en guise de cadeau d’anniversaire. Ce sera le début d’aventures rocambolesques.

Lorsqu’on veut savoir ce que raconte la presse à l’étranger, il y a avait le Courrier International chaque semaine, il y a à présent Books tous les deux mois.
Taavetti Rytkônen est un ancien conseiller-géomêtre et perd la mémoire. Il se lance dans une aventure rocambolesque avec un jeune chauffeur de taxi, Seppo Sorjonen, à la recherche de ses anciens camarades de guerre.
Enfant, j’avais fini par ranger mon Petit Prince bien serré en haut de ma bibliothèque car j’étais trop émue à chaque fois que je le lisais pour ne pas pleurer. Qui ne connaît pas Le Petit Prince de Saint Ex’ vit en dehors du monde. Il s’agit probablement du livre le plus universel après la Bible. Et lorsque Gallimard met Joann Sfar au défi de l’adapter en BD pour sa nouvelle collection, Fétiche (qui compte déjà une bonne adaptation de Zazie dans le métro par Clément Oubrerie), on est forcément curieux du résultat que ça peut donner. Après la géniale série du Chat du rabbin, on sait que le potentiel de Sfar est énorme et on n’est pas déçu.
Au détour d’un kiosque de la gare Montparnasse, alors que je refais mon lacet, je tombe nez à nez sur un bout de papier très convoité ces derniers jours : le nouveau magazine satirique Siné Hebdo.
