Archive pour la catégorie ‘Ce que je regarde’
Benoit Magimel, film français, François Cluzet, Gilles Lelouche, Guillaume Canet, Jean Dujardin, Les petits mouchoirs, Marion Cotillard
In des films... on septembre 28, 2010 at 8:30

Drame pathétique / Réalisateur français / 2010
Jamais deux sans trois… rarement pour le meilleur, souvent pour le pire. Voilà comment on pourrait sobrement résumer le troisième long métrage commis par celui qu’on prenait pour l’un des meilleurs espoirs de réalisateurs français de sa génération.
Avoir subit un traumatisme est une chose, l’infliger à tous et mal le retranscrire en est une autre. Pour Les Petits Mouchoirs, Guillaume Canet fait ni plus ni moins une thérapie, de celles qui doivent rester sur un divan, couvertes par le secret professionnel. Le réalisateur présent à la séance ayant expressément demandé à ce qu’on ne divulgue ni le début ni la fin du film, nous ne pourrons pas nous étendre sur la pauvreté du scénario, entre Camping 2 et les téléfilms de bons gros sentiments dignes de TF1. Les plans maladroits et fatiguants n’aident pas à camoufler les lacunes de textes qui manquent de rebond.
Autre écueil sur lequel il va sérieusement falloir réfléchir pour son auteur : le choix des acteurs. En particulier, convoquer
« Madame OuinOuin » aka « sa gonzesse qu’il ferait bien de quitter car elle le phagocyte de larmitude » aka « Marion Cotillard » est la pire idée qu’il pouvait avoir. Déjà ridicule au naturel, elle se complait dans un rôle de victime pathétique de la vie, enfant pourrie gâtée incapable de donner. Le reste des acteurs fait ce qu’il peut, tentant de donner vie à des discours plus affligeant de banalité et de trivialité homophobe les uns que les autres. Le seul à qui l’on pourrait éventuellement tout passer reste Joël Dupuch, parce qu’il n’est pas acteur mais ostréiculteur et s’en sort de ce fait plutôt bien. Miser sur sa bande de potes pour tenir le film ne suffit pas. Et d’ailleurs, de véritables amis auraient alerté G. Canet sur la pauvreté de son film plutôt que de le laisser aller se faire ridiculiser auprès de tous sauf des beaufs à gros sabots (qui certes sont nombreux et permettent de gagner un maximum de pognon, mais n’apportent aucune satisfaction en terme d’émulation intellectuelle).
La scène la plus éprouvante est probablement la dernière, elle sonne faux, s’étend en d’interminables longueurs puantes de bons sentiments mais retranscrits et donne envie de hurler au scandale (encore une fois nous ne pouvons pas vous dévoiler de quoi il s’agit, si vous voulez assister au naufrage, dépensez donc vos économies).
La morale pesante de cette histoire est du niveau des cours de récréation : « Si tu pleures pas, ben t’es insensible et le jour où tu vivras cette situation, ben tu te souviendras de mon film et tu verras que j’ai raison ». C’est à vomir. Sobrement, j’ai vécu pire que sa situation de starlette nombriliste et en voyant son film, j’ai eu envie non pas de pleurer mais de cracher à la gueule du réalisateur tant c’est ulcérant de pathos larmoyant.
Il y a fort à parier que cette rature de 2h30 ravira les foules. Malheureusement, gageons que Les Petits Mouchoirs ne seront qu’une parenthèse dans sa carrière. Sinon il ne restera plus qu’à espérer que le prochain film de Gilles Lelouche ne tombera pas dans une telle médiocrité. Et G. Canet peut retourner en analyse en prime tant il est évident qu’il n’a rien réglé…
A lire aussi, la chronique tout aussi élogieuse de Rob Gordon
film, Green, Patrick Rouxel, orang-outan, Indonésie, déforestation, exploitation, huile de palme
In Ce qui m'énerve, des films... on septembre 15, 2010 at 8:30

© Patrick Rouxel - Green
GREEN – Patrick Rouxel / Film documentaire muet / 2009
Victimes collatérales de la déforestation, les orangs-outangs d’Indonésie pleurent dans Green, documentaire agile de Patrick Rouxel.
2010 année de la biodiversité… Le message est matraqué partout, à longueur de journée et les communes ne cessent de multiplier les fêtes des jardins et autres forums des bio (-diversité, -dynamique, -logique…). Mais, si chaque français est incité à prendre conscience que les papillons et les abeilles de nos jardins se font plus rares alors qu’ils sont essentiels, le thème de la destruction des forêts primaires et de la diversité floristique et faunistique est volontiers passé sous silence. Six mois sur douze, le documentariste Patrick Rouxel arpente en solitaire les forêts vierges. Green, sorti en décembre 2009 et toujours projeté en festivals, est son quatrième film.
Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle et avec, leur richesse écologique. Les hectares disparaissent pour laisser place à des exploitations de palmeraies qui serviront à alimenter le monde en huile (25% de la consommation mondiale d’huile*), cosmétiques ou encore les agro-carburants.
Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle. Les hectares laissent place à des palmeraies alimentant 25% de la consommation mondiale d’huile, mais aussi l’industrie cosmétique ou les agro-carburants. Parmi les nombreuses victimes, les grands singes, dont l’orang-outan, qui partage avec l’homme 97% de son génome. Son espace vital se réduit comme peau de chagrin, alors le singe affamé sort de la forêt pour manger les jeunes pousses de palmiers. Dans le meilleur des cas, il est recueilli à temps par les associations environnementales. Mais, très souvent, il est vendu ou tué au gré d’un trafic international inadmissible : attaché à des fils de fer, confiné dans des cages trop petites. Pour chaque spécimen capturé, on estime que dix ont perdu la vie.
« Bornéo, un pré mal tondu »
Green, qui donne son titre au documentaire, est une femelle sauvage sauvée in extremis. Sous perfusion, elle git sur la paillasse d’un refuge indonésien et n’a d’autre choix que de rassembler les derniers souvenirs d’habitat naturel qu’il lui reste. Son regard hagard rappelle celui du réalisateur. Patrick Rouxel a grandi en Malaisie. Il a constaté les méfaits de la surexploitation forestière : « Bornéo, c’est déprimant : quand tu la survoles, on dirait un pré mal tondu, y a plus que des touffes d’arbres. ». Green est son témoignage, un acte citoyen. « Le jour où l’homme perd ses forêts tropicales, ses éléphants, ses orangs-outangs, c’est le début de la fin. » Pas de dénonciations ou d’accusations simplistes, les problématiques liées à la disparition des forêts primaires sont complexes, impliquant des logiques économiques allant bien au-delà de la politique des pays où elles se trouvent. En guise de bande-son, pas de discours larmoyant, mais des chants d’animaux, de la musique classique (qui, dit-on, adoucir les mœurs…).
Après avoir raflé une quinzaine de prix, Green est sélectionné pour la finale du Festival Wildsreen (GB) en octobre 2010. « Ca me fait très plaisir de voir que j’arrive à faire pleurer dans le monde entier. » Un nouveau film , Alma, devrait sortir d’ici décembre, portant cette fois sur les enjeux de l’élevage bovin lié à la forêt amazonienne. Gageons que se multiplieront ces témoignages, criants de vérité et d’honnêteté, contrairement à un travers récurent des réalisateurs faisant de l’environnement un marché lacrymal à but lucratif.
D’ici là, Patrick Rouxel est au fin fond du Gabon, sans moyen de communication, en immersion complète. Avec des gorilles.
www.greenthefilm.com
* : Si 90% de l’industrie agro-alimentaire a recours à l’huile de palme, il est encore possible de ne pas en consommer. A chacun d’agir pour sa santé mentale et physique.
Mise à jour 22/10/2010 : Immense satisfaction de voir Green rafler le Panda D’Or du Wildscreen Festival. Alma devrait sortir d’ici quelques mois.
film, Cleveland, Wall Street, suisse, Jean-Stéphane Bron
In des films... on août 20, 2010 at 8:04

Réalisateur suisse / Docu-fiction politique / 18/08/2010
Il était une fois une ville moyenne d’Amérique. Une de ces cités où chacun, quel que soit son pouvoir économique, est incité à vivre son rêve américain. Avoir sa maison, ses deux voitures, tous les derniers objets électroniques à la mode… Être propriétaire de son toit. Oui mais voilà, vivre à crédit a un prix. Toujours payé par les classes les plus pauvres (puisque ce sont elles qui contractent des prêts). En 2008, la ville de Cleveland, touchée de plein fouet par la crise économique liée à la dégringolade des marchés boursiers de Wall Street, décide de poursuivre en justice 21 banques jugées responsables de la faillite de la ville. L’avocat John Cohen en est le chevalier. Les recours et stratagèmes des avocats des banques se multiplient et le procès tant attendu est repoussé un peu plus chaque jour. C’est alors que Jean-Stéphane Bron, citoyen du pays au système banquier le plus obscur du monde, décide de filmer un procès dans les conditions réelles. Pas de répétitions, pas d’autre jeu d’acteur que ceux des effets de manches des avocats lors de leur plaidoirie et un verdict qui n’est pas un happy end mais celui rendu par le juge et les jurés.
Pas de manichéisme dans ce film, chacun a ses bons côtés et ses mauvais aspects. Huit témoins sont appelés à témoigner et livrent parfois des compléments d’information ou d’opinion en dehors du barreau. La question soumise à la cour est aussi simple que complexe : Wall Street est elle responsable de la situation dans laquelle est plongée Cleveland ? Ces gens jugent leur vie, leur ville, leur pays, leur système judiciaire aussi… Le verdict est rendu par ces mêmes habitants de Cleveland, après moultes délibérations, démonstration qu’il n’y a pas un bien et un mal mais des maux et une honnêteté relative.
Pédagogique (les concepts de subprime ou titrisation n’auront plus de secret pour vous) et instructif (chacun de nous peut être à la place de ces jurés sur lesquels reposent tant d’espoirs et de déceptions à la fois), cette fiction avec que du vrai dedans, manque cependant de cohérence. Non pas dans la structure du film lui-même mais dans la démarche d’impartialité et de total retrait de l’auteur. Ce film était initialement prévu pour être un véritable témoignage historique dans la mesure où le réalisateur devait filmer le procès. En filmant un faux procès dans les conditions du réel, l’auteur pouvait en profiter pour développer les explications parallèles. Certains témoins sont clairement peu instruits et se sont laissés embobiner par des courtiers venus frapper à leur porte. Jean-Stéphane Bron avait ici l’occasion de montrer des extraits des nombreuses publicités dont sont matraquées ces populations, que ce soit à la télévision ou dans leur boite aux lettres. Il choisit de ne filmer que le procès mais glisse pourtant quelques scènes qui ont lieu en parallèle. La démonstration, sans avoir besoin d’être engagée fortement comme peuvent l’être les films catastrophes démagos d’Al Gore ou Michael Moore, aurait mérité d’être parfois un peu plus approfondie.
Malgré cela, ce film mériterait, à l’instar de Violences des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003), d’être projeté à tout élève étudiant de près ou de loin en économie. Car si les témoignages des victimes de ce système sont émouvantes, elles restent somme toute classiques. Alors que les ultra-capitalistes (repentis ou non) témoignant à la barre sont véritablement des sujets d’études. Un film à voir et méditer. La morale la plus cynique de l’histoire étant que ce film sort au milieu de l’été (donc lorsqu’il n’y a personne pour le voir) et que ses financements proviennent en partie de banques suisses qui ont au moins autant de sang sur les mains.
Retrouvez la chronique de mon ami Rob Gordon qui a toujours raison sauf quand je ne suis jamais d’accord
Alexander Vantournhout, cirque, ESAC, Ghislain Ramage, Juliette Hulot, La Villette, Lotta Paavilainen, Sorties 8 9 10, spectacle, Stina Kopra
In du cirque... on juillet 22, 2010 at 6:20

Cirque contemporain / Jeunes artistes / Parc de la Villette jusqu’au 14 août
Il est toujours intéressant de voir le travail de jeunes fraichement diplômés. Parfois encore très scolaire, souvent fébrile, leurs maladresses font leur charme. Depuis quelques années, moyennant un sursaut dans la dernière promotion (cf. chronique Urban Rabbits), le CNAC (Centre National français des Arts du Cirque) nous a habitué à des spectacles dont la qualité laissait à désirer. Pas tant concernant la technique que le style imposé aux élèves. En ce jour de fête Nationale belge, le spectacle proposé par l’ESAC offrait une tout autre définition de ce qu’est un jeune artiste de cirque contemporain. Une conception d’une qualité irréprochable.
Ces quinze anciens élèves, essentiellement issus de la dernière promotion (pour 11 d’entre-eux), en ont dans le ventre. On comprend immédiatement que chacune des personnalités a été choyée et préservée de toute imposition de moule. Des caractères pleins de reliefs beaucoup plus entiers que ceux qui ressortent du CNAC. La piste ronde a ici été remplacée par une scène très légèrement surélevée, carrée et en bois. Costumes impeccables, numéros irréprochables, on ne verra pas s’écouler les presque deux heures suivantes. Alternant solo et parties collectives, interludes musicaux et tours de force, le spectacle respire plutôt bien. La trame générale est seulement dirigée par un petit tyran en robe à crinoline gouvernant à l’aide d’un sceptre squelette. Madame vous présente les sujets de son royaume qui sont là pour la divertir mais aussi la surprendre. Et il n’en faut pas plus pour que le tout fonctionne parfaitement, le public réagit immédiatement.
L’humour et le patriotisme ont la part belle dans ce spectacle. Télescopages d’univers burlesque, pop ou classique, la mélancolie romantique qui s’en dégage a un je-ne-sais-quoi de très émouvant. Bande-son hommage aux artistes flamands et wallons, la Belgique au bord de la rupture démontre ici qu’elle sait être parfaitement unie. Trapèze ballant, roue cyr, réinterprétation de la corde, bascule kitsh, chant… Les disciplines sont chics( )et pas chèr(es).
On pourrait bien entendu trouver plusieurs lacunes à ce projet comme le fait de ne pas assez exploiter les abords de la piste ou l’incohérence de quelques enchaînements de numéros mais c’est si dérisoire à côté du bloc talentueux qui nous fait face qu’il n’est pas nécessaire de s’attarder sur ces détails.
Les Belges ont des problèmes politiques et pourrait être rattachés à la France ? Il nous faut dire oui, oui et encore oui si l’on veut redorer le blason de l’exception culturelle française de par le monde !
Quelques portraits de ceux qui pourraient faire resplendir le cirque contemporain de demain
Juliette Hulot – jonglerie
Depuis quand n’a-t’on pas vu une pareille performance dans le cirque contemporain ? Juliette Hulot est sans conteste l’artiste qui se distingue le plus de ce spectacle. La jonglerie est une discipline plutôt masculine qui tombe souvent dans l’écueil de vouloir en faire « toujours plus » (toujours plus de balles, toujours plus de figures…). La demoiselle retourne le problème : Pourquoi jongler à cinq balles lorsque la maitrise de trois est si complexe et pleine de ressources ? Pourquoi s’encombrer d’accessoires lorsque sa seule présence suffit ? Cette passeuse de balles est comme épileptique, prise de multiples tics gestuels dès qu’elle fait un geste.
Polymorphe, on la reconnait à peine dans un second numéro en duo où elle joue l’assistante débilitante qui s’avère plus douée que le maître. Une très grande petite créature qu’il faudra suivre de très près.
Stina Kopra et Lotta Paavilainen – rola bola
Ce duo infernal réintroduit avec délicatesse et élégance l’art burlesque dans le cirque contemporain. Gaine couleur chair, porte-jarretelles et talons haut bicolores, coiffures Marilyn blond platine, ces deux femmes tout en rondeurs, resplendissantes de bonne humeur et de joie fichent un sacré coup de vieux aux concepts actuels de beauté filiforme. Par la même occasion elles rendent au Rola Bola ses lettres de noblesse, discipline scolaire qui peine à s’extraire du carcan du cirque classique.
Ghislain Ramage et Alexander Vantournhout – roue Cyr
Tout le monde ou presque sait ce qu’est une roue allemande, anneau large dans lequel s’attachent des artistes aimant avoir la tête dans tous les sens (l’entrainement de la NASA à côté c’est facile). La roue Cyr a cela d’encore plus fascinant qu’il s’agit d’un cerceau simple. Ici on ne triche pas en s’harnachant ou en profitant de l’épaisseur de la roue pour rouler plus facilement, tout est affaire de musculation et coordination des mouvements. L’agilité gracile et la fluidité des numéros solo et duo de ces deux artistes dont l’épure n’a d’égale que la rigueur suspendent le temps et son lot de stress. Médusés, vous ne pourrez détacher votre regard de ces hommes-toupies. S’envoler tout en restant au sol c’est possible !
Exclusif : Le Parc de la Villette et moi-même sommes très heureux de vous faire gagner 2 places pour découvrir Sorties 8, 9 et 10 le 24 juillet 2010 (20h30). Pour cela il suffit de répondre à cette question élémentaire :
Quel pays est la présidence de l’Union Européenne en juillet 2010 ?
Les gagnants seront avisés par mail dès demain.
Je dédie cette chronique à Charlotte de la Bretèque et Ghislain Ramage, en souvenir d’une nuit angevine fantastique sur un matelas DIMA SPORT
. Vous irez loin c’est certain.
Crédits photos : Denis Rouvre et Charlotte Kolly
film, Le Premier Qui l'a Dit, Mine Vaganti, Ferzan Ozpetek, tragi-comédie, italienne
In des films... on juillet 21, 2010 at 8:00
Réalisateur turc / Tragi-comédie italienne / 2010
Le propre d’une bonne comédie à l’italienne, c’est de ne pas lésiner sur l’italo-pop de qualité, tout en sachant filmer une histoire ni trop complexe ni trop creuse, d’y mettre le paquet de bons sentiments sans tomber dans le dégoulinant, le tout (c’est primordial) avec des acteurs de qualité. Le premier qui l’a dit réunit toutes les conditions requises pour s’ériger au rang des beaux films ritals.
Dans cette comédie, le problème de l’homosexualité et de son acception par la famille lorsqu’elle est restée baignée de culture machiste et d’a-prioris sectaires. Deux frères sont promis à hériter de l’usine de pâtes familiale. Problème, non pas l’un mais les deux sont homosexuels et savent pertinemment que leur père ne l’acceptera jamais, lui qui essaye de les caser avec l’héritière de son nouvel associé. Un drame familial de tous les jours, certes. Mais posé ici tout en sensibilité.
Oui les homos savent jouer au football (très bien même), non ils ne portent pas tous des boas, non l’homosexualité n’est pas une maladie. Cette douleur de ne pas être accepté tel qu’on est, coincé dans un carcan social exigeant de vous que l’étalon italien soit grand, fort, marié et inflexible. Douleur aussi de ces parents qui n’ont tout simplement pas été élevés avec l’idée que c’est chose banale et normale que d’aimer les hommes lorsqu’on est un jeune italien beau, bien portant, sportif, aux yeux à vous retourner la tête à jamais.
Difficile de ne pas divulguer l’intrigue qui se trame tout autour de cette problématique. Tous les personnages sont admirablement joués, le scénario bien ficelé, la musique tordante et la conclusion très émouvante. Allez donc vous rafraichir les idées dans les salles climatisées qui diffuseront Mine Vaganti.
cirque, Compagnie MPTA, Du goudron et des plumes, La Villette, Mathurin Bolze
In du cirque... on mai 12, 2010 at 10:01

Artistes français / Cirque contemporain / Compagnie MPTA
Dans ce qu’il est commun d’appeler la « grande famille du cirque », on trouve de nombreux courants, plus différents que gémélaires, plus en lutte que de la même classe. Et certains sont des êtres solitaires plutôt qu’issu d’une grande fratrie. Johann Le Guillerm en est un exemple, Mathurin Bolze pourrait en être un cousin isolé, entre la famille des Inventeurs perfectionnistes et des Simplificateurs puristes.
Oubliez le chapiteau et ses gradins rustiques à 360°, ici on retrouve une salle de spectacle mono-directionnelle avec des sièges confortables, oubliez la piste ronde, on a ici une scène surélevée, avec des rideaux de velours, une cour et un jardin…
Est-on toujours au cirque ? Oui, indéniablement.
Détail de taille, ce spectacle est exempt de trampoline, marque de fabrique habituelle de l’homme qui a fait de la défiance des lois de la gravité son leitmotiv. S’il est suggéré parfois via quelques planches de bois souples comme un plongeoir, Des goudrons et des plumes n’en est pas moins un spectacle sans trampoline à couper le souffle.
Au centre de la scène, une structure métallique rectangulaire, à double fond, permettant d’en extraire diverses trouvailles, comme le sac à main de Mary Poppins. L’action ne se passera qu’en fonction de cet espace dans l’espace. Une piste carrée en quelque sorte, exploitée au maximum. Car très vite, cette structure va se soulever et se balancer latéralement pour révéler la quasi surhumanité de ses athlètes. Imaginez un sol mouvant mais des contraintes artistes inchangées par rapport à une terre ferme : sauts, figures, repères visuels… deviennent irréalisables, sauf à suivre un entrainement de la NASA. Les cinq interprètes de ce radeau de la Méduse se surpassent pourtant, que ce soit en matière de mime, d’équilibre, de danse ou de d’acrobatie. Et le pire dans tout cela ? Cela ne vous étonne même pas tant l’ensemble des contraintes semble naturel.
Mathurin Bolze est celui qui, si je n’avais pas changé de carrière, aurait orienté ma vie. Trajectoires sautées, rêves qui s’envoient en l’air, émotions qui s’envolent toujours plus haut, défi de l’apesanteur sans avoir besoin de prendre une navette spatiale. Il faut aussi des courageux pour rester au sol et tout vous raconter. De l’expérience Mathurin Bolze on ressort souvent le cœur plus léger (des plumes…), jamais le cerveau moins habité (…et du goudron).
Attraction, cirque, Johann Le Guillerm, La Villette, Secret
In du cirque... on mars 17, 2010 at 8:45
Artiste français / Cirque contemporain / La Villette du 6 mars au 11 avril 2010
Attention, âmes insensibles s’abstenir. Vous avez toujours rêvé de dompter une bassine de fer blanc ? D’enfourcher un cheval d’arçon hérisson ? De construire une cabane sans clouer de planches ? Alors Johann Le Guillerm est l’homme qu’il vous faut. Il est au cirque ce que Facteur Cheval est à la poésie : atypique, fascinant, indispensable. Etes-vous prêt à le laisser vous livrer ses Secret(s) ?
D’aucuns le diront marginal. Qu’importe, lorsqu’on a traversé une piste en équilibre sur des goulots de bouteille avec des sabots aux pieds, on laisse jaser… Johann poursuit sa quête de l’Attraction depuis bientôt dix ans. Un même spectacle capable d’autant de renouvellement, c’est rarissime. Et lorsqu’en prime, un seul acteur en assure la re-créativité c’est tout bonnement impossible. Impossible n’est pas Le Guillerm !
Dans son monde, votre tuyauterie de salle de bain vous raconte comment Johann lui a redressé la colonne, votre ventilateur ne rêve plus qu’un Johann lui fasse recréer des tornades, même les fusées en papier ne veulent plus d’autre interlocuteur que Johann. Car Johann dompte et apaise les choses. L’homme est grave, mi-fou mi-sérieux, ni fou ni sérieux. Ses longues nattes, prolongement de son cerveau, sont en discussion perpétuelle avec ses doigts, qui calculent plus vite que leurs ombres. Ses yeux sont sans cesse à l’affut d’une interaction qui tenterait de leur échapper. Chaque parcelle d’ADN de ce corps est entièrement dédiée à sa cause. On se prend à imaginer Iggy Pop capable des mêmes facéties : l’homme, son corps comme son spectacle sont en perpétuelle mutation, constamment à l’écoute de l’environnement. S’il est seul sur scène, s’il élabore en solo ses recherches, Johann Le Guillerm comprend mieux que personne les autres et livre tout à son public.
La poétique est sa politique. Quelques pointes sur chaussures-armures de chevaliers à bout pointus (également disponibles en version souple par une réinterprétation des babouches en cuir), un ballet de machines ailées, une méditation bouddhiste transcendant la métaphore du temps qui passe, un mobile en bois allégorie numéro de trapèze …
Est-il alors « resté perché » ? Non, l’homme ne reste pas en équilibre sur sa fascinante structure de 13 lattes de bois, il redescend nous chercher. Et l’on quitte le chapiteau presque à contre cœur, l’esprit léger et en posant un autre regard sur les objets qui nous entourent.
A voir aussi, l’exposition Monstration sous la Grande Halle de la Villette, dont je vous dirai un mot très bientôt.
21e promotion, Arpad Schilling, cirque, CNAC, La Villette, Paris, Urban Rabbits
In du cirque... on février 21, 2010 at 9:04
Cirque / Spectacle de fin d’études / 21e promotion du CNAC / Mise en scène Arpad Schilling / 14/02/2010 .
Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa dernière n’est pas toujours un succès : fatigue accumulée des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21e promotion du Centre National des Arts du Cirque, la qualité et l’énergie semblaient avoir donné plus que jamais rendez-vous à l’esthétisme pour un spectacle touchant de sincérité et légèreté. Hasard du calendrier, parler de la complexité des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tâche encore plus ardue. Un défi relevé avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version réelle.
Aujourd’hui, et particulièrement à Paris, la biodiversité des grandes métropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale féconde, se font rares et précieux. Car si les lapins ont une réputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilité de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les espèces à grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent à assurer la perpétuation de leur genre. Interprétation littérale et fantaisiste d’un spectacle de cirque censé s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poétique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions à la fois : régressif et raffiné, esthétique et simpliste, humoristique et grave.
Les artistes sautent, leurs numéros tressautent. Car non la vie n’est pas linéaire et bien ordonnée, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beauté et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud où les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une série de « raté », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupés et ces incompréhensions qu’on garde pour soi. Les personnages tâtonnent et, comme dans la littérature contemporaine, la réalité fait intrusion dans la fiction : une figure super moche, un pied qui ruine les côtes du partenaire, un désaccord sur la suite des répliques à donner, « tout est écrit, même ton crachat au milieu de la piste »… La poésie et la beauté résident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir à attendre que ses prétendants viennent l’attraper se verra finir… seule car après tout elle l’a bien cherché, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir accès à l’Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme à des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interprétées en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’écorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes.
Force supplémentaire de ce spectacle, la tangible réintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le théâtre et participent de ce fait à la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’Arpad Schilling, cinéaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a prétention à réconcilier théâtre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer à des auteurs de mettre en scène d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’année dernière proposé à J-C Gallotta, ce qui avait donné une dominante dansée) . Là on a enfin de véritables échanges, les athlètes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La créativité de ce spectacle ne s’arrête pas là. On découvre d’insolites agrès qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniée par Benoit Fauchier, sorte de serpent de métal dangereux qu’il faut apprendre à dompter pour mieux réinterpréter les numéros de roue allemande et barre fixe. On redécouvre des disciplines à travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite supérieure (numéro sous le fil et non dessus) ou la voltige équestre sur vélo à pignon fixe.
Vous l’aurez compris, malgré quelques maladresses (comme le fait d’avoir des écrans vidéos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploité car il y avait beaucoup plus à faire avec ces écrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici à la fatigue accumulée d’un mois de représentations sans relâches), Urban Rabbits reste une création résolument vivante, aboutie et épurée.
Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des léporidés auprès de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon ménage.
Note : 8,5/10
N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog !
N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette année, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route :
- Reims : 2 – 4 mars
- Malte : 9 – 11 avril
- Italie / Rome, Modène, Ferrara : 24 avril – 29 mai
- Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin
- Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet
- Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 août
P.S 1 : Cette chronique est dédiée à Benoit Fauchier… en souvenir et à l’avenir !
Bliss, Drew Barrymore, Ellen Page, film, Juliette Lewis, Marcia Gay Harden, premier film, Teen-movie
In des films... on janvier 13, 2010 at 11:42
Réalisatrice américaine / Premier film / Teen-movie réussi
Drew Barrymore revient de loin. Sa bio ne le cache pas : exposée médiatiquement dès 11 mois, droguée à 11 ans, on ne s’attendait pas forcément à un retour en force de cette qualité. Avec comme personnage principal Ellen Page, jeune actrice douée et hilarante dans Juno, et des personnages secondaires tout aussi talentueuses (Juliette Lewis, Marcia Gay Harden…), Drew Barrymore partait tout droit pour le teenage-movie classique, sans qualités remarquables. La force de ce film ne tient donc pas dans son scénario mais dans des détails.
D’abord, avoir réalisé un casting sans faute est une chose, mais faire exprimer le meilleur de chacune des actrices sans que cela paraisse factice ou que cela soit vulgaire en est une autre. Rappelons que Drew Barrymore se concentre sur un sport méconnu et presque interdit : des filles pratiquant le Roller Derby. Imaginez quinze nanas bien roulées en mini-short, collants moulants et frimousses aguicheuses qui se bastonnent sur des patins à roulettes, c’est terriblement sexy mais on flirte avec le risque de faire un film ultra-vulgaire, du trash-cradingue sans intérêt. C’est donc bien la direction des acteurs qui est ici parfaitement maîtrisée, on n’est pas tant que ça dans le cliché, les filles sont facétieuses et délurées mais certainement pas des biatch.
Ensuite, lorsqu’on réalise un film sur les ados, la tentation est aisée de céder à une adaptation temporelle insuffisante. En général, le réalisateur situe l’action dans l’époque actuelle (il descend dans la rue, laisse tourner sa caméra et c’est plié). Autre grande tendance pas souvent réussie, faire un teen-movie situé dans la jeunesse du réalisateur. On a donc eu droit à une floppée de film « mon adolescence des 70’s » puis une vague « jeunesse des 80’s » et « décadence des 12-18 ans des 90’s ». Drew Barrymore n’a pas cédé à ces deux facilités. Elle a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cerveau pas si abimé car il analyse plutôt bien. Il ne s’agit ni de la jeunesse actuelle, ni de la jeunesse de la réalisatrice. Nous sommes au début des années 2000, le monde n’est pas tout rose mais pas encore ultra-policé pour autant. Les jeunes sont en partie désabusés (ils sont mineurs et travaillent pour financer leurs loisirs), pas complètement insouciants (une scène du film est consacrée au fait de boire ou non avant de prendre le volant).
Cette jeune Bliss est une ado type, partagée entre à la fois un violent désir d’émancipation et une envie de rester la fille de ses parents, de remplir leurs attentes et désirs. Alors que j’allais sur mes 16 ans, ma mère m’a proposé en larmes de m’émanciper tout en refusant catégoriquement que je parte en Internat à Londres. Elle n’a pas eu besoin d’en ajouter plus pour que je comprenne qu’il me restait deux belles années de tranquillité avant ma majorité et qu’elle savait simplement que sa fille partirait toujours trop tôt pour elle. Par respect pour elle et sans jamais le regretter je suis restée mineure deux ans de plus chez mes parents. Le film amène cette même morale en douceur : il y a un temps pour tout, l’indépendance viendra, nul besoin de vouloir en profiter trop vite et gâcher tout le plaisir de l’insouciance qu’il nous reste. L’heure de remporter le Roller Derby n’est pas encore venu pour Bliss, son tour viendra.
Enfin, la cerise sur le gâteau vient bien entendu de la bande-son retenue ici. Subtil équilibre de rock des 2000’s (The Strokes en tête bien évidemment malgré un clin d’œil un peu grossier et anachronique à Little Joy) et de musiques de poupées gonflables à prendre au second degré. Le dernier bon point à décerner est le même que celui de Very Bad Trip : son générique de fin. Toutes les scènes trop lourdingues du film ont été coupées et compilées simplement à la fin. Démonstration qu’il n’y a aucune volonté de faire dans le consensuel et le pathos dans ce film.
On ressort de la salle gonflé d’énergie, prêt à affronter n’importe quelle tempête de neige. Drew Barrymore s’est fait bouffé son enfance, matraquée qu’elle était par les médias. Elle s’offre clairement une seconde jeunesse en jouant la casse-cou dans son film. Et si vous l’observez bien, vous verrez son sourire d’enfant de E.T. retrousser régulièrement ses lèvres. Si ce film n’était qu’un navet parmi d’autres, je l’aurai déjà oublié, il me reste dans le crâne c’est bon signe.
En français, 2010 rime avec Bliss, je dédie cette chronique à Emilie, qui se reconnaitra et doit profiter de cette nouvelle décennie qui s’annonce pour la vivre comme elle le mérite : pleine de joies et bonnes surprises.
Casino de Paris, cirque, Compagnie des Sept Doigts de la Main, Traces
In du cirque... on décembre 20, 2009 at 8:26
Compagnie Les Doigt de la Main / Cirque moderne / du 15/12/09 au 03/01/10
« Mesdames Messieurs Bienvenue, laissez vos portables allumés : on ne sait jamais qui veut vous joindre, n’hésitez pas à prendre des photos avec flash : c’est dangereux pour les artistes, vous pouvez aller aux toilettes à tout moment : personne ne vous racontera ce que vous avez manqué, vous pouvez aussi filmer afin de chérir en famille vos derniers instants » La voix rauque digne des meilleures bandes-annonces de films catastrophes a des accents québécois, les sièges sont plutôt confortables et la nouvelle mouture du spectacle Traces commence. Un spectacle de cirque moderne canadien touchant et qui passe vite, trop vite.
Antoine Auger, Antoine Carabinier-Lépine, Jonathan Casaubon, Geneviève Morin, Philip Rosenberg (et un sixième jeune homme) sont les artistes qui ont remplacés les créateurs du spectacle (en 2006). Fait rare, ils se présentent chacun leur tour sur scène, déclinant leur identité. Tous sont issus de l’Ecole de Cirque de Montréal et ça se sent. C’est assez difficile à expliquer. L’Ecole française est essentiellement poétique, l’Ecole de Stockholm est rigoureuse et appliquée, les Ecoles américaines sont très techniques, l’Ecole de Montréal est cynique. Ils ont un univers onirique fait de piques perpétuelles pour vous remettre les pieds par terre. Pas d’agrès particulièrement originaux, mais une exploitation des plus touchantes. Le plus beau passage est sans conteste celui de Philip Rosenberg, qui transcende l’art de l’équilibre sur cannes. D’ordinaire, un numéro sur canne devient rapidement un enchaînement technique de figures en force. Lui a remplacé les cannes par des mannequins de femmes. Il évolue donc entre ces femmes et son numéro devient aussi émouvant qu’érotique. Ce même acteur ponctuera des scènes du spectacle de quelques dessins en temps réel via un rétroprojecteur. Fait tout autant caractéristique des canadiens, les artistes travaillent toujours dans le respect de soi, alors qu’en Europe on assiste encore régulièrement à des spectacles où les circassiens dépassent trop souvent leurs limites (ce qui aboutit au mieux à des mois d’hospitalisation). A la reprise de l’entracte, Antoine Carabier-Lépine exécute le début d’un morceau d’Alegria du Cirque du Soleil, clin d’œil à une institution multinationale à l’éthique située à l’opposé de Traces. Rappel aussi d’une dérive de l’Art du Cirque. La bande-son est d’ailleurs l’un des gros points faibles du spectacle. Si elle se veut contemporaine en incluant des titres de Radiohead ou d’électro berlinoise ultra-minimale, l’absence d’une bande-son propre au spectacle fait amateur (sans compter que les titres retenus sont assez mauvais dans l’ensemble…). Cela bloque aussi l’immersion dans l’histoire contée ici. On assiste plus à un enchaînement de numéros de cirque et saynètes théâtre/cabaret qu’à une trame bien construite autour d’une idée forte pourtant très intéressante (appropriation de l’espace scénique, volonté de laisser un peu de soi dans un territoire). Pour moi, il y a un manque de travail de ce côté là.
Pas question de vous raconter tous les numéros que vous pourrez retrouver dans ce spectacle, allez donc les voir, vous passerez un excellent moment. Traces est un beau spectacle, interprété par des artistes talentueux et mis en scène de façon assez ludique. Les points faibles qu’il comporte sont tout à fait perfectibles (je sais d’ailleurs que vous ne les remarquerez même pas
). A voir seul ou en famille.
Note : 7,5/10
Cité de la Musique, concert, film, Le Cuirassé Potemkine, Sergueï Eisenstein, Zombie Zombie
In des disques..., des films... on décembre 15, 2009 at 7:26
Film muet de Sergueï Eisenstein, 1925 / 12/12/2009
Ne jouons pas les intellos-bobos téléramistes, aller au cinéma pour voir un film muet demande un effort surhumain. Ne serait-ce que de braver le froid hivernal pendant 25 minutes aurait déjà dû me dissuader d’y aller. Sauf que ce soir là, la curiosité fut plus forte que tout car la bande originale du film était revisitée en direct par les deux protagonistes de Zombie Zombie.
Le cuirassé Potemkine est resté célèbre dans l’histoire russe pour sa mutinerie, prémices de la révolution de 1917. Eisenstein propose une version de l’événement qui est probablement erronée. Donc un film muet c’est long et un peu gonflant, un film historique erroné c’est moyennement intéressant et les techniques cinématographiques ont tellement évolué qu’il est difficile de resté concentrer une heure et demi sur du noir et blanc saccadé.
C’est ainsi qu’on découvre quel peut être l’importance d’une bande son et également qu’on peut mesurer le talent d’un artiste. Etienne Jaumet et Cosmic Nemo se donnent complètement pendant le film, ultra-concentrés sur les images qui défilent parfois trop vite pour eux. Au départ il s’agit plus d’un accompagnement musical, cymbales et nappes électroniques rythmant l’action. Mais petit à petit les boucles hypnotiques et les accès de krautrock trouvent leur place. Ce n’est pas un concert de Zombie Zombie mais bien un exercice spécialement dédié à ce film. Très vite les images prennent une autre saveur. La musique qui accompagnait le film devient leader et transforme de ce fait l’écran en images de Vj-ing. On s’attend presque à ce le film prennent les couleurs fluo de la pochette de A Land for Renegades.
Lorsque le mot Fin s’inscrit sur l’écran, la salle est conquise et applaudit chaleureusement. Salle d’ailleurs très hétéroclite, réunissant retraités, jeunes accro d’électro ou couples bobos en mal d’animation du 104. Le seul problème des films, c’est que contrairement à un concert, il n’y a jamais de rappel… Espérons que l’expérience se renouvellera, voire s’étendra (je verrais bien A smoked husband remis en musique par Sébastien Tellier tiens…).
Note : 8,5/10

D.R.
Islande, Reykjavik, roman islandais, polar, Eric Boury, La femme en vert, Arnaldur Indridason, Erlendur
In Ce que je lis, Ce que je regarde on décembre 11, 2009 at 1:56
Roman islandais / Polar cynique / Traduction Eric Boury / 2006
Je le reconnais sans détour, je n’aurais probablement pas autant aimé ce roman policier si je n’avais pas vu de mes yeux et côtoyé de mes cinq sens les paysages et autochtones islandais. Un roman policier de vraie vie sans être estampillé Histoire vraie.
Erlendur est un inspecteur ronchon qui commence à avoir un peu de bouteille. Il a une vie privée compliquée et deux collègues plutôt agaçants, comprendre par là qu’ils sont plus jeunes que lui et compatissants sur sa pauvre vie. Et histoire de mettre un peu de piment dans sa vie, il décide de résoudre l’énigme d’un meurtre vieux de cinquante ans.
D’emblée, Arnaldur Indridason ne nous plonge pas dans le schéma classique de l’inspecteur partant à la recherche d’un meurtrier mais dans une enquête tordue retraçant l’histoire d’une île ayant connu beaucoup d’aventures au cours du XXe siècle. Occupation anglaise puis américaine pendant la guerre, mœurs locales plutôt rudes (battre sa femme est presque normal) ou portrait au vitriol des quartiers mal famés de Reykjavik (qu’on ne vous présente pas dans le guide touristique curieusement…), La femme en vert a tout pour plaire : pas de sexe, pas de concessions, pas de Happy End. Descriptions d’automne venteux, transcription du saut générationnel (où les plus jeunes générations utilisent un mot sur dix d’anglais), humour grinçant ou dialogue émouvant, il y a bien longtemps que les polars n’avaient pas été aussi palpitants. On s’y croirait. Il faut d’ailleurs souligner le travail remarquable d’Eric Boury, qui propose une traduction dans les règles de l’art (avec tout le respect des modifications bénéfiques au roman). Je ne veux pas trahir l’intrigue car je souhaite que vous lisiez ce roman.
A déguster bien au chaud sous la couette en plein hiver (prétexter une grippe A pour avoir la paix et éviter la ripaille écœurante de fin d’année). A potasser comme guide d’immersion à la culture islandaise ou à bouquiner après le retour dans sa patrie pour prolonger le voyage.
Note : 8,5/10
Amiina, Ampop, Apparat Organ Quartet, Bang Gang, Bjork, D, Emiliana Torrini, FM Belfast, Ghostigital, GusGus, Hjaltalin, Mùm, Mugison, Olof Farnalds, Pall Oskar, Seabear, Sigur Ros, Singapore Sling, Skakkamanage, Vilhjàlmur Vilhjàlmsson
In Ce que je regarde, des disques... on décembre 9, 2009 at 12:47
Lorsque j’ai voulu acheter des disques islandais, je ne m’attendais pas à une telle pénurie chez les disquaires. Non seulement on ne comptait pas beaucoup de disques, mais il y avait parmi eux une proportion très faible de musique islandaise. Une cinquantaine d’opus, tout au plus, dont la moitié était trustée par Bjork et Sigùr Ros. Rien à dire sur Sigùr Ros, rare groupe pour lequel on ne s’émeut pas de ne rien comprendre aux paroles et dont les orchestrations grandiloquentes sonnent agréablement aux oreilles. En revanche qui me connaît bien sait qu’une bonne définition de la torture auditive est de m’infliger l’écoute de la voix geignarde hérissant le poil de celle dont le nom fait vomir (Beurk !). Donc je commence à fouiller les rayons et il se dégage vite plusieurs constats évidents.
Il existe très peu de mauvais groupe parmi ces disques, l’avantage d’avoir un pays de la superficie d’un cinquième de la France et aussi peuplé qu’une ville moyenne (320 000 habitants) est qu’il y a indéniablement un écrémage rapide et efficace. Donc le plus mauvais disque islandais que j’ai pu entendre était Pall Oskar, dont l’eurodance cradingue pourrait rivaliser avec le nouveau Calvin Harris (la prod en moins, c’est dire…) et les meilleurs tubes d’animations de camping (mais il en faut pour tous les goûts comme dirait l’autre…).
La deuxième tendance réside dans le choix des artistes de chanter dans leur langue natale ou en anglais (la question se pose pour tous les groupes scandinaves finalement). Ainsi on distingue les Sigùr Ros, Hjaltalin ou Vilhjàlmur Vilhjàlmsson d’un côté et les Emiliana Torrini, Apparat Organ Quartet ou Ampop de l’autre. Les groupes ayant choisi l’anglais évoluent dans des styles plus variés allant du rock à l’electro minimale (je n’ai pas trouvé de groupes de rap islandais).
Car oui, l’une des particularités des groupes islandais est qu’ils proposent beaucoup de mélodies rappelant l’univers naturel islandais. Vent permanent (Mùm), geysers (Hjaltalin) ou activités volcaniques (GusGus), leur bonne vieille terre froide semble être un terreau d’inspiration.
J’ai acheté des disques en les choisissant à leur pochette : playmobils sur fond de volcan (Apparat Organ Quartet et ses synthés vintage aux mélodies 8 bit), artworks colorés (Mùm ou Seabear et leurs mélodies douces qui vous font faire des rêves reposants) ou à l’inverse pochettes austères (GusGus ou Bang Gang et leurs portraits sur fond noir…)
Quels qu’ils soient, les groupes ont subi de plein fouet la crise qui a gravement touché le pays et mis en danger la culture de cette île. Tous se sont réfugiés ailleurs – en Grande Bretagne et en France notamment, guettez bien les agendas ils sont présents régulièrement !
Une fois n’est pas coutume, quelques liens à visiter :
Pop éthérée / musiques douces
http://www.myspace.com/sigurros
http://www.myspace.com/mumtheband
http://www.myspace.com/hjaltalinband *
http://www.myspace.com/amiina
http://www.myspace.com/seabear *
http://www.myspace.com/olofarnalds
http://www.myspace.com/banggangband *
Rock
http://www.myspace.com/ampopband
http://www.myspace.com/mugison
http://www.myspace.com/singaporesling *
http://www.myspace.com/skakkamanage
Hip-Hop foutraque
http://www.myspace.com/ghostigital
Electro
http://www.myspace.com/gusgus
http://www.myspace.com/fmbelfast
Geysir, Gullfoss, Islande, Reykjavik, Thingvellir, voyage
In Ce que je regarde on décembre 6, 2009 at 11:33
De nouveau éveillée aux aurores (façon de parler puisqu’il ne fait pas jour), j’engouffre un solide petit-déjeuner (œufs brouillés au Tabasco, concombres et tomates au fromage caillé) avant de rejoindre le car pour une visite du « triangle d’or » des spots islandais incontournables. La guide parle un français plutôt amusant, mais le problème du « tour bus » reste le même, on manque de latitude pour pouvoir observer les choses comme on le souhaiterait. On se coltine donc une visite institutionnelle d’une usine géothermique (avant un powerpoint n’ayant rien à envier à Benjamin Fogel) alors qu’on ne passera que 20 minutes sur le site des chutes de Gullfoss. Ces cascades ont des allures de fin du monde, le vent glacial et la neige fondue nous poussent vers ce gouffre où se déversent des milliers de mètres cubes d’eau en partie gelée. En moins de cinq minutes, le vent est parvenu à se glisser à travers les quatre épaisseurs de mes vêtements, et mes doits se raidissent. Le thermomètre n’est pourtant pas très bas (autour de zéro) mais on comprend que le vent peut rapidement devenir dangereux… Ensuite on embarque pour les geysers de Geysir. L’Islande est le seul pays à ne pas appeler le phénomène de geyser « un geyser » car pour eux Geysir n’était qu’un nom propre du lieu où l’on observe des gerbes d’eau sortir du sol parfois jusqu’à 15 mètres de haut. Lorsque nous arrivons, le vent est si fort (à contre-sens) et les plaques de verglas si larges qu’il faut un bon moment avant de faire 150 mètres pour aller observer les geysers. Soudain, le trou béant d’où sortent des remous d’eau chaude se met à bouillonner et une belle gerbe monte à une dizaine de mètres de hauteur avant de se transformer en une espèce de nuage de vapeurs d’eaux glacées. Puis plus rien pendant une dizaine de minute au bout desquelles je renonce définitivement aux geysers islandais pour me réfugier au restaurant et tenter de redonner vie à mes doigts (pourtant à l’abris sous deux paires de gants et au fond de mes poches…). L’observation minutieuse et attentive des geysers ne n’est pas du tout optimale en hiver !
Après un autre trajet de bus (je commence à atteindre les limites de ma tolérance envers le club de ploucs qui fait route avec nous), on arrive dans le Parc Naturel de Thingvellir. Le plus grand lac du pays nous fait face, 83 km2 d’eau qui cachent le rift américano-européen. Les séismes sont fréquents dans la région, ce qui explique les bosses de la route, les plaques tectoniques s’écartent de quelques centimètres par an. C’est au même endroit que le club de barbus vikings qui s’était installé en Islande récitait les tables de la Loi (à raison d’un tiers de la loi par an, il n’y a avait pas de trace écrite alors mieux valait bien écouter lorsqu’on récitait les textes fondateurs, sinon vous finissiez au fond du lac ou bouffé par la faune locale… non je n’en sais rien mais à en juger par les reliques aperçues au Musée la veille, ils avaient plutôt de rire quand ils se brûlaient les types…). On descend en vitesse dans le rift (profond d’une bonne quinzaine de mètres) après la recommandation loufoque (mais touchante) de la guide « Merci d’être supra-gentil avec la nature, c’est un site protégé ! ». Au bout de vingt minutes rebelote, il faut rentrer à la capitale, dommage car le vent s’était calmé et l’on pouvait enfin se promener dehors dans l’air vivifiant sans craindre de choper la pire pneumonie de l’histoire…
Arrivés à l’hôtel, on décide d’aller traîner nos bottes fourrées du côté du port pour un restaurant… mémorable : le Saegrifinn. On entre dans une gargote où trois planches font office de table et où des bidons de lest servent de tabouret. Aux murs sont accrochés divers ustensiles et objets marins (filet de pêche, flotteurs, phoque empaillé, vieilles photos de pêcheurs en plein boulot…). On nous raconte que le propriétaire, un marin d’eaux froides de 86 ans mis à la retraite, ne voulait pas finir ses jours autour d’une table de vieux croutons pour jouer à la belotte. Il avait un petit local sur le port et a alors décidé d’ouvrir un restaurant simple de produits de la mer. Le choix des plats est restreint : soupe et/ou brochettes de poissons. On opte pour les deux. Cinq minutes plus tard fume une soupe de homard et grillent des brochettes de baleine et lotte, le tout servi dans de la vaisselle jetable ! Je repense aux restaurants français et leur ridicule habitude d’habiller le homard de mille choses superflues pour le rendre « met rare, donc cher donc réservé à une élite ». Le contraste est également saisissant dans l’assiette, j’ai l’impression d’être le vilain critique gastronomique qui fond devant la ratatouille du petit rat du dessin animé : le homard au goût si intense est adouci par une cuillère de crème fraiche et adouci par un brin de coriandre et beaucoup de cannelle. Je suis comme propulsé en enfance, retrouvant toute la délectation que peut procurer une soupe après avoir traîné sous la flotte en Bretagne pendant plusieurs heures ; quand les chaussettes sèchent par terre (chauffage par le sol), que cirés ont été contraints de ne pas passer la porte du garage et que chaque moignon d’os gelé réclame un peu de douceur et de chaleur. La chair de baleine dans la petite assiette de plastique à côté ressemble à du boeuf (rouge très foncé). L’Islande a visiblement le droit de pêcher la Mink Whale ? Simple et raffiné à la fois, cet épisode culinaire reste l’un des meilleurs restaurants que j’ai eu l’occasion d’essayer. On parcourt sans broncher les trois kilomètres à pied qui nous séparent de notre chambre douillette, la bouche pleine des subtilités de textures et saveurs marines. Et en prime, notre portefeuille reste alourdi de cette monnaie qui ne vaut plus rien car l’addition n’était pas salée comme la mer : 30 euros pour deux !
Il est temps de boucler les valises et de fermer les yeux, une chose est certaine, je reviendrai vite et resterai longtemps dans cette île qui se déguste fraîche.
Apparat Organ, Bang Gang, Hugleikur Dagsson, Islande, Musée National, piscine, Reykjavik, voyage
In Ce que je regarde on décembre 2, 2009 at 10:34

L'éclairement maximal de la journée
C’est le petit matin, il est quelque chose comme 6h00 et je suis super en forme, je regarde par la fenêtre pour constater que la lune brille toujours autant. Moi qui pensais que l’obscurité ambiante m’aiderait à dormir, c’est râpé ! Histoire de ne pas s’arrêter au milieu du chemin des chamboulements de mon quotidien, pour la première fois depuis quatre ans, je dévore un vrai petit-déjeuner fait d’œufs brouillés, fromage et crudités.
On décide d’arpenter un bout de la ville à pied jusqu’à un énorme centre commercial, histoire de trouver des trucs à rapporter de cette île. Il fait -2 degrés et force est de constater que, contrairement à la Suède, la voiture est ici reine et l’on peine à se trouver un chemin sur pour marcher. Mais l’on finit par y arriver et je peux ainsi dévaliser Topshop qui ne nous a toujours pas fait le plaisir de venir s’implanter en France. Je tente de relancer l’économie islandaise en achetant des disques du coin : Apparat Organ et Bang Gang ; des livres d’Hugleikur Dagsson (dont je vous recommande chaudement les comic-books les plus cyniques de Scandinavie : Avoid us, Fuck us, Buy us, Bury us…) ou de l’artisanat local (décos de noël en laine, bonbons au réglisse…). Ce qui est curieux dans ce pays, c’est qu’il n’y a pas un seul produit soumis au même pourcentage de taxes qui vont de 5 à 25% (les taxes sont remboursées pour les étrangers).

Eglise luthérienne : béton et absence de fioritures de rigueur...
La journée est sans nuages, et vers 11h on a le privilège d’assister à un lent lever du jour. Le soleil est bas comme en fin de journée. L’après-midi, nous faisons une ballade de la ville en mini-bus avec une guide sarcastique tout à fait objective sur la situation économique de son pays. Elle nous ballade dans le centre historique (petit port de pêcheurs aux maisons en bois colorées et port où l’on continue de chasser les baleines) ; nous laisse entrer dans la plus grande église d’Islande tout en béton et très… dépouillée car luthérienne, où le chœur répète pour Noël (ils chantent un Ave Maria en islandais, c’est magnifique) ; nous raconte que le sport national est la natation – ils font trempette tous les soirs après le travail car les piscines (toutes extérieures) sont ouvertes jusqu’à 22h. Partout la ville porte les marques de la crise qui l’a gravement touché du jour au lendemain : immeubles vides, chantiers en friches, maisons bourgeoises à vendre… Mais les islandais sont de nature optimiste, ils mettront des décennies à s’en remettre mais ce ne sera pas la première ni la dernière crise qu’ils traverseront. Le Musée National d’Islande retrace 1200 ans de culture de façon plutôt dynamique et intéressante. La dernière partie consacrée à l’Islande contemporaine et indépendante et l’époque médiévale luthérienne sont les plus intéressantes et complètes. Le joug danois s’est levé récemment et la rudesse du climat les a longtemps desservis (maintenant ils ont des super technologies qui leur permettent d’avoir des fringues chaudes et ils maitrisent la géothermie pour se chauffer) Des enfants se baladent en costume traditionnel c’est assez troublant. Je savais bien que je n’aimais pas les visites guidées, on ne peut pas prendre notre temps, tout est chronométré et c’est usant. J’ai l’impression d’être dans un de ces groupes d’asiatiques qui « visitent » l’Europe en 10 jours.
Il nous reste quelques heures (dans le noir) pour faire une petite visite des boutiques et cafés du centre. Avant la crise, les islandais sortaient tous les soirs pour écouter de la musique, maintenant ils restent chez eux, du coup l’ambiance est plutôt glaciale. Est-ce un effet de la crise, les magasins ne ferment pas à 17h mais 19h (pas comme en Suède ou au Danemark !). Arrêt au Kaffeta qui propose des « cafés et pâtisseries de Noël équitables », comprenez « café issu du commerce équitable + chocolat + cannelle + sirop de caramel + crème fouettée… le tout accompagné d’un carrot-cake de 15 cm de haut » et la serveuse me demande si je veux de la chantilly en plus ! C’est dans ce café qu’on découvre le plus mignon bébé du monde qui a le bon gout d’avoir des yeux Blue Lagoon et d’avoir un pull assorti à celui de son père.

Tel père tel fils... tel pull !
De retour à l’hôtel, on ne manque pas au rituel de la piscine, mais l’eau à 35 degrés pour nager, ce n’est pas mon truc, j’ai l’impression d’être le homard qui finira dans mon assiette le lendemain – admirez l’effet de suspens pour l’épisode de demain
. Finalement, la visite guidée et le climat (ensoleillé mais froid) auront eu raison de moi, je m’écroule à 21h30 et m’endort en moins d’une minute.
Apparat Organ, chronique, Islande, Reykjavik, Sigur Ros, voyage
In Ce que je regarde on décembre 1, 2009 at 9:14

Les terres froides d'Islande sous les derniers rayons de soleil
Après quatre heures de voyage en avion avec un soleil éclatant au-dessus d’une Ecosse qui semble avoir massivement investi dans les champs marins d’éoliennes (splendide vu d’en haut), on arrive dans la plus nordique des capitales européennes dans un pénombre déjà bien entamée. Récupération des bagages, saut dans un car et vingt minutes plus tard, on est dans l’endroit le plus merveilleux qu’il m’ait été donné l’occasion de connaître, le Blue Lagoon.
Réfléchissez aux cartes postales idylliques où une bombasse en maillot rouge (type Alerte à Malibu) se baigne dans une baie bleu turquoise sous un ciel sans nuage. He bien il s’agit du même lagon, mais dans notre cas il fait nuit noire – la lune a remplacé le soleil et resplendit, légèrement voilée du fait du vent neigeux – le mercure flirte avec le zéro et une tempête de neige fondue vous fouette le visage. Vous pensez que je n’entrerai pas dans l’eau ? Non seulement on entre, mais on y reste 45 minutes. Dans la nuit, l’eau apparaît blanche, elle est très salée et tapisse les roches d ‘un dépôt siliceux blanc au toucher ultra-doux. A vos pieds du sable, mais surprise lorsque vous en remontez à la surface : c’est du basalte. Un panneau vous explique que la flotte dans laquelle vous baignez (37-39 degrés) vient de 2000 mètres de profondeur (où elle est alors à 240 degrés). Vous barbotez paisiblement en bravant la tempête de neige et tombez sur une cascade… d’eau chaude ! Un peu plus loin après être passé dans une grotte, on vous propose un enveloppement du visage aux boues purificatrices. Effet immédiat, au bout de cinq minutes, la peau du visage est plus soyeuse que les plus précieux tissus et débarrassée du moindre bouton ! On termine l’aventure par un sauna suivi d’un bain de vapeur et on ressort avec un pêche d’enfer, prêt à braver tous les vents de la terre.
Après quarante minutes de bus où il ne manquait qu’un fond sonore relaxant (Apparat Organ ou Sigur Ros par exemple, à la place, on a eu droit à du reggae islandais je vous laisse imaginer le carnage…), on arrive dans le Grand Hôtel LoftLeidir où nous attend une chambre avec trois petits lits… et un open bar café. Au restaurant (avec vue panoramique sur un aéroport pour jet) nous attend un buffet de Noël. Tous les hôtes sont en habits de fête – mais pourquoi donc ? – et s’empiffrent de harengs et saumons cuisinés d’une dizaine de manières différentes (avec des pommes, de la crème, des herbes… et même en croute !). Côté viandes au tournebroche et pommes de terres, il y en a aussi pour tous les goûts (frit, bouilli, sauté, vapeur…). Pour les desserts, je jette mon dévolu sur un gâteau aux pommes caramélisées à la cannelle, recouvert de noix et amandes broyées et de mousse crémeuse avec un coulis de framboises
.
Après cette soirée riche (en émotion, en exercice et en calorie) je pense pouvoir profiter de la pénombre permanente pour pouvoir m’écrouler de fatigue. Et non ! L’obscurité ambiante (de 16h à midi environ) renforce mes difficultés à dormir… Alors je me plonge dans un polar du coin par Arnaldur Indridason (La femme en vert) et je me dis que la nuit donne des idées tordues aux auteurs ici. La mentalité islandaise est bien particulière, sorte de synthèse entre un héritage colonial danois ultra-austère et une coolitude scandinave pleine d’humour noir.
Clément Sibony, Elise Vigier, Frédérique Loliée, Julien Villa, La Paranoïa, Marcial Di Fonzo Bo, Pierre Maillet, Rafael Spregelburd, Rodolfo De Souza, théâtre
In du théâtre... on novembre 15, 2009 at 2:22
Pièce de Rafael Spregelburd / Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo & Elise Vigier / Avec Marcial di Fonzo Bo, Elise Vigier, Pierre Maillet, Clément Sibony, Rodolfo De Souza, Julien Villa et Frédérique Loliée / Théâtre du Triangle / 12/11/2009
Le Festival Mettre en scène de Rennes a depuis quelques années acquis une solide réputation de tremplin pour des créations théâtrales s’affranchissant de beaucoup de codes classiques des différents arts (théâtre, danse, cinéma, cirque, bande dessinée…) en les mélangeant pour le meilleur et… pour le meilleur. La Paranoïa, pièce argentine mise en scène par Marcial Di Fonzo Bo (artiste associé au Théâtre National de Bretagne) et Elise Vigier, nous plonge dans l’univers de la littérature borgésienne dans ce qu’il a de plus réussi en mêlant théâtre et cinéma avec une scénographie à couper le souffle.
L’intrigue se passe dans quelques milliers d’années, le calendrier grégorien a été remplacé par des calculs en sauts de lapins, les humains ont été en très grande partie décimés et sont à la merci des Intelligences, peuple extra-terrestres incapable d’invention. Un astronaute raté (Claus, dont la seule mission s’est soldée par un crash), un mathématicien spécialiste des calculs qui ne peuvent pas se vérifier et incapable d’additionner (Hagen, qui avait réalisé les calculs nécessaires au bon fonctionnement de la mission spatiale de Claus), une écrivaine plagiée (Julia Gay Morrisson qui plagie elle-même ses copieurs) et une G4, robot se reformatant et oubliant systématiquement sa condition de robot (Béatrice, qui a des problèmes de couples terribles avec Esteban) se retrouvent recrutés par le Colonel Brindisi pour tenter de sauver la Terre d’une destruction imminente par les Intelligences de plus en plus exigeantes sur les Fictions qu’on leur offre. S’engage alors une course contre la montre infernale de deux heures pour imaginer un scénario répondant à des caractéristiques d’écritures complexes (On ne doit pas se focaliser sur le centre de l’action, il n’y a pas de héros ou personnage principal, pas de caractères remarquables…).
Il n’y a rien à reprocher à cette pièce, ni dans sa scénographie faisant intervenir des panneaux mobiles droits et concaves dévoilant studios de tournages en direct, écrans de projection ou un plateau tournant sur lui-même ; ni dans la qualité des dialogues dont le débit et la longueur des tirades se combinent parfaitement à la vitalité du texte ; ni dans le choix des sept acteurs tous plus saisissants les uns que les autres qui n’interprètent pas moins de trente-six personnages. On partage avec Hagen (Marcial Di Fonzo Bo) son amour d’une « Chambre Bien » qui tient uniquement au fait que ce soit dépourvu de bactéries et pourvu d’une table. On compatit au sort de Claus (Julien Villa) qui est en permanence au bord de l’overdose de pilules hallucinatoires qui lui permettent d’oublier sa courte carrière d’astronaute. On admire qu’un homme (Pierre Maillet) sache tenir avec tant de gracilité sur dix centimètres de talons et porte la perruque rousse à merveille pour le seul besoin d’interprétation d’un robot féminin attachant. La densité des références littéraires, cinématographiques, photographiques ou l’incursion de bande dessinée dans certaines saynètes ne sont jamais un obstacle à l’adhésion du public. On plonge à plein cerveau dans une expérimentation théâtrale dont on ressort titillé par tous les sens. Le cerveau comme en ébullition, on est terriblement jovial de s’être laissé embarquer dans une aventure foutraque et surréaliste sans jamais s’être ennuyé. Fait intéressant, chaque génération de spectateur réagit différemment à ce qui se déroule sous ses yeux. Je me suis surprise à avoir quelques fou-rires seule au milieu de ces deux-cents spectateurs…
Rarement pièce complexe et inrésumable n’avait été si réussie, si stimulante, si intelligemment menée. Qu’il est bon de se sentir vivant et doté de capacités intellectuelles. La Paranoïa est un péché capital : elle vous rend heureux de ne pas avoir cédé à la facilité de l’avachissement télévisuel, elle vous rappelle que vous êtes capables de rêver et de rire (ni noir, ni jaune, juste rire), elle stimule si bien vos neurones que vous retrouvez un instinct primaire simple : vous saisissez un cahier, un crayon et laissez aller vos projets les plus audacieux, vous reprenez confiance en une humanité que vous prenez tant de plaisir à décrier.
Une pièce et son interprétation à ne rater sous aucun prétexte si elle vous font l’honneur de passer près de chez vous.
Note : 9,5/10
Crédits photo : Christian Berthelot
Aleksei Guskov Mélanie Laurent, comédie, film, François Berléand, Guillaume Galienne, Le Concert, Radu Mihaileanu, Tchaïkovski
In des films... on septembre 16, 2009 at 10:59
Film franco-roumain / Drame comique / 2009
A première vue de l’affiche faisant penser à un mauvais film français avec Timsit, on regrette déjà d’avoir accepté d’aller voir Le Concert, d’autant plus que la grippe A rôde ces derniers temps… Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et dès les premières minutes du film, on révise notre jugement. Radu Mihaileanu signe ici un film mûri, abouti et avec juste ce qu’il faut d’humour, de contexte historique et de tacle à certains travers des sociétés françaises et russes.
Andrei Filipov (Aleksei Guskov) est un chef d’orchestre déchu sous Brejnev pour avoir refusé d’arrêter de travailler avec des musiciens juifs. Arrêté en plein récital de Tchaïkovski, le traumatisme de l’homme qui brise sa baguette le hante. Il est donc homme de ménage du Bolchoï et tous ses anciens amis musiciens occupent autant de métiers aussi dévalorisants. Mais si tous ont renoncé depuis 29 ans à pouvoir rejouer sur des scènes prestigieuses et en orchestre, cet ex-chef d’orchestre garde au plus profond de son être l’idée de rejouer Tchaïkovski. Un jour, par un hasard des plus loufoques, on lui donne la possibilité d’aller jouer au Théâtre du Chatelet à Paris. Il exigera que la jeune violoniste française Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent) soit la soliste de ce concert unique et emmène avec lui tous ses amis souhaitant ressusciter leur passion.
Le Concert présente un savant dosage d’ingrédients récurrents chez R. Mihaileanu : mise en valeur de cultures et ethnies minoritaires (tziganes), humour par le biais de la langue (« Je vous baise chaleureusement »), moqueries sympathiques et néanmoins acides sur le communisme (Scène jubilatoire où le communiste russe rend hommage au siège de Colonel Fabien juste avant d’apprendre que le parti compte vendre et n’a même pas 1000 adhérents), dénonciation des tortures faites aux juifs, plaisanteries sur le français critique insatiable, ronchon et ridiculisation de « la Culture » (incarnés ici par Guillaume Galienne et François Berléand).
Le film atteint son climax durant dans sa dernière scène, le Concerto pour violon de Tchaïkovski devient le personnage central de l’intrigue : c’est lui qu’on écoute, c’est lui qu’on regarde être joué, chaque main, chaque tête n’est plus concentrée que sur l’exécution d’un des morceaux les plus difficiles au monde dans le but d’atteindre une harmonie parfaite. On ne rend pas toujours chaque musicien autant à l’écoute l’un de l’autre. La grande qualité de R. Mihaileanu est de ne pas avoir succombé à la tentation actuelle de couper la musique pour enchaîner sur la suite plus rapidement. Non, on savoure chaque note, la tension du film se focalise sur l’agilité des doigts des violonistes. Très vite, on ne sait plus si l’on regarde un film, un documentaire sur un orchestre ou si l’on assiste à un concert dans la salle du Chatelet car l’ambiance est parfaitement rendue.
Il faut ici saluer la prestation de chacun des acteurs qui, comme leur nom l’indique, sont acteurs et non musiciens professionnels. François Berléand semble avoir accepté de jouer son rôle de directeur du Théâtre du Chatelet comme pour se moquer de lui-même. Chacun des russes est bien plus convainquant que dans la décevante Affaire Farewell. Aucun ne parlait un mot de français avant le tournage et force est de constater qu’ils ont dû bosser comme des malades pour parvenir à avoir un débit de français aussi rapide. Mélanie Laurent semble enfin avoir trouvé sa place dans un rôle. Contrairement à sa décevante prestation dans Inglourious Basterds, elle rappelle cette fois qu’elle est capable de jouer juste. La demoiselle n’avait jamais touché un violon avant ce film, le coaching dont allé a bénéficié est donc impressionnant (ainsi que les effets spéciaux ayant substitué la main gauche d’une violoniste professionnelle à celle d’une actrice).
Certes Le Concert comporte quelques maladresses mais le grand talent de R. Mihaileanu est probablement d’avoir dépeint une Russie et une France plutôt justes, et ce avec quelques clichés. On n’est pas dans le consensus mou comme peut l’être L’affaire Farewell, et contrairement à ce même film, Le Concert reste longtemps en tête. Dans sa quête de démonstration que l’homme peut quoi qu’il arrive parvenir à récupérer sa dignité, Le Concert est probablement l’épisode le plus abouti de R. Mihaileanu, le plus émouvant aussi. Les larmes qui coulent dans ce film sont réelles, catharsis réussie de souvenirs douloureux et d’humiliations impalpables du quotidien qui vous rongent petit à petit.
Si seulement on n’avait pour chaque film que des reproches à faire sur l’affiche ! L’habit n’a jamais fait le moine, un film à voir.
Note : 8,5/10
Sortie française : 4 novembre 2009
film américain, Humpday, Joshua Leonard, Lynn Shelton, Mark Duplass, premier film
In des films... on septembre 11, 2009 at 11:29
Film américain / Docu-comédie / 2009
Avant-première dans une salle au quart vide, Humpday peut se vanter d’avoir l’affiche la plus attrayante du moment. « Avez-vous déjà essayé votre meilleur ami ? », on pourrait penser que le film s’inscrit dans la longue tradition des comédies romantiques (Quatre mariages et un enterrement, Le mariage de mon meilleur ami…). Mais non, l’affiche est également sans équivoque sur ce point : il s’agit de deux hommes. Le film se propose donc de répondre à une question que toute femme s’est posé au moins une fois : que se passerait-il dans un lit entre deux amis rigoureusement hétéros ?
Pour son premier film, Lynn Shelton ne s’est probablement pas attaqué au scénario le plus simple qui existe. Deux amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps décident de tourner un film porno amateur ensemble pour remporter le concours du Hump Festival. L’un est marié en plein projet de paternité et va donc devoir expliquer son projet à sa chère et tendre. L’autre est plus libre et, considéré comme « un artiste », il se doit d’être capable de transcender ses limites personnelles et de faire l’amour avec son meilleur ami. Plutôt bien réalisé, les moments un peu « bateau » n’excédant jamais la minute, le film est assez jubilatoire, notamment grâce aux deux acteurs principaux qui ne tombent jamais dans le faux semblant. La réalisatrice leur doit tout ou presque.
C’est Mark Duplass, interprétant le rôle de l’homme marié et rangé qui a proposé que Joshua Leonard interprète son acolyte. Ni l’un ni l’autre ne s’était jamais illustré dans un film transcendant jusqu’à présent mais on les aurait bien imaginé dans le jubilatoire Very Bad Trip. On passe l’intégralité du film à être bluffé par tant de justesse, tant dans l’écriture que dans l’interprétation des situations proposées, riant beaucoup et imaginant l’intégralité de ses amis / amants / collègues dans la même situation. Toutes les questions tabous sont abordées (qui est en-dessous / au-dessus ?), tous les éléments pratiques également (bah oui, pourquoi devrait-on savoir exactement comment avoir une relation homo avec son meilleur pote lorsqu’on n’a toujours été hétéro ? Bien entendu que non le fait d’avoir éventuellement eu des rapports anaux avec sa copine n’est pas une réponse, les corps sont radicalement différents quand même ! ), ainsi que des questions d’ordre plus général comme le fait de savoir ce qui se fait au nom de l’Art et/ou au nom de l’amitié, dans quelles limites, sous quelles conditions, etc… La bande son est elle aussi très sobre, alternant musique classique, free-jazz et « musique d’ambiance ».
Car ce film présente paradoxalement la situation la plus banale du monde finalement, ça peut arriver à tout moment, à n’importe qui et n’importe quand. Le traiter sans lourdeur ni longueurs est une très belle performance pour un premier film, qui plus est venant d’une femme. Car il ne s’agit pas d’un film pour filles mais bien d’un film pour tous. Je ne peut pas pousser plus avant l’analyse, ne souhaitent pas révéler le contenu du film, préférant vous inviter à aller le voir. Le public, timide ce soir là, n’a pas franchement osé applaudir, cela méritait pourtant cette attention. On ne parle évidemment pas de « bijou cinématographique » ici mais il mérite plus d’attention que bon nombre de navets fleurissant nos écrans ces derniers temps.
Note : 8/10
Affaire Farewell, biopic, Christian Carion, Emir Kusturica, film français, Fred Ward, guerre froide, Guillaume Canet
In des films... on septembre 1, 2009 at 9:53
Film français / biopic / 2009

Bloc de l’URSS, années 80, les fissures commencent à apparaître et certains plus que d’autres souhaitent sa chute pour que la Russie renaisse correctement de ses cendres en repartant sur des bases solides. Parmi eux, Vladimir Ippolitovitch Vetrov, haut-gradé au KGB, va fricoter avec la DST en leur communiquant 2997 documents top secrets. Au milieu de cette coopération, en guise de passeur, un ingénieur Thomson, Jacques Prévost. Christian Carion se réapproprie l’Histoire par la lorgnette de l’anecdote comme il avait aimé le faire dans Joyeux Noël. Bien, mais peut mieux faire.
Rien à redire sur le casting, Emir Kusturica en Vetrov et Guillaume Canet en Prévost jouent comme il se doit, Les second rôles également sont touchants, hormis les chefs d’Etats qui sont parfaitement ridicules, en particulier Fred Ward qui ressemble plus au Bouffon Vert qu’à Ronald Reagan. Rien à redire non plus sur la manière dont le tout est filmé, plutôt intelligemment, alternant scènes de paysages et plans serrés sur l’intrigue de manière équilibrée.
Christian Carion avait toutes les cartes en main pour réussir son film et signer un biopic de bonne facture. Cependant, durant tout le film, on ressent ce flottement caractéristique des films qui ne fonctionnent pas. Le scénario n’est pas foncièrement mauvais, les dialogues ne sont pas à côté de la plaque mais l’ensemble coince… Et pour une fois, on se met à penser qu’il manque… de la violence. Oui vous avez bien lu, tout est trop lisse, trop doux. On peut penser sans difficulté que ce film est destiné à un public franco-russe : on ne blesse personne, on ne dénonce rien, on lance des micro-attaques anodines. Les stéréotypes sont esquissés (le français râle et fait de l’humour, le russe boit beaucoup…), les pratiques des services secrets jouant avec le capital humain comme aux dames sont évoquées (quelques phrases, quelques images…), mais soyons honnêtes, si Vetrov est un traître à sa patrie et va de ce fait mourir d’une balle dans la nuque, on s’en soucie peu, ça passe comme une lettre à la poste, c’est normal pour ainsi dire. La tension dramatique n’est pas palpable, on a la désagréable d’être un spectateur voyeur, un collabo qui se tait quoi qu’il voit. Le réalisateur ne se mouille pas.
Bref, après réflexion, on est plus deavnt le bon téléfilm à la France Télévision que devant un grand écran. Un film malheureusement aussi vite oublié que vu…
Note : 6/10
biopic, Emily Blunt, film, Jean-Marc Vallée, Rupert Friend, Victoria : les jeunes années d'une reine
In des films... on août 2, 2009 at 10:29
Film canadien / biopic / 2009
Les films retraçant la vie des souverains sont en général un peu tous les mêmes, ayant tendance à s’étendre de la naissance heureuse à la mort tragique. Jean-Marc Vallée a été capable de nous surprendre avec C.R.A.Z.Y. en 2006, on attendait donc de son Victoria plus qu’un simple film en costumes. Et c’est dans les détails qu’il ne nous déçoit pas.
Le film ne se concentre que sur les mois précédant son couronnement et sur les premières années se son règne, jusqu’à la naissance de son premier enfant, Victoria Adelaïde. Ainsi J-M Vallée évite le premier écueil du biopic trop long et barbant. Seules l’accession au trône et les premières années du plus long règne de l’histoire d’Angleterre nous intéresse, puisque la suite ne sera qu’une répétition du reste : essor colonial et industriel d’un côté, tensions sociales et austérité des mœurs de l’autre. Emily Blunt incarne une jeune Alexandrina Victoria consciente de ses lacunes mais déterminée à s’acquitter de la tache confiée. Hormis que la reine fut une personne assez laide et qu’Emily Blunt est au contraire ravissante et pleine de charme, que les robes ne sont pas toujours fidèles mais restent splendides, rien à dire là-dessus. Les autres protagonistes de l’histoire sont très bien choisis également.
Le film devient intéressant dès qu’on plonge dans l’intimité du château. On nous dépeint une reine inexpérimentée, partiellement bien entourée, amoureuse mais qui a froid et voit pas à travers ses carreaux tant ils sont sales. Les protocoles rigides et ridicules sont régulièrement pointés du doigt de façon plutôt comique. Ainsi la scène où son secrétaire Lord Melbourne est horrifié de la voir donner un bain à son chien quelques heures avant le bal de couronnement. Le travail de transcription de la vie de château à travers les yeux d’une jeune femme ayant grandi à l’écart de la cour est bien rendu : les scènes de couronnement et d’émeute aux portes du palais restent impressionnantes, imposantes, vertigineuses.
Si ce film a une temporalité monotone et peut paraître parfois ennuyeux, il est sauvé par l’amour du détail de J-M Vallée : les planchers neufs de Buckingham lorsque la Reine visite le palais pour la première fois, le mobilier apparaissant petit à petit toujours sans faute de goût, un gros plan sur les poils du bras de la Reine-Mère qui se hérissent lorsqu’elle entend qu’un coup de feu est tiré sur sa fille, les plaisanteries sur le climat humide de l’Angleterre de la part du prince Albert de Saxe-Coburg… tout cela achève de donner vie à une biographie heureuse, l’empêchant ainsi de sombrer dans l’hagiographie.
The Young Victoria - que j’aurais plutôt traduit par Victoria : les années d’une jeune reine – ne révolutionne pas les films historiques comme on aurait pu s’y attendre venant de Jean-Marc Vallée, mais il s’émancipe de certaines tendances récurrentes du genre comme les monographies interminables (L’allée du Roi) ou les hagiographies barbantes (Marie Antoinette).
Note : 7/10
aventure, Daniel Radcliffe, David Yates, Emma Watson, fantastique, film américain, Harry Potter, Helena Bonham Carter, Hermione Granger, Le Prince de Sang Mêlé, Ron Weasley, Rupert Grint, Tom Felton
In des films... on juillet 28, 2009 at 1:52
Film anglo-américain / Aventure Fantastique / 2009

Lorsque paraît la saga Harry Potter en 1997, je suis déjà trop vieille pour m’identifier comme il se doit aux personnages créés pour grandir au rythme des enfants découvrant le monde fantastique de l’adolescence en prime d’une école de magie et d’un tas de problèmes qu’ils n’imaginaient pas. Et lorsque les films adaptés des romans paraissent, je les regarde avec curiosité et… grande déception. Harry Potter au cinéma ou comment flinguer un personnage de fiction qui avait tout pour réussir.
Mis à part le pari plutôt excitant de choisir des enfants pré-ados et de les voir grandir sur les écrans épisode après épisode et de pouvoir bénéficier des derniers joujoux de la haute technologie pour avoir des effets spéciaux capables de vous faire trembler dans votre petit siège de velours rouge, adapter Harry Potter au cinéma ne présentait pas plus d’intérêt que ça.
Alors certes on ne pouvait pas savoir que les acteurs interprétant Draco Malfoy (Tom Felton) ou Harry Potter (Daniel Radcliffe) perdraient tout charme, talent et intérêt en grandissant. Cela faisait partie du coup de poker. Casting heureusement rattrapé par une Hermione Granger (Emma Watson) et un Ron Weasley (Rupert Grint) au top de leur forme qui redoublent d’ingéniosité et d’humour.
On ne pouvait pas non plus en demander beaucoup plus aux différents réalisateurs qui ont fait un travail d’unification de leurs styles assez grandiose. Si l’adaptation par Mike Newell (épisode 4) reste ma favorite, Chris Colombus (épisodes 1 et 2), Alfonso Cuaron épisode 3) et David Yates (tout le reste) s’acquittent plutôt bien de la tâche confiée.
Cependant la qualité créative de Yates décline sérieusement à chaque épisode. D’un Ordre du Phoenix prometteur (s’essoufflant cependant avant la fin), on a glissé vers 2h30 de film monotone et dénué de toute tension dramatique plausible, frisant parfois le ridicule, notamment lorsque Dumbledore-Gandalf se fait assaillir par des créatures aquatiques-Golum.
Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé est l’opus du basculement : Severus Snape révèle enfin son appartenance aux forces du mal et Dumbledore s’en va rejoindre ses prédécesseurs, laissant Harry et ses amis devoir gérer la situation. Le film préfère se concentrer sur les tourments amoureux d’ados et l’intrusion des forces du mal dans l’Ecole de Magie. Sauf que cela avait déjà été exploité dans les épisodes précédents de façon plus poussée et de ce fait plus intéressante, en tête la mémorable scène de bal dan La coupe de feu. Draco Malfoy permettra le passage des Death Eaters dans le château, mais tout suspens est avalé dès les premières minutes du film puisqu’on nous le montre entrain de monter son coup. Draco apparaît toujours seul alors que ce personnage est campé comme un chef de meute poltron toujours entouré de ses fidèles serviteurs. Les Death Eaters n’effraient même plus tant ils nous sont montrés comme des guignols s’amusant à mettre le feu à des baraques. Seule Helena Bonham Carter est crédible puisqu’elle a Burton dans a peau et qu’elle incarne un personnage un peu fantasque…. Et on pourrait ainsi énumérer bon nombre de fautes de goût et de construction flagrantes et fatigantes. Si l’on pouvait reprocher aux opus précédents de parfois manquer de fluidité, certains raccords se faisant un peu trop sentir, on a ici le problème inverse : le film nous coule entre les doigts, pas d’intrigues, pas de rythme…
Un épisode qui n’augure rien de bon pour la suite lorsqu’on sait que Yates a décidé de le faire en deux épisodes. Le véritable problème de Yates est de ne pas savoir sur quel pied danser (ou de ne pas savoir les coordonner) : la noirceur d’une époque et de personnages directement inspirés de l’époque Nazie ou le fantaisiste et la beauté de monde féériques ? Confiés à Tim Burton, les épisodes auraient certainement eu plus de panache…
Note : 5/10
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Bancs Publics, Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Elie Semoun, film français, Josiane Balasko, Matthieu Amalric, Pierre Arditi, Ridan, Vincent Elbaz
In des films... on juillet 14, 2009 at 6:15
Film français / « comédie humaine » / 2009
Une vingtaine de bandes annonces, des affiches envahissant tous les espaces publicitaires possibles, c’est rarement bon signe. Et ce n’est pas Bancs Publics qui dérogera à cette règle. Un film décevant qui avait pourtant tout pour plaire.
Filmé de la même façon que Musée Haut Musée Bas (J-M Ribes), reposant sur le même principe consistant à balancer 30 têtes d’affiches, racontant des bout d’histoires de tous les jours auxquelles on assiste dans un bureau, un square ou un magasin de bricolage, le concept avait tout pour plaire venant d’un Podalydès.
N’y allons pas par quatre chemin, le premier tiers du film sur la vie d’entreprise au bureau est abrutissant de banalité et tombe très à plat. J. Balasko et P. Arditi sont définitivement descendus dans mon estime, ayant cédé à la facilité de s’enfermer dans un seul (mauvais) rôle comme en est capable J-P Bacri. Si vous avez vu Clientes et Le Hérisson alors vous avez déjà vu les scènes de Balasko dans Bancs Publics. Elle a même réussi à nous refourguer son mari indien (pour la touche ethnique où tous ceux qui ne sont pas blancs de peau sont au bas de l ‘échelle sociale).
Le second tiers du film dans le square a quelques belles trouvailles sans que cela réussisse à aller au-delà du gentillet. Si vous voulez voir vos acteurs fétiches se ridiculiser (Elbaz, Bourdon, Amalric, Semoun…) alors ce film est parfait.
La dernière partie du film se passant dans un magasin de bricolage est la plus intéressante mais n’est malheureusement pas plus convaincante. Rappelant la poétique de Jacques Tati par l’univers décalé de ce Brico Dream où la Brico Team porte des blouses de travail ornée de nuages et se dope au revitalisant pour poisson d’aquarium, les requêtes de chacun des clients se transforment en aventure rocambolesque : une petite vitrine en bois a besoin d’un massage cardiaque, la secrétaire du bureau d’en face a du mal à payer les piles géantes spécialement conçues pour la Grossexpresso…
Le véritable problème du film vient d’un manque de cohérence flagrant. Le manque de liens dans l’enchaînement des saynètes plus ou moins intéressantes provoque un désintérêt complet du spectateur doublé d’un effet lénifiant. Le film s’ouvre sur la chanson de Brassens faisant écho au titre du film, Bancs Publics, interprétée par Ridan dans une rame de métro parisien. Selon moi, il aurait été mille fois plus pertinent de remplacer cette scène (et le titre du film) par Fuzati et son Signe du V :
« Pour savoir à quoi ressemble une ville de province dans les années 60, il n’y a pas besoin d’inventer de machine à remonter dans le passé. En partant de Paris il suffit de prendre le bon RER C. Je suis inquiet, toutes les rues d’ici semblent avoir une maladie. Je ne suis pas docteur ès ville mais je crois bien que c’est l’ennui. »
Note : 3/10
biopic, comédie, Good Morning England, radio indépendante, radio pirate, Richard Curtis, The Boat That Rocked
In Ce qui m'émeut, des films... on juin 30, 2009 at 1:26
Film germano-britannique / Comédie biopic / 2009
Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.
Affublé d’un titre ridiculement « anglicisé » en français (le titre original étant The Boat That Rocked), je n’ai pas grand-chose de plus à dire que Rob Gordon sur ce film très agréable que j’aurais adoré voir sortir en feuilleton télé.
Note : 8 ,5/10
En revanche, en tant que Vice-présidente d’une Radio Indépendante, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur particulier pendant le film. Si les clopes et l’alcool n’ont plus le droit de séjour dans les studios depuis bien longtemps (la coke elle, a encore des accès VIP), le matériel n’a qu’assez peu changé à cela près qu’on passe surtout des titres numériques contre quelques vinyles. Les radios pirates ont rendu l’âme après que le gouvernement s’est acharné à les faire disparaître. Aujourd’hui un scénario similaire se joue : le passage à la radio numérique sera si coûteux que seules les ondes de classe B (dans une logique mercantile donc) pourront se permettre un tel investissement. Cela signifie clairement une disparition progressive des programmes radiophoniques originaux, produits dans le seul but de leur qualité, leur originalité et leur diversité ; ils sont voués à disparaître ou au mieux, à être relégués à des heures de faible écoute.
Il y a trente ans, le message des radios pirates était que les gouvernements pouvaient pondre toutes les lois qu’il leur plairait, la musique rock ou pop ne mourrait pas pour autant, bien au contraire. Aujourd’hui, le rock et la pop sont bien présents sur les ondes, mais leur diversité n’est que très peu mise en valeur. Le pont de plus en plus fréquent entre les animateurs radios et leur apparition sur des chaînes télévisées privées de piètre qualité (comme M6 ou TF1) n’est qu’un indicateur parmi d’autres : les mêmes animateurs sont présents à l’antenne et sur les écrans plats (Le Mouv’, France Inter ou France Culture se prêtent allégrement à ce petit jeu pitoyable).
Lorsque Nova introduit un nouveau titre à sa playlist, Radio Campus Paris en insère une centaine. Et pourtant ceux qui écoutent Nova, ils ont déjà l’impression que la playlist est plus originale que celle de Skyrock ou NRJ… Cela laisse imaginer ce que seront les programmes en 2012 : lisses, uniformes, sans âme. Un peu comme ces derniers jours où tous les canaux se sont sentis obligés de passer du Michael Jackson en boucle…
Je ne suis pas si pessimiste, je ne pense pas que le monde radiophonique va s’écrouler totalement. La fm ne disparaîtra pas aussi facilement que le pense le CSA et les lobbys qui vont avec. Et les nouvelles habitudes de podcast des émissions donneront aux web-radios un avenir à la résonnance différente, sinon plus radieux. Aujourd’hui cet esprit de résistance à une logique du « produire plus pour rapporter plus » est certes organisé et solide mais absolument pas médiatisé. Le mythe du village d’irréductibles Gaulois résistant à l’expansion romaine ne cessera jamais de vivre, il faudra simplement faire des efforts de plus en plus importants pour parvenir à entretenir la diversité et l’exclusivité des programmes.
Le plus beau moment de ce film se situe pour moi à la toute fin du générique, lorsque chaque animateur raccroche son casque. Chacun quitte le studio très différemment car chacun s’occupe de musique et de propos très différents. Mais tous le font comme s’ils venaient de faire leur émission pour la dernière fois. Si pour continuer de préserver cet esprit d’une radio éclectique et surprenante je dois rentrer dans la case des marginaux, alors comptez là-dessus, je n’ai pas peur des étiquettes, pas plus que des menaces de licenciement, je suis déjà au chômage sans indemnités comme beaucoup trop de jeunes diplômés en France…
Alexander Calder : les années parisiennes, Art contemporain, Centre Georges Pompidou, Poésie, Sculpture
In des expos... on juin 23, 2009 at 2:02
Art contemporain / Centre Georges Pompidou / 18 mars – 20 juillet 2009
Le jour de mon cinquième anniversaire, ma mère m’a offert un livre sur Calder, me rendant accro à jamais aux mobiles colorés à la fois fragiles et majestueux d’un artiste américain hors-norme. L’exposition consacrée à l’artiste est originale, présentant seulement sa période dans la capitale française durant laquelle il s’est consacré essentiellement à la caricature.
Des cahiers de croquis, des caricatures délicates… et les sculptures qui s’en dégagent. Calder ne garde que les lignes fortes des corps et visages : une série de côtes, l’arrête d’un nez, la proéminence d’une poitrine… Véracité déconcertante. Dessins et sculptures métalliques semblent tracées d’un seul trait et laissent imaginer tout le reste. Calder sculpte des croquis. Tout son talent de portraitiste au regard incisif sur le monde qui l’entoure en émane.
Et surtout, il y a cette parenthèse circassienne, émouvante aux larmes grâce aux petits films où l’artiste joue avec ses créations. Un cirque de marionnettes, carcasses métalliques habillées de laine, jute et caoutchouc. Une danseuse orientale, un géant avaleur de sabres, un kangourou, des trapézistes et funambules… Calder est l’un des meilleurs designers de jouets que le 20ème siècle a vu naître. On ne peut qu’envier cet homme qui crée et joue toute la journée, clairvoyance d’une âme sensible qui sent le climat politique se durcir.
Le seul point noir de cette exposition est la foule trop nombreuse qu’il faut réussir à supporter. Trop de monde, trop de flot de paroles qui empêchent de pouvoir se concentrer autant qu’on le souhaiterait, qui contrecarrent l’envie de laisser son esprit vagabonder. A noter aussi cette mauvaise idée de présenter l’exposition en deux parties qui cassent la progression naturelle où la tête, à force de voir des squelettes métalliques osciller, parvient à s’envoler elle aussi.
A peine sorti, on n’a qu’une envie : replonger dans le monde onirique d’un doux rêveur qui gardait une vision acerbe et insolite sur ses contemporains. Cet esprit qui dérange par sa clairvoyance déconcertante, pour se rassurer on appelle cela un artiste ou un fou…
Note : 9/10
Alan Arkin, Amy Adams, Christine Jeffs, Emily Blunt, film américain, Sunshine Cleaning
In des films... on juin 15, 2009 at 2:40
Film américain / Tragi-comédie / 2009
Tout comme la tradition du cinéma anglo-saxonne se plaisait à dépeindre les problématiques sociales britanniques sous le prisme comique (The Full Monty, Billy Elliot, les Ken Loach ou plus récemment Boy A), on assiste également depuis quelques années à des monographies de quotidiens sordides de l’Amérique profonde tournés en dérision. Ainsi, on avait pu se délecter de l’inattendu Little Miss Sunshine l’année dernière ou, dans un tout autre genre, de Mystic River. Christine Jeffs se frotte à son tour à l’exercice avec Sunshine Cleaning et revisite le monde du nettoyage post-mortem.
Le premier problème de Sunshine Cleaning se trouve dans son titre. On nous sert du sunshine à toutes les sauces, comme s’il s’agissait d’un label valorisant (l’affiche ne manque pas de nous rappeler et souligner en gras que les producteurs sont les mêmes que pour l’histoire de la jeune Reine de Beauté). Ce n’est pourtant pas toujours brillant : si cela fonctionnait pour la Little Miss ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, c’est loupé pour le film qui nous préoccupe dans cette chronique. Le postulat de départ était sympathique : deux sœurs dans la dèche montent une boite d’assainissement de scènes de crimes afin de pouvoir financer l’école privée du fils / neveu un peu lunatique et bourré d’imagination. Elles se retrouvent donc confrontées à diverses situations glauques. Sauf que pour que le tout fonctionne correctement, il aurait fallu rendre les situations à la fois vraiment cocasses et dynamiques. Le film s’essouffle dès la première demi-heure, une fois passé la succession de découvertes très subtiles du type « le sang ça tache très fort », « les cadavres ça pue et ça pourrit vite, surtout quand il fait chaud » ou encore « ah bon ? il existe une règlementation qui fait qu’on ne pas jeter les résidus humains comme de banals déchets ? ».
Ce qui m’amène au second problème du film qu’est un manque flagrant de rythme et d’énergie des personnages. Le jeu du premier rôle tenu par Amy Adams vacille trop souvent du côté pathos pleurnichard pour être complément convaincant. Le second rôle incarné par Emily Blunt (petite sœur un peu rebelle, un peu rigolote, un peu grincheuse, complètement paumée) s’en sort plus honorablement. La prestation d’Alan Arkin en père faisant constamment des promesses dans le vent – sauf pour respecter un happy end aussi délicat et travaillé qu’une marre de sang au milieu d’une moquette blanche – est tout aussi décevante.
Le parallèle entre le fait de nettoyer et de remettre de l’ordre dans sa vie fait difficilement sourire tant le film peine à lessiver toutes les approximations et négligences de réalisation. Un film qui n’a pas vu sa matière et son potentiel suffisamment mis en valeur pour séduire.
Note : 5/10
Alain-Dominique Gallizia, arts de rue, Exposition, Grand Palais, TAG
In des expos... on avril 21, 2009 at 10:41
Arts graphiques de rue exposés dans un Musée / Grand Palais – Paris / jusqu’au 3 mai
Après la tentative ratée et ridicule du Louvre d’attirer des publics plus jeunes au Musée par le biais de la bande dessinée (cf. chronique Le Petit Dessein), voilà l’expo démago pour attirer les « jeunes voyous » susceptibles de saloper les murs des villes…
Plus sérieusement, l’idée de départ est intéressante, il s’agit de donner une opportunité au grand public d’avoir un regard différent sur les Tags et Graffitis qui fleurissent nos espaces urbains. L’idée de reconnaître ces arts graphiques non pas comme une pollution mais bien come une forme d’expression artistique supplémentaire de notre paysage culturel… Mais plusieurs problèmes viennent plomber cette exposition.
L’idée de départ, si vous visitez l’expo vous comprendrez bien, est venue d’un architecte, Alain-Dominique Gallizia. Ce type est imbu de sa personne comme il est rare de le voir dans un Musée. Monsieur Mégalo a donc commencé à collectionner les tags en demandant aux artistes de rues de s’exprimer sur des toiles de taille identique et sur des sujets imposés : Amour et Identité. Donc là, vous l’avez compris, le type a fait cette expo d’abord pour parler de lui et probablement pour faire monter le buzz sur son nom et sa coolitude pour mieux faire accepter des projets architecturaux aux collectivités territoriales… Ensuite la taille des toiles retenue est parfaitement absurde, beaucoup trop petite, cela correspond à peu près à l’idée de demander à un peintre de fresque de réaliser un travail sur un timbre poste. Enfin que penser des thèmes imposés ? Ils ont quitté l’école trop tôt alors on leur fait faire une dernière rédac pour s’autoriser à leur dire que « oui, ce qu’ils font est chouette et a de la valeur » ??
Les responsables de l’exposition insistent beaucoup sur le fait qu’il y ait 300 toiles (donc 150 artistes puisqu’ils ont 2 toiles chacun) mais il serait plus pertinent d’exposer de la qualité et non de la quantité. Un bon tiers des toiles n’étaient pas spécialement intéressantes, ce qui pouvait venir du manque d’inspiration de l’artiste sur le sujet, du handicap lié au format ou… d’un manque de qualité (ou encore d’un jugement esthétique de ma part).
Pour couronner le tout, il eut été pertinent de retracer un peu plus l’histoire du Tag et de resituer quelques contextes sociaux / politiques. On prétend nous retracer l’histoire du Tag sur 3 générations et on ne nous fournit qu’une origine nationale ? Il est pourtant évident que les sujets de préoccupation du Bronx il y a 15 ans n’ont rien à voir avec les sujets chers aux grapheurs actuels iraniens ou du 93…
Une exposition qui aurait pu être un carton et vraiment géniale mais qui, au lieu de ça, ressemble à une pub géante pour le politiquement correct impulsée par le Ministère de l’Egalité des chances et contre les discriminations… dommage.
Note : 5/10
Art contemporain, Christian Coq, Claude Archambault, Exposition, Kréyol Factory, La Villette, Raymond Sarti, Yolande Bacot
In des expos... on avril 16, 2009 at 2:10
Art contemporain créole / La Villette, jusqu’au 5 juillet 2009
En pleine tourmentes et insurrections en Guadeloupe et Martinique, l’exposition commandée par La Villette il y a plus d’un an a une saveur étrange… Non seulement elle tombe très à propos mais elle est d’une qualité rare et appréciable par les temps qui courent.
Organisée en sept espaces, sur plus de 3500 m2, nul va sans dire qu’il vous faudra consacrer au minimum deux heures et demi à cette exposition qui vaut le coup d’œil. Au delà de l’appréhension des complexités d’un questionnement identitaire liées à l’histoire, à des processus de créolisations et aux effets de la mondialisation à travers un support protéiforme, il s’agit avant tout d’une très rare exposition consacrée à l’art contemporain caribéen. Costumes, peintures, sculptures, films, photographies, musique… tout y est pour tenter de cerner les malaises et les spécificités d’une autre culture émergée de la colonisation. Les traversées d’abord ou comment sont arrivés de nouveaux peuples sur des espaces insulaires ; le trouble des genres moins accessible peut-être sur les différences génétiques et morphologiques des communautés ; L’Afrique communauté imaginée où l’on tente d’abattre enfin ce préjugé Noir = Africain ; Noir Comment est évidemment la suite logique du questionnement précédent où l’on met en relief la multitude des différences de couleurs de peau liées aux multiples métissages ; des îles sous influence ou le portrait des rapports de forces et enjeux géopolitiques existants ; Les nouveaux mondes donnent un aperçu de ce qu’on pu devenir les différents territoires caribéens au fil du temps, quelles quelles cultures nouvelles (langues, manière de penser…) ont pu émerger… et enfin Chez soi de loin est consacré aux immigrés dans leur propre nation (la même nation mais pas la même culture). Chapeau bas aux commissaire d’expo et chefs de projet (Yolande Bacot, commissaire, Claude Archambault et Christian Coq, chefs de projet).
Soulignons aussi la scénographie ingénieuse et splendide signée Raymond Sarti, mer de carton ondulé s’appréhendant de différentes façons, à la fois support et ornement de l’exposition. Les univers visuels et sonores sont impressionnants. On ne peut reprocher qu’une seule chose : ne pas avoir insisté plus encore sur les odeurs propres à ces territoires : que ce soit lié aux épices, aux plantations, à l’humidité et au Ph des terres, il y a bien des senteurs qu’on ne retrouve pas ailleurs.
Une exposition à voir avec attention, en ayant du temps devant soi et de quoi cuisiner un Cari de poisson ou un Colombo d’agneau en rentrant ;) !
Note : 9,5/10
Baby Doll, Benoît Lavigne, Chick Ortega, Mélanie Thierry, Tennessee Williams, théâtre, Théâtre de l'Atelier, Xavier Gallais
In du théâtre... on avril 16, 2009 at 10:07
De Tennessee Williams – mise en scène Benoît Lavigne / 2009
Comme toutes les pièces de Tennessee Williams, Baby Doll met en scène des personnages sur qui le lourd soleil tape un trop sur la tête. Mi-bons, mi-mauvais, ces êtres nous plongent au cœur de l’Amérique profonde des années 40, avec ses rixes entre fermiers, ses mariages arrangés… Baby Doll est une jeune femme-enfant, on l’a mariée trop jeune, elle n’était pas prête et en fait voir de toutes les couleurs à son cuistre de mari, le fermier ruiné Archie Lee. En revanche, le voisin plus jeune et d’origine italienne, M. Silva Vaccaro, ne la laisse pas indifférente…
Au delà du texte, joué ici dans une traduction et adaptation intéressante, les décors sont assez intelligents et exploitent bien le Théâtre. La Maison d’Archie comporte le rez-de-chaussée, la chambre d’enfant et le grenier à l’étage. Quelques portes, une carcasse de voiture… le tout est en bois, respectant l’esprit des constructions américaines. Benoît Lavigne est avant tout cinéaste, cela se voit, les scènes et décors sont pensés plan par plan.
Mais il faut souligner des incohérences et fautes notoires qui font que cette pièce n’est pas à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer. Tout d’abord, nous sommes au cœur de l’Amérique en été, il fait une chaleur écrasante. Si les jeux de lumières respectent correctement les variations solaires, le jeu d’acteur ne convient absolument pas : cris permanents, énervements, cavalcades… Le rythme impulsé est bien trop rapide, les personnages sont censés étouffer. Seule la trouvaille de la pompe à eau et du jeu aquatique qui s’ensuit est crédible. Notons également que l’univers sonore aurait pu être bien mieux développé.
A cela s’ajoute un choix d’acteurs maladroit pour moitié. Archie Lee (Chick Ortega) joue atrocement mal, oubliant d’articuler et de faire sortir des expressions de son corps. Baby Doll (Mélanie Thierry) surjoue toute la première partie de la pièce, est usante et crispante alors que son rôle lui demande d’être facétieuse et insoumise. La seconde partie de la pièce est largement plus réussie grâce à l’arrivée de Silva (Xavier Gallais) qui a su lui faire ressortir tout la piquant des textes, la souplesse des gestes et de l’esprit de ce jeune immigré italien attendri par Baby Doll.
Une interprétation de Baby Doll séduisante mais qui manque d’un peu de piquant du fait d’une première partie mal interprétée et d’une grave erreur de casting (Mélanie Thierry est parasitée par son mauvais chanteur de mari…).
Note : 6,5/10
Le sens de la vie pour 9$99, Tatia Rosenthal, Etgar Keret, film d'animation, marionnettes
In des films... on avril 15, 2009 at 6:12
Film d’animation australo-israélien / 2009
En dehors de Wallace & Gromit, j’avais toujours eu du mal avec les longs-métrages d’animation. Jusqu’à ce que je vois Le sens de la vie pour 9$99, bijou de création sarcastique.
Dave Peck est un jeune homme au chômage vivant chez son père et refusant de faire le boulot de son frère : huissier de justice. Dans son immeuble se côtoient un magicien endetté, un top model allergique aux poils, un étudiant en pleine rupture amoureuse et en proie à de jeunes alcooliques de 5 cm ; un vieillard qui s’ennuie et rêve de Paradis, ou encore un petit garçon qui se prend d’amitié pour son cochon tirelire… Ce qui va changer la vie de Dave Peck, c’est la commande d’un livre sur le sens de la vie au prix exceptionnel de 9$99… Quels rapports ? Aucun, sinon des saynètes aussi loufoques et inattendues que la première collaboration cinématographique entre une australienne (Tatia Rosenthal) et un israélien (Etgar Keret).
L’excellence de la manipulation des marionnettes, la splendeur des décors ou la justesse de la façon de filmer adoptée ici sont quasiment dérisoires comparés à la vigueur poétique et la pertinence cynique des sujets et dialogues. Le sens de la vie ne coûte pas cher effectivement, ce qui est onéreux, c’est de réussir à faire en sorte que le sens que avez choisi soit animé de vitalité. L’ennui et la platitude de l’habitude font la morosité de ce siècle. Il aura fallu plus de 10 ans aux créateurs de ce projet pour parvenir à leurs fins. Ca valait le coup de s’accrocher.
A découvrir absolument, pour tout adulte consentant à égayer sa vie.
Note : 9/10
1985, 2009, Alan Moore, bande dessinée, culte, Dave Gibbons, guerre des mondes, Watchmen, Zack Snyder
In Ce qui m'énerve, des films... on mars 12, 2009 at 1:59
Film américain / fantaisie héroïque / adaptation / 2009
Disons-le d’emblée, il existe déjà pléthore de critiques de ce film, notamment celle de Rob Gordon. Alors je laisse aux plus vieux les chroniques purement cinématographiques sur la photographie fidèle au livre, la bande son pertinente ou les effets spéciaux bluffants et je vais développer un autre point si vous permettez…
1985 : Michail Gorbatchev accède au pouvoir en URSS, Boris Becker est le plus jeune joueur de tennis à remporter Wimbledon, le réseau Fun Radio voit le jour, Christo emballe le Pont Neuf, on retrouve le Titanic, on sabote le Rainbow Warrior, Assassin et Nirvana font leurs débuts, on lance la première campagne des Restos du Cœur en France… bref 1985 reste l’année de la prise de conscience de problèmes structurels dans les pays développés (oui il existe des jeunes, des pauvres, des enjeux géopolitiques et écologiques majeurs…) et ce n’est que le commencement du naufrage véritable du système capitaliste et de l’impérialisme à la papa… Rien que pour tout cela je suis fière d’être née cette année là.
Alors comme à chaque fois qu’on sent qu’une crise pointe le bout de son nez, on ressort des icônes, quelque chose à quoi se raccrocher. Ainsi en 1985 naît Marty Mac Fly et son habilité à savoir remonter le temps et pouvoir changer le cours des événements (Retour vers le Futur). Le bon temps, il était avant, maintenant on va en baver…
C’est exactement de quoi il retourne dans l’œuvre graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons. Les Watchmen sont de vieux héros en collants sur le retour qui ne comprennent plus très bien qui ils sont, où ils vont ni dans quels états ils errent… Ils se font décimer par une puissance invisible, qu’on ne peut pas identifier au premier coup d’œil. Pas de bon gros méchant, plutôt une quête introspective pour tenter de saisir comment on en est arrivé à de telles absurdités sur notre bonne vieille planète. Ils sont vieux parce qu’ils ont encore des capes (tout le monde sait que quand on se balade avec un appareil doté de réacteurs, on ne porte pas de cape, sinon on meurt…), des idées retro-réac sur le monde, et une conception du monde encore très manichéiste. Ils ont compris qu’ils sont out et ils comptent sur les nouveaux nés de l’époque pour se dépatouiller tout seuls.
Ma génération et les suivantes inaugurent un nouveau mode de vie, dans un état psychologique particulier : nous savons que vivre nous demande plus d’efforts qu’à nos aînés. Nous nous construisons en sachant que nous vivrons moins longtemps, dans de moins bonnes conditions et en ayant à gérer une équation de problèmes supérieure. Le monde tend à une exacerbation des violences toujours plus grandes et toujours plus difficiles à identifier. Cela aboutit à une génération désabusée et cynique, posant un regard acerbe sur les événements. L’intrigue des Watchmen se passe en 1985 ? Vous pouvez la transposer en 1991 (Koweit), en 1995 (Croatie), en 2003 (Irak)… etc. On prend les mêmes et on recommence…
Alors pour ces générations là, des réalisateurs et des auteurs prennent le soin d’entretenir une chose essentielle, l’espoir. Pas un espoir tangible, non, celui qui relève de la fantaisie. Les comics-book qui ont bercé notre enfance, puis les dessins animés de nos héros préférés, les figurines en plastiques associées, les jeux-vidéos, puis les séries télévisées comme Heroes, les adaptations cinématographiques de Batman, de Superman, des X-Men… tout y passe pour nous faire un peu mieux passer la pilule. Le « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais) s’est mué en « Un homme devient vieux le jour où ses regrets ont pris la place de ses rêves » (John Barrymore) et devient très logiquement « La vie est une farce » dans les répliques du Comédien. Tout est dit, alors dépêchons-nous d’en profiter encore et toujours.
La possibilité de rêver est aux jeunes générations ce que le l’apport du vêtement en coton au lieu du cuir a été à l’histoire de la médecine : une avancée irréversible. Nos parents ont eu Mai 68, les trentenaires ont leurs soirées Gloubiboulga et Chantal Goya, nous aurons nos soirées déguisées Super-Héros. J’ai hâte d’enfiler le costume du Spectre Soyeux II. Je ne demande qu’une chose à nos gouvernements (en lesquels j’ai perdu tout espoir d’attente positive) : qu’ils ne nous coupent pas les subventions pour pouvoir entretenir ces derniers mirages.
A l’entrée du cinéma, on n’autorise pas les moins de 12 ans à franchir le seuil de la salle, mais les plus de 40 ans ne peuvent pas vraiment comprendre non plus… en cela Zack Snyder parvient à réaliser un exploit.
Note : 8/10
épouvante, David Goyer, film américain, Gary Oldman, Odette Yustman, palmarès des bouses cinématographiques 2009, Unborn
In des films... on mars 10, 2009 at 10:48
Film américain / épouvante – comédie pathétique / 2009
Lorsqu’on vous présente un film en vous disant qu’il a été réalisé par le co-scénariste des deux volets Batman de Christopher Nolan, vous n’avez pas idée que vous allez voir un film d’une qualité… déconcertante.
Rien, absolument rien ne ressort de ce film, aventure mêlant fantastique et horreur mettant en scène une adolescente apprenant en bloc qu’elle avait un frère jumeau mort-né, que sa grand-mère est vivante et a été déportée à Auschwitz, que ses rétines changent de pigmentation, qu’il existe des créatures ni-mortes ni-vivantes qui essayent de s’emparer de son corps et qu’elle va devoir subir un exorcisme juif et chrétien pour survivre… D’emblée en lisant ces lignes le sourire vous monte aux lèvres et vous avez bien raison car je crois que nous tenons ici la première grande bouse cinématographique en lice pour le top 2009.
Il ne suffit pas d’avoir réalisé de bons scénarios pour savoir le faire à chaque fois, on retiendra cette phrase sensationnelle de l’héroïne « je ne peux plus habiter ce qui m’habite ». Il ne suffit pas non plus d’emprunter certains bons acteurs comme Gary Oldman (honorable Commissaire Gordon dans les opus de C. Nolan) qui démontre ici qu’il est capable du pire comme du meilleur, on se demande s’il n’a pas accepté le rôle pour se taper des barres de rire en voyant « jouer » Odette Yustman qui, hormis savoir porter des culottes de coton blanc sur sa belle plastique, doit avoir deux expressions à son répertoire.
Les références sont réutilisées de façon vulgaire et relevant du plagiat pitoyable : Shining, Blair Witch projet, l’Exorciste… tout y passe, tout y est massacré dans un gloubiboulga indigeste et risible de procédés d’épouvante éculés. Même le format laisse songeur : 1h27, durée batarde qui est la marque des séries Z…
Bref vous l’avez compris, si vous voulez vous faire une bonne séance d’abdominaux (je n’avais jamais vu une salle aussi hilare), voir des effets spéciaux dignes de ceux des années 40, un casting pire que n’importe quelle mauvaise série et ressortir en vous demandant si vous vous souvenez d’une seule scène valable (il n’y a vraiment rien pour sauver le film)… courez-y ou envoyez-y le cousin germain chiant que vous ne pouvez pas supporter pour avoir la paix durant 1h27 ! Un film qui n’aurait jamais dû passer sur vos écrans…
Et j’oubliais le détail qui tue : Le Mouv’ est partenaire…
Note : 1/10
Centre Pompidou, Exposition, musée, Paris, retrospective, Vides
In des expos... on mars 3, 2009 at 1:40
Centre Georges Pompidou – Paris – du 25/03/2009 au 23/03/2009
« Pour la première fois au sein d’un musée d’art moderne, le Centre Pompidou propose de faire découvrir une page essentielle de l’histoire de l’art ». Pas moins de six commissaires, un scénographe et deux graphistes ont travaillé au projet de cette nouvelle exposition. Annoncé de la sorte, grande est l’envie de ne pas se sentir trop inculte et de connaître ce qu’est le Vide en art… On reconnaît bien là l’esprit Beaubourg, de bonnes idées mais rien pour être capable de les matérialiser convenablement, d’où une exposition incomprise et inintéressante.
Le Vide est un concept certes difficile à exprimer en art mais dont les artistes contemporains se sont déjà régulièrement emparés au cours du XXe siècle, notamment Yves Klein en 1958. Avec La Spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée [attention respirez bien si vous parlez de cette expo à l’oral] l’artiste avait entièrement repeint la galerie Iris Clert en blanc pour créer « une ambiance, un climat pictural sensible et à cause de cela même invisible ». De la même manière, l’exposition de Beaubourg souligne le travail dans le domaine de Laurie Parsons, Robert Barry, Roman Ondak, Robert Irwin, Bethan Huws, Maria Eichhorn ou du collectif Art et Language, groupe fondateur de l’art conceptuel fin 60’s.
Le problème de l’exposition du Centre Pompidou vient essentiellement de son manque total de mise en valeur, ne faisant que renforcer l’idée que l’art moderne est réservé à un petit cercle d’excentrique.
Ainsi l’exposition se trouve au fond du niveau 4, en bout de musée, donnant l’impression que les toiles ont été décrochées pour un nouveau chantier et non laissant penser que ces salles sont « pleines ». En les mettant au centre du musée, cernées de pièces regorgeant d’œuvres picturales visibles, le message aurait déjà bien plus explicite.
Deuxième erreur majeure, aucune explication hormis un A5 recto-verso n’est mise à disposition du public. Doit-on rappeler que l’une des missions d’un musée est d’être pédagogique ? Si le vide est une page essentielle de l’histoire de l’art comme ils se plaisent à l’affirmer, il serait bon d’expliquer en quoi c’est si intéressant, non ? On ne sait même pas ce que les auteurs ont voulu exprimer ici.
On peut aussi ajouter au chapitre pessimiste que le titre de l’exposition est mal choisi. S’il s’agit d’une rétrospective, pourquoi les commissaires n’ont-ils pas pris la liberté de faire une exposition retraçant les expositions de vide en art pictural ? Des photos, des vidéos, des croquis qui montreraient que le vide se pense, s’appréhende longuement ? Les visiteurs sont ici livrés à eux-mêmes, incapables de discerner quoi que ce soit. Les espaces n’ont pas été modulés spécialement pour l’exposition, il ne retracent finalement absolument pas les travaux réalisés par ceux qui sont exposés. Car chaque exposition de vide en art pictural a une histoire différente. C’est bien parce que Bethan Huws était émerveillée de la beauté du bâtiment de Mies Von der Rohe (il s’agissait de la Haus Ester de Krefeld, Allemagne) qu’elle décida de le laisser un vide dans l’exposition personnelle qu’elle était invitée à réaliser. Or Beaubourg n’est pas un bâtiment de Mies Von der Rohe, n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec… De même Maria Eichhorn avait laissé vide son espace d’exposition pour consacrer le budget qui lui était alloué à la rénovation de la Kunsthalle de Berne ! Où sont les parallèles dans cette rétrospective ? Des fonds ont-ils été mis de côté pour la rénovation de Beaubourg ? J’en doute fortement… On ne ressent strictement rien dans cette exposition hormis de l’agacement et du dépit.
On pourrait continuer ainsi très longuement, tout ce que les commissaires ont été capables de faire correctement ici est peut-être le catalogue d’exposition qui en ressort. 540 pages consacrées au sujet, preuve que le Vide fait couler de l’encre (un dernier reproche pour la route, ce catalogue n’était même pas consultable dans l’exposition).
Cette rétrospective du Vide en art pictural est un tollé général, ne faisant que renforcer l’idée reçue que l’art moderne est une masturbation intellectuelle stérile.
Note : 1/10
Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure, Christine Letailleur, théâtre, masochisme
In du théâtre... on février 23, 2009 at 1:15
D’après l’œuvre de Leopold von Sacher-Masoch
Que reste t’il de Sacher-Masoch ? La même chose que du Marquis de Sade, un nom commun dans notre langue française. Le sadisme et le masochisme sont trop souvent opposés ou assimilés l’un à l’autre. Or il n’en est rien et la pièce de Sacher-Masoch adaptée par Christine Letailleur le démontre bien.
Séverin ou le suprasensuel, signe un contrat avec celle qu’il aime, dans lequel il s’offre corps et âme à sa maîtresse afin de réaliser son fantasme : qu’elle fasse de lui son esclave, le brutalise afin que ses souffrances lui procurent une jouissance suprême. En échange Wanda, sa maîtresse, se devra de porter de la fourrure le plus souvent possible.
Mise en scène minimaliste, réduite au plus important qui nous intéresse ici : un lustre, une cravache, des fourrures, un tabouret. Costumes très chouettes, notamment ceux de Wanda et de la Déesse (plastron métallique) et les bretelles de Séverin. Jeu d’acteur tout aussi simple, souvent suggéré, parfois poétique et statique.
Coté adaptation, beaucoup de libertés ont été prises avec l’œuvre originelle et c’est ce qui fait toute la force de la pièce. On y parle français, grec, polonais, allemand, on y chante… La manière dont les textes sont articulés est en revanche plus difficile à apprécier : sur-articulation pénible, temps mort entre chaque mot extrêmement fatiguant… mais tous les personnages ne le font pas, ce qui devient supportable.
La pièce comporte des trouvailles comme la suppression de passages trop romantiques, ou le fait d’éluder la morale de l’histoire (de la fin du texte original donc). Le masochisme et le sadisme sont toutes deux des perversions, à cela près que seule la première est consentie ouvertement et mutuellement. La première est romanesque et romantique voire niaiseuse, l’autre est cruelle, directe et parfois très douloureuse voire létale (ce en quoi, selon moi, la charte BDSM française ne tient pas la route puisqu’il y a assimilation des 2 termes).
Une pièce très bien réappropriée par celle qui s’était déjà attaquée à La philosophie dans le boudoir. Je suis curieuse de voir à quoi elle s’attaquera la prochaine fois !
Note : 8/10
20e promotion, cirque, CNAC, Georges Lavaudant, Jean-Claude Gallotta, La Villette, Paris
In du cirque... on février 16, 2009 at 5:40
Cirque moderne / CNAC / France / 15/02/2009
Comme chaque année, La Villette accueillait le spectacle de la dernière promotion du Centre National des Arts du Cirque. Ayant connu une légère perte de vitesse liée à la qualité décevante des mises en scène des promotions des dernières années, le CNAC prouve à nouveau que cette école est de qualité.
Pour cette 20e promotion, on avait fait appel à Georges Lavaudant – grand metteur en scène s’il en est dont mon jeune âge me permet seulement de me souvenir d’une belle mise en scène de La Cerisaie au Théâtre de l’Odéon) et Jean-Claude Gallotta – chorégraphe contemporain digne élève de Merce Cunningham. Et le résultat est très positif.
D’abord la scène a été épurée au maximum, réduit à l’expression simple d’une piste de cirque et de ses agrès mobiles. Chacun s’approprie l’espace à sa manière, à sa mesure. Les disciplines sont elles aussi réduites au plus simple à transporter / transposer : ce qui est rapidement réducteur en terme d’opportunité de jouer pour les compagnies de cirque, c’est de trouver un espace capable d’accueillir les agrès aérien mobiles ou nécessitant de la hauteur : trapèze ballant, trapèzes volants… Là on a seulement des mâts chinois et un drap fixe… donc le spectacle est facilement adaptable à une scène de théâtre ou de danse. Soulignons néanmoins l’introduction d’une discipline plus rare et assez fascinante : le mât pendulaire, très bien adapté ici. On peut aussi louer l’introduction d’un V-jing en arrière-piste montrant les mêmes artistes lors des répétitions au même moment du spectacle.
Pour le reste, l’accent a été mis sur la danse et les chorégraphies, plus travaillées qu’à l’accoutumée. Et même si le solo de danse peine parfois à trouver cohérence dans cet ensemble – bien qu’il soit très réussi – il est une virgule bienvenue dans tout spectacle. Les élèves repartent aussi avec des évolutions de carrière plus large que les promotions précédentes : moins techniques, moins éblouissants, ils n’ont pas acquis que leur seule discipline favorite de cirque. Les chorégraphies et les costumes rappellent fortement l’univers de Merce Cunningham, les artistes portent tour à tour des costumes très pratiques (simples shorts en lycra et chaussons), colorés (justaucorps complets bleu, jaune, vert ou rouge), folkloriques (mariée orientale, mariée européenne…) ou rappelant le cabaret (costumes veste-pantalon, garçon de piste, complet et cane…). L’univers sonore est aussi très influencé par la danse contemporaine, mélange d’extraits de dialogues en japonais et de composition de piano assez déstructurées.
Un spectacle de très belle facture et des artistes en devenir à qui l’on souhaite un maximum de réussite… sur une piste de cirque ou ailleurs.
Note : 8,5/10
éducation sexuelle, Elève libre, film belge, Joachim Lafosse, société
In des films... on février 14, 2009 at 12:09
Film belge / société / 2009
Belgique, période contemporaine, un jeune garçon échoue à ses épreuves scolaires et ses compétitions de tennis. Il choisit alors de passer ses examens en candidat libre, sous la tutelle d’amis de sa mère. Parallèlement, son corps s’éveille à la sexualité et connaît ses premiers émois. A priori, avec un scénario aussi pauvre, on va droit dans le mur… Sauf que Joachim Lafosse a une manière de filmer qui transcende le scénario.
Exit les amourettes d’ados tournées de façon comiques ou grandiloquentes. J. Lafosse ne fait pas un film sur la sexualité mais bien sur l’éducation sexuelle. Jonas (l’élève) a choisit de passer un examen qui compile trois ans en un, sa sexualité va avoir droit aux mêmes méthodes accélérées. C’est direct, un peu froid voire pervers, ça blesse parfois, mais c’est beaucoup plus réel que n’importe quoi d’autre.
J. Lafosse a une façon de filmer très dynamique, les scènes prennent le temps de se dévoiler tout en semblant en permanence sur le qui-vive, les plans sont souvent très fixe mais l’on s’attend à un retournement à tout instant. La justesse du film tient tout autant à la rigueur dont font preuve les acteurs : pas de fioritures, pas d’effets de manches, on suit un ado qui a des boutons, qui ne comprend pas tout ce qui se passe dans son corps, qui parle franchement tout en gardant une certaine pudeur, un élève plutôt docile sans être soumis. Ses éducateurs incarnent parfaitement ceux qui ont compris que s’il y a un domaine dans lequel il ne faut pas perdre de temps, c’est le sexe. Ils prennent également la peine de différencier sexe et amour, ce qui n’arrive jamais habituellement dans ce genre de film.
Ce film démontre avant tout que les sociétés dans lesquelles nous vivons évoluent beaucoup. Les tabous tombent peu à peu. Voir un film porno, parler de sa sexualité avec des adultes autres que ses parents, se poser des questions pratiques (à propos du plaisir, sur la façon de s’y prendre, sur sa normalité…) sont des actes qui ne choquent plus comme avant. Présenter ce film il y a 10 ans aurait attiré les foudres des autorités sanitaires et sociales, la colère des mères de famille, etc. Là, le film n’est interdit qu’aux moins de 12 ans, on considère donc qu’un ado peut voir ce film sans problème.
On ressort de ce film dans un drôle d’état, comme lorsqu’ado on se faisait toute une montagne d’un truc alors qu’en fait, une fois le truc réalisé, ça nous paraissait dérisoire… Joachim Lafosse est une réalisateur qui marque sont territoire et s’impose doucement mais surement. A suivre.
Note : 7/10
biopic, Brian SInger, film, Kenneth Brannagh, Terence Stamp, Tom Cruise, Walkyrie
In des films... on février 12, 2009 at 10:26
Film américain / biopic / 2009
De ce film je n’attendais strictement rien : histoire dont on connaît déjà la fin + Tom Cruise = non merci. De ce film, je ne pensais pas prendre la peine d’en dire quoi que ce soit car Rob Gordon avait correctement résumé ma pensée et Playlist Society avait tenté d’en soulever pas mal de nuances. Cependant, étant privée d’un œil depuis maintenant 3 jours, je vois les choses d’un autre regard (si je peux me permettre ce jeu de mot ringard).
Côté réalisation, c’est du Brian Singer pas de doute, on retrouve la même manière de filmer que dans les 2 X-Men. Côté scénario on se trouve déjà face à une première aberration : faire jouer tout le film en anglais ! De qui se fiche t’on ? Le film ouvre sur une bataille opposant les allemands aux anglais et tous parlent anglais, quel ridicule ! C’est horripilant au possible, surtout lorsqu’on a le mauvais goût de faire durer la plaisanterie deux heures.
Concernant le scénario, Brian Singer adepte des histoires où le mal suinte, où les personnalités sont souvent sur le fil, dans l’hésitation de basculer vers une éthique ou une autre (X Men), s’attaque ici à la chance du diable ou comment Hitler est parvenu à échapper à 15 attentats contre sa personne venant d’Allemands. Sujet intéressant s’il en est mais sans pertinence pour les Allemands. Le génocide juif et l’œuvre d’Hitler sont probablement la page d’histoire sombre la mieux assumée par un pays en un temps record. Donc si B.Singer fait un film pour dire que les Allemands aussi avait compris qu’Hitler était une plaie et qu’ils ont essayé de se rebeller, c’est inutile, et la mention à la fin du film des quelques lignes inscrites sur le mémorial de l’holocauste à Berlin n’a aucune pertinence.
Concernant le casting, si Kenneth Brannagh ou Terence Stamp s’en sortent honorablement, je ne peux pas approuver le choix de Tom Cruise pour incarner le comte Stauffenberg. On peut reconnaître que Cruise se maîtrise pour ne pas en faire trop, ne pas être grandiloquent, mais cela ne fonctionne pas. Il aurait mieux tenu le rôle d’Hitler. Stauffenberg était un allemand assez grand, svelte, au front dégagé qui avait perdu un œil lors d’une bataille au Maghreb. Je sais qu’on n’est pas obligé de faire ressembler l’acteur au personnage qu’il incarne, mais le problème c’est que Cruise a tout fait pour lui ressembler : ses cheveux bien peignés et plaqués ne demandent qu’à rebiquer, son œil est bien trop vivant derrière son cache et que dire de sa taille ? Je m’en dispenserai c’est trop facile (mais c’est tentant). Cet œil et ces moignons rapportés de la bataille de Tunis parlons-en, il eut été plus intéressant de faire un film sur l’incroyable habilité du chirurgien (Ernst Ferdinand Sauerbruch) que sur ce noble allemand qui n’a voulu renverser le Fuhrer que parce qu’il n’était pas l’homme adapté à la direction de l’Allemagne.
Ne l’oublions pas, Singer fait ici l’apologie d’un homme qui est ouvertement fasciste, écrivant par exemple à sa femme à propos des polonais : « La population est une incroyable populace, très nombreux Juifs et très nombreuses personnes qui ne sont pas de race pure. Un peuple qui ne se sent bien que sous le knout. Les milliers de prisonniers vont faire vraiment du bien à notre économie agricole. En Allemagne ils pourront sûrement être bien utilisés, vaillants, obéissants et qui se contentent de peu ».
Et c’est bien ce que je reproche à ce film, passons outre le côté lisse et pseudo-pédagogique du film hollywoodien (les américains ne connaissent déjà pas bien l’histoire européenne alors cet épisode…), B. Singer l’homme qui aime tant les films manichéens bien travaillés n’a absolument pas mis en relief cet aspect de la personnalité de Stauffenberg. Son film laisse penser que, parce qu’il revient d’une bataille avec des moignons et un œil de verre, il va soudain prendre conscience du mal qui règne. Le film collectionne les scènes concentrées sur la gestion des nouveaux handicaps de Tom Cruise, mais toujours de la même manière. Il eut été intéressant de consacrer quelques scènes au regard nouveau que les autres portent sur Stauffenberg (là on ne se concentre que sur sa vision à lui) : un homme qui n’est pas « normal » inspire beaucoup plus de méfiance, en particulier sous un régime prônant l’existence d’une race arienne !
Ce film est trop long (1h50), trop lisse, montrant essentiellement des plans de discussions sur la stratégie à adopter pour faire mourir Hitler. Ce film est aussi mensonger, comportant plusieurs inexactitudes sur cette page de l’histoire (à commencer par le nombre d’enfants de Stauffenberg !) : soit on fait un film retraçant un événement historique et on le fait correctement, soit on fait un film de fiction librement inspiré de faits réels et on l’affirme.
B. Singer avait déjà raté son Superman, il serait temps de se ressaisir avant de se faire classer dans la catégorie des espoirs ratés. Aucune bonne raison de voir ce film.
Note : 4/10.
Exposition, Jimmie Durham, Matisse, Musée d'Art moderne de la ville de Paris, Raoul Dufy
In des expos... on février 10, 2009 at 2:25
Artiste américain / Sculpture, peinture, dessins, installations / du 30 janvier au 12 avril
L’affiche intriguait tous les pavés de Paris : un avion de tourisme écrasé par une énorme pierre. L’avion de tourisme, symbole de liberté et de l’homme moderne se faisant rattraper par Dame Nature de façon inattendue… Ne connaissant ni l’auteur ni le musée, j’ai saisi l’occasion de me rattraper. Jimmie Durham est d’origine cherokee et a concentré son travail autour de la dénonciation de l’impérialisme et de la ségrégation et ce, toujours par un seul biais : la pierre. Ces masses minérales et inertes viennent bousculer l’ordre établi dans nos sociétés occidentales reposant sur le capitalisme. L’exposition retraçait une grande partie de son œuvre.
Ainsi l’auteur a conçu une série de destruction de réfrigérateurs par le lancer de pierres : les garde-mangers deviennent des structures cabossées et instables qui nécessitent d’être ligotés pour pouvoir assurer leur fonction première. Egalement une série d’analyse des cicatrices du bois : certains comptent les lignes pour l’âge de l’arbre, Jimmie Durham s’intéresse aux trous. On trouve de ce fait des marques de parasites, de vers, d’oiseaux… mais les plus grosses restent celles des balles de fusils. Balles perdues, balles ayant servi à assassiner des populations ou des animaux ? On ne peut pas le savoir mais l’arbre en a gardé la mémoire.
Dans une autre partie de son travail, l’auteur invente des machines curieuses, comparatives, humoristiques : arc de triomphe personnel, bois sculpté par un chien et bois sculpté par une machine, sculptures intrigantes, histoire factuelle d’un champignon… ou encore une machine représentant le déroulement de la vie START-STAR / STOP-TOP et un vœu : I want 2 bee mice elf.
La dernière vitrine, assez fascinante, met en scène 32 mini-sculptures en bois accompagnées de 32 pièces de métal : chaque petite pièce de bois sculptée avec soin et habileté contraste fortement avec les pièces de métal juxtaposées qui rappellent des pièges à animaux, des machines de torture, etc…
Le reste de ce musée d’Art moderne ne présente pas grand-chose de fascinant mais le peu des belles pièces est de très haute qualité. On retiendra ainsi la fresque de La fée électricité de 600 m2 par Raoul Dufy, la pièce consacrée au mobilier Art Déco sobre mais très bien choisi, quelques tableaux de Marie Laurencin et la présentation de La danse inachevée de Matisse suivie de La danse (achevée).
Un musée méconnu qui mérite qu’on y fasse un crochet (si vous prenez la peine d’aller au Palais de Tokyo, vous pouvez bien aller en face) et une exposition intéressante, bien mise en valeur par une scénographie minimale et un parcours libre.
Note : 8,5/10
Bonus : Autre curiosité qui captivait l’attention de tous les visiteurs mais qui se trouvait de l’autre côté des fenêtres du Musée : des combats d’équipes dansant la Tecktonik. Imaginez 20 jean noirs slims, 20 blousons de cuir, 20 sweats à capuche bleu pétrole / jaune pâle ou noir American Apparel, et 20 mulets… les corps se désarticulants dans tous les sens, les commentaires raz-de-plancher des ados (leur vocabulaire se limitant à 3 onomatopées). L’horreur et l’effarement dans toute sa splendeur. Bien heureusement le ridicule ne tue pas.
2009, fantastique, film suédois, Tomas Alfredson, vampire
In des films... on février 9, 2009 at 12:16
Film suédois / fantastique / 2009
Banlieue de Stockholm dans les années 80, c’est l’hiver, il fait froid, Oskar (Kare Hedebrant), 12 ans, s’ennuie et souffre des persécutions de trois garçons de sa classe. Il va alors faire la rencontre d’Eli (Lina Leandersson) sa nouvelle voisine, spécialiste du RubixCube… Ils sont dehors dans le froid, il fait nuit et elle est en tee-shirt et sent bizarre. La neige se confond avec leurs deux visages livides. Eli est un vampire et comme lui, la jeune fille (d’apparence du moins) souffre de sa condition. L’union fait la force ?
Oubliez les scénarios à l’américaine d’histoires d’amour niaiseuses entre un mortel et un être surnaturel, l’adaptation du roman de John Ajvide Lindqvist est à 100 lieues de cela. Pas de collier d’ail, pas de scènes grandiloquentes où le vampire majestueux fend le ciel avant de fondre sur une proie, pas d’hémoglobine à profusion, pas de dialogues tout droit sortis des Harlequin. Non. Eli est un vampire et souffre de sa condition. Elle préfère mourir de faim plutôt que de se jeter au cou d’humains (elle va d’ailleurs jusqu’à essayer de manger des bonbons). Et lorsqu’elle ne contrôle plus ses pulsions, elle prend le soin de tuer ses victimes afin qu’ils ne deviennent pas comme elle : ni morte ni vivante, ni femme ni homme (garçon castré).
On peut souligner la qualité d’interprétation des jeunes acteurs. Les dialogues sont désarmants de naturel – lorsque le fragile Oskar demande à Eli si elle veut être sa copine et qu’elle répond non, il ne se met pas la rate au court-bouillon, il comprend. Le rythme de narration est tout aussi modeste : vous êtes en Suède avec des personnes calmes et réfléchies, pas de vagues, pas d’affolement inutile. La bande-son va aussi dans ce sens, pas d’accès stridents mais de douces mélodies classiques, essentiellement au piano. C’est reposant et l’effet produit à une conséquence directe : on ne peut pas classer ce film dans la catégorie épouvante comme le sont tous les films américains traitant du sujet, mais bien dans un genre bien plus noble rappelant un genre littéraire longtemps méprisé et néanmoins grandiose : le fantastique.
Alors certes, certaines scènes sont réalisées avec peu de budget et cela se sent, en particulier lors d’apparition de chats qui hérissent le poil à l’approche des vampires. Mais pour le reste, c’est impressionnant de simplicité et crédibilité. Les vampires ne sont pas morts mais doivent être invités à entrer, il faut les accepter pour leur donner un peu de vie, les autoriser à entrer (Låt den rätte komma in), à partir de là, tout est possible… y compris se parler en morse.
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Note : 8,5/10
Brad Pitt, Cate Blanchett, David Fincher, Elle Fanning, Eric Roth, F.S. Fitzgerald, Julia Ormond
In des films... on février 6, 2009 at 12:26
Film US / histoire d’amour improbable / 2009
Des langues mal renseignées diront que je prends systématiquement le contre-pied des avis habituels. Que nenni, j’essaie simplement de rendre compte d’autres avis dans le paysage culturel (le mien en l’occurrence). Mais concernant le dernier film de David Fincher, je ne pourrai que me ranger à l’avis de la majorité : ce film est un très bon long métrage. Bon, mais pas excellent.
Casting impeccable, effets spéciaux incroyables, fluidité des scènes… on pourrait longtemps y aller du compliment. Mais la vraie réussite de ce film tient plutôt au fait que pour la première fois, un réalisateur est parvenu à adapter et retranscrire l’œuvre de F.S. Fitzgerald, l’auteur le plus pessimiste et infréquentable de l’Amérique. Jusque là, dès qu’on abordait le sujet Fitzgerald, on nous ressortait les panamas, les costumes en lin et l’esthétique Minnesota sous la ségrégation raciale. Gatsby le magnifique n’a jamais réussi à sonner totalement juste (après 4 adaptations au cinéma et un téléfilm), Le dernier Nabab reste superficiel et Tendre est la nuit est du niveau Harlequin. Ce qui fait que David Fincher livre un film différent et bien plus juste, c’est qu’il a justement accepté de prendre des libertés avec l’œuvre et ce, grâce à Eric Roth.
E. Roth a transposé l’histoire d’un siècle (XXe au lieu du XIXe), déplacé l’intrigue à La Nouvelle Orléans au lieu de Baltimore, donné plus d’importance à l’intrigue amoureuse, seule reste la structure narrative à revers. Ce scénariste a l’habitude des intrigues du type de Benjamin Button, après Munich, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Memories of me ou Forrest Gump, il avait déjà approché tous les éléments nécessaires à l’adaptation de la nouvelle de F.S. Fitzgerald : l’amour, le bizarre, les souvenirs, les combats…
A la Nouvelle Orléans, une ville récemment dévastée par un ouragan, symbole de l’impuissance et l’indifférence des pouvoirs américains ? tiens…
A la Nouvelle Orléans, une ville en majorité de population noire lorsque précisément un homme nouveau vient d’être élu à la tête des USA et que l’intrigue veut que Benjamin Button soit élevé par une femme noire, après avoir été abandonné par son père blanc ? tiens tiens…
A la Nouvelle Orléans, une ville pour laquelle s’est investi personnellement Brad Pitt, alors qu’il se trouve justement être le héros de l’histoire ici ? ahah… on commence à comprendre :
un scénariste qui prend des libertés pour rendre plus vivant le récit ;
+ un réalisateur qui filme comme personne et qui a été capable d’adapter à l’écran un autre roman très controversé (Fight Club) ;
+ des acteurs fétiches qui sont capables du meilleur lorsqu’ils sont bien dirigés : Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond ou la très jeune, non moins captivante, Elle Fanning – 10 ans et 10 film.
= un très bon film, qui a su réutiliser toutes les qualités des films précédents de Fincher et Roth.
Note : 8/10
Bal des actrices, Benjamin Biolay, Charlotte Rampling, Jeanne Balibar, Joey Starr, Julie Depardieu, Linh Dan Pham, Maïwenn, Maria Foïs, Mélanie Doutey, Muriel Robin, Romane Bohringer
In des films... on février 2, 2009 at 3:31
Film français / faux documentaire / 2009
Un film sur la vie d’actrices françaises plutôt connues, réalisé à la manière d’un documentaire, réalisé et mettant en scène Maïwenn Le Besco. Rien de palpitant au premier abord, mais le casting est intriguant. Le résultat est bien un film de Maïwenn : mauvais mais moins décevant que d’habitude.
L’affiche du « tas d’actrices » nues et alanguies nous avait pollué tous les murs de Paris, on aurait pu penser que le film serait tout autant sensuel. Jeanne Balibar, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Estelle Lefébure, Charlotte Rampling, Muriel Robin… ce ne sont pas les actrices qui manquaient, mais leurs talents n’étaient pas tant que cela au rendez-vous. Toutes sont censées incarner simplement elles-mêmes au quotidien, avec leurs caprices et leurs défauts, mais de manières exagérées. Ainsi Karine Viard affirme que la France est trop petite pour l’épanouissement de son talent, Marina Foïs fait des séances de Botox pour ne pas vieillir, Jeanne Balibar veut tourner des films moins intellos… pas passionnant, parfois drôle et touchant comme lorsque Julie Depardieu explique que l’étendue de sa dépression est proportionnelle aux nombres de fleurs qu’elle porte ou lorsque Linh Dan Pham évoque les pressions familiales et culturelles qui ont failli nous priver de sa belle prestation dans le film d’Audiard (De battre mon coeur s’est arrêté). Et puis forcément, comme toujours avec Maïwenn, on ne peut pas échapper à sa présence dans le film et son déballage sentimental pitoyable, crispant et vraiment inintéressant. Elle-même le sait, elle a donc intégré une scène où les autres actrices critiquent cela. Barbant.
C’est déjà un tableau noir et cela ne s’arrête pas là : il a fallu que Maïwenn nous inflige en prime la mode actuelle des passages de comédie musicale dans les films ! Que dire de la musique ? Si une scène aquatique comporte du Sébastien Tellier bien placé (en revanche la scène n’a rien à faire dans le film), le reste ne sert qu’à ridiculiser un peu plus la scène française… mièvres et mal orchestrés, les titres de B. Biolay, Anaïs ou Pauline Croze sont crispants. Seule la voix de Joey Starr est très bien trouvée pour la chorégraphie de Charlotte Rampling.
Donc ce film était bien parti pour remporter un prix au palmarès des bouses des films français pour 2009… sauf qu’un homme sauve la situation de façon inattendue. Joey Starr, mari de Maïwenn dans le film, a troqué ses dents en or et ses propos vulgaires pour un esprit de synthèse et un franc parler dévastateur et bienvenu ici. Il joue bien, il ouvre la bouche pour faire taire celle de l’écervelée qui lui sert de femme, il est responsable… on pourrait dire qu’il se rachète une conscience après toutes les conneries qu’il a pu faire ou tout simplement qu’il vieillit. Mais il semble simplement bien dans ses baskets et agit comme une bouffée d’air sain dans ce microcosme d’actrices névrosées.
Un mauvais film, on n’en attendait pas moins venant de cette réalisatrice qui ferait bien de clore à jamais sa carrière. Mais un film tout de même regardable en entier grâce aux interventions de Joey Starr, qui n’en fait ni trop ni pas assez.
Note : 5/10
espionnage, film français, Géraldine Pailhas, Guillaume Canet, Hippolyte Girardot, Nicolas Saada, premier film, romantisme
In des films... on janvier 30, 2009 at 2:34
Film français / Action, espionnage, romantisme / 2009
Premier film, excellent casting, film français, polar… C’est suffisant pour aiguiser la curiosité, surtout que le cinéma ne présente pas grand chose de passionnant ces dernières années. Défi remporté pour Nicolas Saada (ancien critique cinématographique des Cahiers du Cinéma).
D’abord il y a ce beau casting. Certes le casting ne fait pas tout, mais il fait beaucoup. Les premiers rôles sont parfaitement interprétés par Géraldine Pailhas et Guillaume Canet (qui prend ici sa revanche car la belle avait refusé de jouer dans Mon idole). Avoir Géraldine Pailhas pour un premier film (et avoir eu la certitude qu’elle était la bonne personne pour ce rôle) relève du bon gout et de l’intelligence. Elle est Claire, une femme un peu paumée, un peu fragile et bousculée par la vie, qui se retrouve piégée par les services secrets, sommée de fournir des renseignements sur les activités son mari. Tout autant coincé que Vincent (Guillaume Canet), forcé de coopérer avec la DST sous peine de moisir en prison. Les second rôles sont tout aussi chouette : Hippolyte Girardot est un bon chef cynique et laconique de la DST, Stephen Rea est un directeur du MI5 débonnaire, Alexandre Steiger a un tout petit rôle mais toujours autant de talent.
Et puis il y a les lieux choisis. Londres et ses bas-fonds, les aéroports et leurs magouilles, les transports en communs et leur complexité… Plusieurs scènes ne servent pas directement le scénario mais une volonté de prendre le temps de regarder autour de soi au lieu de toujours foncer tête baissée. Les personnages sont maladroits et paumés, ils sont contraints de travailler avec les services secrets, ils ne sont même pas « agents » comme l’explique bien H. Girardot. Il est donc normal que leurs actions soient flottantes parfois, ils prennent des décisions sans vraiment avoir les clés pour réfléchir correctement dans les situations auxquelles ils sont confrontés. Ils ne sont tellement pas préparés qu’ils tombent amoureux…
Dans Secret Défense, Philippe Haim dénonçait déjà les rouages d’une administration qui n’utilise les humains que comme des pions et les balade à son gré comme sur un échiquier. Il n’y a pas d’alternative : on coopère ou l’on disparaît. Il n’existe pas de notion d’héroïsme dans ces missions, seulement de la soumission. Contrairement à Philippe Haim qui signait un film dynamique, N. Saada a choisit de mettre en relief l’inactivité : ces pions passent 90% de leur temps à attendre et le reste à mentir et souffrir. Il est donc parfois difficile de ne pas souhaiter avoir un bouton « avance rapide », parce que personne n’aime vivre ces moments d’incertitude. Mais il est tout aussi plaisant de ne pas avoir ce bouton, d’avoir un film qui prend son temps, ne bâcle pas les plans.
Un premier film plaisant, mais on attend un second film plus rythmé pour ne pas devoir classer Saada dans la case des « irrécupérables des Cahier du cinéma ».
Note : 7/10
2009, bande dessinée, Bernar Yslaire, Eric Liberge, Exposition, Marc-Antoine Mathieu, musée du Louvre, Nicolas de Crécy
In des expos... on janvier 22, 2009 at 2:37
Musée du Louvre – 22 janvier au 13 avril 2009

Officiellement, le Louvre ne peut pas accueillir d’œuvres d’art postérieures à 1860… Donc que viennent faire des bandes dessinées datant de 2005 pour la plus ancienne au milieu des fondations médiévales du musée ?
Après avoir galéré 20 minutes avant de trouver où se trouvait l’exposition (absolument pas fléchée), j’arrive dans une petite salle, où il n’y a pas de lumière et constituée de quatre séries de planches… Se ficherait-on de nous ? Incrédule, je trouve quelqu’un pour m’expliquer un peu le but de la démarche. On m’explique alors que les jeunes de moins de 30 ans ne viennent plus dans les musées et qu’on déroge à la règle officielle qui veut que le Louvre n’accueille que des vieilleries en les attirant en leur proposant des bandes dessinées dans lesquelles les œuvres du Louvre sont présentes. Le Louvre a lancé une opération en partenariat avec Futuropolis de création de bandes dessinées dont les intrigues se déroulaient sur fond de Louvre. Se sont prêtés au jeu : Nicolas de Crécy (Période glaciaire), Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu), Eric Liberge (Aux heures impaires) et Bernar Yslaire (Le Ciel au-dessus du Louvre). Je me marre…
1) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Certainement pas en leur proposant 4 pauvres planches mal éclairées et proprement inintéressantes puisque l’intérêt d’une bd, c’est qu’elle a un scénario et donc on aime pouvoir la lire en entier. Pour être pertinent, il fallait laisser des bds en libre lecture dans l’expo…
2) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Assurément pas en mettant les quelques planches exposées à hauteur d’adulte derrière une vitre qui vous balance le spot dans la figure, ce qui fait que vous ne voyez rien des planches. Le Louvre devrait s’inspirer du concept de Beaubourg qui crée des expositions spécialement à hauteur d’enfants. Il suffisait de mettre 2 hauteurs de planches, était-ce si difficile ?
3) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Indubitablement pas en ne demandant qu’à des auteurs de bds pour adultes de réaliser le travail. En dessous de 16 ans, on ne comprend rien ou presque aux contenus des bulles, on n’aime pas ou peu les dessins très travaillés… Le Louvre pouvait demander demander aux auteurs de s’adapter au public non ? Des planches de Zep ou Manu Larcenet n’auraient pas été malvenues pour démarrer cette initiative…
Et puis il faudrait être vraiment stupide pour ne pas penser au fait que si l’on veut attirer les jeunes dans un musée poussiéreux et gigantesque comme le Louvre, il faudrait qu’elle soit simple d’accès… Parce que devoir se taper 15 minutes de marche avant de trouver ce qu’on cherche, cela produit l’effet inverse : on arrive énervé à l’expo et on se dit que ce qui précédait était plus intéressant, parce que là on ne voit rien ! Il suffit de consulter le public visé avant de mettre en place une expo !
Et puis se pose aussi cette autre question : pourquoi les jeunes désertent les musées ?? C’est bizarre, moi et mes amis devons tous être des exceptions alors car nous y allons… De plus, je ne pense pas que forcer les gens à se rendre quelque part leur en fera apprécier le contenu. Je crois qu’exposer ces planches au Festival International de la BD d’Angoulême aurait par exemple été un choix bien plus judicieux : on vient à un festival de bds pour voir des bds, on aime un auteur, on aime un contenu, on se renseigne, on voit que cela se passe au Louvre, alors on se dit qu’éventuellement on irait bien un jour au Louvre pour rêver d’aventures géniales et rocambolesques, on aimerait bien aller s’inventer des histoires entre les statues grecques, des dialogues entre les personnages des tableaux… sauf que ça c’est prévu pour 2010 seulement ! La première fois que j’ai ouvert un album de B. Yslaire, j’avais 18 ans, c’était après un cours d’Histoire portant sur la Révolution de 1848… L’auteur m’a permis de mettre de (très belles) images sur des faits et j’ai parfaitement retenu ce cours.
De même, je ne crois pas que permettre la gratuité des Musées pour les moins de 26 ans les attirera plus souvent dans ces lieux. En revanche je crois en la multiplication des visites en classe avec des guides dynamiques – pas besoin de faire l’historique du tableau on s’en tape un peu, ce qui importe c’est de comprendre pourquoi telle ou telle suscite ou non un intérêt en nous, j’ai trop souvent eu des visites barbantes où l’on nous dictait ce qui était beau ou non, intéressant ou pas… – et ce, dès l’âge de 3 ou 4 ans. On ne laisse pas assez parler les jeunes dans les musées, c’est à eux d’exprimer quelque chose et non l’inverse !
Voilà tout ce qui me passe par la tête lorsque je traverse le Louvre dans le sens inverse pour trouver la nouvelle décoration d’un mur + 2 sculptures par Anselm Kieffer (2007). Crochet par les Delacroix au 2e étage, ils sont dans un état pitoyable, le spot se réfléchit une fois de plus en plein dans l’œuvre, on ne voit rien. Les personnages du Mariage juif au Maroc n’ont plus qu’à pleurer face à un tel craquellement de leur toile. La culture se porte super bien en France…
Pas de raison de faire le déplacement au Louvre pour cela, ouvrez une bonne bande dessinée à la maison à la place…
Note : 3/10
2009, Danny Boyle, film, Jamal Malik, M.I.A, Slumdog Millionnaire, synthèse cinématographique
In des films... on janvier 15, 2009 at 12:10
Film anglo-indien / tragi-comédie / 2009
Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario et Meilleure musique originale… Je ne prête d’ordinaire pas attention aux prix cinématographiques mais cette fois, ces quatre récompenses aux Golden Globes m’ont fait réviser le jugement hâtif que j’avais de Slumdog Millionnaire : la bande annonce et l’affiche font penser à une success-story sans intérêt, ce film est bien plus que cela, c’est une synthèse inédite de deux grandes traditions cinématographiques.
D’un côté le cinéma occidental avec Danny Boyle, ses plans réfléchis et sombres, ses scénarios évoluant dans des mondes illégaux (meurtres, drogues…), sa vision au vitriol d’une société corrompue et décadente… De l’autre, la tradition du chant et de la danse pour habiller des scénarios Harlequin (Deux jeunes s’aiment, mais l’un ou l’autre et promis à quelqu’un d’autre, ils se déchirent et se morfondent pendant des heures avant que tout finisse pour le mieux dans le meilleur des mondes), des films fleuves (3h30 en moyenne), des plans colorés et réalisés rapidement.
Slumdog Millionnaire réussit la synthèse difficile d’intégrer toutes ces caractéristiques. Cela donne un film au scénario à première vue très pauvre, mais qui retrace finalement les 20 dernières années de la vie trépidante de Mumbaï (ex Bombay) à travers les souvenirs d’un jeune homme issu des bas-fonds de la ville et en passe de gagner 20 millions de roupies (ce qui équivaut à 300 000 euros). Ca a l’énergie et la joie des films indiens, tout en retraçant des événements violents, mafieux et tragiques. La durée du film, 2h, est un compromis parfait : ni trop, ni trop peu, on ne s’ennuie pas une seconde pendant une scène romantique, on ne se lasse pas des échanges de coups de feu … Les liaisons introduisant chaque souvenir de l’orphelin Jamal Malik sont habiles. La scène finale de danse en couple et en tableau, à 15 ans d’intervalle est la touche Bollywood qu’il eût été dommage d’oublier. Le choix judicieux de confier la bande-son à des musiciens ayant eux-mêmes impulsé cette volonté de synthèse culturelle, notamment la belle et talentueuse M.I.A., parachève l’œuvre.
Ce qui est fascinant c’est que rien ne semble laissé au hasard alors que tout le film l’est. Mumbaï vit d’elle-même, le scénario se construit et s’étoffe seul, sans aide. L’alternance des plans plus ou moins larges rend compte de cette gigantesque fourmilière en perpétuelle évolution. L’intelligence de Danny Boyle a été de laisser les locaux s’emparer du film : seuls 10 occidentaux auront travaillé à ce projet. Les acteurs ne sont pas parfaits mais simplement égaux à eux-mêmes.
2009 commence avec un coup de cœur, un film qui reconnaît et ouvre les bras à l’Inde comme grande puissance artistique de ce monde. Ces quatre Golden Globes sont plus que mérités.
Note : 9/10
bande dessinée, 2008, The Spirit, Eva Mendès, Scarlet Johansson, Samuel L Jackson, Sand Saref, Octopus, film, USA, Will Eisner, Frank Miller
In des films... on janvier 13, 2009 at 4:04
Film US / bande dessinée de super héros / 2008
The Spirit, ombre justicière, ou Denny Colt, simple lieutenant de police, est né de l’imagination et des dessins de Will Eisner au début de la Seconde Guerre Mondiale. C’est un des rares super-héros à être issu de la classe moyenne (Batman est un riche héritier, Superman est un prince venu d’une autre planète…). C’est aussi un être qui a perdu son enveloppe charnelle, il est mort alors que les autres super-héros sont invincibles. Lorsque Frank Miller décide d’adapter la bande dessinée du Spirit, on se dit qu’il y a matière à réaliser un travail de toute beauté, une complexité du personnage à étoffer et exploiter. Mais au lieu de cela, on a droit à un film hollywoodien qui mise sur un casting de stars et des images de synthèses alambiquées…
Disons le d’emblée, si Samuel L. Jackson n’interprétait pas le méchant Octopus, le film serait du niveau de l’adaptation pitoyable de Daredevil (incarné par un Ben Affleck affligeant et dont Frank Miller était scénariste). Donc le seul atout d’avoir choisi quelques stars pour ce film réside dans la prestation de Samuel L. Jackson, bien que son rôle ne fasse pas honneur à la série d’Eisner puisqu’on ne devrait jamais voir autre chose que les mains gantées de ce personnage. Eva Mendès, incarnant Sand Saref l’amour de jeunesse du Spirit, remplit comme elle peut le rôle bancal qu’on lui fait incarner mais ne convainc pas. Mais la palme du mauvais gout reviens à celle qui incarne Silk N Floss, je trouvais déjà Scarlett Johansson mauvaise actrice et chanteuse imbuvable, cette fois c’est définitif, elle est risible. Il est d’ailleurs à parier que ces tasteless d’Inrocks auront aimé le film pour la raison même pour laquelle je ne l’ai pas aimé.
Ensuite, faire une réinterprétation de la bd grâce aux images de synthèse pourquoi pas, mais il faudrait réfléchir un minimum avant d’opter pour un « tout fond vert ». Lorsque Frank Miller dirigeait Sin City, non seulement il adaptait son propre travail et risquait moins d’en trahir l’esprit de départ, mais surtout il était entouré de bons réalisateurs comme Q. Tarantino, qui l’aidèrent a créer un ovni cinématographique : une bande dessinée animée et filmée. Cette fois, la scène aquatique d’Eva Mendès pue le jeu vidéo, les scènes de batailles avec plein de flingues sont stériles, les dialogues sont dignes de spot publicitaires… Seules les scènes en noir et rouge où le Spirit parcoure la ville par les toits sont vraiment plaisantes, mais là ce ne sont que des scènes en 2 dimensions… et on ne construit pas intégralement un film là-dessus.
The Spirit est déplorable, il y a fort à parier que le second volet de Sin City ne vaudra pas la peine d’être vu. Un film à voir si l’on a du temps à perdre et un verdict définitif cette fois : Frank Miller devrait se contenter de faire ce pour quoi il est doué : des bandes dessinées et non des films.
Note : 4/10
Berlusconi, Giulio Andreotti, Gomorra, Il Divo, Italie, Sorrentino, Toni Servillo
In des films... on janvier 12, 2009 at 2:04
Film italien / biopic / 2008
L’année 2008 aura été plutôt pauvre, cinématographiquement parlant. Parmi les nombreux biopics que l’on nous a proposé, Il Divo sort largement du lot. Rassurez-vous je ne vais pas vous parler d’un film à propos de la carrière d’un quatuor capable de vous faire saigner les oreilles, mais bien du film qui retrace la carrière politique de Giulio Andreotti, omnipotent italien depuis son gouvernement des années 80 à son implication mafieuse.
G. Andreotti a occupé la majorité des postes de ministres (Défense, Intérieur, Finances, Trésor, Industrie et Commerce, Budget, Affaires Etrangères…), a été Président du Conseil des Ministres 7 fois et nommé Sénateur à vie (six personnalités italiennes seulement ont eu ce privilège). Au pouvoir lors de l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (ils appartenaient au même parti politique, la Démocratie Chrétienne), il restera sourd à tout appel de Moro, ses proches et même du Pape. A partir de 1992, des accusations et procès pour liens avec la Mafia et d’assassinat d’un journaliste commencent à tomber, il en ressortira toujours blanchi. Berlusconi vous fait peur ? Il a de qui tenir !
Le film de Paolo Sorrentino est d’une pertinence et finesse de grande qualité en cela qu’il retrace la vie d’un homme omnipotent, imbuvable, égoïste et insensible tout en ne plongeant pas dans un portrait monotone et terne. Non, on rie dans ce film. Le tout est dynamique grâce à la qualité de la photo et de la réalisation. L’interprétation du « Dieu assimilé » par Toni Servillo, qui jouait également dans Gomorra, est époustouflante : gestuelle, phrasé, démarche… tout y est.
Aujourd’hui le peuple d’Italie est dans les rues, tentant de défendre quelques acquis démocratiques face à un colosse dévastateur, Berlusconi. L’histoire se ressemble pour ainsi dire… Sorti en France le dernier jour de 2008, Il Divo marque la nouvelle année à venir de son sceau : tremblez carcasses, car si l’on ne réagit pas très prochainement en France, nous pourrions bien ne plus rien avoir à envier à nos voisins.
Ordonnance : « film à voir en début de soirée, après un repas léger permettant aux neurones de correctement fonctionner. A faire suivre d’une bonne marche vivifiante dans le froid et d’une lecture d’approfondissement du sujet. ».
Note : 9/10
Bergson, Braque, Centre Georges Pompidou, cubisme, Exposition, futurisme, Giacomo Balla, Manifeste du futurisme, Marcel Duchamp, orphisme, Paris, peinture, Picasso, Umberto Boccinoni
In des expos... on janvier 10, 2009 at 7:10
Centre Georges Pompidou – Paris – du 15/10/2008 au 26/01/2008
Il n’est rien de stable, tout est mouvant, tout est lié à la fois à la sensation et au souvenir, à la pensée et à la perception… C’est à peu près comme cela qu’on pourrait résumer l’avis de Bergson sur le monde qui nous entoure. C’est sur ces acquis que se basent les futuristes lorsqu’ils proclament leur Manifeste du futurisme.

- The city rises, 1910, U. Boccioni
Lorsque paraît le Manifeste à la une du Figaro en 1909, la France connaît les débuts du cubisme, art pictural radicalement différent du futurisme en cela qu’il tend vers une représentation par l’abstraction, de la pure pensée géométrique et mathématique, de la stabilité des formes (équilibre et symétrie). Vitesse, mouvement, couleurs. Telles sont les caractéristiques du futurisme (par opposition au cubisme qui tend vers des teintes en camaïeu de couleurs brutes, une appréhension sculpturale des choses). L’exposition consacre notamment une salle aux peintres futuristes italiens comme Giacomo Balla ou Umberto Boccioni.
Mais les œuvres les plus intéressantes selon moi sont celles qui tentèrent de faire une sorte de synthèse des deux mouvements artistiques. C’est le cas du Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp, représentation d’un être en mouvement dans des teintes sombres directement copiées sur G. Braque ou P. Picasso. L’Orphisme de Guillaume Apollinaire qui naîtra par la suite, « synthèse de la peinture pure et de la simultanéité », est également bien mis en valeur dans l’exposition.

Nu descendant un escalier, 1912, Marcel Duchamp
Il faut souligner ici les progrès qu’ont fait les créateurs d’expositions de Beaubourg dans la façon d’expliquer et faciliter la compréhension du sujet : sobre, pas trop complexe ni trop long… le temps des expositions aux sujets alléchants mais d’où l’on ressortait déçu tant l’organisation laissait à désirer (cf. Dada très mal structurée ou Los Angeles 1955-1985 : naissance d’une capitale artistique beaucoup trop dense) semble révolu. Cependant pour bien appréhender le sujet, on ne peut que conseiller d’aller jeter un œil à la collection permanente pour sa splendide Femme à la guitare de G. Braque.
Une belle exposition, fournie juste comme il faut, qui rend hommage comme il se doit à un mouvement artistique du XXe siècle occulté pour des raisons politiques (les futuristes louent le machinisme, dont les effets dévastateurs seront démontrés tout au long des grandes guerres ; ils étaient également pour l’essentiel anarchistes). Ce sont les dernières semaines de l’expo, il serait dommage de ne pas aller y consacrer une bonne heure et demie…
Note : 8/10
action, espionnage, Gérard Lanvin, Nicolas Duchauvelle, Philippe Haim, Secret Défense, Vahina Giocante
In des films... on décembre 18, 2008 at 3:05
Film français / Action, espionnage / 2008
Mardi 16 décembre 2008 aux alentours de 13h, j’exécute tranquillement ma mission de Mère Noël dans les allées du Printemps lorsqu’on nous annonce une évacuation immédiate liée à un attentat imminent. Dehors tout le pâté de maisons est bouclé, la police judiciaire entre en scène dans des combinaisons étanches, les télés et radios d’Europe sont postées tout autour du périmètre, on murmure qu’il y a du sang… Ce qui est frappant c’est qu’on ne sait rien sur le moment, on ne comprend rien et on remarque que les gens cèdent facilement à la panique. Moi, je quitte dare-dare les lieux en repensant à Secret Défense, vu deux jours plus tôt et qui m’avait agréablement surpris.
D’abord le choix des acteurs est cohérent. Gérard Lanvin sait poser sa voix grave et remplir son rôle de formateur des nouvelles recrues des services secrets français ; Vahina Giocante interprète correctement une fille malmenée affectivement prête à tout sacrifier pour devenir agent secret français au Proche Orient (c’est le minimum requis pour être de la partie d’ailleurs) et Nicolas Duchauvelle joue un jeune paumé dont la détresse affective sera repérée d’extrémistes religieux musulmans.
Ensuite, si le scénario laisse penser au départ qu’il ne s’agira que d’une glorification des services étatiques les plus méconnus du grand public, il n’en est rien. Primo, c’est presque une prouesse, le film est truffée d’images d’actualité géopolitique et parvient à ne pas faire apparaître / citer une seule fois Nicolas Sarkozy. Le despote de l’ordre de l’assainissement au Karcher n’est pas si omniprésent lorsqu’il s’agit de la plus haute sécurité du pays. Logique puisqu’il faut travailler dans l’ombre. Secundo, c’est la première fois que, depuis les attentas du 11 septembre, un cinéaste ose faire le parallèle entre les méthodes inquisitrices et manipulatrices des services secrets et des terroristes. Les agents, qu’ils soient au service d’un « Bien » ou d’un « Mal » (tout dépend de quel côté on se place), ne sont que des pions sur un échiquier et qui n’ont d’autre choix que de s’exécuter. On ne cherche pas ici à faire des agents secrets des supers héros possédant tous les derniers gadgets ou dormant avec une nouvelle conquête tous les soirs. Vous l’aurez compris et c’est ce qui avait déplu dans les derniers James Bond, les agents sont des humains normaux, avec tous leurs défauts. On ne cherche pas non plus à faire des martyrs religieux des personnes particulièrement stupides et formant un tout. De chaque côté, chacun agit pour des raisons qui lui sont propres. Il s’agit souvent d’une détresse affective, parfois d’une révolte contre un système qui vous rejette, ou simplement d’une pure cruauté motivée par une autre façon d’appréhender le monde (par exemple servir ses intérêts personnels aux dépends des populations).
Enfin, l’épilogue ne s’étend pas inutilement jusqu’à disperser tout l’intérêt du film, comme c’est bien trop souvent le cas ces derniers temps. Non, la fin est propre, un peu rassurante (depuis le 11 septembre les services secrets français ont déjoué des dizaines de menaces terroristes fondées) mais surtout amère : dans les services secrets ou dans les armées de Dieu, vous dites adieu à toute vie familiale, vous êtes sans cesse seul(e) et devez faire passez votre cause avant la votre.
Un bon film d’intrigue français, correctement monté, sans trop de fioritures et ne faisant pas l’apologie d’un régime ou d’un idéal, mais bien la part des choses dans toute problématique. Ce mardi, des défenseurs d’une logique de sauvegarde d’un Afghanistan allant à l’encontre de la vision que veut adopter la France se sont fait entendre en utilisant une arme maniée par tous : la peur. Tant que nous sommes capables de réfléchir avant d’agir, de replacer chaque événement dans un contexte, il n’y a pas lieu de céder à la moindre inquiétude. Pour cela il faut éteindre sa télévision, écouter la radio et relire la presse trois fois pour en prendre du recul et se forger une réponse seul. Oui mais voilà cela demande du temps et de la réflexion. Aujourd’hui j’ai moins peur d’une menace terroriste que des manipulations médiatiques et politiques qui s’exercent chaque jour…
Note : 7/10
biopic, La bande à Baader, terrorisme, Uli Edel
In des films... on décembre 18, 2008 at 1:06
Film allemand / Biopic / 2008

On pourrait caractériser les dernières années de création cinématographique comme l’ère du Biopic. On nous a servi les fictions retraçant des parcours musicaux (I’m not there, La môme, Control…), de show-bizz (Coluche, Sagan…), politique (Mesrine, Hunger, Il Divo…). Le cinéma d’ex-RDA revisite lui aussi l’histoire en se concentrant sur l’époque pas si éloignée d’« avant la chute du mur». Et jusque là quelques pépites nous avaient ravis : Goodbye Lenine, La vie des Autres… c’était bien filmé avec un style intéressant, c’était pétillant et dynamique, c’était poignant. Alors pourquoi la sauce n’a t’elle pas pris avec La Bande à Baader ?
Uli Edel est expatrié aux USA, selon ses dires il a voulu faire ce film pour expliquer cet événement à son fils qui ne les a pas connu. Premier problème : ce film retrace les grands faits jalonnant l’histoire d’Andreas Baader, Ulricke Meinhof, Gudrun Ensslin et leurs disciples, factuellement, sans prise de position aucune, sans apporter un minimum de réflexion. Or c’est parfaitement impossible en cinéma de vouloir rester objectif : il faut prendre partie, reconstituer et interpréter les cheminements de chacun. Cela s’appelle rédiger un scénario et un script, cela empêche de tourner un film sans savoir ce qu’on veut et où l’on va.
Second problème découlant du premier : aucun mise en perspective des événements sociaux, politiques et économiques du pays lorsqu’éclatent les premiers attentats. Comment réussir à replacer les événements dans leur contexte ? Le fils d’Edel ignore donc uniquement l’épisode Baader et connaît le reste sur le bout des doigts ? Edel a confondu « points clés » et « points d’orgue ». Edel s’est concentré sur les points d’orgues : manifestation contre la venue du Shah, attentats, arrestations, tribunal. Les points clés de l’affaire Baader auxquels il aurait intéressant de s’attarder ne sont absolument pas abordés : si l’on se contente du film de Edel, on pourrait croire que ce qui pousse ces jeunes adultes à prendre les armes c’est le mécontentement qu’ils ont à voir débarquer le Shah en Allemagne. Or ce n’est que la suite logique d’une série de frustrations, incompréhensions, mal-être qui sous-tendait depuis plusieurs années. Les scènes au tribunal sont parfaitement décousues et incompréhensibles. On a sans cesse l’impression que le film survole et avorte le déroulement des faits.
Enfin troisième faute absolue : faire durer la mascarade pendant deux heures et demi ! On se sent pris au piège d’un mauvais exposé, un séminaire pitoyable ou tout simplement un pénible manuel d’histoire de secondaire. On ressort en ne sachant pas sur quel pied danser, en ayant compris la moitié du film seulement.
Techniquement parlant en revanche, les attentats sont plutôt bien réalisés, bénéficiant de gros moyens. Quant au casting d’acteurs il est également plutôt cohérent. Si vous avez du temps à consacrer à L’affaire de la bande à Baader, alors concentrez-vous pendant deux heures à lire un livre de qualité (et imagé).
Note : 5/10
Antoine Rigot, cirque, Compagnie Les Colporteurs, La Villette, Le fil sous la neige
In du théâtre... on décembre 15, 2008 at 1:33
Cirque moderne / Les Colporteurs / France / 12/12/2008
Il y a quelques années je découvrais avec fascination la Compagnie Vent d’Autan dans Pas touche terre où l’on assistait durant une heure à un ballet acrobatique pendant laquelle une jeune femme ne mettait pas le pied au sol une seule fois. Le fil sous la Neige des Colporteurs pourrait en être une sorte de réplique funambule.
Un spectacle sombre tout d’abord, puisqu’il est introduit par le témoignage tragique d’Antoine Rigot – fondateur de la Volière Dromesko en 1990 puis des Colporteurs en 1996 et fildefériste déchu – réservé à une trop grande part des circassiens : la chute. Lorsqu’on tombe de haut, on se fait mal et on ne remonte que rarement exercer sa passion. Dans ces cas là, on peut encore créer, imaginer, rêver pour les autres et Antoine Rigot le fait avec brio.
Un spectacle touchant également par la légèreté avec laquelle est abordé le thème principal retenu : la complexité des rencontres et relations amoureuses. Les sept artistes se cherchent, se coursent se repoussent et s’aiment, le tout sur un enchevêtrement de câbles d’acier de douze millimètres à diverses hauteurs : l’une fait des pointes, l’autre marche en talons hauts, une troisième saute et virevolte, un quatrième fait des pirouettes… A noter aussi l’excellente création des trois musiciens qui accompagnent les funambules avec beaucoup de grâce.
Un spectacle néanmoins imparfait puisque son créateur prend une heure et demi pour raconter sa fable. Or une heure n’aurait pas été trop courte. Il est rare de voir un spectacle de cirque aussi long pour une raison simple et louable : éviter l’essoufflement. Essoufflement physique des artistes, même à sept, cela constitue tout de même 13 minutes de performance chacun et c’est dangereux. Essoufflement du scénario puisqu’une heure d’amour c’est chouette, une heure et demi ça tourne facilement au cul-cul. Les artistes n’incarnent pas toujours suffisamment leurs personnages, les émotions ne passent pas autant qu’il le faudrait. D’autant plus qu’il y avait beaucoup d’autres trouvailles à intégrer sur des câbles (jonglage, monocycle, acrobatie, contorsion…).
Conclusion, un beau spectacle à voir, mais qui en fait un peu trop pour la durée et un peu désincarné.
Note : 7,5/10.
Agathe Cléry, Etienne Chatillez, Jean Rochefort, Valérie Lemercier, Isabelle Nanty, Comédie grinçante
In des films... on décembre 5, 2008 at 11:15
Film français / Comédie grinçante / 2008
Agathe Cléry est une cadre sup’ dynamique et efficace dans son travail. Agathe Cléry est méprisante et pourrit la vie de ses collègues de travail. Agathe Cléry est rasciste. Sauf qu’Agathe a une maladie et va devenir noire… Allons bon, avec un scénario pareil, on part droit dans le mur pour une comédie lourdingue comme en sont capables les pointures françaises de l’humour graveleux, indigeste et dont le niveau n’atteint pas celui des pâquerettes – j’ai nommé, au hasard, P.Timsit, G. Jugnot, C. Clavier ou Franc Dubosc. Mais ce serait se méprendre sur Etienne Chatillez et sous-estimer les capacités d’interprétation de l’incroyable Valérie Lemercier.
Valérie Lemercier a côtoyé les beaufs lourdingues de l’acabit des « acteurs » cités plus haut. Valérie Lemercier est loin d’être une imbécile donc elle sait parfaitement ce qu’il convient d’éviter de faire pour qu’un film soit plaisant à voir.
Etienne Chatillez quand à lui est un (encore) jeune réalisateur qui sait se défendre dans la catégorie de la satyre sociale. Alors il succombe lui aussi à la mode d’introduire des passages chantés dans le film mais… pas exactement de la même manière, et ça fait toute la différence. Le film propose un premier passage chanté et chorégraphié sur le quai de la gare du Nord, où des centaines de cadres sup’ européens rentrent de mission et défilent tels de fidèles soldats. Le tableau n’est pas fixe, on alterne des plans de face, de coté, des vues d’ensemble et des gros plans comiques. C’est dynamique, la couleur est belle, ça fonctionne bien. Les autres tableaux sont chacun aussi originaux et réussis (avec quelques bas de temps en temps, ce qui est compréhensible vu que les acteurs interprètent tout les chants et voix sans doublage). Chatillez s’inscrit ici en faux de réalisateur comme Christophe Honoré : chez Honoré c’est mièvre et rébarbatif (grâce aux interventions musicales lénifiantes de Beaupain) avec un casting de bobos-bios qui possèdent trois expressions à leurs répertoires ; chez Chatillez la musique n’est pas transcendante mais ne prétend pas l’être et les acteurs sont tout aussi connus mais sont choisis en fonction de leurs aptitudes et non de leur filiation.
Si Jean Rochefort (patron eugéniste) et Isabelle Nanty (meilleure copine d’Agathe, catho pleine de préjugés) tiennent parfaitement leurs rôles, le film doit tout à la performance époustouflante de Valérie Lemercier. La métamorphose est surprenante, soignée et on la préfère rapidement avec une boule Jackson Five et des fringues colorées plutôt qu’un cardigan gris et un brushing. La plus belle scène est sans conteste celle où Agathe est seule chez elle et se met à danser comme Mickael Jakson dans Thriller en jurant qu’elle récupèrera sa peau blanche. La scène où elle se déchaine sur le dancefloor en déclarant que maintenant qu’elle est noire c’est logique elle a le rythme dans la peau est également hilarante.
En creux, il s’agit d’un portrait au vitriol du monde de l’emploi où les minorités sont jugées sur tout sauf leurs compétences. Tous les poncifs du racisme sont abordés et balayés avec humour et poussés à l’extrême. Ainsi, une fois noire, Agathe est virée de sa boîte et retrouve du travail dans une société qui emploie tout… sauf des blancs.
Comportant plusieurs longueurs (vers la fin surtout), Agathe Cléry est une comédie cynique de qualité. Les passages de comédie musicale font un pied de nez à la tendance actuelle des cinéastes à mélanger tout et n’importe quoi en pensant que ça fera de leur œuvre un objet surprenant et original.
Une bonne comédie française, comme elles se font de plus en plus rares.
Note : 7/10
André Lejarre, Bernard Baudin, Maison des Métallos, Martin Parr, Reiner Riedler, Retour en Lorraine
In des expos... on novembre 30, 2008 at 7:07
Photographies / France.
A l’occasion du mois de la photographie, la Maison des Métallos et le Bar Floréal consacraient une exposition rétrospective à deux temporalités et deux techniques.
Il y a trente ans, la Lorraine et ses habitants subissaient de plein fouet l’une des plus graves crises de l’emploi : la disparition des usines Usinor / Sacilor et la mise au chômage de 20 000 ouvriers lorrains. A cette époque, André Lejarre et Alex Jordan, membres fondateurs du Bar Floréal, immortalisent les luttes impuissantes des hommes, les dernières sorties d’usine, les rues qui se vident, la vie qui déserte peu à peu des territoires en mal d’avenir… le tout en Noir et Blanc. C’est fort, c’est simple (sans fioritures), c’est touchant de mouvement, d’énergie et de vie alors même que cela représente l’inverse.
Aujourd’hui qu’en est-il ? Les usines démantelées ont laissé la végétation reprendre ses droits, les familles ont quitté la région vers d’autres bassins d’emplois et se sont reconvertis difficilement, comme ils le pouvaient, les nouvelles générations n’aspirent pas à grand-chose et n’ont pour loisir que de traîner dans le grand centre commercial. C’est cette fois photographié en couleurs, avec des appareils numériques, par dix personnes. C’est déprimant, triste et fascinant de désolation. Bernard Baudin rend notamment ce diagnostic implacable par l’invention d’une technique de photographie : la photo de caddie. Le mode d’emploi est simple, il suffit d’installer l’appareil photo sur le siège enfant du caddie, de se promener dans les allées du temple de l’ultra-consumérisme et de prendre des clichés à l’aide d’une télécommande jusqu’à saturation de la carte mémoire. Le résultat est saisissant : des hommes béats devant des écrans plats dont le prix en promotion dépasse trois fois leur revenu, une interdiction de payer en liquide aux caisses pour des montants supérieurs à 3000 euros (comme si ça allait leur arriver tous les jours alors que la région est ravagée par le chômage), une jeunesse qui squatte les rayons de mondes virtuels (jeux vidéos : échappatoire ?).
Dans un contexte économique où l’on apprend chaque jour de nouveaux licenciements par milliers, ce témoignage a une amertume particulière : combien de fois va-t’on répéter les mêmes bévues de gestion des territoire ? Combien de temps va-t’on faire miroiter aux ouvriers que non, il n’y aura pas de licenciements liés à cette nouvelle récession économique (Arcelor Mittal vient d’ailleurs d’annoncer que finalement ils vont dégraisser) ?

La suite logique de cette exposition, c’était finalement d’aller voir le compte-rendu de Reiner Riedler sur les mondes artificiels que l’on crée toujours un peu plus chaque jour à travers le monde : Fake Holidays @ Heartgalerie. Le cliché classique du touriste japonais, c’est de dire qu’ils passent leur temps à déclencher leurs appareils photos, posent devant chaque moment, sont béats d’admiration devant chaque chose tout en parvenant à ne rester en moyenne que 20 secondes sur place. Dans ce travail, l’autrichien Riedler a sillonné le monde et répertorié tous les lieux les plus artificiels du monde dans lesquels s’enferment et vivent des populations en mal de rêve : piste de ski en plastique à Dubaï, Kremlin et Titanic devant une piscine en Turquie, reproduction des différentes merveilles du monde en Chine et bien entendu des mondes dans le monde : Mexique à Disney World en Floride, Star Wars à Las Vegas… Un travail qui fait écho à celui de Martin Parr (Agence Magnum) et ses Small World. Le plus effrayant dans l’expo, c’est de se dire qu’il n’y a aucun Photoshop nécessaire pour vivre dans un monde aseptisé, fait de plastique et couleurs vives, il existe bien des marges au cœur même des espaces urbains, des marges de rêves au rabais pour oublier la morosité du monde actuel….
Abdel Raouf Dafri, Jean-François Richet, Mesrine, Vincent Cassel
In des films... on novembre 26, 2008 at 2:16
Film français / Polar humoristique – Biopic / 2008
Après un premier volet très froid, esthétique et sans parti pris, le second volet du biopic sur Mesrine est déroutant. Le réalisateur et le scénariste avaient prévenu lors d’interviews : pas question de faire deux films dans la continuité l’un de l’autre. Richet voulait même trois films pour pouvoir traduire sa vision de la complexité du personnage de Jacques Mesrine.
Côté mise en scène, la narration est beaucoup plus anarchique que dans le premier volet. On suit la structure mentale du personnage principal : il est posé et déterminé dans le premier film, ne sort jamais du champ de la caméra, analyse et régit rapidement face aux événements qui surviennent ; il est beaucoup plus chaotique dans le second film car sait moins où il va, il a pris 20 kilos, il n’a plus de parrain ni vraiment d’associés stables, il cherche de nouvelles quêtes… c’est le chaos qui s’installe, il entre en guerre contre les services de Police de Broussard et contre lui-même. Les scènes où il entrevoit sa famille traduisent bien la sensation d’étau dans lequel il est : il ne s’occupe pas de sa famille mais lorsqu’elle surgit au parloir ou l’abandonne dans une chambre d’hôpital, elle le démonte en quelques secondes et il est conscient que le roc qu’il voudrait être est très friable. Confusion aussi d’un homme qui a la lucidité d’interpeller le gouvernement sur le danger de mouvement des Brigades Rouges mais qui est pourtant prêt à les rejoindre.
Côté dialogue, on est à mille lieues du premier film. Vincent Cassel ressemble à ses personnages de Kourtrajmé (La Barbichette et Sheitan) avec des blagues à chaque minute. On peut d’ailleurs légitimement se demander si certaines répliques n’ont pas été inventées par l’acteur (comme le magnifique « Un mandat ? Un mandat Lear ? »). Les scènes de passage au tribunal sont ubuesques, on a envie d’acquitter l’accusé et d’aller danser et boire des verres avec lui. La partie de « dialogues » avec son ami François Besse est également très bien retranscrite : Besse était quelqu’un de quasi-muet, c’est donc normal qu’Amalric n’ouvre pas la bouche.
Mais attention, le spectateur ne doit pas se méprendre sur l’objectif du film. Il n’y a ici aucune apologie du truand (ce qui explique mon soin de ne pas utiliser le terme de héros mais bien de personnage principal dans cette chronique). En témoignent les libertés de narration concernant son évasion de Deauville et la scène finale. En effet, Mesrine et Besse se sont bien échappés de Deauville à travers les bois et grâce à la coopération d’une famille d’éleveurs de chevaux, mais ils n’ont jamais eu à devoir passer un barrage avec fouille des voitures. Cet épisode ne fait donc que donner un peu de piquant au polar. Enfin, si le filme débute (dans le premier volet) se termine (dans le second volet) sur le visage d’un truand dégoulinant de sang ce n’est pas sans raison : Mesrine a voulu jouer avec les lois et défier l’Etat, il en paye le prix fort et le dis lui-même dans son testament « Il n’y a pas de héros dans la criminalité », le choix de l’affiche n’est pas anodin.
Ce qui décontenance dans ce diptyque, ce n’est pas tant qu’on a deux film de tons rigoureusement opposés (le premier est grave, le second est humoristique), mais le fait qu’on assiste au gâchis d’un homme vif et intelligent, qui comme tous les anarchistes ont cru à un moment de leur vie pouvoir lutter seul contre le système auquel ils sont contraints. C’est également le problème des courants politiques d’extrême gauche en général. Et, venant d’un homme qui a scénarisé La Commune (Abdel Raouf Dafri) et d’un réalisateur qui filme et comprend la banlieue comme personne (Ma 6-t va craquer), ce n’est pas étonnant finalement…
La conclusion globale de ces deux films est donc positive : pas d’apologie, pas de volonté de réaliser un documentaire non plus, des textes bien sentis, un film bien tourné… l’un des meilleurs polars français depuis bien longtemps.
Note : 7/10
burlesque, comédie, Jean-Michel Ribes, Musée Haut Musée Bas
In des films... on novembre 19, 2008 at 12:45
Film français / Tragi-comédie burlesque / 2008
En présence de Jean-Michel Ribes
Tout le monde se souvient de la fantastique série télé Palace, de son humour grinçant, des jeunes talents qu’elle a mis en avant (Valérie Lemercier notamment, qui inaugure d’ailleurs ce mois-ci la réouverture de la salle de spectacle du même nom). Le temps a passé et Jean-Michel Ribes a voulu s’essayer au long métrage sans ses acolytes Roland Topor, Pierre Desproges ou Philippe Khorsand. Une comédie burlesque essentielle dans ce climat politico-économique stressant et morose.
Musée Haut Musée Bas s’intéresse autant aux Arts exposés dans les musées qu’aux œuvres, plus ou moins artistiques, que compose la faune des fréquentateurs de musée (groupes touristiques, écoles, gardiens, familles, étudiants…). Ribes présente une farce burlesque où se mêlent toutes les classes sociales et tous les thèmes ou poncifs se rapportant de près ou de loin à l’Art. La manière de filmer est très dynamique, parfois entêtante, pour mieux créer la mise en abyme du spectateur : je regarde un film montrant des gens qui regardent des situations montrant le travail d’artistes qui ont retranscris leur manière de voir les choses…
Mais en creux se dessine surtout une critique acerbe de « La Culture ». La culture est avant tout politique en France : pas de subvention, pas d’art – et de ce fait on choisit seulement quelques artistes. Le Musée est probablement l’un des derniers lieux de brassage social accessible à tous (car l’Opéra à 75 euros la place en réservant 6 mois avant ou les clubs offrant des concerts privés c’est hype mais pas accessible). Et ces lieux sont avant tout indispensable pour une raison : pouvoir rêver, imaginer à loisir des histoires à chaque œuvre. Il ne s’agit pas de comprendre mais de ressentir quelque chose (positif , violent, furtif… ou non), ce qui devient un luxe dans un monde aseptisé et dictateur (on nous dicte ce qui est bien ou pas, ce qui est beau ou non, ce qu’il faut penser, voter, goûter, dire, voir…). Le Musée, essentiellement étatique dans notre pays, est aussi contraint par les décisions/lubies gouvernementales annexes : le Changement Climatique ou le concept vide de Nature ou Développement Durable sont ici parfaitement transcrit et dénoncés (la Lutte des droits de la Végétation contre le génie créatif Humain).
On peut trouver plusieurs défauts au film, notamment quelques longueurs liées à l’essoufflement de certaines scènes. Ribes est un metteur en scène de théâtre et un scénariste de télévision, moins un réalisateur. Il manie comme personne le moyen métrage, moins le long. L’autre défaut vient du manque de piquant de certaines répliques, non pas parce que le script est mauvais (la patte de Roland Topor n’aurait tout de même pas été de refus), mais parce qu’il est moyennement bien interprété. Un Pierre Desproges en visiteur associant les peintres aux étages de places de parking (Velasquez – B12) aurait été plus jouissif que l’interprétation qu’en fait Daniel Prévost, à qui aurait mieux convenu le rôle de provincial n’aimant QUE les impressionnistes occupé par Gérard Jugnot (qu’on aurait pu dégager du film, lui, même s’il n’est pas complètement mauvais dans son rôle de beauf qu’il est).
Pour aimer ce film il faut avoir fréquenté les musées, en long, en large, en travers, avec des gens à qui l’on tient, avec des gens qui nous hérissent, seul en vitesse entre deux rendez-vous ou après une journée de travail éreintante ou en y ayant consacré la journée… Pour beaucoup de personnes, le Musée est synonyme de « chiant mais culturel ».
Pour aimer ce film, il faut avoir réussi à vivre un détachement par rapport à la situation. L’un des meilleurs moments de musée qui me vient immédiatement à l’esprit concerne le fiasco de tentative de visite du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers. J’étais en voyage seule avec ma mère, nous étions mortes de froid dehors (il neigeait) et étions heureuses d’arriver enfin au Musée car nous aimions les peintres flamands et avions prévu de voir les Rubens. Arrivées au Musée, il faisait aussi froid que dehors et les pièces maîtresses étaient soit en réfection, soit à Paris pour une exposition (!). Je n’oublierai jamais le fou-rire qui nous prit soudain au milieu de tous ces portraits déprimants (Anvers n’est pas pourvue d’une population riante…), nous éclations de rire devant chaque œuvre, les gardiens nous observaient médusés. Nous n’avons jamais terminé la visite, nous sommes restées à la cafeteria meublée Art Contemporain pendant plus d’une heure à boire du thé, manger des spéculos et lire un Elle qui trainait… c’est mon meilleur souvenir « culturel » je crois. Et depuis ce jour, je n’ai jamais prévu de partir en voyage pour y voir telle ou telle chose mais pour y laisser vagabonder mon esprit comme bon lui semble.
Vous l’aurez compris, pour aimer Musée Haut Musée Bas de M. Ribes, il faut avoir des souvenirs de musées, qu’ils soient bons ou mauvais. Parce que si vous vous en souvenez, c’est déjà que ça a provoqué quelque chose en vous, que ça a remué un ordre trop bien instauré. La moitié de la salle lors de la projection est ressortie déçue principalement parce qu’il ne comprenaient pas « le pourquoi » du film. Selon moi il s’agit simplement d’un ode à la l’imagination, ce « supplément d’âme » qui ne pourra jamais complètement être contrôlé par un tiers sous quelque contrainte que ce soit.
Note : 7/10
Quantum of Solace, Daniel Craig, Marc Forster, Mathieu Amalric
In des films... on novembre 7, 2008 at 3:37
Film suisse / Action – Espionnage / 2008
James Bond a changé. Second film avec Daniel Craig, Quantum of Solace est la suite de Casino Royale et ne ressemble pas aux 21 adaptations précédentes. Cela ne plaît pas à tout le monde… Marc Forster, réalisateur du charmant Neverland et de l’adaptation peu fidèle des Cerfs-volants de Kaboul (de Khaled Hosseini) n’a pas respecté tous les codes de l’agent secret britannique.
D’abord, de l’action et du réalisme en veux-tu en voilà. Le film commence par une course poursuite sur les corniches italiennes plus que réelle. J’en suis témoin vivant, mon papa avait cette fâcheuse habitude de passer entre les semi-remorques dans les tunnels des Alpes donc j’ai vécu la même chose en beaucoup moins héroïque (pas de portière arrachée, pas de beaux mecs avec des mitrailleuses partout… juste mon papa, des gros camionneurs et une glissière de sécurité en mauvais état). L’intrigue se passe dans un contexte politique contemporain : la guerre de l’eau a (enfin) supplanté la guerre froide. La perfide Russie cesse d’être l’ennemi numéro un et est remplacé par une forme de terrorisme plus subtile et angoissante : la menace diffuse qu’on ne peut identifier.
Ensuite, on vire l’aspect « J’ai une voiture de Mad Max fabriquée par un savant fou », à la place on a des hôtels qui fonctionnent avec des piles solaires et des voitures électriques (sauf la première scène du film), de la technologie réelle et accessible mais que personne n’a le bon sens d’utiliser.
Enfin, terminé le héros qui saute toutes les nanas qui lui tombent sous la main, qui remet ses boutons de manchettes sans arrêt en place et a toujours un brushing impeccable, James est ici un homme qui sue lorsqu’il cavale après des méchants, qui a les cheveux en bataille lorsqu’il sort du lit et des coups de soleil s’il reste trop longtemps dehors.
Si le casting est impeccable – Daniel Craig (James Bond) n’a pas besoin d’un brushing pour être classe, Olga Kurylenko (Camille) est une Bond Girl qui a un cerveau et des muscles opérationnels (pas une anorexique écervelée juste bonne à coucher avec le héros), Judi Dench (M) est égale à elle-même et Mathieu Amalric (Dominic Greene) jubile et excelle dans la peau du méchant – la réalisation manque parfois de finesse (on reconnaît un peu trop la doublure de Daniel Craig dans certaines scènes) et de fluidité (on peine à raccorder tous les bouts d’intrigues si l’on n’a pas revu Casino Royale depuis sa sortie sur grands écrans).
Alors pourquoi la critique n’a pas aimé ce film ? Parce que ce sont des vieux shnoques ! Ils n’aiment plus James Bond depuis les années 60 ! Ce Bond, encore plus que le premier volet Casino Royale, marque l’évolution d’un personnage de carton pâte vers un humain sérieux et efficace dans son boulot (de la même façon que C. Nolan a donné une consistance plus grave au personnage de Batman). Plus de grand guignol, plus de scénario en 4 actes immuables (James couche avec une nana et en fait elle est méchante – James effectue sa mission même si la hiérarchie lui dit non – James sauve l’héroïne grâce à ses gadgets – James couche avec l’héroïne dans une scène finale torride et improbable). Les personnages sont calmes et très peu expressifs ? Normal ils sont concentrés sur la tâche à accomplir et ne laisse pas l’ennemi filtrer leurs émotions.
Ce nouveau James Bond est un bon film qui, en dépit des mauvaises critiques, séduit le public. S’il plaît autant c’est aussi peut-être parce qu’il correspond mieux à notre société (pas forcément dans le mauvais sens) non ?
Note : 7,5/10
Charlotte Rampling, Keira Knightley, Saul Dibb, The Duchess
In des films... on novembre 7, 2008 at 11:29
Film britannique / Romance tragique / 2008
Invitation à la dernière minute à l’avant première du second film de Saul Dibb. Après les banlieues chaudes de Londres (Bullet Boy), le réalisateur s’attaque à la biographie d’une belle aristocrate du XVIIIe siècle en avance sur son temps, la duchesse du Devonshire. Un beau film en costumes pour les filles en mal de romantisme.
Donc la belle Duchesse Georgiana de Devonshire, incarnée par Keira Knightley qui a l’habitude des films du genre (Reviens moi, Pride and Prejudice…), se retrouve mariée à 17 ans à un homme plus vieux qu’elle et n’ayant pas exactement la même vision des relations amoureuses qu’elle… Sa mission : donner un héritier au Duc. Et évidemment elle est amoureuse d’un autre homme, sans situation ni nom ni rien du tout, l’agitateur politique Charles Grey (futur Premier Ministre au moment des faits). Sauf que la dame déchante très vite : son mari a des maîtresses, a tout pouvoir sur elle et ses enfants (ses filles), sa seule confidente devient la favorite du Duc de Devonshire… bref c’est la fête et elle a beau avoir de l’esprit, des atouts physiques, des goûts vestimentaires en avance sur son temps, elle reste une pauvre femme soumise et impuissante qui ne pourra pas vivre aux côtés de l’homme qu’elle aime. Dans la droite lignée de cette fresque romanesque s’en est inscrite une autre au XIXe siècle, la vie de son héritière Diana est semblable sur bien des aspects. Et d’ailleurs, les femmes ont beau avoir gagné des combats de liberté depuis (droit de vote, port du pantalon, permis de conduire, divorce…) elles restent souvent dans des situations aussi peu enviables.
Le casting d’acteurs est impeccable, la mère de Georgiana jouée par Charlotte Rampling est notamment très bien choisie. Et Keira interprète parfaitement la femme prise au piège (ses enfants et l’aisance financière ou son bonheur, le dénuement et l’opprobre). Par ailleurs, les accents anglais sont délicieux et travaillés correctement pour ajouter un peu plus de réalisme aux scènes.
Le hic du film est que tout les autres éléments ont l’air factices : costumes mal coupés (et mal cousus, on voit des fils pendre !), décors dans les véritables lieux de vie de la Duchesse (Bath, château du Duc de Devonshire à Chatsworth) mais peu mis en valeur, dialogues manquant trop souvent de piquant et de spontanéité… Les scènes les plus réalistes sont finalement celles des meetings politiques avec le peuple.
L’objectif de ce film m’échappe également.
- Objectif banal : Est-ce pour dire que la vie des femmes aisées deux siècles plus tard n’est pas si éloignée de celle de cette Duchesse, mis à part que les robes sont moins contraignantes (le film débute sur la nuit de noces de la Duchesse où son mari lui arrache ses vêtements et laisse apparaître de splendides cicatrices dues au corset trop serré, ça seules les femmes peuvent comprendre !) et les relations amoureuses un peu plus humaines ? Nous avons le droit de vote certes mais notre poids politique n’est pas beaucoup plus respecté, nous sommes restées des faire-valoir des hommes (cf. la jolie Carla et l’hideux Sarkozy).
- Objectif politique : Est-ce pour signifier qu’en sacrifiant son bonheur, cette femme a permis à un homme de l’opposition d’accéder au gouvernement britannique et d’instaurer des lois plus socialistes (cf. Diana et Tony Blair)?
- Objectif people ridicule : Est-ce encore pour démontrer que lorsqu’on est belle, intelligente et qu’on a un peu d’influence, c’est de famille (cf. Diana et la Duchesse de Devonshire) ?
Il y a seulement deux ans, j’aurais probablement adoré ce film, en vieillissant un peu – cynisme ou simple mûrissement ? – je constate simplement que dans nos sociétés, les femmes qui réussissent en politique ne sont pas intéressantes, que les femmes intelligentes ne sont pas mises en valeur, que les femmes qui sont belles n’ont pas le cerveau qui suit… et que cela va en s’aggravant.
Note : 6,5/10
Abdel Raouf Dafri, Jean-François Richet, Mesrine, Vincent Cassel
In des films... on octobre 28, 2008 at 11:54
Film français / Thriller – Biopic / 2008
Encore une biographie par le cinéma français, qui plus est la bio d’un très méchant truand… une apologie du crime et du vice, un jeu dangereux s’il est mal interprété. Sauf que contrairement à l’accumulation de navets français retraçant les bios de personnes ayant marqué l’histoire du XXe siècle (dernière en date Coluche), le premier opus du dyptique consacré à la vie de Mesrine est réussi et remplit son contrat de bon thriller palpitant et inquiétant.
Cela tient avant tout à un homme, le scénariste Abdel Raouf Dafri, qui doit aujourd’hui être une espèce en voie de disparition dans l’hexagone tant les films français de qualité se font rares. Le film est construit telle une respiration avec ses échauffements (petits larcins), ses respirations lentes et apaisées (scène de danse dans le salon) et bouffées rapides dans l’action (évasion d’une prison, gros coups). Les dialogues font mouches (un peu moins dans la scène pastiche des deux gardes forestiers au Canada), ni trop ni pas assez de dialogues. Pas de grosses ficelles du type « c’est la scène clé, vous ne comprenez pas Mesrine si vous ne voyez pas ça ». Non, le scénariste de la série La Commune (qu’il a volontairement placé en banlieue et non dans les corons), le scénariste du prochain Audiard est autodidacte et certains feraient bien d’en prendre de la graine.
Le talent du réalisateur n’est pas non plus étranger à la réussite du film. Dès la première scène du générique, on comprend qu’on ne pourra pas être déçus : trois caméras filment la même scène d’un angle différent et à 10 secondes d’intervalles, les images dansent, le temps comme notre attente sont suspendus et curieux de voir la suite. Jean-François Richet est discret mais il maitrise son sujet. 10 films en 13 ans dont le génial Etat des lieux (1995), l’homme a grandi dans les banlieues de Meaux et filme mieux les paysages urbains en décomposition / reconstruction / transition que la verte campagne canadienne. Bref il est plus à l’aise sur le macadam qu’au milieu des épicéas, tout comme son personnage, l’ignoble truand Mesrine.
Car le film fonde sa réussite sur un autre tandem : l’acteur incarnant Mesrine, Vincent Cassel, et Mesrine lui-même. Le truand qui s’était attiré la sympathie des médias avait oublié de ne dire que des conneries. Il dénonça notamment les traitements infligés aux détenus dans les QHS. Et Vincent Cassel incarne bien le personnage, contrairement à la tendance des films actuels, il n’imite pas un truand, il en est un. Cassel joue avec son franc-parler, ses actes d’une incroyable douceur et dureté à la fois. Impitoyable, l’homme poignarde de sang froid un maq qui a tabassé une prostituée avant de fourrer le canon de son arme dans la bouche de sa femme…
Deux petits reproches viennent entacher la qualité du film cependant. D’abord, les sauts temporels sont parfois difficiles à suivre, on passe d’une scène d’action à la prison, c’est parfois un peu frustrant car on aimerait voir par exemple comment se défend ce genre d’accusé dans un tribunal. Et également, la partie du film concernant son exil au Canada est parfois médiocre : scène dans la forêt, épisode chez le milliardaire… ou encore cette scène surréaliste dans l’Arizona où coursés par une vingtaine de voitures de flics, Mesrine et sa copine croisent un vieil indien en panne sur le bord de la route : la scène est vraiment géniale, sauf qu’elle ne colle pas dans le film, on est dans un Richet pas un Tarantino !
Pour finir, il faut attendre le second volet de la vie de Mesrine – L’ennemi public n°1 – pour voir quelle conclusion tirer du nouveau film de J-F Richet, mais le premier épisode rehausse le cinéma français à un niveau plus acceptable. Manque de temps ou de budget, certaines lacunes techniques et matérielles (décors) auraient méritées d’être comblées.
Note : 7,5/10
1981, Antoine de Caunes, Coluche
In des films... on octobre 27, 2008 at 6:35
Film français / biographie / 2008
Quelle mouche a piqué les réalisateurs français ces dernières années ? Sous prétexte que le cinéma se porte mal, on en profite pour jouer à Qui est Qui avec les acteurs ? Donc on avait eu une chanteuse (Cotillard aka Piaf), une écrivain (Testu aka Sagan), on nous refourgue maintenant un comique : François-Xavier Demaison aka Coluche. Outre la performance remarquable des acteurs principaux, le film d’Antoine de Caunes est mauvais… Moyennement bien filmé, plutôt mal scénarisé, l’ensemble est indigeste et ennuyeux.
Le réalisateur a choisit de se concentrer sur l’année et demie que l’humoriste Coluche a consacré à la politique lors de sa campagne pour la présidence de la République en 1981. On a une biographie (avec toute la part de subjectivité qu’elle comporte) alors qu’on aurait davantage aimé un documentaire sur le sujet…
Côté acteurs, il y avait de quoi faire. Outre la belle prestation de F-X, le Jacques Attali joué par un Denis Podalydès méconnaissable est assez intéressant, d’autant plus du fait du revirement politique récent de l’homme.
Côté caméra, rien de transcendant, c’est assez monotone et on s’ennuie un peu parfois.
Côté scénario, eh bien, c’est atterrant… Par son manque de pertinence d’abord. On a par exemple lors d’une fête chez l’humoriste, une scène où Coluche dit à Attali « Viens, je vais te présenter Johnny » et ensuite ? Eh bien il ne se passe rien, on ne voit pas Johnny, on passe à une autre scène. Quel est l’intérêt de cette scène ?
Le sous-titre du film est « l’histoire d’un mec… », c’est faux, on ne raconte pas la vie d’un mec, on ne parle que d’une année de la vie d’un mec. L’histoire de Coluche, ce n’est pas de devenir politicien !
Un problème de taille reste le fait que De Caunes ne demande pas à ses acteurs d’interpréter mais de copier les personnages qu’on leur confie. On reste tout le temps du film en attente d’autre chose, d’une incarnation qui ne vient pas. On peut difficilement réinterpréter un comique de la taille de Coluche, alors si on le copie c’est vraiment mauvais… Une scène est consacrée à « l’étincelle qui va donner l’idée à Coluche de créer les restos du cœur », le reste est résumé en une phrase.
Coluche, on en entend parler tous les jours (via les restos du cœur), on voit encore ses sketches régulièrement au petit écran, on entend sa voix à la radio… bref, ce n’était pas le personnage qui avait besoin d’un film actuellement, qui plus est un film médiocre. J’espère que si l’humoriste avait été vivant, il aurait chauffé les oreilles d’Antoine De Caune, lequel aurait mieux fait de rester à sa place depuis longtemps : animer des émissions de télévision… A quand Cauet adaptant la carrière de Dieudonné ?
Note : 3/10 et c’est cher payé…
Christophe Honoré, La Belle personne, Louis Garrel
In des films... on octobre 1, 2008 at 6:15
Film français / drame / 2008
Je n’ai pas pour habitude de parler des choses inintéressantes mais Christophe Honoré a un problème qui devient vraiment casse-pied : tous ses films s’apparentent à des premiers films. La belle personne est censée être une adaptation du roman de Mme de La Fayette (La Princesse de Clèves) doublé d’une réponse de Nicolas Sarkozy à l’œuvre. Il ne s’agit que d’une fresque où ni l’unité de temps, ni l’unité de lieu, ni le choix des acteurs ne convient, un peu léger pour réussir un film non ?
D’abord le lieu de l’intrigue : le lycée Molière dans le XVIe arrondissement parisien sous un temps gris, froid et déprimant ; un café miteux en face du lycée ; un hall d’immeuble froid et répulsif des années 80. On a d’emblée envie de lui rappeler que le tout est censé avoir lieu à la cour… ce qu’il aurait été intéressant d’exploiter dans une problématique où Honoré était censé répondre à Sarkozy. Au final, c’est le réalisateur qui cause le plus de tort à l’œuvre de La Fayette.
Ensuite le choix des acteurs. Louis Garrel n’est absolument pas crédible en professeur d’italien qui fricote sans retenue avec ses élèves. Il est certes beau garçon mais n’a rien d’autre pour lui, possédant au total environ 3 expressions depuis le début de sa carrière (il fait la moue, il passe la main dans ses cheveux, il soupire). Il serait temps de faire un peu mieux ! Le reste des acteurs ne représente que la plus belle brochette de fils et filles de (Bonitzer, LePrince-Ringuet, Lang !). En fait il aurait mieux fait de prendre Jean Sarkozy et ses amis ça aurait beaucoup mieux collé. Il s’érige contre N. Sarkozy mais reprend tous les codes qui sont chers au nabot (et je n’y vois aucun second degré).
Rappelons le, avant La belle personne, Honoré nous avait infligé Les chansons d’amour qui, au delà du titre mièvre et débilitant, avait la bande son la plus exécrable du moment (Alex Baupain, compositeur minimaliste aux 3 accords de piano et à la voix monocorde). Rebelote ici, on a droit à ses chansonnettes mièvres et niaises. Il y en a moins, mais il y en a encore trop à mon goût.
C. Honoré a tout de même une qualité de taille, il sait filmer Paris. Son film intitulé comme la ville était d’ailleurs un petit bijou du genre. Le XVIe dépeint ici par le réalisateur est fidèle à sa réalité de ce quartier : grisâtre, déprimant, vide, sans aucune autre odeur que celle du fric…
Un film décevant et raté. Note : 3,5/10
laugier, martyrs, thriller
In des films... on septembre 10, 2008 at 10:51
Film français / 2008
De cet auteur je ne connaissais rien, hormis une photo un peu glauque dans Technikart. Du genre, épouvante-horreur, je ne suis pas spécialiste, plutôt très nerveuse de mon état j’effraye plus la salle que ne le fait le film dans ces cas là donc j’évite.
Ce qui m’intéressait, c’était qu’on ait fait passer son interdiction de projection de -18 ans à -16 ans… ce qui me paraissait un peu absurde. J’allais donc voir ce film sans grandes attentes. Et je n’ai pas vu ce à quoi je m’attendais.
Il y a d’abord une erreur de classification de ce film selon moi, il s’agit moins d’horreur que de thriller psychologique. On est face à deux jeunes filles, Anna et Lucie, dont Lucie semble poursuivie par un monstre à forme humaine. On comprend immédiatement qu’elle a des visions morbides et que l’intérêt de la première partie du film réside plutôt dans la relation entre les deux jeunes filles, Anna assistant impuissante à l’autodestruction de son amie. On peut ici souligner les performances des deux actrices principales, qui interprètent sans fioritures leurs rôles plutôt ardus.
La seconde partie du film est beaucoup moins réussie selon moi puisqu’on bascule dans un délire d’obscure secte cherchant à recréer la situation de martyr, et non simplement de souffrance, afin de percer le mystère de ce qu’il y a après la mort.
Le spectateur assiste donc à une série de torture en tous genre, jusqu’au décharnement. Ce qui est le plus choquant, c’est que la plupart des sévices sont banal, rappelant les femmes battues ou les otages de groupuscules extrémistes.
Le bilan pourrait donc s’arrêter là : mitigé mais intéressant, un petit 7/10. Mais là où Laugier ne convainc pas, c’est aussi dans sa façon de filmer et d’aborder le sujet, très intéressant, dont il voulait traiter.
Dans son film, les gens ont tous des gros calibres et s’en servent aussi bien que des snippers… Pourquoi avoir tenu à situer l’histoire en France dans ce cas ?
Dans son film, les gens creusent des fosses de 3 mètres de profondeur pour faire de la plomberie du dimanche dans leur jardin, quel intérêt pour l’histoire à part avoir fourni une fosse géante pour les cadavres ?
Pourquoi une interdiction au -16 ans et pas 18 finalement ? Parce qu’il n’y a pas de sévices sexuels ? Ce film est selon moi beaucoup plus violent que n’importe quelle daube américaine de film d’épouvante justement parce qu’il touche au réel, au plausible. On ne garde pas en mémoire les visions de d’humains monstrueux, mais cette violence sourde et latente de chaque jours, qui pourrait arriver à n’importe qui…
Quant à l’épilogue, que je ne dévoilerai pas ici, il est laissé en suspend de façon éhontée, comme si le réalisateur n’avait pas jugé nécessaire de terminer son film. Dommage, il y avait matière à faire beaucoup mieux je crois. Note : 4,5/10
voyage
In Ce que je regarde on août 15, 2008 at 11:03
Mexique août 2007
Londres mars 2008
Suède avril 2008
Milan mai 2008 …
Quelques-uns des nombreux voyages que j’ai eu l’occasion de vivre sont sur mon blog de voyage TravelPod
Bonne lecture !
tenori-on, zombie
In Ce que je regarde on avril 9, 2008 at 11:10
Le TENORI-ON de Yamaha ce n’est pas n’importe quoi,

c’est un nouvel instrument rien que ça !
Radio Campus Paris était invitée au lancement très attendu du TENORI-ON à la Maison de la Villette. Antoine et moi avons découvert la bestiole.
Il est 23h30 quand nous débarquons dans une Maison de la Villette à demie vide, où personne ne s’agglutine au bar, où le dj est bien seul, et le salon désert…
La fête commençait à 20h, nous avons raté ce qui semblait le plus intéressant de la soirée : l’open bar champagne-macarons-pop corn… Visiblement les gens n’étaient là que pour se rincer le gosier et le TENORI-ON n’était qu’un prétexte comme un autre…
Un détail m’agace immédiatement : un tiers des gens présents sont japonais, quel est l’intérêt d’inviter des japonais qui ont le TENERI-ON depuis longtemps pour le lancement français ? on les payent pour dire que c’est génial ??
Bon, on est pas du genre à se laisser faire alors on trouve un mode d’emploi et une machine libre pour s’essayer à « l’un des instruments de musique électronique le plus fascinant et époustouflant » (dixit l’invitation vert pomme en papier glacé pas recyclé).
205x205x32 mm pour 16×16 touches qui s’actionnent par simple pression des doigts. 6 modes dont les boucles à partir des formes que vous dessinez… je m’amuse donc pendant le set (désastreux) de Krikor avec le dernier exemplaire palpable puisque tous les autres ont été volés (qui à mon avis étaient partis du côté du Glaz’art…).
Je croise le zombie Etienne Jaumet (moitié de Zombie Zombie), inconfortablement installé sur un pouf, on papote deux minutes, il n’est pas convaincu par l’objet. Il faut dire que lui ne triture que des machines des années 70…
Le dj de drum’n'bass Subrider lui est enchanté par la machine, et aimerait ne pas bosser ce soir pour pouvoir jouer un peu plus avec la chose…
35 minutes plus tard, coup d’oeil à Antoine, on s’arrache ?
900 euros de technologie tape à l’oeil, c’est bon pour Justice ou Yelle (mais il faudrait déjà qu’elle apprenne à jouer de la musique et chanter…), on verra bien quel avenir aura le joujou,
Bjork en a acheté 5, si sa musique est encore pire à l’avenir, ben… 