Musée du Louvre – 22 janvier au 13 avril 2009

Officiellement, le Louvre ne peut pas accueillir d’œuvres d’art postérieures à 1860… Donc que viennent faire des bandes dessinées datant de 2005 pour la plus ancienne au milieu des fondations médiévales du musée ?
Après avoir galéré 20 minutes avant de trouver où se trouvait l’exposition (absolument pas fléchée), j’arrive dans une petite salle, où il n’y a pas de lumière et constituée de quatre séries de planches… Se ficherait-on de nous ? Incrédule, je trouve quelqu’un pour m’expliquer un peu le but de la démarche. On m’explique alors que les jeunes de moins de 30 ans ne viennent plus dans les musées et qu’on déroge à la règle officielle qui veut que le Louvre n’accueille que des vieilleries en les attirant en leur proposant des bandes dessinées dans lesquelles les œuvres du Louvre sont présentes. Le Louvre a lancé une opération en partenariat avec Futuropolis de création de bandes dessinées dont les intrigues se déroulaient sur fond de Louvre. Se sont prêtés au jeu : Nicolas de Crécy (Période glaciaire), Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu), Eric Liberge (Aux heures impaires) et Bernar Yslaire (Le Ciel au-dessus du Louvre). Je me marre…
1) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Certainement pas en leur proposant 4 pauvres planches mal éclairées et proprement inintéressantes puisque l’intérêt d’une bd, c’est qu’elle a un scénario et donc on aime pouvoir la lire en entier. Pour être pertinent, il fallait laisser des bds en libre lecture dans l’expo…
2) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Assurément pas en mettant les quelques planches exposées à hauteur d’adulte derrière une vitre qui vous balance le spot dans la figure, ce qui fait que vous ne voyez rien des planches. Le Louvre devrait s’inspirer du concept de Beaubourg qui crée des expositions spécialement à hauteur d’enfants. Il suffisait de mettre 2 hauteurs de planches, était-ce si difficile ?
3) Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Indubitablement pas en ne demandant qu’à des auteurs de bds pour adultes de réaliser le travail. En dessous de 16 ans, on ne comprend rien ou presque aux contenus des bulles, on n’aime pas ou peu les dessins très travaillés… Le Louvre pouvait demander demander aux auteurs de s’adapter au public non ? Des planches de Zep ou Manu Larcenet n’auraient pas été malvenues pour démarrer cette initiative…
Et puis il faudrait être vraiment stupide pour ne pas penser au fait que si l’on veut attirer les jeunes dans un musée poussiéreux et gigantesque comme le Louvre, il faudrait qu’elle soit simple d’accès… Parce que devoir se taper 15 minutes de marche avant de trouver ce qu’on cherche, cela produit l’effet inverse : on arrive énervé à l’expo et on se dit que ce qui précédait était plus intéressant, parce que là on ne voit rien ! Il suffit de consulter le public visé avant de mettre en place une expo !
Et puis se pose aussi cette autre question : pourquoi les jeunes désertent les musées ?? C’est bizarre, moi et mes amis devons tous être des exceptions alors car nous y allons… De plus, je ne pense pas que forcer les gens à se rendre quelque part leur en fera apprécier le contenu. Je crois qu’exposer ces planches au Festival International de la BD d’Angoulême aurait par exemple été un choix bien plus judicieux : on vient à un festival de bds pour voir des bds, on aime un auteur, on aime un contenu, on se renseigne, on voit que cela se passe au Louvre, alors on se dit qu’éventuellement on irait bien un jour au Louvre pour rêver d’aventures géniales et rocambolesques, on aimerait bien aller s’inventer des histoires entre les statues grecques, des dialogues entre les personnages des tableaux… sauf que ça c’est prévu pour 2010 seulement ! La première fois que j’ai ouvert un album de B. Yslaire, j’avais 18 ans, c’était après un cours d’Histoire portant sur la Révolution de 1848… L’auteur m’a permis de mettre de (très belles) images sur des faits et j’ai parfaitement retenu ce cours.
De même, je ne crois pas que permettre la gratuité des Musées pour les moins de 26 ans les attirera plus souvent dans ces lieux. En revanche je crois en la multiplication des visites en classe avec des guides dynamiques – pas besoin de faire l’historique du tableau on s’en tape un peu, ce qui importe c’est de comprendre pourquoi telle ou telle suscite ou non un intérêt en nous, j’ai trop souvent eu des visites barbantes où l’on nous dictait ce qui était beau ou non, intéressant ou pas… – et ce, dès l’âge de 3 ou 4 ans. On ne laisse pas assez parler les jeunes dans les musées, c’est à eux d’exprimer quelque chose et non l’inverse !
Voilà tout ce qui me passe par la tête lorsque je traverse le Louvre dans le sens inverse pour trouver la nouvelle décoration d’un mur + 2 sculptures par Anselm Kieffer (2007). Crochet par les Delacroix au 2e étage, ils sont dans un état pitoyable, le spot se réfléchit une fois de plus en plein dans l’œuvre, on ne voit rien. Les personnages du Mariage juif au Maroc n’ont plus qu’à pleurer face à un tel craquellement de leur toile. La culture se porte super bien en France…
Pas de raison de faire le déplacement au Louvre pour cela, ouvrez une bonne bande dessinée à la maison à la place…
Note : 3/10