Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archive pour la catégorie ‘des expos…’

ALEXANDER CALDER – Les années parisiennes

In des expos... on juin 23, 2009 at 2:02

Art contemporain / Centre Georges Pompidou / 18 mars – 20 juillet 2009

Le jour de mon cinquième anniversaire, ma mère m’a offert un livre sur Calder, me rendant accro à jamais aux mobiles colorés à la fois fragiles et majestueux d’un artiste américain hors-norme. L’exposition consacrée à l’artiste est originale, présentant seulement sa période dans la capitale française durant laquelle il s’est consacré essentiellement à la caricature.

Des cahiers de croquis, des caricatures délicates… et les sculptures qui s’en dégagent. Calder ne garde que les lignes fortes des corps et visages : une série de côtes, l’arrête d’un nez, la proéminence d’une poitrine… Véracité déconcertante. Dessins et sculptures métalliques semblent tracées d’un seul trait et laissent imaginer tout le reste. Calder sculpte des croquis. Tout son talent de portraitiste au regard incisif sur le monde qui l’entoure en émane.

Et surtout, il y a cette parenthèse circassienne, émouvante aux larmes grâce aux petits films où l’artiste joue avec ses créations. Un cirque de marionnettes, carcasses métalliques habillées de laine, jute et caoutchouc. Une danseuse orientale, un géant avaleur de sabres, un kangourou, des trapézistes et funambules… Calder est l’un des meilleurs designers de jouets que le 20ème siècle a vu naître. On ne peut qu’envier cet homme qui crée et joue toute la journée, clairvoyance d’une âme sensible qui sent le climat politique se durcir.

Le seul point noir de cette exposition est la foule trop nombreuse qu’il faut réussir à supporter. Trop de monde, trop de flot de paroles qui empêchent de pouvoir se concentrer autant qu’on le souhaiterait, qui contrecarrent l’envie de laisser son esprit vagabonder. A noter aussi cette mauvaise idée de présenter l’exposition en deux parties qui cassent la progression naturelle où la tête, à force de voir des squelettes métalliques osciller, parvient à s’envoler elle aussi.

A peine sorti, on n’a qu’une envie : replonger dans le monde onirique d’un doux rêveur qui gardait une vision acerbe et insolite sur ses contemporains. Cet esprit qui dérange par sa clairvoyance déconcertante, pour se rassurer on appelle cela un artiste ou un fou…

Note : 9/10

T.A.G. @ Grand Palais

In des expos... on avril 21, 2009 at 10:41

Arts graphiques de rue exposés dans un Musée / Grand Palais – Paris / jusqu’au 3 mai

 

Après la tentative ratée et ridicule du Louvre d’attirer des publics plus jeunes au Musée par le biais de la bande dessinée (cf. chronique Le Petit Dessein), voilà l’expo démago pour attirer les « jeunes voyous » susceptibles de saloper les murs des villes…

Plus sérieusement, l’idée de départ est intéressante, il s’agit de donner une opportunité au grand public d’avoir un regard différent sur les Tags et Graffitis qui fleurissent nos espaces urbains. L’idée de reconnaître ces arts graphiques non pas comme une pollution mais bien come une forme d’expression artistique supplémentaire de notre paysage culturel… Mais plusieurs problèmes viennent plomber cette exposition.

L’idée de départ, si vous visitez l’expo vous comprendrez bien, est venue d’un architecte, Alain-Dominique Gallizia. Ce type est imbu de sa personne comme il est rare de le voir dans un Musée. Monsieur Mégalo a donc commencé à collectionner les tags en demandant aux artistes de rues de s’exprimer sur des toiles de taille identique et sur des sujets imposés : Amour et Identité. Donc là, vous l’avez compris, le type a fait cette expo d’abord pour parler de lui et probablement pour faire monter le buzz sur son nom et sa coolitude pour mieux faire accepter des projets architecturaux aux collectivités territoriales… Ensuite la taille des toiles retenue est parfaitement absurde, beaucoup trop petite, cela correspond à peu près à l’idée de demander à un peintre de fresque de réaliser un travail sur un timbre poste. Enfin que penser des thèmes imposés ? Ils ont quitté l’école trop tôt alors on leur fait faire une dernière rédac pour s’autoriser à leur dire que « oui, ce qu’ils font est chouette et a de la valeur » ??

Les responsables de l’exposition insistent beaucoup sur le fait qu’il y ait 300 toiles (donc 150 artistes puisqu’ils ont 2 toiles chacun) mais il serait plus pertinent d’exposer de la qualité et non de la quantité. Un bon tiers des toiles n’étaient pas spécialement intéressantes, ce qui pouvait venir du manque d’inspiration de l’artiste sur le sujet, du handicap lié au format ou… d’un manque de qualité (ou encore d’un jugement esthétique de ma part).

Pour couronner le tout, il eut été pertinent de retracer un peu plus l’histoire du Tag et de resituer quelques contextes sociaux / politiques. On prétend nous retracer l’histoire du Tag sur 3 générations et on ne nous fournit qu’une origine nationale ? Il est pourtant évident que les sujets de préoccupation du Bronx il y a 15 ans n’ont rien à voir avec les sujets chers aux grapheurs actuels iraniens ou du 93…

Une exposition qui aurait pu être un carton et vraiment géniale mais qui, au lieu de ça, ressemble à une pub géante pour le politiquement correct impulsée par le Ministère de l’Egalité des chances et contre les discriminations… dommage.

Note : 5/10

KREYOL FACTORY @ La Villette

In des expos... on avril 16, 2009 at 2:10

Art contemporain créole / La Villette, jusqu’au 5 juillet 2009

En pleine tourmentes et insurrections en Guadeloupe et Martinique, l’exposition commandée par La Villette il y a plus d’un an a une saveur étrange…  Non seulement elle tombe très à propos mais elle est d’une qualité rare et appréciable par les temps qui courent.

Organisée en sept espaces, sur plus de 3500 m2, nul va sans dire qu’il vous faudra consacrer au minimum deux heures et demi à cette exposition qui vaut le coup d’œil. Au delà de l’appréhension des complexités d’un questionnement identitaire liées à l’histoire, à des processus de créolisations et aux effets de la mondialisation à travers un support protéiforme, il s’agit avant tout d’une très rare exposition consacrée à l’art contemporain caribéen. Costumes, peintures, sculptures, films, photographies, musique… tout y est pour tenter de cerner les malaises et les spécificités d’une autre culture émergée de la colonisation. Les traversées d’abord ou comment sont arrivés de nouveaux peuples sur des espaces insulaires ; le trouble des genres moins accessible peut-être sur les différences génétiques et morphologiques des communautés ; L’Afrique communauté imaginée où l’on tente d’abattre enfin ce préjugé Noir = Africain ; Noir Comment est évidemment la suite logique du questionnement précédent où l’on met en relief la multitude des différences de couleurs de peau liées aux multiples métissages ; des îles sous influence ou le portrait des rapports de forces et enjeux géopolitiques existants ; Les nouveaux mondes donnent un aperçu de ce qu’on pu devenir les différents territoires caribéens au fil du temps, quelles  quelles cultures nouvelles (langues, manière de penser…) ont pu émerger… et enfin Chez soi de loin est consacré aux immigrés dans leur propre nation (la même nation mais pas la même culture). Chapeau bas aux commissaire  d’expo et chefs de projet (Yolande Bacot, commissaire, Claude Archambault et Christian Coq, chefs de projet).

Soulignons aussi la scénographie ingénieuse et splendide signée Raymond Sarti, mer de carton ondulé s’appréhendant de différentes façons, à la fois support et ornement de l’exposition. Les univers visuels et sonores sont impressionnants. On ne peut reprocher qu’une seule chose : ne pas avoir insisté plus encore sur les odeurs propres à ces territoires : que ce soit lié aux épices, aux plantations, à l’humidité et au Ph des terres, il y a bien des senteurs qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Une exposition à voir avec attention, en ayant du temps devant soi et de quoi cuisiner un Cari de poisson ou un Colombo d’agneau en rentrant ;) !

Note : 9,5/10

VIDES : une rétrospective

In des expos... on mars 3, 2009 at 1:40

Centre Georges Pompidou – Paris – du 25/03/2009 au 23/03/2009

« Pour la première fois au sein d’un musée d’art moderne, le Centre Pompidou propose de faire découvrir une page essentielle de l’histoire de l’art ». Pas moins de six commissaires, un scénographe et deux graphistes ont travaillé au projet de cette nouvelle exposition. Annoncé de la sorte, grande est l’envie de ne pas se sentir trop inculte et de connaître ce qu’est le Vide en art… On reconnaît bien là l’esprit Beaubourg, de bonnes idées mais rien pour être capable de les matérialiser convenablement, d’où une exposition incomprise et inintéressante.

Le Vide est un concept certes difficile à exprimer en art mais dont les artistes contemporains se sont déjà régulièrement emparés au cours du XXe siècle, notamment Yves Klein en 1958. Avec La Spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée [attention respirez bien si vous parlez de cette expo à l’oral] l’artiste avait entièrement repeint la galerie Iris Clert en blanc pour créer « une ambiance, un climat pictural sensible et à cause de cela même invisible ». De la même manière, l’exposition de Beaubourg souligne le travail dans le domaine de Laurie Parsons, Robert Barry, Roman Ondak, Robert Irwin, Bethan Huws, Maria Eichhorn ou du collectif Art et Language, groupe fondateur de l’art conceptuel fin 60’s.

Le problème de l’exposition du Centre Pompidou vient essentiellement de son manque total de mise en valeur, ne faisant que renforcer l’idée que l’art moderne est réservé à un petit cercle d’excentrique.

Ainsi l’exposition se trouve au fond du niveau 4, en bout de musée, donnant l’impression que les toiles ont été décrochées pour un nouveau chantier et non laissant penser que ces salles sont « pleines ». En les mettant au centre du musée, cernées de pièces regorgeant d’œuvres picturales visibles, le message aurait déjà bien plus explicite.

Deuxième erreur majeure, aucune explication hormis un A5 recto-verso n’est mise à disposition du public. Doit-on rappeler que l’une des missions d’un musée est d’être pédagogique ? Si le vide est une page essentielle de l’histoire de l’art comme ils se plaisent à l’affirmer, il serait bon d’expliquer en quoi c’est si intéressant, non ? On ne sait même pas ce que les auteurs ont voulu exprimer ici.

On peut aussi ajouter au chapitre pessimiste que le titre de l’exposition est mal choisi. S’il s’agit d’une rétrospective, pourquoi les commissaires n’ont-ils pas pris la liberté de faire une exposition retraçant les expositions de vide en art pictural ? Des photos, des vidéos, des croquis qui montreraient que le vide se pense, s’appréhende longuement ? Les visiteurs sont ici livrés à eux-mêmes, incapables de discerner quoi que ce soit. Les espaces n’ont pas été modulés spécialement pour l’exposition, il ne retracent finalement absolument pas les travaux réalisés par ceux qui sont exposés. Car chaque exposition de vide en art pictural a une histoire différente. C’est bien parce que Bethan Huws était émerveillée de la beauté du bâtiment de Mies Von der Rohe (il s’agissait de la Haus Ester de Krefeld, Allemagne) qu’elle décida de le laisser un vide dans l’exposition personnelle qu’elle était invitée à réaliser. Or Beaubourg n’est pas un bâtiment de Mies Von der Rohe, n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec… De même Maria Eichhorn avait laissé vide son espace d’exposition pour consacrer le budget qui lui était alloué à la rénovation de la Kunsthalle de Berne ! Où sont les parallèles dans cette rétrospective ? Des fonds ont-ils été mis de côté pour la rénovation de Beaubourg ? J’en doute fortement… On ne ressent strictement rien dans cette exposition hormis de l’agacement et du dépit.

On pourrait continuer ainsi très longuement, tout ce que les commissaires ont été capables de faire correctement ici est peut-être le catalogue d’exposition qui en ressort. 540 pages consacrées au sujet, preuve que le Vide fait couler de l’encre (un dernier reproche pour la route, ce catalogue n’était même pas consultable dans l’exposition).

Cette rétrospective du Vide en art pictural est un tollé général, ne faisant que renforcer l’idée reçue que l’art moderne est une masturbation intellectuelle stérile.

Note : 1/10

PIERRES REJETEES – Jimmie Durham @ Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

In des expos... on février 10, 2009 at 2:25

Artiste américain / Sculpture, peinture, dessins, installations / du 30 janvier au 12 avril

L’affiche intriguait tous les pavés de Paris : un avion de tourisme écrasé par une énorme pierre. L’avion de tourisme, symbole de liberté et de l’homme moderne se faisant rattraper par Dame Nature de façon inattendue… Ne connaissant ni l’auteur ni le musée, j’ai saisi l’occasion de me rattraper. Jimmie Durham est d’origine cherokee et a concentré son travail autour de la dénonciation de l’impérialisme et de la ségrégation et ce, toujours par un seul biais : la pierre. Ces masses minérales et inertes viennent bousculer l’ordre établi dans nos sociétés occidentales reposant sur le capitalisme. L’exposition retraçait une grande partie de son œuvre.

Ainsi l’auteur a conçu une série de destruction de réfrigérateurs par le lancer de pierres : les garde-mangers deviennent des structures cabossées et instables qui nécessitent d’être ligotés pour pouvoir assurer leur fonction première. Egalement une série d’analyse des cicatrices du bois : certains comptent les lignes pour l’âge de l’arbre, Jimmie Durham s’intéresse aux trous. On trouve de ce fait des marques de parasites, de vers, d’oiseaux… mais les plus grosses restent celles des balles de fusils. Balles perdues, balles ayant servi à assassiner des populations ou des animaux ? On ne peut pas le savoir mais l’arbre en a gardé la mémoire.

Dans une autre partie de son travail, l’auteur invente des machines curieuses, comparatives, humoristiques : arc de triomphe personnel, bois sculpté par un chien et bois sculpté par une machine, sculptures intrigantes, histoire factuelle d’un champignon… ou encore une machine représentant le déroulement de la vie START-STAR / STOP-TOP et un vœu : I want 2 bee mice elf.

La dernière vitrine, assez fascinante, met en scène 32 mini-sculptures en bois accompagnées de 32 pièces de métal : chaque petite pièce de bois sculptée avec soin et habileté contraste fortement avec les pièces de métal juxtaposées qui rappellent des pièges à animaux, des machines de torture, etc…

Le reste de ce musée d’Art moderne ne présente pas grand-chose de fascinant mais le peu des belles pièces est de très haute qualité. On retiendra ainsi la fresque de La fée électricité de 600 m2 par Raoul Dufy, la pièce consacrée au mobilier Art Déco sobre mais très bien choisi, quelques tableaux de Marie Laurencin et la présentation de La danse inachevée de Matisse suivie de La danse (achevée).

Un musée méconnu qui mérite qu’on y fasse un crochet (si vous prenez la peine d’aller au Palais de Tokyo, vous pouvez bien aller en face) et une exposition intéressante, bien mise en valeur par une scénographie minimale et un parcours libre.

Note : 8,5/10

Bonus : Autre curiosité qui captivait l’attention de tous les visiteurs  mais qui se trouvait de l’autre côté des fenêtres du Musée : des combats d’équipes dansant la Tecktonik. Imaginez 20 jean noirs slims, 20 blousons de cuir, 20 sweats à capuche bleu pétrole / jaune pâle ou noir American Apparel, et 20 mulets… les corps se désarticulants dans tous les sens, les commentaires raz-de-plancher des ados (leur vocabulaire se limitant à 3 onomatopées). L’horreur et l’effarement dans toute sa splendeur. Bien heureusement le ridicule ne tue pas.

LE PETIT DESSEIN, le Louvre invite la bande dessinée

In des expos... on janvier 22, 2009 at 2:37

Musée du Louvre – 22 janvier au 13 avril 2009

Planche Nicolas de Crécy - période glaciaire

 

Officiellement, le Louvre ne peut pas accueillir d’œuvres d’art postérieures à 1860… Donc que viennent faire des bandes dessinées datant de 2005 pour la plus ancienne au milieu des fondations médiévales du musée ?

Après avoir galéré 20 minutes avant de trouver où se trouvait l’exposition (absolument pas fléchée), j’arrive dans une petite salle, où il n’y a pas de lumière et constituée de quatre séries de planches… Se ficherait-on de nous ? Incrédule, je trouve quelqu’un pour m’expliquer un peu le but de la démarche. On m’explique alors que les jeunes de moins de 30 ans ne viennent plus dans les musées et qu’on  déroge à la règle officielle qui veut que le Louvre n’accueille que des vieilleries en les attirant en leur proposant des bandes dessinées dans lesquelles les œuvres du Louvre sont présentes. Le Louvre a lancé une opération en partenariat avec Futuropolis de création de bandes dessinées dont les intrigues se déroulaient sur fond de Louvre. Se sont prêtés au jeu : Nicolas de Crécy (Période glaciaire), Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu), Eric Liberge (Aux heures impaires) et Bernar Yslaire (Le Ciel au-dessus du Louvre). Je me marre…

 

1)   Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Certainement pas en leur proposant 4 pauvres planches mal éclairées et proprement inintéressantes puisque l’intérêt d’une bd, c’est qu’elle a un scénario et donc on aime pouvoir la lire en entier. Pour être pertinent, il fallait laisser des bds en libre lecture dans l’expo…

2)   Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Assurément pas en mettant les quelques planches exposées à hauteur d’adulte derrière une vitre qui vous balance le spot dans la figure, ce qui fait que vous ne voyez rien des planches. Le Louvre devrait s’inspirer du concept de Beaubourg qui crée des expositions spécialement à hauteur d’enfants. Il suffisait de mettre 2 hauteurs de planches, était-ce si difficile ?

3)   Comment donner envie à des jeunes de venir au Louvre ? Indubitablement pas en ne demandant qu’à des auteurs de bds pour adultes de réaliser le travail. En dessous de 16 ans, on ne comprend rien ou presque aux contenus des bulles, on n’aime pas ou peu les dessins très travaillés… Le Louvre pouvait demander demander aux auteurs de s’adapter au public non ? Des planches de Zep ou Manu Larcenet n’auraient pas été malvenues pour démarrer cette initiative…

Et puis il faudrait être vraiment stupide pour ne pas penser au fait que si l’on veut attirer les jeunes dans un musée poussiéreux et gigantesque comme le Louvre, il faudrait qu’elle soit simple d’accès… Parce que devoir se taper 15 minutes de marche avant de trouver ce qu’on cherche, cela produit l’effet inverse : on arrive énervé à l’expo et on se dit que ce qui précédait était plus intéressant, parce que là on ne voit rien ! Il suffit de consulter le public visé avant de mettre en place une expo !

Et puis se pose aussi cette autre question : pourquoi les jeunes désertent les musées ?? C’est bizarre, moi et mes amis devons tous être des exceptions alors car nous y allons… De plus, je ne pense pas que forcer les gens à se rendre quelque part leur en fera apprécier le contenu. Je crois qu’exposer ces planches au Festival International de la BD d’Angoulême aurait par exemple été un choix bien plus judicieux : on vient à un festival de bds pour voir des bds, on aime un auteur, on aime un contenu, on se renseigne, on voit que cela se passe au Louvre, alors on se dit qu’éventuellement on irait bien un jour au Louvre pour rêver d’aventures géniales et rocambolesques, on aimerait bien aller s’inventer des histoires entre les statues grecques, des dialogues entre les personnages des tableaux… sauf que ça c’est prévu pour 2010 seulement ! La première fois que j’ai ouvert un album de B. Yslaire, j’avais 18 ans, c’était après un cours d’Histoire portant sur la Révolution de 1848… L’auteur m’a permis de mettre de (très belles) images sur des faits et j’ai parfaitement retenu ce cours.

De même, je ne crois pas que permettre la gratuité des Musées pour les moins de 26 ans les attirera plus souvent dans ces lieux. En revanche je crois en la multiplication des visites en classe avec des guides dynamiques – pas besoin de faire l’historique du tableau on s’en tape un peu, ce qui importe c’est de comprendre pourquoi telle ou telle suscite ou non un intérêt en nous, j’ai trop souvent eu des visites barbantes où l’on nous dictait ce qui était beau ou non, intéressant ou pas… – et ce, dès l’âge de 3 ou 4 ans. On ne laisse pas assez parler les jeunes dans les musées, c’est à eux d’exprimer quelque chose et non l’inverse !

Voilà tout ce qui me passe par la tête lorsque je traverse le Louvre dans le sens inverse pour trouver la nouvelle décoration d’un mur + 2 sculptures par Anselm Kieffer (2007). Crochet par les Delacroix au 2e étage, ils sont dans un état pitoyable, le spot se réfléchit une fois de plus en plein dans l’œuvre, on ne voit rien. Les personnages du Mariage juif au Maroc n’ont plus qu’à pleurer face à un tel craquellement de leur toile. La culture se porte super bien en France…

Pas de raison de faire le déplacement au Louvre pour cela, ouvrez une bonne bande dessinée à la maison à la place…

Note : 3/10

Le futurisme à Paris, une avant-garde explosive

In des expos... on janvier 10, 2009 at 7:10

Centre Georges Pompidou – Paris – du 15/10/2008 au 26/01/2008

Il n’est rien de stable, tout est mouvant, tout est lié à la fois à la sensation et au souvenir, à la pensée et à la perception… C’est à peu près comme cela qu’on pourrait résumer l’avis de Bergson sur le monde qui nous entoure. C’est sur ces acquis que se basent les futuristes lorsqu’ils proclament leur Manifeste du futurisme.

 

The city rises, 1910, U. Boccioni
The city rises, 1910, U. Boccioni

 

Lorsque paraît le Manifeste à la une du Figaro en 1909, la France connaît les débuts du cubisme, art pictural radicalement différent du futurisme en cela qu’il tend vers une représentation par l’abstraction, de la pure pensée géométrique et mathématique, de la stabilité des formes (équilibre et symétrie). Vitesse, mouvement, couleurs. Telles sont les caractéristiques du futurisme (par opposition au cubisme qui tend vers des teintes en camaïeu de couleurs brutes, une appréhension sculpturale des choses). L’exposition consacre notamment une salle aux peintres futuristes italiens comme Giacomo Balla ou Umberto Boccioni.

 

Mais les œuvres les plus intéressantes selon moi sont celles qui tentèrent de faire une sorte de synthèse des deux mouvements artistiques. C’est le cas du Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp, représentation d’un être en mouvement dans des teintes sombres directement copiées sur G. Braque ou P. Picasso. L’Orphisme de Guillaume Apollinaire qui naîtra par la suite, « synthèse de la peinture pure et de la simultanéité », est également bien mis en valeur dans l’exposition.

 

Nu descendant un escalier, Marcel Duchamp, 1912

Nu descendant un escalier, 1912, Marcel Duchamp

Il faut souligner ici les progrès qu’ont fait les créateurs d’expositions de Beaubourg dans la façon d’expliquer et faciliter la compréhension du sujet : sobre, pas trop complexe ni trop long… le temps des expositions aux sujets alléchants mais d’où l’on ressortait déçu tant l’organisation laissait à désirer (cf. Dada très mal structurée ou Los Angeles 1955-1985 : naissance d’une capitale artistique beaucoup trop dense) semble révolu. Cependant pour bien appréhender le sujet, on ne peut que conseiller d’aller jeter un œil à la collection permanente pour sa splendide Femme à la guitare de G. Braque.

 

Une belle exposition, fournie juste comme il faut, qui rend hommage comme il se doit à un mouvement artistique du XXe siècle occulté pour des raisons politiques (les futuristes louent le machinisme, dont les effets dévastateurs seront démontrés tout au long des grandes guerres ; ils étaient également pour l’essentiel anarchistes). Ce sont les dernières semaines de l’expo, il serait dommage de ne pas aller y consacrer une bonne heure et demie…

Note : 8/10

2008, Retour en Loraine @ Maison des Métallos

In des expos... on novembre 30, 2008 at 7:07

Photographies / France.

 

A l’occasion du mois de la photographie, la Maison des Métallos et le Bar Floréal consacraient une exposition rétrospective à deux temporalités et deux techniques.

Il y a trente ans, la Lorraine et ses habitants subissaient de plein fouet l’une des plus graves crises de l’emploi : la disparition des usines Usinor / Sacilor et la mise au chômage de 20 000 ouvriers lorrains. A cette époque, André Lejarre et Alex Jordan, membres fondateurs du Bar Floréal, immortalisent les luttes impuissantes des hommes, les dernières sorties d’usine, les rues qui se vident, la vie qui déserte peu à peu des territoires en mal d’avenir… le tout en Noir et Blanc. C’est fort, c’est simple (sans fioritures), c’est touchant de mouvement, d’énergie et de vie alors même que cela représente l’inverse.

Aujourd’hui qu’en est-il ? Les usines démantelées ont laissé la végétation reprendre ses droits, les familles ont quitté la région vers d’autres bassins d’emplois et se sont reconvertis difficilement, comme ils le pouvaient, les nouvelles générations n’aspirent pas à grand-chose et n’ont pour loisir que de traîner dans le grand centre commercial. C’est cette fois photographié en couleurs, avec des appareils numériques, par dix personnes. C’est déprimant, triste et fascinant de désolation. Bernard Baudin rend notamment ce diagnostic implacable par l’invention d’une technique de photographie : la photo de caddie. Le mode d’emploi est simple, il suffit d’installer l’appareil photo sur le siège enfant du caddie, de se promener dans les allées du temple de l’ultra-consumérisme et de prendre des clichés à l’aide d’une télécommande jusqu’à saturation de la carte mémoire. Le résultat est saisissant : des hommes béats devant des écrans plats dont le prix en promotion dépasse trois fois leur revenu, une interdiction de payer en liquide aux caisses pour des montants supérieurs à 3000 euros (comme si ça allait leur arriver tous les jours alors que la région est ravagée par le chômage), une jeunesse qui squatte les rayons de mondes virtuels (jeux vidéos : échappatoire ?).

Dans un contexte économique où l’on apprend chaque jour de nouveaux licenciements par milliers, ce témoignage a une amertume particulière : combien de fois va-t’on répéter les mêmes bévues de gestion des territoire ? Combien de temps va-t’on faire miroiter aux ouvriers que non, il n’y aura pas de licenciements liés à cette nouvelle récession économique (Arcelor Mittal vient d’ailleurs d’annoncer que finalement ils vont dégraisser) ?

 

 

La suite logique de cette exposition, c’était finalement d’aller voir le compte-rendu de Reiner Riedler sur les mondes artificiels que l’on crée toujours un peu plus chaque jour à travers le monde : Fake Holidays @ Heartgalerie. Le cliché classique du touriste japonais, c’est de dire qu’ils passent leur temps à déclencher leurs appareils photos, posent devant chaque moment, sont béats d’admiration devant chaque chose tout en parvenant à ne rester en moyenne que 20 secondes sur place. Dans ce travail, l’autrichien Riedler a sillonné le monde et répertorié tous les lieux les plus artificiels du monde dans lesquels s’enferment et vivent des populations en mal de rêve : piste de ski en plastique à Dubaï, Kremlin et Titanic devant une piscine en Turquie, reproduction des différentes merveilles du monde en Chine et bien entendu des mondes dans le monde : Mexique à Disney World en Floride, Star Wars à Las Vegas… Un travail qui fait écho à celui de Martin Parr (Agence Magnum) et ses Small World. Le plus effrayant dans l’expo, c’est de se dire qu’il n’y a aucun Photoshop nécessaire pour vivre dans un monde aseptisé, fait de plastique et couleurs vives, il existe bien des marges au cœur même des espaces urbains, des marges de rêves au rabais pour oublier la morosité du monde actuel….